Articles : Un économiste critique des brevets logiciels obtient le Prix Nobel d'Économie 2007
Posté par Thomas Petazzoni (page perso, ). Modéré le 20 novembre 2007.
Le mois dernier, Erik Maskin, Leonid Hurwicz et Roger Myerson se sont vus décerner le prix Nobel d'économie 2007 pour leurs travaux sur la théorie des mécanismes d'incitation. Mais comme l'ont noté Philippe Aigrain ou Laurent Guerby, Erik Maskin est également connu pour ses travaux sur les brevets et l'investissement dans la R&D, notamment au travers d'un article intitulé Sequential Innovation, Patents and Imitation.
Maskin a basé son travail de recherche sur une étude détaillée de l'industrie du logiciel depuis 1985. Ses données ont montré que, contrairement à une croyance répandue, la brevetabilité n'avait en fait pas pour effet un accroissement significatif de l'innovation. Il a donc déduit que lorsque l'innovation était séquentielle (un chercheur construit sur les découvertes de ses prédécesseurs) et complémentaire (différents chercheurs poursuivent différentes voies de recherche), l'imitation peut être positive et la société toute entière ainsi que les chercheurs peuvent mieux fonctionner sans la protection du brevet.
Laurent Guerby conclut sur son blog : « rien de bien surprenant pour un praticien du secteur du logiciel, mais peut-être que ces travaux auront plus de poids auprès des politiques désormais ». Sur ce sujet, on pourra également consulter le site Research on Innovation, ou encore un document intitulé Patent Failure : How Bureaucrat, Judges and Lawyers Put Innovators ar Risk, publié par James Bessen, co-auteur avec Erik Maskin du papier Sequential Innovation, Patents and Imitation.
Maskin a basé son travail de recherche sur une étude détaillée de l'industrie du logiciel depuis 1985. Ses données ont montré que, contrairement à une croyance répandue, la brevetabilité n'avait en fait pas pour effet un accroissement significatif de l'innovation. Il a donc déduit que lorsque l'innovation était séquentielle (un chercheur construit sur les découvertes de ses prédécesseurs) et complémentaire (différents chercheurs poursuivent différentes voies de recherche), l'imitation peut être positive et la société toute entière ainsi que les chercheurs peuvent mieux fonctionner sans la protection du brevet.
Laurent Guerby conclut sur son blog : « rien de bien surprenant pour un praticien du secteur du logiciel, mais peut-être que ces travaux auront plus de poids auprès des politiques désormais ». Sur ce sujet, on pourra également consulter le site Research on Innovation, ou encore un document intitulé Patent Failure : How Bureaucrat, Judges and Lawyers Put Innovators ar Risk, publié par James Bessen, co-auteur avec Erik Maskin du papier Sequential Innovation, Patents and Imitation.
Lauréats du Prix Nobel d'Économie 2007 (268 hits)
Philippe Aigrain: Eric Maskin et la brevetabilité des logiciels (343 hits)
Laurent Guerby: Théorie des jeux et brevets logiciels (328 hits)
FFII: Economist Critic of Software Patents gets Nobel Prize (178 hits)
Sequential Innovation, Patents and Imitation (195 hits)
Research on Innovation (158 hits)
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L'innovation n'est pas le problème
Je ne suis pas sûr de comprendre le rapport avec le brevet logiciel. D'un parle on parle beaucoup de recherche, et pour les brevets logiciels, les problèmes ne viennent que rarement des résultats de recherche, mais plutôt des brevet protégeant des choses "évidentes" dans le sens commun (enfin des informaticiens), des méthodes par approche empiriques largement utilisées, pire, des paradigmes d'interface utilisateur.
l'imitation peut être positive et la société toute entière ainsi que les chercheurs peuvent mieux fonctionner sans la protection du brevet.
Pareil. Cette phrase s'adapte très bien au brevet industriel mais pas au logiciel : le problème du brevet logiciel comparé a l'industriel, c'est que dans le logiciel on peut difficilement imiter un algorithme breveté, et en plus, imiter est la seule et unique manière de "contourner" un brevet.
L'autre aspect du problème est le côté immatériel du logiciel qui fait qu'avec un investissement ridicule (juste payer des cerveaux) comparé a l'industrie (grosse machineries et labos), on peut trouver plein de choses a breveter, et sans dépenser un sous (hors procédure), aller attaquer les gros poissons, une fois qu'ils se sont bien installé. Cette approche est beaucoup plus rare dans l'industrie : copier une méthode de fabrication ou une solution technique déjà brevetée "par hasard" auparavant est très rare.
Aussi, dans le brevet industriel, les investissement initiaux nécessaire pour un brevet rendent la commercialisation indispensable (on ne peut pas attendre de piéger quelqu'un), et donc faire connaître sa méthode, et donc on ne peut pas se cacher en attendant le gros poisson. Bref tout est (plus ou moins, voir l'agro alimentaire et le pharmaceutique), fair play, au moins dans une mesure acceptable, ce qui est loin d'être le cas pour le logiciel.
Je n'ai rien contre les grandes théories, mais les brevets logiciels ne sont pas une plaie parce que "l'innovation va moins vite avec", mais parce que c'est d'une connerie monumentale.
[^]Re: L'innovation n'est pas le problème
Bonjour,
je ne comprends pas bien non plus ton propos...
1) Tu dis que pour les logiciels, les brevets ne viennent que rarement de résultats de recherche mais protègent plutôt des choses évidentes. Je ne te suis pas là-dessus : certains brevets logiciels sont le fruit de recherches, de méthodes mathématiques ou statistiques poussées... est-ce que ces brevets ne sont alors pas génants pour l'innovation ? Je pense que si (pense à l'OLAP, au data mining, par exemple). Et même un concept de GUI peut-être innovant (ex : treebolic.sourceforge.net/fr/home.htm et c'est breveté aux US).
2) Dans le logiciel on peut difficilement imiter un algorithme : ben si, c'est même tout le principe... par définition, programmer c'est "imiter" (implémenter) un algorithme.
Réimplémenter un algorithme ne permet pas de contourner un brevet, juste de ne pas violer le droit d'auteur.
3) Tu penses vraiment que payer des cerveaux est un investissement négligeable ???!
Tu as l'air de penser que le problème des brevets logiciels c'est les opportunistes qui brevetent des choses évidentes et ttaquent les gros. Je crois plutôt que c'est les gros qui brevètent tout, et qui font que quoi que tu développes, tu enfreins plein de brevets...
[^]Re: L'innovation n'est pas le problème
Le plan hyperbolique est breveté ? Formidable, c'est Poincaré qui doit être content, il va se faire des couilles en or avec ça (ah, on me signale qu'il est mort depuis 95 ans). Je comprends pourquoi tu as mis que c'était "peut-être" innovant...
[^]Re: L'innovation n'est pas le problème
1) Tu dis que pour les logiciels, les brevets ne viennent que rarement de résultats de recherche mais protègent plutôt des choses évidentes. Je ne te suis pas là-dessus : certains brevets logiciels sont le fruit de recherches, de méthodes mathématiques ou statistiques poussées... est-ce que ces brevets ne sont alors pas génants pour l'innovation ? Je pense que si (pense à l'OLAP, au data mining, par exemple). Et même un concept de GUI peut-être innovant (ex : treebolic.sourceforge.net/fr/home.htm et c'est breveté aux US).
j'ai dit que "les problèmes ne viennent que rarement des résultats de recherche". En fait, la clé du problème c'est qu'il n'y a aucun moyen de protéger un résultat de recherche (en logiciel) sans les brevets logiciels (alors qu'il y a une certaine légitimité), mais si l'on prend en compte les petits malins qui brevettent la roue, le le bilan est beaucoup plus négatif avec les brevets que sans.
2) Dans le logiciel on peut difficilement imiter un algorithme : ben si, c'est même tout le principe... par définition, programmer c'est "imiter" (implémenter) un algorithme.
Réimplémenter un algorithme ne permet pas de contourner un brevet, juste de ne pas violer le droit d'auteur.
hum, pour ma part, une implémentation n'est pas une imitation d'un algorithme, c'est l'algorithme lui même. D'ailleurs c'est la raison pour laquelle beaucoup ralent en disant que le copyright est beaucoup trop faible pour protéger le logiciel : il suffit de réimplémenter pour avoir la légitimité (légale) de son travail, même si l'on a pillé les idées d'un tiers.
Et puis, par exemple, l'autohining de freetype c'est du flan ? c'est une imitation du comportement de l'interprétation du byte code de hinting dans les polices de caractère true type, sans utiliser ce byte code, nid a brevets. C'est une imitation pas une réimplémentation, et c'est un bijou du logiciel libre, qui a demandé une montagne de travail.
3) Tu penses vraiment que payer des cerveaux est un investissement négligeable ???!
Oui. Enfin pas négligeable, mais loin d'être comparable aux investissement dans l'industrie. L'informatique (et les maths) sont un des rares domaine technique/scientifique ou le labo ne coute pas horriblement cher.
> Tu as l'air de penser que le problème des brevets logiciels c'est les opportunistes qui brevetent des choses évidentes et attaquent les gros. Je crois plutôt que c'est les gros qui brevètent tout, et qui font que quoi que tu développes, tu enfreins plein de brevets...
Sauf que les gros qui attaquent les petits pour l'instant ca ne s'est pas (peu) vu. C'est une mesure purement défensive de leur part, d'ailleurs en grande partie a cause des opportunistes (pour leur couper l'herbe sous le pied). Il en résulte une insécurité juridique pour tous, et ne te trompe pas c'est ca que je condamne, même si mon illustration des perversités du système pouvait faire croire autre chose.