Le 25 mars 1857 un typographe et écrivain français, Édouard-Léon Scott de Martinville, dépose un brevet sur un engin bizarre nommé le phonautographe. Ce dernier se compose d'un grand pavillon servant à concentrer les sons et relié a une membrane souple jouant le rôle d'un diaphragme. Ce diaphragme est lui-même couplé avec une pointe ou stylet. Quand un son est émis dans le pavillon cela fait vibrer le diaphragme et donc la pointe. Si on place devant cette pointe vibrante un papier délicatement enduit de noir de fumée on peut observer des lignes blanches qui correspondent aux endroits ou le stylet a gratté la surface.
Une photo de cet astucieux dispositif est disponible ici.
Scott de Martinville n'avait pas prévu de moyen de relire le son ainsi enregistré. Ce n'était pour lui qu'un moyen d'enregistrer un son en le transformant en un diagramme visuel (les marques sur la surface du papier) pour pouvoir le préserver d'abord et l'étudier commodément ensuite.
Ces enregistrement (ou phonautogrammes) étaient jusqu'à présent considérées comme des curiosités. Une sorte de précurseur raté des vrais enregistrement sonores de Thomas Edison. En effet le Phonographe d'Edison permettait non seulement d'enregistrer un son mais aussi et surtout de restituer le son enregistré précédemment !
L'invention d'Edison, effectuée en 1877, était donc considéré comme l'acte de naissance de la technique absolument révolutionnaire permettant de fixer le son sur un support et qui a donnée naissance à l'industrie musicale.
C'est là qu'intervient un groupe d'américains passionnés par les enregistrement anciens et réunis dans une collaboration informelle nommée "First Sounds". Celle-ci rassemble des historiens, des ingénieurs, des archivistes et des scientifiques. Ils se sont donnés pour mission de découvrir et de protéger les plus rares enregistrements sonores de l'histoire de l'humanité.
Intrigué par l'exotique phonautographe de Scott de Martinville, l'historien David Giovannoni a passé un certain temps à Paris afin de fouiller les archives de Institut National de la Propriété Industrielle (là ou Scott de Martinville a déposé son brevet) et de l'Académie des Sciences. C'est dans cette dernière institution qu'il a fait la découverte de plusieurs phonautogrammes en parfait état de conservation. Le noir de fumée sur le papier était magnifiquement préservé et on voyait très bien les marques blanches gravées par le stylet.
Dès lors pourquoi ne pas tenter de retransformer ces enregistrements visuels en son ?
Il suffirait pour cela de scanner à haute résolution les phonautogrammes, de créer un modèle informatique précis de la pointe de lecture et de recréer alors le son produit par l'interaction entre ce stylet virtuel et le scan HD.
Deux scientifiques du Lawrence Berkeley National Laboratory se sont mis au travail en se basant sur des logiciels déjà développés par la Bibliothèque du Congrès et ils ont réussi a reconstituer le son d'un enregistrement datant de 1860.
Oui, oui vous avez bien lu. Cet enregistrement précède de 17 ans l'invention d'Edison. Encore mieux : le plus ancien enregistrement effectué avec le phonographe d'Edison et ayant été conservé était jusqu'à présent un extrait d'une chorale de Haendel datant de 1888. Avec la reconstitution par First Sounds du fameux phonautogramme de 1860, l'âge de la toute première musique enregistrée recule donc de 28 ans !
A l'annonce de cette nouvelle le New York Times s'est fendu d'un article détaillé qui se termine sur une petite note d'humour. En effet Scott de Martinville avait été ulcéré de constater que c'est Edison qui recueillait les lauriers alors que son phonographe américain n'était arrivé que bien après le phonautographe français. Il avait lancé un appel à ses compatriotes en les implorants de "ne pas laisser les américains s'emparer du prix". Bien entendu le New York Times a beau jeu de souligner qu'il "a fallu attendre un groupe de chercheurs américains pour sauver les travaux de Scott de Martinville des coffres-forts moisis de sa ville natale".
La musique reconstituée par ces chercheurs américains est un très court extrait d'Au clair de la lune. Cette petite chanson devient ainsi le plus ancien enregistrement musical de l'humanité !
Le fichier musical au format mp3 est disponible sur le site de First Sounds. A noter qu'il est placé sous licence "Creative Commons (by)". Cela signifie que l'oeuvre peut être librement utilisée, à la condition de l'attribuer à l'auteur en citant son nom.
D'autres enregistrements, encore plus vieux, sont téléchargeables mais leur reconstitution ne semble pas possible car à cette époque le phonautographe n'était pas vraiment au point et le résultat est inaudible.
En définitive Scott de Martinville, bien qu'étant un inventeur génial, aura eu tort. Il pensait que la musique enregistrée par son phonautographe ne pourrait plus jamais être entendue. Il croyait avoir transformé irrévocablement le son en un simple diagramme visuel. Il n'avait pas prévu que, 148 ans plus tard, une civilisation hyper-technologique fondée sur les ordinateurs parviendrait à faire revivre son enregistrement d'Au clair de la lune.
Une photo de cet astucieux dispositif est disponible ici.
Scott de Martinville n'avait pas prévu de moyen de relire le son ainsi enregistré. Ce n'était pour lui qu'un moyen d'enregistrer un son en le transformant en un diagramme visuel (les marques sur la surface du papier) pour pouvoir le préserver d'abord et l'étudier commodément ensuite.
Ces enregistrement (ou phonautogrammes) étaient jusqu'à présent considérées comme des curiosités. Une sorte de précurseur raté des vrais enregistrement sonores de Thomas Edison. En effet le Phonographe d'Edison permettait non seulement d'enregistrer un son mais aussi et surtout de restituer le son enregistré précédemment !
L'invention d'Edison, effectuée en 1877, était donc considéré comme l'acte de naissance de la technique absolument révolutionnaire permettant de fixer le son sur un support et qui a donnée naissance à l'industrie musicale.
C'est là qu'intervient un groupe d'américains passionnés par les enregistrement anciens et réunis dans une collaboration informelle nommée "First Sounds". Celle-ci rassemble des historiens, des ingénieurs, des archivistes et des scientifiques. Ils se sont donnés pour mission de découvrir et de protéger les plus rares enregistrements sonores de l'histoire de l'humanité.
Intrigué par l'exotique phonautographe de Scott de Martinville, l'historien David Giovannoni a passé un certain temps à Paris afin de fouiller les archives de Institut National de la Propriété Industrielle (là ou Scott de Martinville a déposé son brevet) et de l'Académie des Sciences. C'est dans cette dernière institution qu'il a fait la découverte de plusieurs phonautogrammes en parfait état de conservation. Le noir de fumée sur le papier était magnifiquement préservé et on voyait très bien les marques blanches gravées par le stylet.
Dès lors pourquoi ne pas tenter de retransformer ces enregistrements visuels en son ?
Il suffirait pour cela de scanner à haute résolution les phonautogrammes, de créer un modèle informatique précis de la pointe de lecture et de recréer alors le son produit par l'interaction entre ce stylet virtuel et le scan HD.
Deux scientifiques du Lawrence Berkeley National Laboratory se sont mis au travail en se basant sur des logiciels déjà développés par la Bibliothèque du Congrès et ils ont réussi a reconstituer le son d'un enregistrement datant de 1860.
Oui, oui vous avez bien lu. Cet enregistrement précède de 17 ans l'invention d'Edison. Encore mieux : le plus ancien enregistrement effectué avec le phonographe d'Edison et ayant été conservé était jusqu'à présent un extrait d'une chorale de Haendel datant de 1888. Avec la reconstitution par First Sounds du fameux phonautogramme de 1860, l'âge de la toute première musique enregistrée recule donc de 28 ans !
A l'annonce de cette nouvelle le New York Times s'est fendu d'un article détaillé qui se termine sur une petite note d'humour. En effet Scott de Martinville avait été ulcéré de constater que c'est Edison qui recueillait les lauriers alors que son phonographe américain n'était arrivé que bien après le phonautographe français. Il avait lancé un appel à ses compatriotes en les implorants de "ne pas laisser les américains s'emparer du prix". Bien entendu le New York Times a beau jeu de souligner qu'il "a fallu attendre un groupe de chercheurs américains pour sauver les travaux de Scott de Martinville des coffres-forts moisis de sa ville natale".
La musique reconstituée par ces chercheurs américains est un très court extrait d'Au clair de la lune. Cette petite chanson devient ainsi le plus ancien enregistrement musical de l'humanité !
Le fichier musical au format mp3 est disponible sur le site de First Sounds. A noter qu'il est placé sous licence "Creative Commons (by)". Cela signifie que l'oeuvre peut être librement utilisée, à la condition de l'attribuer à l'auteur en citant son nom.
D'autres enregistrements, encore plus vieux, sont téléchargeables mais leur reconstitution ne semble pas possible car à cette époque le phonautographe n'était pas vraiment au point et le résultat est inaudible.
En définitive Scott de Martinville, bien qu'étant un inventeur génial, aura eu tort. Il pensait que la musique enregistrée par son phonautographe ne pourrait plus jamais être entendue. Il croyait avoir transformé irrévocablement le son en un simple diagramme visuel. Il n'avait pas prévu que, 148 ans plus tard, une civilisation hyper-technologique fondée sur les ordinateurs parviendrait à faire revivre son enregistrement d'Au clair de la lune.
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Licence ?
> A noter qu'il est placé sous licence "Creative Commons (by)". Cela signifie que l'oeuvre peut être librement utilisée, à la condition de l'attribuer à l'auteur en citant son nom.
Un peu curieux, non ?
« Au clair de la lune » est chanson anonyme du XVIIIe siècle, donc ce n'est pas de cet auteur-ci dont on parle.
Peut-être est-ce l'interprète. A-t-on des informations sur l'identité de la dame qui chante ? Auquel cas, ses droits ont expiré avant 1910 (les droits voisins ne durant pas aussi longtemps qu'aujourd'hui à l'époque, je prends large).
Donc même si je trouve dommage que l'on puisse diffuser le morceau sans citer son origine, je doute fortement que l'on puisse empêcher quiconque de le faire.
« Le savoir, n'est-ce pas, est un bien précieux. Trop précieux pour ne pas être partagé. »
- Battologio d'Epanalepse, in De Cape et de Crocs, Acte VII (Ayroles & Masbou)
[^]Re: Licence ?
Peut-être est-ce l'interprète. A-t-on des informations sur l'identité de la dame qui chante ? Auquel cas, ses droits ont expiré avant 1910 (les droits voisins ne durant pas aussi longtemps qu'aujourd'hui à l'époque, je prends large).
Oui mais le fait de scanner, numériser la chanson (ie de faire des transformation dessus) ont fait acquérir des droits à ces personnes.
C'est la même chose pour les documents scanné de la bnf qui ont parfois des licences.
[^]Re: Licence ?
>Oui mais le fait de scanner, numériser la chanson (ie de faire des transformation dessus) ont fait acquérir des droits à ces personnes.
Vu comme ça, j'admets que ça a un sens. Surtout qu'il y a eu un vrai travail de modélisation pour parvenir à restituer le phonautogramme.
> C'est la même chose pour les documents scanné de la bnf qui ont parfois des licences.
Là, je trouve que c'est bizarre. Cela concerne-t-il des textes ou des images ? Parce que la différence, c'est qu'on n'a pas besoin de numérisation (i.e de transformation particulière) pour pouvoir les regarder.
« Le savoir, n'est-ce pas, est un bien précieux. Trop précieux pour ne pas être partagé. »
- Battologio d'Epanalepse, in De Cape et de Crocs, Acte VII (Ayroles & Masbou)
[^]Re: Licence ?
Cela concerne-t-il des textes ou des images ? Parce que la différence, c'est qu'on n'a pas besoin de numérisation (i.e de transformation particulière) pour pouvoir les regarder.
Sur les textes il y a forcement du travail (a moins que l'OCR se soit mise à vraiment bien marcher) mais c'est vrai que ce qui est restitué c'est le texte original. Le seul changement c'est la mise en page.
Pour ce qui est des images par contre, il y a un travail de nettoyage et l'image scannée n'est jamais la même que l'originale ou qu'une autre version numérisée.
[^]Re: Licence ?
J'arrive un peu après la discussion, mébon.
D'après ce lien : [http://musicreprints.free.fr/Droit_auteur_musique.pdf], c'est les droits du propriétaire sur le support et l'image de son manuscrit/imprimé/partition qui permet à la BNF _ et éventuellement au propriétaire du phonautogramme en question _ d'appliquer une licence sur les scans.
Ces droits du propriétaire ne sont pas liés au fait que l'auteur du scan peut lui-même revendiquer avoir fait une œuvre, avec tout ce que ça entraîne.
Même si ça parait clair, je m'y perd un peu.
Un musée pourrait interdire de diffuser un fac-similé/photo d'un tableau du domaine public en sa possession.
Dans ce cas, Wikipédia serait dans l'illégalité en publiant une image de "La Joconde" en France sans autorisation ?
[^]Re: Licence ?
Après avoir lu la suite [http://leblogdemusicreprints.blogspirit.com/archive/2007/06/(...)], je vais faire me répondre l'auteur.
si ma thèse fut, à une certaine époque justifiée, l'évolution de la jurisprudence a tendu à restreindre la protection de l'image d'un bien par un tiers aux seuls cas ou cette utilisation cause un "trouble anormal" au propriétaire du bien.
[^]Re: Licence ?
Peut être est-ce le résultat du travail de reconstitution (le mp3) qui est placé sous cette licence, et non le support original (papier). Dans ce cas l'auteur à citer doit être celui qui à fait cette reconstitution (par ailleurs, je n'ai vu nulle part le nom de la chanteuse).
[^]Re: Licence ?
çapucépalibre
Ok, je --> [ ]