Le Libre au service de l'agriculture du Nicaragua

Posté par (page perso) . Modéré par patrick_g.
Tags : aucun
22
16
nov.
2009
Technologie
On ne peut que se féliciter lorsque le Logiciel Libre est au service du développement d'un pays du tiers-monde. Le Nicaragua est le deuxième pays le plus pauvre du continent américain, possédant maintenant l'un des meilleurs systèmes de partage de données agricoles.

Comme l'agriculture est la base de l'économie nicaraguayenne, la gestion et la mise à disposition pour la population d'informations relatives à cette agriculture est une part du développement et contribue ainsi à la réduction de la pauvreté. On comprend bien que pour un agriculteur, ne pas savoir combien est vendu un kilogramme de patates sur le marché de la grande ville avoisinante est un handicap pour lui.

L'histoire, relatée sur le site américain du Linux Journal, est née un peu par hasard, il y a un an, suite à une conférence de la journée annuelle de Debian à Managua (capitale du Nicaragua) où Johannes Wilm a été convié à participer. Celui-ci était venu parler de LaTeX (NdR : vous me direz que cela n'a rien à voir avec l'agriculture).

C'est alors que Denis Cáceres de Debian au Nicaragua vient lui parler d'un projet qu'il venait de commencer pour une ONG appelée SIMAS (Mesoamerican Information Service about Sustainable Agriculture). Ce projet consiste au développement d'un système d'information web public pour le service régional du ministère de l'agriculture.

Le but était de créer un système d'information, accessible par une interface web, contenant des informations dynamiques et pouvant traiter de nombreuses informations de natures différentes. Le système se devait d'être également facilement extensible pour intégrer de nouvelles sortes de données dans le futur, ne pas avoir une structure figée.

ALBAstryde est un projet utilisant Django, avec un usage intensif de jQuery pour le côté client. La raison du choix du Libre, expliquée par Cáceres :
"Tu vois, ce système est supposé s'agrandir. Cela peut englober tout le secteur de l'agriculture d'ici quelques années. Et pour être sûr que le code source continue d'être libre et que personne ne devienne dépendant d'une quelconque société ou organisation qui pourrait tenir en otage tout le pays, c'est la seule façon d'aller de l'avant."
-- Denis Cáceres

Jusqu'ici de nombreuses applications sous Windows tel que Excel et Access étaient utilisées pour gérer les données, et toutes les tentatives de les rendre accessibles par internet s'étaient soldées par un échec.Par exemple les prix de 59 principaux produits sont collectés par des employés du ministère, soit par jour ou par semaine, sur les principaux marchés nationaux. Les rapports collectés sont envoyés soit par courriel soit par fax à l'office du ministère de l'agriculture et une personne "en charge" rentre les données dans un ordinateur (juste avec un ordinateur personnel).
Maintenant, si une personne (du ministère généralement) souhaite accéder à ces chiffres, il doit en faire la demande à la personne en-charge, soit par courriel soit par téléphone, pour qu'il regarde sur son ordinateur, prenne le tableau et graphique qui l'intéresse pour finalement l'envoyer lui-même.Autant dire que ces données ne sont pas accessibles à tout le monde.

Au départ le contrat pour développer ce projet, entre le ministère et SIMAS, n'était qu'intitulé "Recherche sur la création d'un système d'information" et ne devait être qu'un projet pilote sur deux régions, basé sur des applications Microsoft et ainsi adapter la structure et le personnel en fonction de cela. Mais c'est finalement pour le développement entier du système à l'échelle nationale que SIMAS est décidé.
"Accomplir cela n'était pas qu'un but en soit pour quelques-un d'entre nous. C'était significatif pour le mouvement du Logiciel Libre. Nous devions le voir comme part d'un projet plus large, pour atteindre le secteur public, en fournissant des logiciels qui correspondent directement à leur besoin pour de telles institutions, qui sont pour la plupart fermées aux technologies libres, dû à des préjugés et au manque de connaissances sur celui-ci."
-- Denis Cáceres

Comme il arrive souvent dans ce genre de situation, des experts arrivent, mettent en place un système puis rentrent chez eux, en Europe ou États-Unis, sans laisser un savoir derrière eux pour que les utilisateurs locaux puissent soit bien s'en servir, le maintenir, ou même améliorer l'application.

Pour être sûr que cela ne se passe pas comme ça, SIMAS trouve des fonds supplémentaires pour embaucher trois personnes nicaraguayennes connaissant Linux pour développer ensemble ce système, et ainsi acquérir pendant ces huit mois de développement les connaissances suffisantes pour être capables par la suite de faire des extensions eux-mêmes.

Les informations de quelques prix sur le marché de la capitale commencent à être diffusées sur deux radios nationales. Bien souvent, les agriculteurs ne connaissaient même pas le prix de vente de leurs produits, vendus par la grande distribution sur le marché. Et déjà 16 radios sont intéressées pour relayer les prix des marchés, pas seulement de la capitale mais locaux aussi.

L'une des personnes en charge de l'informatique confie après coup à l'équipe de SIMAS :
"Vous savez que nous n'étions pas vraiment favorables au début parce que nous n'avions pas confiance envers le logiciel libre, mais maintenant que le changement est fait, le ministère et SIMAS ont besoin de travailler ensemble et peut être migrer rapidement sur des systèmes Linux, parce qu'on s'aperçoit que ce système fonctionne vraiment."
  • # Erreur.

    Posté par . Évalué à -1.

    < humour>
    et peut être migrer rapidement sur des systèmes Linux
    On dit GNU/Linux
    </ humour>

    THIS IS JUST A PLACEHOLDER. YOU SHOULD NEVER SEE THIS STRING.

  • # rassuré

    Posté par . Évalué à 3.

    Je suis rassuré: dans un moment d'aberration exaltée, je croyais avoir lu "au service du ministère de l'agriculture..." ! Ouf, merci ce ne sont que ces plaisantins d'Amérique Centrale... De plus notre Ministère regorge de financements pléthoriques dont il peut faire généreusement bénéficier les agriculteurs français et également les informer de façon extrêmement satisfaisante sur les fluctuations de leurs revenus... Nous pouvons donc nous rendormir et Microsoft continuer de compter ses sous !
    • [^] # Re: rassuré

      Posté par . Évalué à 2.

      Je comprends pas tout à fait ce que tu critiques. Si je comprends bien, il s'agit d'une initiative de l'ONG SIMAS et non du ministère de l'agriculture du Nicaragua. Personne ne sait si une initiative similaire en France sera refusée en France par le ministère de l'agriculture.
  • # Why in English?

    Posté par (page perso) . Évalué à 7.

    SIMAS (Mesoamerican Information Service about Sustainable Agriculture)

    En pied de la page donnée en lien vers SIMAS : Servicio de Información Mesoamericano sobre Agricultura Sostenible.

    En français: Service d'Information Mésoaméricain sur l'Agriculture Soutenable.

    Tu aurais pu mettre l'un et/ou l'autre (qui d'ailleurs correspondent au sigle) mais quand même, le mettre en anglais, c'est fort. :)
    • [^] # Re: Why in English?

      Posté par (page perso) . Évalué à 3.

      C'est en anglais car je l'ai repris sur l'article du Linux Journal, ce n'est certes pas une excuse pour ne pas le retraduire en français, mais c'est une explication du pourquoi l'anglais. Sûrement par habitude de voir ce genre de choses en anglais.
      Je ne me suis pas amusé à traduire de l'espagnol en anglais si tu pensais cela.

      De plus, je ne l'aurai pas traduit comme toi, avec « Agriculture Soutenable » mais avec « Agriculture Durable ».

      cf wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/Agriculture_durable
      L'agriculture durable (anciennement soutenable, en traduction littérale de l'anglais sustainable)
  • # Agriculture

    Posté par (page perso) . Évalué à 3.

    Celui-ci était venu parler de LaTeX (NdR : vous me direz que cela n'a rien à voir avec l'agriculture).

    Et les Heveas alors ?
  • # Beaucoup de bruit...

    Posté par (page perso) . Évalué à 6.

    Saludos depuis Managua...
    Bon, il faut savoir que ce n'est pas la première tentative de réalisation d'un système d'information sur les activités agricoles au Nicaragua. La tentative précédente étant sia.net.ni.
    L'emploi ou non de logiciels libres ne réduit pas à mon avis le risque majeur dans ce type de plateforme, à savoir une utilisation massive du système pour qu'il devienne pérenne.
    Je ne voudrais pas trop avoir l'air de critiquer le travail réalisé, mais simplement le situer un peu plus dans son contexte, sachant que le SIMAS fait beaucoup de communication (bruit?) autour de sa réalisation, un peu trop à mon goût, vu la jeunesse du projet.
    Il y a déjà eu de nombreux projets de systèmes d'information pour le gouvernement nicaraguayen et ses institutions, et au bout de quelques mois, ou quelques années, leur usage s'arrête faute d'utilisateurs pour nourrir les systèmes ou simplement consulter l'information disponible.
    Il faut donc souhaiter bonne chance et longue vie au système ALBAstryde en espérant qu'il sache trouver ses utilisateurs, en nombre suffisant.

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