URL:     https://linuxfr.org/news/kateryna-iouchtchenko-fondatrice-de-la-programmation-theorique-en-ukraine
Title:   Kateryna Iouchtchenko, fondatrice de la programmation théorique en Ukraine
Authors: Ysabeau  🧶
         Pierre Jarillon et patrick_g
Date:    2026-10-11T21:51:30+02:00
License: CC By-SA
Tags:    ada_lovelace, femme_de_science, langage_de_programmation et iouchtchenko
Score:   4


La [journée internationale Ada Lovelace](https://sti.eduscol.education.fr/si-ens-paris-saclay/actualites/journee-ada-lovelace-mardi-14-octobre-2026) célèbre les femmes dans les domaines scientifiques et technologiques. Des manifestations diverses sont organisées le deuxième mardi du mois d’octobre, le 13 pour 2026. Depuis 2023, LinuxFr participe à cette journée en consacrant une dépêche à une ou des femmes de science. C’est donc un bon prétexte pour dresser le portrait de la chercheuse ukrainienne Kateryna Iouchtchenko (1919-2001) dont le travail a eu une importance considérable sur l’informatique de l’URSS, et pas que.


![Portrait d’Ada Lovelace sur fond de ses écrits](https://img.linuxfr.org/img/68747470733a2f2f692e6962622e636f2f5a634e36306d392f6a6f75726e65652d6164612d6c6f76656c6163652e77656270/journee-ada-lovelace.webp)

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[Lorinda Cherry, la programmeuse Unix qui aimait la course automobile et les chiens et ses consœurs](https://linuxfr.org/news/lorinda-cherry-la-programmeuse-unix-qui-aimait-la-course-automobile-et-les-chiens-et-ses-consoeurs)
[La conquête de l’espace : une affaire féminine, première partie du NACA à la NASA](https://linuxfr.org/news/la-conquete-de-l-espace-une-affaire-feminine-premiere-partie-du-naca-a-la-nasa)
[La conquête de l’espace : une affaire féminine, deuxième partie les missions Apollo](https://linuxfr.org/news/la-conquete-de-l-espace-une-affaire-feminine-deuxieme-partie-les-missions-apollo)
[Delphine Demange et les compilateurs](https://linuxfr.org/news/delphine-demange-et-les-compilateurs)

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Deux précisions : l’écriture ukrainienne se fait avec l’alphabet cyrillique. On peut donc trouver son nom transcrit en alphabet latin de différentes façons selon les langues : Katerina (ou Kateryna) Yushchenko en anglais, Kateryna Juščenko en italien, Kateryna Juschtschenko en allemand, Kateryna Iouchtchenko en français. Je reprends cette dernière graphie. Par ailleurs c’est également le nom de l’épouse de Viktor Iouchtchenko, président de l’Ukraine de 2005 à 2010. Elles ne sont pas de la même génération et ont eu des parcours très différents.


# Petit rappel historique sur la Russie et l’URSS


La carrière et la vie de Iouchtchenko s’étant déroulé principalement pendant la période soviétique, il ne semble pas inopportun d’en rappeler les grandes lignes, sans remonter pour autant à la [Rus’ de Kiev](https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-cours-de-l-histoire/la-rus-de-kiev-chronique-des-temps-passes-7391706) (882–1240), principauté slave berceau de la Biélorussie, de la Russie et de l’Ukraine.


En mars 1917, soit deux ans avant la naissance de Iouchtchenko, les émeutes de Petrograd aboutissent à la fin de l’empire russe avec l’abdication du tsar Nicolas II. Le 7 novembre 1917, les bolcheviques s’emparent du pouvoir, à leur tête Lénine et Léon Trotsky. L’union socialiste soviétique sera créée par la suite avec l’intégration des républiques socialistes soviétiques. Elle comprendra, outre la Russie : l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Biélorussie, l’Estonie, la Géorgie, le Kazakhstan, Kirghizistan, Lettonie, la Lituanie, la Moldavie, le Tadjikistan, le Turkménistan, l’Ukraine, patrie de Iouchtchenko et l’Ouzbékistan où elle effectuera une partie de ses études.


L’URSS était un État fédéral dont toute la production économique était planifiée par l’État et dont le premier dirigeant à été Joseph Staline de 1922 à sa mort en 1953. Le seul parti politique légal (et autorisé, de fait) était le parti communiste de l’URSS. Les États membres gardaient leur culture et leur langue, tout le reste étant décidé à Moscou. Et ce jusqu’à l’arrivée de Mikhail Gorbatchev en 1985 avec [sa glanost (transparence) et sa perestroika](https://www.ouest-france.fr/europe/russie/perestroika-glasnost-les-mots-qui-symbolisent-les-annees-gorbatchev-fac8090c-28f6-11ed-816a-f6aa922adaf4) qui aboutissent à la dissolution de l’URSS en 1992. À ce moment-là, ces États redeviennent totalement indépendants. Iouchtchenko a soixante-treize ans.


# Les années de formation d’une fille d’ennemis du peuple


Le père de Iouchtchenko est arrêté en 1937. L’une des raisons invoquées était qu’il amenait ses élèves en excursion sur des sites historiques ukrainiens, il était donc taxé de « nationaliste ukrainien ». Selon les sources il est condamné à vingt ans (site ukrainien et en ukrainien, [ukrainky.com.ua](https://ukrainky.com.ua/kateryna-yushhenko-donka-voroga-narodu-i-persha-zhinka-programist/)) ou dix ans (site ukrainien en anglais [Development of Computer Science and Technologies in UkraineDevelopment of Computer Science and Technologies in Ukraine](https://www.icfcst.kiev.ua/MUSEUM/theoretical.html)) de prison. Pendant ce temps, sa femme qui essaie de prouver son innocence est, elle aussi, arrêtée et condamnée à la prison. Elle n’en reviendra pas. Ses parents seront réhabilités en 1954, après la mort de Staline.


Iouchtchenko est reconnue comme fille d’ennemis du peuple. Ce qui a des conséquences immédiates sur la poursuite de ses études : elle est expulsée de l’Université de Kiev où elle était inscrite en première année à la faculté de physique et de mathématique. Elle essaie d’en rencontrer le recteur, qui, lui-même, est déclaré ennemi du peuple peu avant et arrêté. En 1939, elle envoie un dossier d’inscription à l’Université de Moscou qui l’accepte mais avec quelques réserves compte tenu de son statut de réprouvée. Finalement elle envoie aussi son dossier à l’Université de Samarcande en Ouzbékistan où elle est admise. Elle va donc y faire une partie de ses études. Elle obtiendra en 1942 un diplôme de second cycle de l’Université d’État d’Asie centrale à Tachkent (Ouzbékistan).


Elle reviendra en Ukraine pour parfaire ses études à l’Institut de mathématiques de l’Académie ukrainienne où elle soutient une thèse de doctorat en 1950 sous la direction du mathématicien probabiliste russe Boris Gnedenko avec qui elle écrira plus tard un livre. Elle est la première femme en URSS à devenir docteur en physique et mathématiques pour la programmation.


# Une carrière de chercheuse et d’enseignante


De 1950 à 1957, elle est chercheuse à l’Institut de mathématiques de Kiev de l’Académie ukrainienne des sciences où le laboratoire de Sergueï Lebedev, créateur du premier ordinateur soviétique, le MESM est transféré en 1954. Iouchtchenko fait partie des personnes qui exploitent le MESM. C’est dans ce laboratoire qu’elle commencera à faire des algorithmes et des programmes de résolution de problème dans des domaines sensibles tels que la fusion nucléaire et la balistique pour le lancement de satellite. Le programme spatial soviétique doit beaucoup à l’Ukraine puisque son fondateur, [Sergueï Korolev](https://www.linternaute.fr/science/biographies/1778094-serguei-pavlovitch-korolev-biographie-courte-dates-citations/), était également ukrainien.


En 1957, elle devient directrice de l’Institut d’informatique de l’Académie ukrainienne des sciences. Elle y créera la première école scientifique de programmation théorique dont la renommée sortira largement des frontières de l’URSS. Elle dirigera plus de 45 thèses au cours de sa carrière et écrira notamment une vingtaine de manuels et cinq livres traduits dans plusieurs langues dont le français.

En 1961-1963, elle co-écrira l’un des tout premiers livres sur les langages de programmation « [Éléments de programmation sur ordinateurs](https://bibliotheques-numeriques.defense.gouv.fr/cdem/document/95e1ce96-aff4-43bc-b475-8fa32d82c06f?portal=358353&cote=PF-4948) », publié en français chez Dunod en 1969 et immédiatement traduit dans plusieurs langues de même que le manuel qui suivra sur la programmation par adresses. Si on est curieux on peut se procurer les *Éléments de programmation sur ordinateur* sur internet pour des prix variant entre quelques euros et une centaine d’euros.

# Le langage de programmation par adresse


Avant le Fortran (1957, John Backus), l’Algol (1957, John Backus et Peter Naur) et le Cobol (1959, Grace Murray Hopper), elle développe sur son temps libre, en 1955, un langage de programmation de haut niveau le [langage de programmation par adresse (APL)](https://en.wikipedia.org/wiki/Address_programming_language). C'est sur son temps libre, parce que l’écriture du langage n’était pas prévue par les programmes officiels dans une URSS où tout était planifié.

L’APL est le premier langage algorithmique du monde et, si on croit cet article du site ukrainien [ukrainky.com.ua (UKR)](https://ukrainky.com.ua/kateryna-yushhenko-donka-voroga-narodu-i-persha-zhinka-programist/), le prototype des autres langages algorithmiques à l’origine des langages algorithmiques actuels. Il sera implémenté sur tous les ordinateurs soviétiques de la première et seconde génération pendant vingt ans. Selon la page [Wikipédia](https://fr.wikipedia.org/wiki/Langage_de_programmation_par_adresse) sur le langage :


> Les idées et outils proposés et mis en œuvre par APL se retrouvent maintenant dans de nombreux domaines liés à la programmation, tels que les types de données abstraites, la programmation orientée objet, la programmation fonctionnelle, la programmation logique, les bases de données et l’intelligence artificielle.


Ainsi les omniprésents code-barres sont dérivés de ces outils.


# Dans la programmation de la dépêche


Si vous voulez en savoir plus les débuts de l’informatique soviétique, je suggère la lecture ou la relecture de la dépêche [La conquête de l’espace : une affaire féminine, deuxième partie les missions Apollo](https://linuxfr.org/news/la-conquete-de-l-espace-une-affaire-feminine-deuxieme-partie-les-missions-apollo) et des liens signalés. D’ailleurs, cette partie gagnerait à être un peu revue au regard de ce que j’ai appris sur le sujet.


Concernant Iouchtchenko, je me suis beaucoup basée sur cet [article en anglais](https://www.icfcst.kiev.ua/MUSEUM/theoretical.html) d’un site ukrainien sur l’histoire du développement de l’informatique en Ukraine. Mais aussi sur l’article de la journaliste ukrainienne Daryna Léonova, [Kateryna Iouchtchenko : l’Ukrainienne qui a inventé le code-barre](https://tyzhden.fr/kateryna-iouchtchenko-une-ukrainienne-qui-a-invente-code-barres/) et celui, en ukrainien, que j’ai cité dans le texte. Pour ce dernier j’ai utilisé une version traduite par Firefox.


Si ça vous amuse, vous trouverez même son [thème astral](https://www.astrotheme.fr/astrologie/Kateryna_Iouchtchenko_(scientifique)), et son [curriculum vitae](https://numericoach.net/CV-aventurine) puisque je l’ai utilisé (son parcours, pas le thème astral) pour un modèle de CV au format OTT compatible avec les logiciels de recrutement.


Sinon, les dépêches précédentes pour la journée Ada Lovelace figurent dans les liens, et, normalement, vous devriez trouver les contenus sur les femmes de sciences sous l’étiquette [femme_de_science](https://linuxfr.org/tags/femme_de_science/public).



Si vous avez des noms, n’hésitez pas.
