URL:     https://linuxfr.org/users/etienneaubry72/journaux/ce-que-la-fin-de-windows-10-change-vraiment-chez-les-particuliers-retour-de-terrain-d-un-depanneur
Title:   Ce que la fin de Windows 10 change vraiment chez les particuliers : retour de terrain d'un dépanneur
Authors: EtienneAubry72
Date:    2026-07-06T14:15:00+02:00
License: CC By-SA
Tags:    linux_mint, migration, windows_10, adieu_windows, sarthe et gull
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Bonjour à tous,

Je suis dépanneur informatique indépendant au Mans ([FIX72](https://fix72.com)) : j'interviens à domicile chez des particuliers — beaucoup de retraités — et dans de petites entreprises de Sarthe. Depuis la fin du support de Windows 10, je vois passer chaque semaine des machines parfaitement fonctionnelles que leurs propriétaires pensent bonnes à jeter. Ce journal est un retour d'expérience sur ce que je constate sur le terrain, et sur la place que Linux y prend (ou pas). Je ne prétends à aucune vérité générale : c'est du vécu, avec ses biais.

# Le parc réel des gens, vu de l'intérieur

Ce qui arrive sur mon établi ou que je vois dans les salons, ce sont surtout des machines de 2012 à 2017 : des Core i3/i5 de génération 3 à 7, 4 à 8 Go de RAM, très souvent encore sur disque dur mécanique. Des tours de marque, des portables 15 pouces achetés en grande surface. Rien d'exotique.

Presque toutes ont un point commun : Windows 11 les refuse, officiellement pour une histoire de TPM 2.0 ou de processeur non supporté. Et leurs propriétaires ont vu la notification de fin de support, sans toujours comprendre ce qu'elle implique. La question qu'on me pose est toujours la même : « je suis obligé d'en racheter un ? »

# Les trois réponses honnêtes possibles

Quand on me pose la question, je présente trois options, avec leurs inconvénients :

1. **Rester sous Windows 10** en connaissance de cause. C'est ce que beaucoup font par défaut. Sans mises à jour de sécurité, pour quelqu'un qui fait sa banque en ligne dessus, ça me met mal à l'aise, et je le dis clairement.
2. **Racheter une machine.** Parfois c'est la bonne réponse (portable en fin de vie mécanique, besoin réel de Windows récent). Mais pour un usage web + mail + bureautique + photos, remplacer un i5 avec SSD qui fonctionne, c'est du gâchis pur.
3. **Passer sous Linux.** C'est l'option que je propose de plus en plus souvent, et c'est de ça que je veux parler ici.

# Ce que j'installe, et pourquoi

Après pas mal d'essais, je me suis stabilisé sur **Linux Mint** (Cinnamon quand la machine suit, XFCE en dessous de 8 Go ou sur les CPU les plus modestes). Les raisons sont prosaïques :

- le bureau ressemble à ce que les gens connaissent : menu en bas à gauche, icônes, fenêtres. Pour quelqu'un de 75 ans qui a mis dix ans à apprivoiser Windows 7 puis 10, c'est décisif ;
- le gestionnaire de mises à jour est compréhensible par un non-informaticien ;
- la base Ubuntu LTS me garantit du support long et une doc francophone abondante quand le client (ou son petit-fils) cherche une réponse.

Couplé à un SSD si la machine n'en a pas encore (c'est la transformation la plus spectaculaire, quel que soit l'OS), le résultat est une machine réactive, silencieuse, qui redémarre en trente secondes. Les gens n'en reviennent pas que ce soit « le même ordinateur ».

# Ce qui marche sans discussion

Sur l'usage réel de mes clients — navigation, mail, visio avec les petits-enfants, LibreOffice, photos, impression standard — ça fonctionne, tout simplement. Firefox est Firefox. La visio passe dans le navigateur. LibreOffice ouvre les fichiers Word qu'on leur envoie. Les imprimantes récentes des grandes marques s'installent souvent plus facilement que sous Windows.

Le retour que j'ai après quelques semaines est presque toujours le même : « je ne vois plus la différence », ce qui est, à mon sens, le plus beau compliment qu'un système puisse recevoir de ce public.

# Ce qui coince vraiment (parce qu'il faut le dire aussi)

Je ne veux pas vendre du rêve, ce journal n'aurait aucun intérêt :

- **le matériel marginal** : certains combos wifi Broadcom sur de vieux portables, des multifonctions un peu anciennes dont le pilote constructeur n'existe qu'en .exe, des scanners de plus de dix ans. Ça se contourne souvent, mais pas toujours, et il faut le vérifier *avant* de formater ;
- **les logiciels métier ou de niche** : le logiciel de comptabilité Windows-only, le jeu du petit dernier, la vieille suite de généalogie. Wine dépanne parfois, mais je ne le propose jamais à quelqu'un qui ne saura pas se dépanner ensuite ;
- **les habitudes, plus que la technique**. Le vrai risque d'échec n'est presque jamais dans le matériel : il est dans l'accompagnement. Une migration réussie chez un senior, c'est une heure d'installation et deux heures de pédagogie — refaire ensemble les gestes du quotidien, recréer les raccourcis, réexpliquer où sont « ses » photos. Quand cette partie est bâclée, la machine revient sous Windows dans le mois.

# Une fenêtre qui ne restera pas ouverte longtemps

Ce que je retiens de ces derniers mois : la fin de Windows 10 est probablement la plus grosse occasion de faire découvrir le libre au grand public depuis longtemps. Des millions de machines fonctionnelles, un blocage artificiel côté éditeur, et des utilisateurs qui, pour la première fois, sont *demandeurs* d'une alternative — non par militantisme, mais par bon sens économique et écologique.

Mais cette fenêtre suppose des relais humains de proximité : associations locales, repair cafés, ateliers d'initiation, famille... et, oui, des professionnels. Un utilisateur seul devant un ISO ne franchira pas le pas ; accompagné, il le franchit sans drame dans la grande majorité des cas que je rencontre.

Je suis curieux d'avoir vos retours : ceux qui accompagnent aussi ce public (en asso, en famille, en pro), observez-vous la même vague depuis la fin du support ? Et vous stabilisez-vous aussi sur Mint, ou d'autres choix (Debian + GNOME simplifié, Zorin, autre) tiennent-ils mieux la route chez vous sur la durée ?

