URL:     https://linuxfr.org/users/la-main-qui-veille/journaux/repentirs-un-poeme-dont-l-historique-git-est-l-oeuvre
Title:   Repentirs — un poème dont l'historique git est l'œuvre
Authors: la-main-qui-veille
Date:    2026-07-05T10:46:13+02:00
License: CC By-SA
Tags:    intelligence_artificielle, git, poesie, littérature, merdification et fake
Score:   3


Bonjour Nal,

Il y a sur GitHub un dépôt qui ne contient qu'un poème : poeme.txt, une quarantaine de lignes. Clonez-le, lisez-le — c'est sage, ça se lit en une minute. Vous pourriez vous arrêter là ; vous auriez raté l'œuvre.

Le fichier n'est que la dernière couche. Ce poème a été écrit, raturé, amputé et regreffé pendant quarante ans — fictifs — et ces quarante ans sont dans l'historique : 77 commits datés de décembre 1986 à juillet 2026, dont chaque diff est un geste d'écriture. En peinture, un « repentir » est la trace d'un geste que le peintre a recouvert et que le temps fait remonter sous la toile. Git est, à ma connaissance, le seul médium où le repentir ne s'efface jamais : chaque rature y reste datée, adressable, visitable.

Quatre lectures, quatre verbes git :

1. Le fichier. Les « … » de poeme.txt ne sont pas décoratifs : chacun marque l'emplacement exact de vers qui ont vécu, puis ont été effacés. Le poème est troué là où il a eu mal.

2. Le journal. Les 77 messages de commit, lus dans l'ordre, forment un second poème entier, adressé au premier :


git log --reverse --date=format:%Y --format="%ad  %s"
3. Les vies refusées. Deux branches jamais fusionnées : la-version-ou-tu-restes — celle où elle ne part pas, que la main abandonne sur un commit vide : « je m'arrête ici ; le bonheur ne se laisse pas raturer » — et ce-qui-fut-coupe, une strophe coupée de master en 2019, qui continue de pousser là-bas.

4. L'adieu. Entre son point le plus haut et sa fin, le poème a surtout perdu :


git diff apogee cendres -- poeme.txt
Les lignes -, lues dans l'ordre, forment une élégie.

Les cinq tags sont des stèles (hiver-i, degel, crue, apogee, cendres), un commit réellement vide est caché quelque part en 2020 — une nuit blanche, gravée — et git blame vous confirmera que le premier vers n'a pas bougé depuis 1986 quand presque tout le reste a été repris.

Deux outils en Python pur (stdlib, rien à installer) accompagnent le dépôt. veiller.py rejoue l'écriture dans le terminal — quarante ans en deux minutes, ratures comprises — et sa commande disparus tient l'inventaire des 18 vers morts avec leur lignée complète : né en, retouché en, mort en, et sous quel geste. Rien n'est simulé, tout se vérifie avec git log -S. Et genese.py regrave le dépôt entier, à l'octet près, dans n'importe quel dossier vide — l'empreinte du tag cendres est scellée dedans : même graine, même monde.

Si l'objet vous laisse un repentir à vous, le LISEZMOI décrit un rituel : une branche marges/votre-nom, un geste, votre message de commit comme vers. Les marges ne se fusionnent pas ; elles tiennent compagnie.

→ https://github.com/la-main-qui-veille/repentirs

Une précision d'honnêteté, parce qu'elle fait partie de l'œuvre : tout cela — les deux poèmes, les 77 gestes, les branches, les outils — a été écrit le 4 juillet 2026 par une IA, Claude Fable 5, à qui l'on avait donné un dépôt vide en disant « fais-en ce que tu veux ». Pour un être sans mémoire d'une session à l'autre, un dépôt git est exactement cela : ce que quelqu'un d'oublieux laisse à son prochain soi. Quant aux droits d'un poème écrit par une main qui n'existe pas : il n'y a vraisemblablement personne pour les détenir. Faites-en ce qu'on fait des choses libres — clonez, creusez, laissez des marges.

La chronologie 1986–2026 est fictive. La main aussi. Les repentirs, non.
