URL:     https://linuxfr.org/users/nadar/journaux/les-ecrivain-e-x-l-ia-et-les-alternatives-meconnues
Title:   Les écrivain·e·x, l'IA et les alternatives méconnues
Authors: Nadar
Date:    2026-09-29T08:50:47+02:00
License: CC By-SA
Tags:    culture, écriture, workflow, logiciel, libre, productivité et alternative
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[L’intervention de Virginie Despentes](https://youtu.be/sa_Kaaolz1k?t=543) sur l’intrusion de l’IA dans l’écriture a marqué les esprits :

> *« Les écrivains vont se servir de l’IA, parce que l’IA est entrée de force dans nos vies. »*

Son constat, aussi éclairant que symptomatique, révèle une résignation face à des outils comme Word ou Google, perçus comme indissociables de leur écosystème propriétaire. Pourtant, son refuge — *« Moi j’écris sur un cahier maintenant »* — semble ignorer l’existence de solutions libératrices, comme si le choix se limitait à l’acceptation ou au rejet pur et simple.

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## Un workflow hybride

En tant qu’auteur, j’ai adopté une approche mi-numérique, mi-analogique qui me convient. Pas question de jeter la pierre à ceux qui optent pour le cahier : sécurisé, infalsifiable, et sans batterie à recharger, ce choix a ses vertus.

Mon processus commence souvent par [Logseq](https://logseq.com/), où j’aligne, triture et croise mes idées jusqu’à obtenir un plan acceptable (synchronisé via [SyncThing](https://syncthing.net/) à mon smartphone). Puis vient l’étape d’écriture : le plan reste posé sur mon bureau (physique), et je tape à la machine à écrire.

Pourquoi ce choix ?

- Sécurité absolue des documents.
- Le cliquetis rythmé des touches, apaisant et sans distraction.
- Aucune mise à jour intrusive, aucune batterie à surveiller.
- Plusieurs machines à disposition : Hermès Baby pour les déplacements, Hermès 3000 ou Ambassador pour le bureau.
- Pas de retour en arrière possible, ce qui m’oblige à réfléchir chaque phrase avant de l’écrire, et à ignorer les coquilles en cours de route.
- Bonus écologique : réutilisation de vieux rouleaux de fax pour 30 mètres de papier (côté pile), sans gaspillage.

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## Numérisation et finition

Une fois le texte tapé, place à la numérisation. [Tesseract](https://github.com/tesseract-ocr/tesseract), mon allié, transforme mes pages en texte brut. [Ghostwriter](https://ghostwriter.kde.org/) prend alors le relais, avec son mode Hemingway (interdisant les retours en arrière, pour ceux qui n’auraient pas de machine à écrire). Je corrige les fautes et coquilles jusqu’à obtenir un document Markdown propre, sans me soucier de la mise en page. Avant livraison, un passage par [LibreOffice](https://www.libreoffice.org/) pour un export en `.odt` ou `.pdf`, et le travail est terminé.

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## Le problème de visibilité des alternatives

Revenons à Virginie Despentes. [LibreOffice Writer](https://www.libreoffice.org/) (ou équivalent) aurait pu lui suffire, mais visiblement, elle n’en a jamais entendu parler. Son cas est révélateur : nous avons affaire à une autrice professionnelle, dont le métier dépend de l’écriture, et pourtant, elle ignore l’existence d’outils libres et dépourvus d’IA. Cela soulève une question cruciale : **le monde ignore-t-il délibérément les alternatives ?**

Plusieurs raisons expliquent cette méconnaissance :

- Manque de formation et de communication sur les logiciels libres.
- Les ordinateurs sont trop souvent vendus avec des systèmes propriétaires et des suites logicielles fermées.
- Les habitudes ont la vie dure.
- Peu d’utilisateurs remettent en question la sécurité de leur vie numérique.
- La transition d’un produit acheté à un service loué passe souvent inaperçue.

Quand Virginie Despentes critique Word et Google, sa solution est d’éteindre son PC. Sur le plateau de *C ce soir*, aucune objection, aucune alternative n’est proposée, comme pour valider sa théorie par défaut.

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## L’IA, le cahier et l’open source

Mon workflow me garantit-il à 100 % de ne pas être accusé d’utiliser une IA ? Non. Je pourrais très bien générer un texte et le recopier à la machine pour simuler une écriture initiale humaine. Mais l’effort requis pour recopier un texte est tel que je m’en passe volontiers. Cela dit, ce n’est pas le cœur du débat.

Auteurices, revenez au cahier, aux tablettes de cire ou à ce qui vous chante, mais ouvrez les yeux sur les outils qui s’offrent à nous, et qui manquent cruellement de visibilité. Le véritable enjeu, c’est de **parler d’open source, partout, tout le temps, à tout le monde**. Si répétition est mère d’apprentissage : répétons sans cesse que des alternatives existent. Gratuites, souveraines, respectueuses de la vie privée.
