URL:     https://linuxfr.org/users/pas_pey/journaux/la-crise-economique-qui-vient
Title:   La crise économique qui vient
Authors: pas_pey
Date:    2026-04-30T11:57:38+02:00
License: CC By-SA
Tags:    économie, crise, intelligence_artificielle, blackrock, bulle, états-unis et vincent_bolloré
Score:   9


Je profite du journal de [Thomas](https://linuxfr.org/users/ryan) sur l'envolée des prix des IA ([ici](https://linuxfr.org/users/ryan/journaux/l-envolee-des-prix-des-agents-ia)) pour te parler des autres problèmes que connaîtra sans doute l'économie mondiale dans les semaines ou les mois à venir.

L'analyse n'est pas de moi mais de [Frédéric Lordon](https://fr.wikipedia.org/wiki/Fr%C3%A9d%C3%A9ric_Lordon), qui en parle de manière beaucoup plus détaillée dans le [diplo](https://www.monde-diplomatique.fr/2026/05/LORDON/69499) du mois de mai, disponible en kiosques (éviter les Relay, propriété de Bolloré), mais aussi en libre accès sur son blog, [La pompe à phynance](https://blog.mondediplo.net/la-crise-financiere-qui-vient). Je tente un petit résumé succinct ci-dessous.

Beaucoup attendaient en effet la crise du côté de la bulle IA, comme on avait vu venir la bulle internet en 2000. Lordon relativise énormément cette piste : pour lui, les krachs boursiers ne font en général pas trop de dégâts. Ce qui détruit vraiment les économies, ce sont les crises de la dette — et de la dette privée, précise-t-il (pas publique, quoi qu'on nous rabâche en permanence).

**La prochaine bombe** s'appelle le _private credit_. Le principe : des fonds gérés par Blackrock, Blackstone et consorts prêtent directement à des entreprises moyennes qui n'ont plus accès aux banques ni aux marchés obligataires car trop petites / trop risquées. Rendement annoncé de 10 %, en échange d'actifs totalement illiquides du fait de retraits limités contractuellement à 5 % par trimestre et de l'absence de titrisation. Tout va bien quand tout va bien.

Sauf que l'IA est effectivement en train de ravager le secteur de la tech, dans lequel ces fonds sont investis à hauteur de 20 à 30 %. Les taux de défaut sont passés de 1 % début 2024 à 5,8 % fin 2025, et UBS estime qu'ils pourraient atteindre 15 %, avec 35 % des actifs en danger. Les investisseurs commencent à vouloir sortir : Blackrock a reçu des demandes de retrait à 9 %, Morgan Stanley à 11 %, Cliffwater à 14 %. Tout le monde ne sert que les 5 % contractuels. Blue Owl, lui, a versé zéro.

Le problème, c'est que **les banques ont elles aussi massivement prêté** à ces fonds — 1 800 milliards de dollars d'engagements. L'encours total du _private credit_ dépasse 1 500 à 2 000 milliards, soit le double des subprimes en 2008. Si des fonds tombent, des banques tombent avec. Wells Fargo est exposée à hauteur de 60 milliards. On commence à parler de risque systémique, et le mot Lehman ressurgit.

Pour couronner le tout, la dette des ménages américains est elle aussi sous forte tension : 8 % de retards sur les crédits auto et les cartes de crédit, 14 % sur la dette étudiante, 12 % sur l'immobilier commercial — un record depuis 2008. Et la guerre contre l'Iran, déclenchée dans ce contexte, désorganise le marché pétrolier et les chaînes d'approvisionnement mondiales au pire moment possible, en renchérissant les coûts des entreprises, réduisant ainsi leurs marges et leurs capacités de remboursement.

Lordon conclut en décrivant **la mécanique bien connue de la crise de liquidité** : tout le monde cherche du cash mais plus personne ne prête à personne, le crédit se fige, la banque centrale finit par envoyer les « camions citernes ». Un effet d'emballement potentiellement plus dévastateur que la crise des subprime, les capacités des états à porter secours aux banques étant diminuées.

Il note aussi que Michael Burry — celui du [Big Short](https://fr.wikipedia.org/wiki/The_Big_Short_(livre)) — a d'ores et déjà massivement liquidé ses positions pour revenir au cash, tout comme Warren Buffet. 

Et il termine sur une note politique : contrairement à 2008, il faudrait cette fois faire quelque chose (de radicalement différent) de cette nouvelle crise majeure.

L'article est long, dense, et sourcé. Ça se lit d'une traite. Comme je suis sympa je vous remets [le lien](https://blog.mondediplo.net/la-crise-financiere-qui-vient).
