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: La brevetabilité des inventions mises en oeuvre par ordinateur adoptée par le Conseil

Posté par ghunt (page perso, ). Modéré le 07 mars 2005.
Le Conseil a adopté ce matin une position commune sur la directive sur les brevets logiciels, malgré les demandes de la Pologne, du Danemark et du Portugal de passage en point B (acte sujet à discussion, contrairement aux points A où le Conseil se contente d'un vote solennel).

La présidence luxembourgeoise a fait fi du règlement intérieur du Conseil en refusant que le passage en point B soit soumis à un vote à la majorité qualifiée, comme c'est la règle. Elle a décidé unilatéralement de la maintenir dans la liste des points A, liste acceptée par le Conseil.

L'Espagne a voté contre la directive, alors que l'Autriche, l'Italie et la Belgique se sont abstenus. La directive est donc adoptée à la majorité qualifiée.

> Lire la dépêche (519 commentaires, moyenne: 2,6).  

Vous avez demandé le commentaire #543300.

Quid du futur ?

Posté par Manuel Menal (page perso, ) le 07/03/2005 à 14:44. (lien). Évalué à 10.

Pour compléter un peu la seconde partie de la nouvelle, où je ne pouvais
pas tout mettre, notamment pas mon propre jugement ;-)

Il serait assez improbable que l'acte soit adopté tel quel par le
Parlement, à moins d'un retournement, toujours possible, des groupes les
moins décidés sur la question - une partie des socialistes européens,
peut-être les libéraux. N'oublions pas que beaucoup ont changé d'avis en
cours de route, dans les deux sens, et qu'il est très inconfortable
d'être en désaccord avec les lobbies très actifs à Luxembourg et à
Strasbourg : aussi, le moindre changement du rapport de force - et la
décision du Conseil en est forcément un, très important - peut avoir des
conséquences désatreuses.

Je ne pense pas que les députés européens se risquent à refuser la
directive. Premièrement, parce qu'il y a, de fait, un flou juridique, et
qu'il serait injustifiable de ne pas le combler. Deuxièmement, parce que
même si on en restait effectivement au statu quo actuel, l'OEB se
verrait confortée dans ses pratiques illégales et n'hésiterait pas à les
mettre en oeuvre. Troisièmement, parce que le Conseil et la Commission
auraient alors tout le loisir de lancer une autre procédure, sous un
titre différent, jouant sur les failles - nombreuses - des procédures
européennes pour légaliser les pratiques de l'OEB.

La position la plus probable est celle de la première lecture : un
nouveau projet, amendé. Mais comme le précise la nouvelle, les
amendements devront être adoptés à la majorité absolue (50% des membres)
et non à la majorité simple (plus de POUR que de CONTRE). Rappelons nous
que le vote du 24 septembre 2003, où le Parlement adoptait une directive
considérablement modifiée pour imposer de réelles limites à la
brevetabilité, a été adopté à 316 voix POUR, et 157 CONTRE (28
abstentions,
cf. http://brevets-logiciels.info/wiki/wakka.php?wiki=VoteDu24Septembre(...)
pour plus de détails). Dans cette configuration, il est clair que la
majorité absolue passerait. Mais le Parlement Européen a changé : 10
pays nouveaux ont été adoptés, et, outre la Pologne, ils ne comptent pas
parmi les grands opposants au texte. Rappelons la volonté de ces pays de
s'intégrer avant tout au nouveau capitalisme libéral, et de se
rapprocher plus des États-Unis, premiers partisans des brevets
logiciels, que de l'Europe. Rappelons aussi que les nouveaux députés
disposent de moins d'appui, de moins d'expérience, et qu'ils sont plus
susceptibles de répondre au lobbying déjà très influent. Rappelons enfin
que si en France, la gauche l'a largement emporté, et que celle-ci est
majoritairement contre les brevets logiciels, ça n'est pas le cas
partout en Europe, puisque le PPE (Parti Populaire Européen, principal
groupe de droite au Parlement) s'est trouvé légèrement renforcé au
sortir de cette élection. Les Verts/ALE et la GUE/NGL, les deux groupes
les plus engagés contre les brevets logiciels sont eux légèrement
affaiblis.

Bref, l'incertitude se trouve surtout sur l'obtention de la majorité
absolue ou non, et l'affaire est loin d'être gagnée. Mais quand bien
même on obtiendrait le vote à la majorité absolue d'un acte amendé, que
se passerait-il ?

On entrerait alors dans une procédure dite de conciliation (même système
qu'en France entre l'Assemblée Nationale et le Sénat - l'Union se trouve
pour la co-décision dans une situation proche des systèmes bicaméraux,
le Conseil jouant le rôle du Sénat. Ne s'agissant pas d'une Chambre, on
parle plus souvent de bicéphalie). Cela signifie qu'un comité est formé
avec des députés européens et des membres du Conseil, à parité. Ce
comité est chargé, comme son nom l'indique, de trouver un consensus, un
projet commun.

Il faut se souvenir que nous avons en face de nous un Conseil et une
Commission quasiment unanimement pour les brevets logiciels. Il n'y a
qu'à voir comment il faut se battre pour avoir -un- membre qui s'oppose,
et comment nous n'y sommes arrivés que très partiellement cette
fois-ci. Il est très, très probable que l'ensemble des membres du
Conseil qui composeraient le comité seront pour les brevets logiciels.
En face, le Parlement est très divisé. Le vote de septembre 2003
reflète mal cette division, puisque le POUR ne correspondait pas
exactement à ceux qui s'opposent réellement à la brevetabilité des
logiciels. Il est donc très probable que quelques membres, au moins
deux, du Parlement qui seront représentés au comité, seront pour. Et ils
se verront confortés par l'appui de la Commission, le lobbying, et les
autres membres issus du Conseil.
De plus, notre lobbying est meilleur sur le grand nombre - les
pétitions, les lettres envoyées, etc. - que sur un groupe concentré de
personnes. Le lobbying des pro-brevets, en revanche, est bien plus
efficace sur un petit groupe. Les membres du Comité seront soumis
à du lobbying et à des pressions énormes, n'en doutons pas. Saura t'on
faire le poids en face, et sauront ils y faire face ? La question se
pose.

Toujours est-il que de ces points, on en déduit que le Comité penchera
très probablement en faveur des brevets logiciels. (même si la
répartition actuelle est conservée : l'espagne représente 27 voix sur
237. C'est moins qu'1/6. S'ils ont un représentant, qui doute que plus
d'un parlementaire sur 6 sera en faveur des brevets logiciels ?).
Il y a tout de même deux possibilités :

1) les négociations n'aboutissent pas, le Comité ne peut présenter de
projet commun. On reste dans la situation de flou juridique connue,
et la situation me semble favorable à l'OEB et à la Commission, qui
saura arguer de l'incapacité des institutions à se mettre d'accord,
et donc de la nécessité de clarifier la situation coûte que
coûte. Ca s'est déjà vu, ça s'est déjà fait.

2) les négociations aboutissent sur un projet commun. On considérera
qu'il est pro-brevets, au vu des arguments plus haut.

Le Conseil décide à la majorité qualifiée. La majorité qualifiée, c'est
169 voix sur 237. L'Espagne représente 27 voix. Le Danemark 7. On est à
203. Reste 34 voix, soit, la Pologne et la Finlande. Arriver à
mobiliser deux pays majeurs (>20 voix) comme l'Espagne et la Pologne
serait un exploit considérable. Rallier en plus deux plus petits pays me
paraît de l'utopie - même si on continuera à faire tout pour.

Le Parlement Européen décide à la majorité absolue. Si le Parlement
refuse l'acte, il ne sera pas adopté. À voir où on va après ça...

Moralité : en terme d'actions, le lobbying sur le Parlement Européen
*ET* sur les pays potentiellement bougeables (Pologne, Danemark,
Allemagne, Espagne, ...) est fondamental, nul n'en doute. Le Parlement
n'est pas conquis, loin de là, il faut continuer le travail au corps.

Mais la situation est quelque peu bloquée par ce vote. En effet, il est
peu probable que la directive originelle soit adoptée, dorénavant : il
faudrait que le Conseil vote pour en seconde lecture (qu'il ne vote pas
contre, éventuellement, qu'il vote pour, j'aimerais voir), ou alors que
le Comité se décide pour. Le deuxième cas est le moins improbable, il
faut batailler pour qu'il arrive. Le redémarrage de la procédure peut
aussi être une issue.

Dans tous les cas, je pense qu'on est tous dégoûtés d'un tel déni de
démocratie, aussi flagrant, aussi volontaire. Je tiens à rappeler qu'un
référendum se tiendra le 29 mai, et que ce à quoi on a pu assister n'est
pas qu'une affaire liée aux brevets logiciels : c'est la preuve qu'il y
a quelque chose de pourri dans les institutions européennes, et le fait
que le Traité Constitutionnel renforce la position du Conseil ne laisse
rien présager de bon. D'autant plus que, vous en vous doutez, chaque
semaine, des dizaines d'autres directives passent de la même façon, sans
le moindre débat, avec le plus grand mépris des représentations du
peuple, qu'elles soient nationales ou européennes. Maintenant, le
meilleur combat compte tenu des prochaines échéances, pour que la
directive sur les brevets logiciels ne passe pas, c'est le NON au
référendum - et la participation à la réflexion sur une Europe plus
démocratique.

DISCLAIMER: IANAL, je ne suis pas juriste. À peine étudiant en sciences
politiques. A priori je devrais pas dire trop de conneries sur les
procédures, si c'est le cas, faites le moi savoir, et je m'en excuse par
avance.

  • [^]Re: Quid du futur ?

    Posté par Lejade Olivier (page perso, ) le 07/03/2005 à 15:07. (lien). Évalué à 6.

    Merci pour ce résumé. Juste une question :

    le fait que le Traité Constitutionnel renforce la position du Conseil ne laisse rien présager de bon.


    Pourrais-tu nous indiquer où exactement tu as lu ça dans la constitution ?
    Rocard, parlant de ce qu'apportait la constitution, semblait dire l'inverse :
    quelques extensions — pas assez à mon avis — des compétences sur lesquelles l'Europe décide à la majorité qualifiée et avec décision parlementaire.

    Du coup, ça serait bien de se référer directement au texte si tu as des références...

    Merci d'avance,

    O.

    • [^]Re: Quid du futur ?

      Posté par Antoine () le 07/03/2005 à 15:16. (lien). Évalué à 4.

      Pourrais-tu nous indiquer où exactement tu as lu ça dans la constitution ?

      Il reprenait les propos du communiqué de la FFII :

      This is a very sad day for democracy, and casts a very dark shadow over the European Constitution, which will give the Council even more power.

      Avec cette opinion assez violente d'un des représentants de la FFII :

      It is absolutely unfathomable what happened today. I cannot see how
      the promoters of the European Constitution can still support it with
      a straight face. This event shows that something is clearly rotten
      in the city of Brussels at the Council building. Why on Earth do we
      still have the rules that state that national parliaments should be
      taken into account by the Council?

      Things would be much more easier if we scrapped all those rules
      and simply wrote down "The Council presidency and Commission
      can do together whatever they like". There's no need for those pesky
      democratically elected parliamentarians to interfere with the smooth
      decision making process of the Council, since its only goal appears
      to be to please big business and to produce as many texts as the
      sausage machine can bear.

      This is absolutely disgusting.


      http://wiki.ffii.org/Cons050307En(...)

      • [^]Re: Quid du futur ?

        Posté par fabb () le 07/03/2005 à 17:29. (lien). Évalué à 2.

        > Avec cette opinion assez violente d'un des représentants de la FFII :

        T'as mal compris son propos je crois. Il ne dis pas que le nouveau traité n'est pas bon mais il dit que cette "mauvaise nouvelle" discrédite ceux qui ont rédigé le nouveau traité, le nouveau traité, et ses "supporteurs".

        Sur ce point, je le rejoins.

      [^]Re: Quid du futur ?

      Posté par Grumbl (page perso, ) le 07/03/2005 à 17:07. (lien). Évalué à 4.

      Citation :


      Pourrais-tu nous indiquer où exactement tu as lu ça dans la constitution ?
      Rocard, parlant de ce qu'apportait la constitution, semblait dire l'inverse :

      quelques extensions — pas assez à mon avis — des compétences sur lesquelles l'Europe décide à la majorité qualifiée et avec décision parlementaire.


      Du coup, ça serait bien de se référer directement au texte si tu as des références...

      fin de citation.

      Si j'ai tout bien compris, la directive sur les brevets logiciels est *déjà* concernée par la co-décision (c'est à dire qu'il s'agit d'une compétence sur laquelle l'Europe décide à la majorité qualifiée avec décision parlementaire).

      Sous réserve de ma bonne compréhension des choses, ce qui est en train de se passer sur les brevets logiciels est donc ce progrès des valeurs démocratiques vanté par Michel Rocard dans le traité pour une const. européenne.

    [^]Re: Quid du futur ?

    Posté par boubou (page perso, ) le 07/03/2005 à 15:43. (lien). Évalué à 4.

    Maintenant, le meilleur combat compte tenu des prochaines échéances, pour que la directive sur les brevets logiciels ne passe pas, c'est le NON au référendum - et la participation à la réflexion sur une Europe plus démocratique.

    Par delà le combat contre les brevets logiciels, je rappelle un argument massue contre cette constitution : elle ne sera pas votée par l'intégralité des citoyens européens. De plus, le principe "un être humain = une voix" ne sera pas respecté, puisque ce sont les états qui décideront, pas les citoyens. Rien que ça, c'est répugnant.

    • [^]Re: Quid du futur ?

      Posté par fabb () le 07/03/2005 à 17:33. (lien). Évalué à 2.

      > De plus, le principe "un être humain = une voix" ne sera pas respecté,

      C'est déjà le cas. Par contre pour le nouveau traité c'est faux. "un être humain = une voix" est respecté. Sauf qu'en plus il faut l'accord de 60 % des états (je ne suis pas sûr du "60 %"). Puis ça dépend des domaines. Dans certains domaines il reste un droit de veto.

      • [^]Re: Quid du futur ?

        Posté par ptitatou () le 07/03/2005 à 18:42. (lien). Évalué à 2.

        Il ne te parle pas de l'approbation de directive ou lois-cadre, il te parle de la ratification du traitée, dans ce cas, effectivement tout le monde ne votera pas sur ce texte.

        Quand au domaines de décisions si malheureusement elle est appliquée, beaucoup reste à l'unanimité (économie, social, politique internationale, ...) et quelques unes passent à la majorité qualifiée (politique de la peche, aides exterieures, ..). On voit bien que toute les décisions importantes de la politique communautaire restent à l'unanimitée.....

    [^]Re: Quid du futur ?

    Posté par fabb () le 07/03/2005 à 17:21. (lien). Évalué à 0.

    Commentaire très intéressant.

    > Maintenant, le meilleur combat compte tenu des prochaines échéances, pour que la directive sur les brevets logiciels ne passe pas, c'est le NON au référendum

    C'est complètement faux.
    Ceci dit, faire un peu de menace au non en travaillant l'UMP et le PS n'est pas un mauvaise idée.


    NB : la France, dans les actes, a une position pro-brevet.