Voilà. C'est presque fait.
D'après tous les sondages qui convergent et s'amplifient depuis des semaines c'est le NON qui va l'emporter dimanche.
Difficile d'analyser ce que je ressens vraiment. Un mélange de rage et de tristesse sans doute.
Je me suis embarqué le mois dernier dans un éprouvant voyage au c½ur de la littérature concentrationnaire ("Les naufragés et les rescapés" de Primo Lévi, "L'écriture ou la vie" de Jorge Semprun, "La nuit" d'Elie Wiesel). J'ai même lu avec un sentiment d'horreur absolu le livre "Des voix sous la cendre" qui regroupe les divers témoignages des membres de l'impensable Sonderkommando d'Auschwtiz. Ces récits ont été retrouvés, cachés dans des bouteilles ou dans des boites, et enterrés à proximité des crématoires.
Quand on émerge de ces livres on est anéanti mais on est aussi, très paradoxalement, fier de l'évolution de l'Europe tout au long des soixante dernières années.
Après un monstrueux cataclysme, après un génocide industriel sans précédent dans l'histoire de l'humanité, après un maelström de douleur et de mort "ils" ont réussi à rebâtir. Les Européens de cette génération ont su reconstruire un espoir et l'incarner dans un lent processus. La paix est maintenant la norme. Le commerce et l'échange ont remplacé les revendications territoriales et les persécutions. Nous voyageons librement à travers toute l'Union et nous ne craignons plus pour nos vies ou nos biens.
Mais au fil des ans les pionniers de cette courageuse reconstruction sont morts. Les témoins directs du génocide se font rares. Les générations ont changé.
Le flambeau est maintenant passé entre nos mains. Est-ce que l'éducation que nous avons reçue a été suffisante pour nous faire prendre conscience de l'extraordinaire expérience historique que nous vivons ? De son caractère inédit et miraculeux ? Est-ce que nous savons encore d'ou nous venons ? Et surtout est-ce que nous aurons le courage de continuer dans cette voie ? D'oublier nos querelles, nos haines, nos égoïsmes, nos peurs pour essayer de vivre et de bâtir ensemble ?
Finalement la réponse est non.
Non, nous ne sommes pas capables de faire preuve de générosité envers nos frères européens plus pauvres, de compassion envers leur esclavage politique de cinquante ans. Le débat est resté ignominieusement focalisé sur "ce que ça va nous coûter".
Non, nous ne sommes pas prêts à faire des compromis avec autrui alors que c'est le fondement même de la vie en société.
Chacun est resté dans son monde. Ou plutôt dans sa représentation du monde. La droite souverainiste continue de s'enfermer dans son fantasme xénophobe d'indépendance nationale. La gauche radicale continue de saboter le progrès social réel en rêvant d'un illusoire grand soir révolutionnaire. Et les autres, la masse, se fout éperdument de tout cela du moment qu'elle peut continuer à regarder TF1 et à se bâfrer.
C'est ça qui est le pire, le plus douloureux : Prendre conscience que c'est surtout moi qui ai été un imbécile, un aveugle historique. Avoir cru que nous avions changé l'histoire de l'humanité, que la réconciliation européenne et la construction commune d'une entité transcendant les nations était la démonstration qu'un autre monde était possible. Que nous avions ouvert un chemin vers une unification mondiale en acceptant de renoncer à nos haines et à nos petitesses. Qu'un processus séculaire était enclenché qui, sans détruire nos particularismes locaux, pourrait nous unifier tous sur des questions globales.
Que l'Union Européenne était, profondément et consubstantiellement de l'inédit historique.
Mais non, en dépit de mes espoirs dérisoires rien n'a changé. C'est toujours la même irrationalité et le même égoïsme.
Irrationalité de ne pas comprendre qu'un NON dimanche tuera sans doute l'espoir européen pour notre génération. Que même l'acquis communautaire actuel est menacé par la paralysie institutionnelle d'une Europe à vingt-cinq membres. Qu'une fois l'échec constaté toute ambition politique réelle et novatrice sera morte. Qu'il ne nous restera plus que le jeu immémorial des intérêts particuliers. La victoire des catholiques intégristes polonais ou italiens, des souverainistes britanniques ou français. Le vieux jeu des nations. Retour au départ. Remise à zéro.
Une vaste zone de libre échange, une monnaie, des normes économiques…rien de plus et pas de perspective réaliste d'aller plus loin.
Certains diront peut-être que de toute façon l'enthousiasme européen était déjà agonisant. Que la capacité à faire des compromis et des sacrifices devait naturellement s'estomper auprès des générations n'ayant pas connu la guerre. Que la raison ne gouverne les peuples que lorsqu'ils sont en danger de mort et que l'absurdité et l'incohérence redeviennent des comportements habituels par la suite. Que c'est le cours naturel des choses que d'oublier et de recommencer.
C'est peut-être vrai.
Cela ne m'empêche pas de ressentir ce mélange de rage et de tristesse.
D'après tous les sondages qui convergent et s'amplifient depuis des semaines c'est le NON qui va l'emporter dimanche.
Difficile d'analyser ce que je ressens vraiment. Un mélange de rage et de tristesse sans doute.
Je me suis embarqué le mois dernier dans un éprouvant voyage au c½ur de la littérature concentrationnaire ("Les naufragés et les rescapés" de Primo Lévi, "L'écriture ou la vie" de Jorge Semprun, "La nuit" d'Elie Wiesel). J'ai même lu avec un sentiment d'horreur absolu le livre "Des voix sous la cendre" qui regroupe les divers témoignages des membres de l'impensable Sonderkommando d'Auschwtiz. Ces récits ont été retrouvés, cachés dans des bouteilles ou dans des boites, et enterrés à proximité des crématoires.
Quand on émerge de ces livres on est anéanti mais on est aussi, très paradoxalement, fier de l'évolution de l'Europe tout au long des soixante dernières années.
Après un monstrueux cataclysme, après un génocide industriel sans précédent dans l'histoire de l'humanité, après un maelström de douleur et de mort "ils" ont réussi à rebâtir. Les Européens de cette génération ont su reconstruire un espoir et l'incarner dans un lent processus. La paix est maintenant la norme. Le commerce et l'échange ont remplacé les revendications territoriales et les persécutions. Nous voyageons librement à travers toute l'Union et nous ne craignons plus pour nos vies ou nos biens.
Mais au fil des ans les pionniers de cette courageuse reconstruction sont morts. Les témoins directs du génocide se font rares. Les générations ont changé.
Le flambeau est maintenant passé entre nos mains. Est-ce que l'éducation que nous avons reçue a été suffisante pour nous faire prendre conscience de l'extraordinaire expérience historique que nous vivons ? De son caractère inédit et miraculeux ? Est-ce que nous savons encore d'ou nous venons ? Et surtout est-ce que nous aurons le courage de continuer dans cette voie ? D'oublier nos querelles, nos haines, nos égoïsmes, nos peurs pour essayer de vivre et de bâtir ensemble ?
Finalement la réponse est non.
Non, nous ne sommes pas capables de faire preuve de générosité envers nos frères européens plus pauvres, de compassion envers leur esclavage politique de cinquante ans. Le débat est resté ignominieusement focalisé sur "ce que ça va nous coûter".
Non, nous ne sommes pas prêts à faire des compromis avec autrui alors que c'est le fondement même de la vie en société.
Chacun est resté dans son monde. Ou plutôt dans sa représentation du monde. La droite souverainiste continue de s'enfermer dans son fantasme xénophobe d'indépendance nationale. La gauche radicale continue de saboter le progrès social réel en rêvant d'un illusoire grand soir révolutionnaire. Et les autres, la masse, se fout éperdument de tout cela du moment qu'elle peut continuer à regarder TF1 et à se bâfrer.
C'est ça qui est le pire, le plus douloureux : Prendre conscience que c'est surtout moi qui ai été un imbécile, un aveugle historique. Avoir cru que nous avions changé l'histoire de l'humanité, que la réconciliation européenne et la construction commune d'une entité transcendant les nations était la démonstration qu'un autre monde était possible. Que nous avions ouvert un chemin vers une unification mondiale en acceptant de renoncer à nos haines et à nos petitesses. Qu'un processus séculaire était enclenché qui, sans détruire nos particularismes locaux, pourrait nous unifier tous sur des questions globales.
Que l'Union Européenne était, profondément et consubstantiellement de l'inédit historique.
Mais non, en dépit de mes espoirs dérisoires rien n'a changé. C'est toujours la même irrationalité et le même égoïsme.
Irrationalité de ne pas comprendre qu'un NON dimanche tuera sans doute l'espoir européen pour notre génération. Que même l'acquis communautaire actuel est menacé par la paralysie institutionnelle d'une Europe à vingt-cinq membres. Qu'une fois l'échec constaté toute ambition politique réelle et novatrice sera morte. Qu'il ne nous restera plus que le jeu immémorial des intérêts particuliers. La victoire des catholiques intégristes polonais ou italiens, des souverainistes britanniques ou français. Le vieux jeu des nations. Retour au départ. Remise à zéro.
Une vaste zone de libre échange, une monnaie, des normes économiques…rien de plus et pas de perspective réaliste d'aller plus loin.
Certains diront peut-être que de toute façon l'enthousiasme européen était déjà agonisant. Que la capacité à faire des compromis et des sacrifices devait naturellement s'estomper auprès des générations n'ayant pas connu la guerre. Que la raison ne gouverne les peuples que lorsqu'ils sont en danger de mort et que l'absurdité et l'incohérence redeviennent des comportements habituels par la suite. Que c'est le cours naturel des choses que d'oublier et de recommencer.
C'est peut-être vrai.
Cela ne m'empêche pas de ressentir ce mélange de rage et de tristesse.
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Un tournant en France ?
Excusez d'avance le caractère direct de mon premier message sur ce site.
Je trouve votre message affigeant et désespérant. Vous voulez nous jouer le coup des directions éditoriales des médias de FRANCE que vous ne vous y prendriez pas autrement.
Le catastrophisme du camp du OUI depuis plusieurs mois n'a rien changé à la réalité de ce TCE inacceptable pour les peuples d'Europe.
Il ne s'agit pas de nous faire de la philosophie ou de l'histoire décallée sur la paix et la guerre en Europe.
Il s'agit de savoir si nous voulons une Europe technocratique et ultra-libérale ou une Europe politique démogratique propriété des peuples qui y habitent, une Europe politique d'harminisation par le haut où tous les peuples unissent leurs forces et leurs intelligences pour s'entraider et se développer sans se faire une guerre économique quotidienne à coups de dumping fiscal et social à la traîne de la puissance militaire américaine
Alors, de grace, arrêtez de pleurnicher sur la prétendue incapacité de notre génération à assumer ses responsabilités. On a l'impression que vous venez de vous réveillez.
En ce qui me concerne, je crois dur comme fer au génie créateur des peuples. Je crois à l'intelligence collective des nations.
Bien sincèrement !!!
Tonanbe
[^]Re: Un tournant en France ?
Tout à fait d'accord avec toi.
L'argument de la paix c'est la tarte à la crème politique, ça ressemble comme deux gouttes d'eau à la démocratie que les Etats-Unis installent dans les différents pays qu'ils agressent...
La paix européenne est un fait, non un projet, mais la guerre économique est non seulement un fait mais en plus un projet !
La politique ce ne sont pas des grands et nobles idéaux (ça peut être l'objet de la philosophie politique et encore...). La politique c'est du concret et non de l'imprécation.
[^]Re: Un tournant en France ?
Le catastrophisme du camp du OUI depuis plusieurs mois n'a rien changé à la réalité de ce TCE inacceptable pour les peuples d'Europe. Pourtant certains peuples l'ont accepté ce traité. Mais ils sont surement autant affligeants que les oui-ouistes n'est ce pas ?
Il s'agit de savoir si nous voulons une Europe technocratique et ultra-libérale ou une Europe politique démogratique propriété des peuples qui y habitent...
C'est pas la question posée. Il n'y a pas d'orientation ultra-libérale ou collectiviste dans ce texte.
Pour la politique exercée, c'est lors des élections que ça se passe, pas le 29 mai.
[^]Re: Un tournant en France ?
le seul peuple ou j'ai eu l'echo qui l'ai accepte par referundum c'etait l'espagne avec un tel taux d'abstention que la aussi on peux penser que le referundum est nul et non avenue.
La majorite des autres pays , c'etait le parlement (ou equivalent) ce qui n'est PAS le peuple.
En france aussi si c'etait le parlement qui allais voter ca serait sans doute passe comme une lettre a la poste.
Mais bon bien sur ensuite ce sont les mechant nonistes qui attaque les gentils ouiouiste sur le fait qu'il utilise des arguments fallacieux ... , ces ouiouistes qui ne veulent que la paix, le bonheur et le bien etre de tout le monde sur terre , et ces mechants nonistes qui ne pense qu'a le desolation...
Il n'y a pas d'orientation ultra-libérale ou collectiviste dans ce texte.
C'est toi qui le dis. D'autres peuvent avoir une opinion differente.
Ah oui j'oubliais , en tant que partisan du oui , tu est force d'avoir juste...
Subete ga wakatta toki…watashi ga anta wo korosu.
[^]Re: Un tournant en France ?
Et visiblement, ils commencent à douter la-bas aussi
http://www.lemonde.fr/web/chat/0,46-0@2-631760,55-652387,0.html(...)
[^]Re: Un tournant en France ?
"C'est pas la question posée. Il n'y a pas d'orientation ultra-libérale ou collectiviste dans ce texte."
C'est exact, ce texte n'est pas simplement orienté sur le libéralisme ... il est *fondé* sur le libéralisme. Pourquoi le nié ? On nous vend un traité qui synthétise et constitutionalise la politique européenne *actuelle*, celle ci étant fortement libéraliste. Cette politique pouvait aussi bien se durcir comme s'adoucir dans le temps, mais ce traité condamne toute évolution. C'est mal.
Ne me dite pas que cette partie 3 peut être altérée, ça ne change rien au probléme :
Dans une vrai démocratie, une constitution c'est un texte de référence, le premier niveau de la hiérarchie juridique. La politique des élus du moment doit alors prendre place juste en dessous : des lois qui sont écrites, votées, et appliqués selon les principes définit par la constitution, et qui ne doivent jamais aller à l'encontre de la dite constitution.
Et ici, on nous propose de graver dans le marbre la politique du moment à coté de tous les articles censés encadrer cette même politique, tout changement de politique imposant alors une révision constitutionnelle ? C'est encore moins rassurant : On va voter un traité "en l'état" qui est voué à être excessivement réviser par la suite. Cette constitution à laquelle on pourrait dire Oui pourrait alors se métamorphosé dans le temps en quelque chose de totalement différent, hors de tout control du choix initial du peuple.
Il est hors de question de laissé la politique se constitutionnaliser, la politique doit se soumettre à la constitution et ne jamais la dicter, de même que la constitution doit encadrer la politique et ne jamais l'imposer.
"Pour la politique exercée, c'est lors des élections que ça se passe, pas le 29 mai."
Pour altérer, inflechir la politique imposée par ce traité, ça pourrait se passer par d'autres elections en effet, si celles ci étaient encore capable de représenter la volonté du peuple.
L'europe, c'est quasiment tous les pouvoirs concentrés entre les mains des gouvernements nationaux, pour des "élus" tellement éloignés des peuples dans leur désignation que ça en devient difficilement assimilable au choix du peuple par le suffrage universelle, même indirect.