Logiciel : Sortie du noyau Linux 2.6.23
Posté par patrick_g (page perso, ). Modéré le 10 octobre 2007.
La vingt-quatrième version stable de la branche 2.6.x du noyau Linux est maintenant téléchargeable sur les serveurs du site kernel.org.
- Cette version 2.6.23 a eu un cycle de développement assez long puisqu'il y a eu neuf versions de test. La version RC-1, première des release candidate, a été annoncée par Linus le 22 juillet soit quinze jours après l'ouverture de la fenêtre des modifications.
(traduction libre):Il y a des *tonnes* de changement (..) beaucoup de mises à jour d'architectures (pour toutes - x86[-64], arm, alpha, mips, ia64, powerpc, s390, sh, sparc), beaucoup de mise à jour de pilotes (encore une fois pour tous les sous-systèmes - usb, net, dvb, ide, sata, scsi, isdn, infiniband, firewire, i2c, etc.).
Les systèmes de fichiers, la mémoire virtuelle, le réseau, ACPI, tout est là. Et la virtualisation est présente partout (kvm, lguest, Xen). Une nouveauté notable est l'inclusion de l'ordonnanceur CFS, et aussi l'infrastructure de pilote UIO qui peut intéresser quelques personnes.
Oh et personnellement j'aime le fait que "sendfile" soit totalement éliminé en interne et que le noyau fasse tout ce travail avec splice à la place. Bon débarras, même si évidemment nous allons devoir supporter la vieille interface en espace utilisateur pour un long moment.
- Comme d'habitude Linus a ensuite un peu grogné en constatant que les modifications soumises pour la RC-2 étaient plus invasives que prévu et ne se limitaient pas aux corrections de bugs.
(traduction libre):Donc j'ai essayé de faire respecter la fenêtre des modifications et j'ai dit non à quelques demandes d'inclusion, mais cette nouvelle mode du "RC-2 est le nouveau RC-1" est une vraie plaie. En plus non seulement la seconde release candidate est en retard mais en plus elle est plus grosse que ce qu'elle devrait être. Bon, c'est comme ça.
- Le rappel à l'ordre a été entendu et le cycle a été plus calme par la suite. Linus l'a reconnu dans son annonce de la RC-3 le 12 août.
(traduction libre):Soit les gens se calment vraiment et se rendent compte que nous sommes dans la phase de stabilisation, soit c'est juste que c'est le milieu du mois d'août et la plupart des gens, au moins en Europe, sont en vacances. Quoi qu'il en soit, la RC-3 est sortie et n'a pas les tonnes de changement qu'avait la RC-2.
- La version RC-4 (nom de code "Belette rose péteuse") est sortie deux semaines après la précédente du fait d'un oubli de Linus. (traduction libre):
Le résultat c'est que RC-4 est un peu plus grosse qu'elle devrait être, mais j'ai bon espoir que tout baigne et nous avons corrigé la plupart des régressions.
- De moins en moins de problèmes étant rapportés, le flot des correctifs s'est ralenti par la suite pour la RC-5.
(traduction libre):Je me prépare à partir pour le Kernel Summit (comme probablement beaucoup d'autres codeurs du noyau) et, à part ça, il y a une version RC-5 qui est sortie. Donc amusez-vous bien, testez-bien, et attendez-vous à une semaine tranquille.
- De retour du sommet Linus a annoncé le 10 septembre la sortie de la RC-6 qui corrige de nombreuses régressions. La saga s'est ensuite poursuivie avec la RC-7 et la RC-8 qui corrigent d'ultimes bugs.
(traduction libre):Ok je pense que je suis proche de sortir le 2.6.23 et je suis content à propos de son état. Naturellement, ce sentiment de contentement est habituellement suivi immédiatement par l'irruption de nouveaux problèmes soulevés par certaines personnes désagréables...mais je vais juste ignorer cela et apprécier le sentiment aussi passager puisset-t-il être.
- Linus avait raison d'être prudent car il a finalement dû sortir une RC-9 (ce qui est très inhabituel dans un cycle normal). Constatant un grand nombre de corrections de bugs il a préféré ne prendre aucun risque et sortir cette ultime version de test.
(traduction libre):Je ne pourrai vraiment pas supporter le fait d'annoncer la sortie du 2.6.23 en prenant le risque d'un bug idiot.
Les nouveautés de Linux 2.6.23 (1365 hits)
Le bilan des ajouts - Partie 1 (343 hits)
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La liste des régressions connues (342 hits)
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Les contributeurs du noyau 2.6.23 (183 hits)
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Et l'avenir ?
Linux Weather Forecast indique les évolutions dans un futur proche. Mais qu'en est-il d'une éventuelle version 2.8, voir 3.0 ? Y a t-il de grands changements prévus à l'horizon justifiant la sortie de ces versions majeures ? Ou dans trois ans, en sera-t-on encore sur une 2.6.x, genre 2.6.82 :-) ? (ce n'est pas une critique hein...)
[^]Re: Et l'avenir ?
Ben, pour passer à une 2.8 (donc déjà, il faudrait que la branche de dév 2.7 soit ouverte), il faut qu'il y ait un besoin évident de restructurer tout le noyau, comme cela fut le cas entre le 2.4 et le 2.6
Actuellement, rien de tel n'est envisagé loin de là (pour autant que je sache). Et puis créer une branche de dév entraine un ralentissement notable de l'avancement du noyau. Je pense que les dév du noyau préfèrent continuer ainsi, en publiant une nouvelle version toutes les 6-8 semaines plutôt que de lancer un chantier de 2 ans, qui diviserait les efforts (certains travailleraient sur le 2.6 d'autres sur le 2.7).
[^]Re: Et l'avenir ?
Ben ça ça va être difficile à dire, parce qu'avant c'était assez clair et limpide: les numéros de version mineurs mineurs (2.4.1, 2.4.2, ..., 2.4.22 etc) correspondaient à des modifs mineures, et les numéros de version impairs étaient réservés aux "expérimentations" devant mener à une nouvelle version majeure).
Maintenant qu'ils font des évolutions "un peu plus osées" mais toujours pas-à-pas entre chaque version, il va falloir attendre qu'ils bloquent sur quelquechose qui nécessite de tout casser avant d'avoir un 2.8 ou un 3.0. (qui passeront ou pas par un 2.7 dans lequel ils pourront allégrement tout casser?)
Enfin, ce n'est que mon très humble avis.
[^]Re: Et l'avenir ?
> Mais qu'en est-il d'une éventuelle version 2.8, voir 3.0 ?
Je n'y crois pas.
Linux a changé de modèle de développement. Les anciennes branches de développement stables avaient de "petites" modifications entre version mineur. Avec Linux 2.6 ce n'est plus le cas (d'où le fait qu'il peut se passer plusieurs mois entre versions mineurs de Linux 2.6).
L'un des objectifs du nouveau modèle de développement (celui de Linux 2.6) est justement aussi d'éviter d'avoir une branche expérimentale en parallèle d'une branche stable durant de nombreux mois. Le modèle branche stable/expérimentale sucks pour un élément aussi compliqué qu'un noyau. Il disperse les énergies. La sortie d'un x.x.0 n'est jamais très brillante. Il faut attendre des mois de stabilisation. Les distributions "entreprise" font alors des backports des fonctionnalités les plus importantes sur l'ancienne branche stable au-lieu de bosser sur la dernière branche stable.
Dire que Linux 2.6 est une branche stable est un peu abuser. Linux 2.6.0 et linux 2.6.23 sont très différent. La branche 2.6 a été le lieu d'important développement. Je ne serais pas étonné qu'à interval de temps équivalent il y ait beaucoup plus de modifications dans Linux 2.6 que dans Linux 2.5.
Je connais et utilise Linux depuis le noyau 1.2. Le nouveau modèle de développement est pour moi incontestablement supérieur. Peut-être que ce nouveau modèle de développement n'était pas possible il y a quelques années.
L'histoire n'est pas écrite, il y aura peut-être un Linux 2.8 ou 3.0.
[^]Re: Et l'avenir ?
Le nouveau modèle de développement est pour moi incontestablement supérieur.
A contrario, j'ai vraiment le sentiment que la lisibilité de l'utilisateur en pâtit.
Aujourd'hui ce n'est plus un 2.4-cequ'onveut qui constitue la référence stable mais un 2.6-quelquechose et ce quelque chose varie d'une distribution à l'autre. Si je ne dis pas de bêtise :
- 2.6.18 pour Debian
- 2.6.20 pour Ubuntu
- 2.6.22 pour SuSE
- 2.6.XX pour RedHat
Du coup, l'utilisateur "personnel" (i.e. à la maison) éprouve plus de mal à décrire ses problèmes sur les forums ou ailleurs car il ne s'agit plus de parler de branche du noyau mais aussi de version anciennement dite mineure et d'un certain nombre de logiciels/technos à côté (genre udev, dbus...).
De même, l'utilisateur "professionnel" (i.e. en entreprise et/ou développeur pour Linux) ne bénéficie plus de cette pérennité connue avec les noyaux <= 2.4 et le diagnostic est d'autant plus difficile.
Bref, hors développeurs du noyau lui-même, il n'y a pas que des avantages.
Après attention, il ne s'agit pas d'une critique de ce nouveau modèle de développement. A titre personnel, j'y vois beaucoup d'intérêt comme, en vrac :
- des migrations entre versions plus simple même si plus fréquentes
- un support plus rapide des nouveaux matériels
- une meilleure appréhension des changements
- un moins grand nombre de patchs en parrallèle de la version officielle.
Bref, je suis plus nuancé.
PS: Magnifique article, détaillé, clair et documenté. Bravo
BXN - La vie est un (men)songe.
[^]Re: Et l'avenir ?
Fedora : le dernier noyau disponible (sauf si la Kernel Team n'a pas validé celui-ci).
Actuellement: Fedora 6 et 7 tournent avec un 2.6.22.x, Rawhide (F-8 en gestation) 2.6.23. F-7 connaitra également un 2.6.23 et probablement un 2.6.24.
L'avantage est qu'on a toujours un noyau à jour, l'inconvénient est que les modules noyaux proprios ont parfois du mal à suivre les mises à jours, enfin nVidia & cie, ils n'ont qu'à faire des pilotes libres. :o)
De plus, ça permet de tester plus largement le noyau donc le stabiliser très rapidement et ça profite à tout le monde.
[^]Re: Et l'avenir ?
On ne peut pas avoir le beurre et l'argent du l'argent :-)
> Du coup, l'utilisateur "personnel" (i.e. à la maison)
Lequel ?
Madame Michu ?
Pour un utilisateur, c'est toujours du boulot que de suivre les évolutions d'un projet dynamique. Ce n'est pas spécifique à Linux.
Madame Michu ne doit pas utiliser kernel.org, mais une distribution avec du support.
> un 2.6-quelquechose et ce quelque chose varie d'une distribution à l'autre.
Ce n'est pas un problème Linux. C'est le libre, c'est le choix des distributions.
Par exemple RHEL 5 (et ses clones) utilise un 2.6.18 (et sur toute la durée de vie de RHEL 5, c-à-d au moins 7 ans). Libre à toute distribution d'utiliser aussi le 2.6.18. Mais (et ce n'est pas un reproche) elles préfèrent prendre la dernière version lorsqu'une distribution est en gestation (exactement comme le fait Red Hat).
Il y a de bonnes raisons à ça et ce n'est pas que pour la frime. C'est aussi pour avoir le support de la communauté des développeurs Linux lors de la gestation de la distribution (les développeurs ont le nez dans la dernière version, pas dans les vieilles versions).
Il n'y a pas de solution unique au désagrément du modèle de développement de Linux. S'il y a une solution uniquement, c'est d'avoir les drivers en libre et upstream.
Mais voyons aussi ce qu'a apporté l'évolution rapide de Linux et qui répond à ton soucis. Aujourd'hui Linux marche "les doigts dans le nez". A l'époque de Linux 2.0, 2.2 et même le 2.4 (sauf peut-être les dernières versions de 2.4) beaucoup d'utilisateurs devaient recompiler le noyau, faire un checkout d'un CVS pour avoir un driver pour leur carte télé, etc...
Ce que je veux dire, c'est que remettre en cause la rapidité de développement de Linux (c-à-d aussi son modèle de développement), c'est aussi reppousser le moment où on a la solutions qui va bien (pour une carte télé qui marche "les doigts dans le nez", etc).
Aujourd'hui très peu recompile leur noyau, c'est aussi grace au modèle de développement de Linux. Certe, de façon indirect.
> De même, l'utilisateur "professionnel" (i.e. en entreprise et/ou développeur pour Linux) ne bénéficie plus de cette pérennité connue avec les noyaux <= 2.4 et le diagnostic est d'autant plus difficile.
Le professionnel veut une garantie de service (c'est-à-dire du support). Donc il prend (ou devrait prendre) une distribution professionelle (ou un clone de distribution professionnel s'il ne veut pas de support mais seulement la stabilité de l'api) et ne pas se poser de question et ne pas demander l'impossible à Linux (le Linux upstream). Linux ne peut pas évoluer vite (ce qui est hypra important sinon Linux est dépassé par les autres et ne répond pas aux attentes) et être figé.
Kernel.org n'a pas pour cible Madame Michu ni les professionnels.
> d'un certain nombre de logiciels/technos à côté (genre udev, dbus...).
Ces technos étaient en développement intensif. Ça devrait se calmer.
Notons que le libre est ouvert. Donc les technos en pleine gestation sont disponibles (ça a les inconvéniants de ses qualités).
> Bref, hors développeurs du noyau lui-même, il n'y a pas que des avantages.
Il faut penser à l'offre de GNU/Linux globalement. kernel.org n'est "que" le développement.
Si tu veux du stable (api), tu trouves.
Si tu veux du "chaud", tu trouves aussi.
Comme l'a faire remarquer le GeneralZod (c'était toi ?), beaucoup utilisent Fedora (c'est "chaud", c'est pour le développement, c'est pour la veille technologique, etc) ET RHEL ou ses clones (c'est "froid", ça ne bouge pas, c'est sans intérêt pour la veille technologique, etc). Il faut deux distributions (ou plus de façon plus générale) car il y a des objectifs d'utilisation incompatibles.
Linux (de kernel.org) ne peut pas répondre aux utilisateurs type Fedora et aux utilisateurs type RHEL (ou Debian stable ou Mandriva CS etc). C'est impossible.