Au commencement, il y avait des scribes, puis des moines copistes écrivant, recopiant, enluminant des manuscrits. Puis vint Gutenberg et l'impression, la calligraphie laissait la place à la typographie. L'art de la typographie a progressé depuis et s'est surtout démocratisé, bien loin est le temps où produire un nouvel exemplaire d'un livre était long et réservé aux rares spécialistes, l'avènement des ordinateurs personnels et des imprimantes à bas coût et de bonnes qualité a donné à chacun la possibilité de réaliser ses propres ouvrages.
Passons en effet sur les machines à écrire qui produisaient une copie laide en un temps long sans droit à l'erreur, les logiciels de traitement de texte permettent de faire rapidement du beau et de le modifier. Ne parlons pas de la révolution que cela a pu causer pour les rédacteurs de toutes sortes d'ouvrages, mais concentrons-nous sur les offres qui existent.
Les traitements de texte wysiwyg permettent de façon très simple de formatter son texte et de l'imprimer de façon jolie. Malheureusement, cette simplicité a un revers : il est aussi fort simple de produire un document laid. De plus, de par leur mode de fonctionnement, ils ne peuvent proposer le meilleur possible mais seulement un document suffisamment beau.
Faisons une petite parenthèse sur le beau. Il existe diverses normes de beauté pour les textes imprimés. Certaines ont pour but de faciliter la lecture, d'autres sont plus axées sur un plaisir des yeux, un équilibre de la feuille. Car la première unité de travail n'est pas le mot ou la phrase, mais bien la feuille. Une norme veut que le bloc de texte ait ses coins sur les diagonales de la feuille. Le bloc de texte ne doit pas être trop large pour éviter la perte de ligne à la lecture, il ne doit pas non plus être trop étroit, car même si cela favorise la lecture rapide, cela augmente les risques de mauvaise justification.
Les logiciels de typesetting sont l'autre solution pour produire de beaux textes. Ces logiciels utilisent en général un format de fichier texte particulier contenant des balises de mise en forme, à la manière des balises html. Les exceptions sont soit des front-ends pour ces logiciels (texmacs, lyx, Scientific Word) ou des curiosités comme tofu [http://amarsagoo.info/tofu]. L'écriture dans leurs langages n'est donc pas naturelle, mais elle permet de séparer le fond (le texte) de la forme (les titres, la mise en page, les mises en exergue), ce que ne font pas les traitements de texte (en tout cas, ce que ne font pas la plupart des utilisateurs de traitements de texte). Ces différents langages ont leurs plus et leurs moins. On pourrait aussi citer les langages de wiki, par exemple reStructuredText ou textile, mais le but n'en est pas la typographie, seulement la production simple de texte structuré[1].
LaTeX est probablement le format le plus utilisé et le roi pour ce qui est de la rédaction de documents mathématiques.
Troff est un des plus anciens autres choix possibles. Le balisage est assez minimal : les balises sont en général constituées d'un point suivi de 2 lettres.
Lout se comporte de façon assez proche de troff, avec quelques particularités, comme la possibilité de faire des camemberts très simplement. Le fait de devoir fermer les sections est un peu fatiguant.
skribe [http://www-sop.inria.fr/mimosa/fp/Skribe/] est programmé en scheme et reprend une syntaxe du même genre avec de beaux blocs de parenthèses.
ant [http://ant.berlios.de/] semble ne plus bouger beaucoup. Je ne l'ai pas essayé.
texinfo et docbook sont avant tout fait pour rédiger des manuels. Ils sont cependant utilisables pour n'importe quel type de document. docbook a une syntaxe en xml, ce qui signifie des balises ouvrantes et fermantes à la html et un source docbook est donc assez difficile à lire. De plus, l'installation de docbook et ses feuilles de style peut être assez compliquée suivant le système que vous utilisez. texinfo est basé sur tex, mais sa syntaxe n'y ressemble pas, et a pour but premier de produire les pages info (et les documentations html liées, celles utilisées l'aide de Mac OS X par exemple).
Des 3 langages plus longuement évoqués ci-dessus, latex semble le plus compact en nombre de ligne, c'est aussi celui dans lequel la rédaction de formules mathématiques est la plus simple (en particulier grace aux raccourcis _ et ^ pour les mises en indice ou en exposant).
Troff est le plus ramassé en nombre de caractères Les informations de formatage sont minimales, ce qui fait qu'écrire un script pour convertir le source en un autre format n'est pas trop compliqué (excepté quand il s'agit de trouver des fins de section). Il a également l'avantage (si vous utilisez une version récente de groff) de produire du html, ou du dvi (le format intermédiaire de latex). Produire du html en latex est loin d'être simple, plusieurs solutions existent mais ne savent traiter que des documents formés de la bonne façon.
Lout n'est ni bon ni mauvais, il apporte de bonnes choses (en particulier du typage) dans les systèmes de formattage de texte, mais n'est pas d'une utilisation très agréable. Peut-être nonpareil résoudra-t-il ce problème.
LaTeX, Troff et lout savent faire des mathématiques (lout possède même un module par défaut pour tracer des camemberts). En termes de fonctionnalités, on retrouve dans ces trois logiciels les capacités indispensables que sont la structuration, les notes de bas de page, les bibliographies. Troff a l'avantage de permettre une sortie en html sans difficultés.
Au final, ma préférences va à LaTeX pour les documents mathématiques et à troff pour les autres documents. Mais je me tourne de temps en temps vers txt2tags pour produire des pages web
[1]: On pourra se reporter à http://en.wikipedia.org/wiki/Comparison_of_lightweight_marku(...) pour une liste et comparaison de certains de ces préprocesseurs. Notons en passant qu'ils permettent parfois une sortie en LaTeX, lout, docbook ou troff en plus du code html.
Pour aller plus loin :
http://home.alltel.net/kollar/utp/
http://www.gutenberg.eu.org/publications/cahiers/r23-cahiers(...)
http://www.gutenberg.eu.org/pub/GUTenberg/publicationsPDF/27(...)
Passons en effet sur les machines à écrire qui produisaient une copie laide en un temps long sans droit à l'erreur, les logiciels de traitement de texte permettent de faire rapidement du beau et de le modifier. Ne parlons pas de la révolution que cela a pu causer pour les rédacteurs de toutes sortes d'ouvrages, mais concentrons-nous sur les offres qui existent.
Les traitements de texte wysiwyg permettent de façon très simple de formatter son texte et de l'imprimer de façon jolie. Malheureusement, cette simplicité a un revers : il est aussi fort simple de produire un document laid. De plus, de par leur mode de fonctionnement, ils ne peuvent proposer le meilleur possible mais seulement un document suffisamment beau.
Faisons une petite parenthèse sur le beau. Il existe diverses normes de beauté pour les textes imprimés. Certaines ont pour but de faciliter la lecture, d'autres sont plus axées sur un plaisir des yeux, un équilibre de la feuille. Car la première unité de travail n'est pas le mot ou la phrase, mais bien la feuille. Une norme veut que le bloc de texte ait ses coins sur les diagonales de la feuille. Le bloc de texte ne doit pas être trop large pour éviter la perte de ligne à la lecture, il ne doit pas non plus être trop étroit, car même si cela favorise la lecture rapide, cela augmente les risques de mauvaise justification.
Les logiciels de typesetting sont l'autre solution pour produire de beaux textes. Ces logiciels utilisent en général un format de fichier texte particulier contenant des balises de mise en forme, à la manière des balises html. Les exceptions sont soit des front-ends pour ces logiciels (texmacs, lyx, Scientific Word) ou des curiosités comme tofu [http://amarsagoo.info/tofu]. L'écriture dans leurs langages n'est donc pas naturelle, mais elle permet de séparer le fond (le texte) de la forme (les titres, la mise en page, les mises en exergue), ce que ne font pas les traitements de texte (en tout cas, ce que ne font pas la plupart des utilisateurs de traitements de texte). Ces différents langages ont leurs plus et leurs moins. On pourrait aussi citer les langages de wiki, par exemple reStructuredText ou textile, mais le but n'en est pas la typographie, seulement la production simple de texte structuré[1].
LaTeX est probablement le format le plus utilisé et le roi pour ce qui est de la rédaction de documents mathématiques.
\documentclass[a4paper,11pt]{scrartcl}
\usepackage[OT1]{fontenc}
\usepackage[utf-8]{inputenc}
\usepackage[francais]{babel}
\title{Typesetting}
\author{Ernest H.}
\begin{document}
\maketitle
\section{Un grand titre}
\subsection{Un petit titre}
Un peu de texte avec des caract{\`e}res spéciaux.
\end{document}
Troff est un des plus anciens autres choix possibles. Le balisage est assez minimal : les balises sont en général constituées d'un point suivi de 2 lettres.
.nr PS 12
.TL
Test de typesetting
.AU
Ernest H.
.AI
Mon institution
.NH 1
Objectifs
.PP
Quelques mots
.NH 2
Petit titre
.PP
Un paragraphe indenté pour une \[oe]uvre de qualité.
Lout se comporte de façon assez proche de troff, avec quelques particularités, comme la possibilité de faire des camemberts très simplement. Le fait de devoir fermer les sections est un peu fatiguant.
@SysInclude { report }
@Report
@Title { Lout est typographe }
@Author { Ernest H. }
@Institution { Un institut }
@CoverSheet { No }
@InitialFont { Times Base 12p }
@InitialLanguage { French }
//
@Section
@Title {Objectifs}
@Begin
@PP
Quelques mots
@BeginSubsections
@Subsection
@Title { Hello world }
@PP
Un paragraphe indenté pour une {@Char oe}uvre de qualité.
@End @Subsection
@EndSubsections
@End @Section
skribe [http://www-sop.inria.fr/mimosa/fp/Skribe/] est programmé en scheme et reprend une syntaxe du même genre avec de beaux blocs de parenthèses.
(document :title [Hello World!]
:author (author :name "Ernest H."
:affiliation "Une institution")
(section :title [A section] [
That section contains an ,(bold itemize) construction:
,(itemize (item [first item])
(item [second item])
(item [third item]))]))
ant [http://ant.berlios.de/] semble ne plus bouger beaucoup. Je ne l'ai pas essayé.
texinfo et docbook sont avant tout fait pour rédiger des manuels. Ils sont cependant utilisables pour n'importe quel type de document. docbook a une syntaxe en xml, ce qui signifie des balises ouvrantes et fermantes à la html et un source docbook est donc assez difficile à lire. De plus, l'installation de docbook et ses feuilles de style peut être assez compliquée suivant le système que vous utilisez. texinfo est basé sur tex, mais sa syntaxe n'y ressemble pas, et a pour but premier de produire les pages info (et les documentations html liées, celles utilisées l'aide de Mac OS X par exemple).
Langage Format d'entrée Formats de sortie
LaTeX tex pdf, dvi
lout lout ps
troff/groff man, ms, mm ps, html, texte, dvi
ant \ant pdf
skribe skb html, tex
texinfo texi info, html, pdf
docbook xml pdf, html
Des 3 langages plus longuement évoqués ci-dessus, latex semble le plus compact en nombre de ligne, c'est aussi celui dans lequel la rédaction de formules mathématiques est la plus simple (en particulier grace aux raccourcis _ et ^ pour les mises en indice ou en exposant).
Troff est le plus ramassé en nombre de caractères Les informations de formatage sont minimales, ce qui fait qu'écrire un script pour convertir le source en un autre format n'est pas trop compliqué (excepté quand il s'agit de trouver des fins de section). Il a également l'avantage (si vous utilisez une version récente de groff) de produire du html, ou du dvi (le format intermédiaire de latex). Produire du html en latex est loin d'être simple, plusieurs solutions existent mais ne savent traiter que des documents formés de la bonne façon.
Lout n'est ni bon ni mauvais, il apporte de bonnes choses (en particulier du typage) dans les systèmes de formattage de texte, mais n'est pas d'une utilisation très agréable. Peut-être nonpareil résoudra-t-il ce problème.
LaTeX, Troff et lout savent faire des mathématiques (lout possède même un module par défaut pour tracer des camemberts). En termes de fonctionnalités, on retrouve dans ces trois logiciels les capacités indispensables que sont la structuration, les notes de bas de page, les bibliographies. Troff a l'avantage de permettre une sortie en html sans difficultés.
Au final, ma préférences va à LaTeX pour les documents mathématiques et à troff pour les autres documents. Mais je me tourne de temps en temps vers txt2tags pour produire des pages web
[1]: On pourra se reporter à http://en.wikipedia.org/wiki/Comparison_of_lightweight_marku(...) pour une liste et comparaison de certains de ces préprocesseurs. Notons en passant qu'ils permettent parfois une sortie en LaTeX, lout, docbook ou troff en plus du code html.
Pour aller plus loin :
http://home.alltel.net/kollar/utp/
http://www.gutenberg.eu.org/publications/cahiers/r23-cahiers(...)
http://www.gutenberg.eu.org/pub/GUTenberg/publicationsPDF/27(...)
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dans le genre de txt2tags, il y a aussi "aft"
AFT pour Almost Free Text est un peu du genre de txt2tags. Il est très pratique pour écrire du HTML ou du LaTeX sans peine:
http://www.maplefish.com/todd/aft.html
exemple:
*Title: le titre
*Author: Benoît Rouits
*TOC
*Tips
Pour obtenir une TOC il faut lancer aft 2 fois de suite sur le fichier.
Il faut toujours sauter une ligne après la TOC
*Section 1
Pour faire une section, il faut précéder le titre
par une simple '*'.
Ce sera un H2 en html car le H1 est réservé au Title
une tabulation permet de créer un block plus ou moins verbatim.
Ici, je suis passé à la ligne.
Paragraphe: un paragraphe n'a pas de
titre. Passer à la ligne dans un
paragraphe ne chage rien (comme en html)
Il faut laisser une ligne vide pour créer un
nouveau paragraphe (<p> en html).
Mettre une contre-oblique puis un '\n' >\
< comme ceci permet à aft de se croire sur la
même ligne. Sinon, une \ sans retour à la ligne
immédiat s'affichera normalement.
* Section 2
Ici, j'ai mis un espace apres '*'.
Cela ne change rien.
** subsecton
Pour la subsection, il a fallu mettre 2 '*'
*** subsubsection
Pour la subsubsection, il a fallu 3 '*'.
Voici une liste:
* item 1
* item 2
et un tableau:
!titre du tableau!
!heure!min!sec!
!20!23!03!
*Conclusion
C'est cool aft :-)
[^]Re: dans le genre de txt2tags, il y a aussi "aft"
Je suis en train de le testé , c'est génial ce truc , mes textes sources deviennent pour la premiere fois lisible :)
Je complète ton lien avec
un tuto rapide :
http://www.weiqigao.com/blog/2004/11/17/almost_free_text.htm(...)
&
le manuel de référence :
http://www.maplefish.com/todd/aft-refman.html
[^]Re: dans le genre de txt2tags, il y a aussi "aft"
Tu devrais modifier la page http://en.wikipedia.org/wiki/Comparison_of_lightweight_marku(...) qui dit qu'il n'y a pas de tables dans aft. C'est une des 2 raisons qui m'ont convaincu d'eesayer txt2tags plutôt qu'aft. L'autre est que aft n'a pas bougé depuis 2 ans, même si je préfère en général un bon logiciel qui ne bouge plus à un logiciel pas au point qui a des mises à jour régulières.
[^]Re: dans le genre de txt2tags, il y a aussi "aft"
txt2tags ne bouge pas beaucoup non plus. Quelqu'un ayant essayé les deux pourrait-il donner son opinion comparative ?
Personnellement, j'utilise txt2tags pour mon blog (sous nanoblogger) et j'en suis très content.
Mr Lapinot - Electrons prisonniers (blog)