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Cinéma : First they ignore you

Posté par mammique (Jabber id, page perso, ). Modéré le 13 février 2008.
Cinéma, livre, spectacle, etc.

Depuis Elephants Dream en 2005 la scène Creative Commons de la création audiovisuelle aux exigences professionnelles est restée quasi déserte. Deux ans et demi après l'image de synthèse c'est le documentaire qui fait son baptême du feu. En effet, depuis la semaine dernière un projet présente une série de documentaires professionnels, en vue d'une diffusion sous une licence Creative Commons (en fonction des financements), et entièrement réalisés avec des logiciels libres.

L'initiative a été saluée par l'équipe de Creative Commons, et supportée personnellement depuis le premier jour par Lawrence Lessig. D'autres acteurs importants du libre ont aussi manifesté leur intérêt et leur enthousiasme par rapport au projet. Le projet expérimente un modèle de financement original appelé "funding and licensing". Il vise à trouver un équilibre entre la liberté du public et contraintes économique.

Ce type d'initiative peut-il démontrer que des solutions sont possibles face à la crispation dont font preuve tous les acteurs du domaine, public, créateurs, politiques, médias et majors au sujet du piratage ? Ces documentaires sont en cours de production. De nouvelles vidéos font régulièrement leur apparition sur le site, ils traitent des mouvements non-violents récents et historiques en Inde.

> Lire la dépêche (15 commentaires, moyenne: 3,1).  

Face à la chasse aux sorcières menée par l'industrie culturelle à l'encontre des internautes, condamnant la volonté de de ces derniers de vouloir partager leur culture, et donnant lieu à des mesures répressives comme la loi DADVSI, les DRM ou plus récemment le rapport de la mission Olivennes (préconisant simplement la coupure de la connexion de l'internaute). L'équipe du projet défend et légitime l'utilisation naturelle d'Internet comme outil de savoir et de partage, en proposant le passage de ce contenu culturel sous licence Creative Commons.

Comme toute production professionnelle ces documentaires engendrent des coûts incompressibles. Mais une réduction significative du coût total de production a été permise par le travail collaboratif, le contournement de nombreux intermédiaires, et l'utilisation exclusive de logiciels libres. Le revers de ces économies est que certains contournements éloignent les possibilités de financement traditionnels, comme la redevance, la taxe sur les supports vierges, les droit d'auteurs (e.g. SACEM), bénéfices de la publicité télévisuelle, etc.

Comme ce projet défend directement le public et ses libertés, l'idée que le public soutienne directement en retour sa viabilité, sa liberté et son indépendance tombe à première vue sous le sens. Public et créateurs faisant directement équipe, chacun y trouverait son compte : une culture libre dans les deux sens du terme, libre d'utilisation par les licences Creative Commons, et libre de parole par l'indépendance des créateurs. Sans compter que les économies réalisées en contournant certains intermédiaires réduiraient aussi les munitions visant à menotter les internautes : moins de fonds pour le lobbying parlementaire (voire directement dans l'Assemblée) comme celui exercé pour DADVSI, et moins de fonds pour développer des technologies comme les DRM.



Malgré tout le bon sens que ce raisonnement peut laisser transparaître, il y a un hic… celui de la gratuité. En effet, malgré les milliers de publicités ingurgités chaque jour par nos cerveaux respectifs, et leurs prix répercutés sur nos achats quotidiens (comparables à celui de la TVA, voire beaucoup plus (Autoplus n°939)), nous avons le sentiment que tout est gratuit. Ce sentiment nous coûte en réalité très cher ne serait-ce qu'en temps de cerveau disponible pour TF1 et en kilomètres cube de coca, car une partie infime de cet argent est destiné à ce qui nous intéresse, nous public, la création. En plus d'être contre-productif financièrement ce système l'est aussi qualitativement, car sa créativité n'est pas concentrée sur la qualité du contenu mais sur sa faculté à nous faire acheter du coca.

Paradoxalement donc, accepter l'idée que rien n'est gratuit nous ferait faire de substantielles économies ! Ajouté à cela un gain culturel qualitatif et quantitatif, en nous épargnant des dommages collatéraux liberticides. Est-il donc possible d'échapper ce système ? La grogne dissidente au modèle des majors se fait de plus en plus craintive sur Internet. Mais est-elle prête à s'engager dans des modèles économiques alternatifs viables professionnellement pour enrayer la progression des majors ? Il est sans doute trop tôt pour en juger, cela pourrait expliquer la carence d'initiatives allant dans ce sens venant du milieu professionnel.

C'est pourquoi le présent projet propose plusieurs méthodes de participation comme la promotion, la traduction, le montage, la programmation, etc. et parallèlement un mode de financement original, nommé "funding and licensing" par l'équipe de Creative Commons. ce modèle à souvent été théorisé mais jamais appliqué sur un projet de cette envergure. Le budget du film a simplement été divisé en trois paliers, à chaque fois que le cumul des entrées d'argent (dons, partenariats, etc.) franchit un palier, une licence Creative Commons plus permissive est appliquée.

Lawrence Lessig, inventeur de Creative Commons soutient le projet depuis le premier jour, il a même été le premier donateur en ligne. Ton Roosendaal, créateur d'Elephants Dream a fait part des ses encouragements à l'équipe qu'il qualifie de “pionnière”. Et enfin Richard Stallman, inventeur du logiciel libre et théoricien de l'encyclopédie libre devenue Wikipédia, a fait part de son intention de promouvoir le projet pour le franchissement des deux derniers paliers, plus libres. De part sa jeunesse le projet ne semble pas encore être bien connu hors du cercle des initiés, cependant la Fondation Wikimedia a fait savoir à l'équipe qu'elle ouvrirait une page dédiée à la promotion de projets de ce type cette semaine, un début.

Ce type d'initiative peut-il nous mener vers une réconciliation du public avec l'ensemble des professions de la création, entre viabilité économique, respect, qualité et bien sûr liberté ?

Cette discussion est archivée, il n'est plus possible de laisser des commentaires.

Note : les commentaires appartiennent à ceux qui les ont postés. Nous n'en sommes pas responsables.

Richard Stallman

Posté par Aris Adamantiadis (page perso, ) le 13/02/2008 à 21:00. (lien). Évalué à 4.

Attention, il n'est pas plus l'inventeur du logiciel libre que l'inventeur du boiler est l'inventeur de l'eau chaude ...
Le logiciel libre existait bien avant le logiciel propriétaire et qu'on se rende compte qu'il y avait un marché pour la vente de logiciels

HS (non, pas celui-là) : Publicité

Posté par MilkaJinka (page perso, ) le 13/02/2008 à 22:48. (lien). Évalué à 9.

Merci pour ce passage rafraîchissant (et pas à cause du Coca) sur la publicité :-) Et en passant bravo à LinuxFR pour ne pas s'appuyer sur la pub, cela est une des choses qui rend le site plus agréable.

Alors les utilisateurs de bloqueurs de pub seraient les mauvais payeurs du net ? Ou tout simplement le symptôme que la publicité est vécue comme une agression, tant par leur nombre que par la nécessité "d'accrocher" l'attention pour se distinguer des autres ? Est-ce que d'ailleurs bloquer les pubs ne tend pas à augmenter le nombre de pubs ?

Ce qui est dommage, c'est que "l'autre" moyen de (micro)paiements utilisé, c'est Paypal et c'est pas forcément mieux ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Paypal ). Quand est-ce qu'on fait ça en libre (il y a juste http://www.freedmoney.org/ qui existe, mais c'est un projet de recherche) ?

--
Persiste.

j'aimerais quelques informations complémentaires

Posté par jeffdelonge () le 15/02/2008 à 12:36. (lien). Évalué à 2.

50 000 € pour produire des documentaires sous CC-BY-SA ce n'est pas une somme anodine, J'aimerais en savoir sur la durée, le nb prévu etc. avant de verser mon écot à ce projet et peut-être convaincre Wikimedia-France d'y participer.

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