Regard sur le hackmeeting d'Iruña et au delà

Posté par (page perso) . Modéré par Benoît Sibaud.
Tags : aucun
0
13
jan.
2004
Communauté
Depuis maintenant 5 ans se développe, en Italie et en Espagne, un mouvement informatique original et dissident, prenant racine dans les espaces contre-culturels et rebelles, pour mettre la technologie au service de la contestation sociale et appliquer l'action militante à la dynamique des logiciels libres. Il se concrétise dans les dizaines de "hacklabs", ateliers d'informatique libre implantés dans des centres sociaux squattés, et se montre lors de rencontres régulières, les "hackmeetings".

La quatrième édition espagnole du hackmeeting, baptisée Hack3ña s'est déroulée à Iruña, Pays Basque, du 24 au 26 octobre 2003. L'occasion d'une profusion d'ateliers techniques, de discussions théoriques, de rencontres et de projets, et d'une ambiance dynamique d'échange et de découverte. Une expérience positive dont voici le compte-rendu, suivi de quelques considérations sur ses points faibles, et sur ce qu'elle peut inspirer à notre contexte français. NdM : le compte-rendu est disponible sur watcheddiffusion.org

Hack3ña hackmeeting: http://sindominio.net/hackmeeting/

Photos et CR (en castillan): http://euskalherria.indymedia.org/fr/2003/10/10413.shtml

Infos sur "Gatzetxe": http://sindominio.net/poto/punkplona/hmg.html

Hackmeetings italiens: http://hackmeeting.org/

Hackmeetings espagnols (liste): http://sindominio.net/mailman/listinfo/hackmeeting

Wiki de Hack3ña: http://sindominio.net/hackmeeting/wiki/

Autonomia Situada: http://sindominio.net/autonomia_situada/

X-Evian: http://www.e-oss.net/x-evian/

Hackmeeting colombien: http://www.geocities.com/bogojaq03/bogojaq.htm

Ricardo Dominguez: http://www.thing.net/~rdom/

Big Brother Awards Espagne: http://www.bigbrotherawards-es.org/

Debian GNU/Linux: http://www.debian.org/

Transnational Hackmeeting: http://autistici.org/mailman/listinfo/thk

Plug'n'Politix: http://squat.net/pnp/

Genderchangers: http://genderchangers.org/

Zelig Conf: http://www.zelig.org/00_zeligconf

ZeligRC2: http://www.zelig.org/

No-Zelig: http://no-zelig.org/

PRINT: http://print.squat.net/

Blouk Blouk: http://bloukblouk.squat.net/

RDC (DGEDOR): http://rdc.squat.net/

GNU-Banquise: http://gnu-banquise.org/

Avataria: http://www.avataria.org/

Indymedia France: http://france.indymedia.org/
  • # Re: Regard sur le hackmeeting d'Iruña et au delà

    Posté par (page perso) . Évalué à 6.

    La nouvelle n'est pas très fraiche, mais le sujet est toujours d'actualité.
    Ce que j'en retiens, c'est que l'initiative vient de la base et ne peut venir que de la base. Les systèmes anciens ne fonctionnent plus et surtout ne correspondent plus aux aspirations des gens qui ont décidé de ne pas se comporter comme des serfs.

    Le Pays Basque a en effet une très longue tradition de liberté. Il n'a pas connu la féodalité. Depuis la nuit des temps, il vivait en république, y compris sous l'ancien régime. Il n'est pas étonnant que ce mouvement s'y développe.
  • # Re: Regard sur le hackmeeting d'Iruña et au delà

    Posté par (page perso) . Évalué à 10.

    On n'a pu manquer d'être frappé, en se ballandant dans le hackmeeting, par l'omniprésence de Debian. Il y a fort à parier que 99% des machines présentes à la rencontre utilisaient Debian GNU/Linux comme système d'exploitation, avec quelques exceptions pour Gentoo GNU/Linux et divers dérivés de BSD[...]

    Les rassemblements de debianneux ne sont pas soumis à une autorisation de la préfecture ?
  • # chapi-chapo-article

    Posté par . Évalué à 7.

    REGARD SUR LE HACKMEETING D'IRUÑA ET AU DELÀ

    CONTEXTE

    Les 24, 25 et 26 octobre 2003 s'est tenu à Iruña (ville située au Pays
    Basque, plus connue sous le nom de Pampelune) le quatrième d'une série de
    hackmeetings espagnols, initiée à Barcelone en octobre 2000 et
    poursuivie les années suivantes à Bilbao puis à Madrid.

    Ceux-ci s'inscrivent ouvertement dans la continuité des hackmeetings
    italiens, qui ont désormais lieu chaque année dans des centre sociaux
    autogérés (le plus souvent squattés) et travaillent à la rencontre de
    deux univers: l'un politique, militant et libertaire, l'autre
    informatique, technique et logiciel libre. Et comme l'indique le site du
    rassemblement d'Iruña, "ce n'est pas seulement un rendez-vous de
    hackers. Ce n'est pas non plus seulement un rendez-vous de gens
    intéressés par les aspects sociaux des nouvelles technologies. C'est un
    rendez-vous de gens intéressés par les nouvelles technologies et par
    leurs aspects sociaux, et qui se réalise dans un espace libéré, le CSOA
    (Centre Social Okupé Autogéré) de Pampelune, plus connu sous le nom de
    "Iruña Gaztetxe".

    Fidèle aux précédentes éditions, cette quatrième rencontre a changé de
    nom pour l'occasion: de "Madhack'02" à Madrid l'année passée, le
    hackmeeting est devenu "Hack3ña", ceci témoignant d'une volonté de
    prendre l'environnement d'acceuil en considération, et, peut-être, de
    s'imprégner de ses particularités (l'affiche de cette année faisait
    explicitement référence à la pelotte basque, sport traditionnel
    emblématique de l'identité culturelle du pays).

    ESPACE D'ACCEUIL

    En basque, "Gaztetxe" signifie "maison de la jeunesse", et il en existe
    dans toutes les principales villes basques. Dans la majorité des cas,
    cependant, celles-ci n'ont rien à voir avec les "MJC" que nous
    connaissons, et se sont constituées de manière autonome, sous
    l'impulsion des jeunes du coin et autres habitant-e-s, rejetant la
    volonté de gestion des mairies, et occupant, autogérant des structures
    par elles/eux-mêmes.

    C'est dans cette tradition que s'inscrit le Gaztetxe d'Iruña, qui
    squatte depuis maintenant 9 ans les anciens locaux d'une école de
    pelotte basque, et a du faire face, à ses débuts, à une violente
    tentative d'expulsion par la police: les flics démolissant plusieurs murs
    du bâtiment pendant que les occupant-e-s résistaient depuis les toits.
    Malgré cela, le lieu a tenu, les squatteureuses ont reconstruit et
    l'endroit propose aujourd'hui diverses activités fort appréciées du
    quartier: un bar/restaurant y est ouvert quotidiennement, et sert de la
    nourriture végétarienne provenant de producteurs bio locaux, et
    notamment de communautés rurales autogérées installées à proximité; une
    gigantesque cours intérieure abrite l'un des derniers terrains de
    pelotte basque des environs, ainsi que des concerts et autres
    manifestations; une salle de cinéma propose régulièrement des
    programmations; un infokiosk distribue littérature militante, presse
    paralèlle, fanzines et musiques indépendantes lors de ses permanences.

    ORGANISATION

    Le début de Hack3ña était fixé à vendredi en fin d'après-midi, avec
    quelques premiers ateliers. Dès jeudi, des personnes ont commencé à
    arriver de toute l'Espagne pour préparer: installation d'un espace
    machines; mise en place d'une connexion à Internet (via deux lignes
    ADSL), création d'un réseau local (.hm) relié au net, proposant divers
    services en interne comme des serveurs DNS, FTP, IRC, un proxy HTTP ainsi
    qu'un proxy APT (une sorte de miroir Debian), accessible depuis divers
    endroits du squat via cables/switchs ou ondes radios/points d'accès
    wireless; distribution des salles pour les nombreux ateliers proposés;
    constitution d'un point d'acceuil; etc.

    Comme c'est le cas en Italie, l'organisation du hackmeeting ne repose pas
    particulièrement sur un hacklab ou collectif local, mais est assumée par
    un ensemble d'individus et de groupes venant d'un peu partout, se
    coordonnant depuis plusieurs mois par le biais une liste de discussion
    sur Internet (hackmeeting@sindominio.net) ouverte à tou-te-s. Les
    participant-e-s/organisateurs-trices y voient la matérialisation de leur
    désir d'autogestion et de libre-participation, la liste constituant une
    assemblée permanente et un outil de transparence, permettant aux bonnes
    volontés de prendre le train en marche sans difficulté.

    Autre outil collaboratif utilisé en appuis de la liste: le wiki,
    permettant à quiconque de modifier le contenu de la page oueb en
    question, et donc d'ajouter son atelier ou son idée, de corriger une
    erreur ou d'inscrire son nom dans une liste de choses à faire. Sur place,
    diverses tâches comme l'acceuil des arrivant-e-s et la tenue du bar ont
    été gérées grâce à un simple tableau affiché dans le hall, dans lequel se
    sont inscrit-e-s les volontaires. Par contre, c'est le
    collectif cuisinier de Gaztetxe qui a assuré la bouffe durant les 3
    jours, servant des repas végatariens succulents. Un planning, donc, mais
    aussi une assemblée d'organisation pour déterminer quelques points plus
    précis vendredi après-midi et permettre aux arrivé-e-s de s'intégrer,
    suivie, le dimanche, par une assemblée de cloture, sur laquelle je
    reviendrai.

    AMBIANCE

    C'est donc vendredi soir que la plupart des gens sont arrivés et que le
    hackmeeting a commencé, regroupant jusqu'à 250 personnes, toutes
    originaires des diverses régions d'Espagne, à quelques rares exceptions
    près. Les laptops se sont progressivement faits plus nombreux dans le
    café, se mêlant aux habitué-e-s, dont certain-e-s, intrigué-e-s de cette
    soudaine présence informatique dans le lieu, ont entendu avec intérêt les
    anargeeks leur expliquer le pourquoi du comment de leur événement, la
    nécessité de détruire Microsoft et de révolutionner le monde de
    l'informatique en même temps que la société!

    Cette sociabilité, cette propension à s'engager dans des discussions,
    cette envie de partager, de bidouiller et d'avancer collectivement sont
    sans doute parmi les éléments les plus marquants de ce hackmeeting, tant
    ils diffèrent de l'individualisme voire de l'isolement qui marquent
    souvent les cultures digitales plus au nord. Car outre les ateliers,
    débats et conférences, ce hackmeeting fut un forum informel permanent, se
    faisant le support d'échange de savoirs et de curiosités,
    d'enthousiasmes collectifs et de laptops partagés. L'ambiance était à la
    rencontre et à la découverte, et si l'on pouvait trouver des gens occupés
    à coder isolément sur leur machine, la plupart des ordinateurs étaient
    entourés de groupes de gens geekant collectivement. Et avec ou sans
    machine, le hackmeeting était aussi l'occasion de faire la fête - odeurs
    de hashich et vapeurs de bière, musique dansante et performances
    visuelles se succèdant.

    Un hackmeeting qui a témoigné de diverses manières de sa créativité, et
    pas seulement sur les écrans: grandes banderoles déployées sur la façade
    du squat pour annoncer l'événement, prôner l'utilisation de GNU/Linux
    (avec une belle reproduction de Tux, le pingouin-mascotte de Linux), ou
    dénonçer les nouvelles lois espagnoles sur la copie privée (LSSI);
    pochoirs, décos artisanales et autres signes Debian taillés dans le
    plastique des boitiers de PC, ordinateurs montés dans des valises, etc.

    ATELIERS

    L'appel à Hack3ña était baptisé "call 4 nodes", au lieu du traditionnel
    "call for papers", dans l'idée de visibiliser la pluralité des
    interventions possibles, et de ne pas limiter les moments formels à de
    banales conférences ou exposés. Contrairement à nombre d'événements dont
    le contenu dépend (quasi)-exclusivement de prestigieux et couteux-ses
    intervenant-e-s extérieur-e-s, l'accent a été mis sur l'initiative
    individuelle (et collective) des participant-e-s, qui ont proposé
    quantité d'ateliers - trop pour que tous puissent être réalisés pendant
    la durée de la rencontre - sur des thèmes et avec des formes
    diversifié-e-s: atelier de fabrication d'antennes pour des réseaux
    sans-fil autonomes, logiciels libres en langue basque, anatomie de virus
    et de vers, présentation d'un site de recherche scientifique
    collaboratif (Autonomia Situada) visant à libérer le savoir des griffes
    industrielles et des contraintes universitaires, atelier/discussion "hack
    the media", découverte des outils multimédia sous GNU/Linux
    (alternatives logicielles pour lire/enregistrer/éditer sons, images et
    vidéos), discussion à propos du réseau Indymedia par certain-e-s de ses
    acteurs et actrices réuni-e-s à l'occasion de ce hackmeeting,
    performance "are you a cyberpunk v2.0", présentation de la
    mini-distribution X-Evian (CD bootable basé sur Debian, permettant
    l'exécution d'un système GNU/Linux fonctionnel sans qu'aucune
    installation ne soit requise sur l'ordinateur, réalisé dans le but
    d'offrir un outil simple, flexible et multimédia aux militant-e-s), débat
    "propriété intellectuelle/propriété industrielle", démonstration de
    vidéo-mixing live et streamé via internet (grâce au logiciel libre
    "puredata" - `apt-get install pd` -, qui semble actuellement faire fureur
    dans certains hacklabs espagnols), tentative de visio-conférence avec un
    hackmeeting ayant lieu simultanément en Colombie (mais des problèmes de
    bande passante et de stabilité du lien internet ont rendu la chose
    difficile), présentation de techniques d'authentification sur les réseaux
    sans-fils, réflexion/discussion/préparation d'actions de résistance au
    WSIS (World Summit of Information Society - se tenant à Genève en
    décembre 2003, à l'occasion duquel/contre lequel sera organisé un hacklab
    à l'échelle européenne), entre autres projections vidéos et ateliers
    improvisés sur la cryptographie ou le noyau Linux 2.6.

    Seul "invité" de ces 3 jours, Ricardo Dominguez de l'Electronic
    Disturbance Theatre (USA), venu présenter sa pratique de la
    désobéissance civile électronique et des manifestations en ligne,
    préconisant la recherche d'actions et de communications se plaçant sur le
    terrain du virtuel, la rue étant devenue trop prévisible et contrôlée par
    l'état policier.

    Enfin, événement non négligeable de cette rencontre: la tenue le samedi
    soir, comme l'année passée, de l'édition espagnole des Big Brother
    Awards, événement international récompensant les plus hautes figures de
    la société sécuritaire, consacrant divers exploits en matière de
    fichage, de surveillance et autres manoeuvres de suppression des
    libertés.

    HACKING THE STREETS

    Vendredi en fin de journée, le bruit a couru dans l'assistance qu'une
    manifestation se préparait. Effectivement, en début de soirée, une foule
    d'une soixantaine de personnes s'est rassemblée devant le squat aux sons
    de sifflets, derrière deux grandes banderoles titrant "Hack your brain -
    okupa te mente | hack in dezagun" et "Reality Hacking - or el derrcha a
    experimentar libremente", mots clefs du Hack3ña, dont le logo représente
    un cerveau traversé par une flèche cassée, signe traditionnel des okupas
    (squats).

    L'idée ainsi exprimée est de revendiquer le hack comme une posture
    politique, agissant contre la pensée dominante. En se réappropriant notre
    cerveau et en l'usant librement, indépendamment - ou contre - les
    contraintes imposées par la société, nous pouvons créer des espaces de
    réflexions, de pratiques, de vie autonomes, à la manière des expériences
    de squats autogérés menées depuis quelques dizaines d'années. La
    revendication de "reality hacking" va également dans ce sens, et tente de
    sortir le hack du strict domaine du virtuel, en le voyant comme une
    propension à la curiosité, à l'audace, à l'intelligence et à l'action, à
    mettre en oeuvre dans tous les aspects de la vie quotidienne. Hacker,
    c'est ainsi utiliser et détourner les nouvelles technologies - mais pas
    seulement - pour réaliser une autre société!

    Après quelques minutes de stationnement devant Gaztetze, le cortège s'est
    ébranlé, et a bruyamment parcouru quelques rues du centre-ville, au son
    de slogans pour les logiciels libres, contre les brevets
    logiciels (actuellement soumis à l'appréciation de la Commission
    Européenne), contre les lois sécuritaires bridant l'accès à
    l'information et un nouveau dispositif espagnol taxant la copie de CD
    (LSSI). Brève pause sur une place malgré le froid et discours au
    mégaphone, puis retour au hackmeeting après une petite demie-heure de
    manifestation.

    L'année dernière déjà, la rencontre de Madrid avait inauguré le concept
    de "hack-manif" avec succès, concrétisant l'envie de mélanger cultures
    digitale et militante, et montrant que si l'informatique alternative peut
    apporter aux luttes sociales, les modes de contestation de ces dernières
    peuvent aussi être mises à profit dans le combat des logiciels libres!
    Enfin, une image inhabituelle et dynamisante: celle d'un membre
    d'asturiawireles.net levant son antenne sans-fil en l'air en scandant un
    slogan, comme le poing levé d'autres manifestant-e-s!

    APT-GET INSTALL IT

    On n'a pu manquer d'être frappé, en se ballandant dans le hackmeeting,
    par l'omniprésence de Debian. Il y a fort à parier que 99% des machines
    présentes à la rencontre utilisaient Debian GNU/Linux comme système
    d'exploitation, avec quelques exceptions pour Gentoo GNU/Linux et divers
    dérivés de BSD, mais, quoi qu'il en soit, aucun Microsoft Windows à
    l'horizon ;)

    Un choix de Debian considéré comme évident, et semblant faire partie
    intégrante du "mouvement": pour l'excellence technique de cette
    distribution, pour son respect scrupuleux de la philosophie des
    logiciels libres, et pour son indépendance, Debian étant la seule
    distribution majeure exclusivement réalisée par des bénévoles sans
    rémunération - au total plus de 1000 programmeurs/euses collaborant et
    s'organisant librement via internet - tandis que d'autres, comme
    Mandrake ou Red Hat Linux, sont désormais des sociétés commerciales
    côtées en bourse, faisant la course aux numéros de versions et aux
    clients.

    Un parti-pris pour Debian marqué par la présence d'un apt-proxy sur le
    serveur (pour mutualiser le téléchargement de mises à jour depuis
    l'internet), par la vente de t-shirts Debian (à 7¤) et autres badges, et
    souvent relayé par la conversation ("tu es sous Debian, bien sûr?").
    Voilà un autre point commun avec les hackmeetings italiens - du moins
    celui de juin à Turin -, lors duquel, outre la présence de t-shirts
    "apt-get install anarchy", on pouvait flairer une motivation très
    debianiste.

    L'HEURE DU BILAN

    Le hackmeeting devait se terminer dimanche après-midi, après quelques
    ateliers, un dernier moment de repas et une assemblée "bilans et
    perspectives", suivie d'un grand ménage collectif. Sur l'ensemble des
    personnes présentes, force est de constater que pas mal sont parties
    avant cela, mais c'est néamoins une soixantaine de personnes qui s'est
    retrouvée pour l'assemblée.

    L'occasion d'évoquer les points positifs et négatifs de ces quelques
    jours passés, avec, parmi les regrets exprimés, une série de problèmes
    logistiques, comme l'exiguité de la principale salle machines (qui était
    vraiment petite, ne permettant guère qu'à 30 personnes maximum de s'y
    installer), la saturation totale du dortoir et la difficulté à combattre
    le froid intense, malgré quelques gros chauffages de chantier. Mais aussi
    des réflexions concernant l'accessibilité de l'événement, qui n'a que
    difficilement permi aux non-initié-e-s que s'intégrer, et le souhait
    d'avoir à l'avenir des espaces de démonstration clairement délimités,
    ainsi que d'offrir la possibilité aux personnes locales d'amener leur
    machine pour y installer Debian en étant accompagnées.

    S'en est suivi un gros débat sur l'endroit ou se déroulera le prochain
    hackmeeting, mais surtout, plusieurs interventions de femmes évoquant la
    disproportion du nombre d'hommes par rapport à elles, et constatant une
    concentration des savoirs les plus techniques par les mecs. En
    conséquence de quoi, plusieurs femmes ont proposé d'entamer une
    réflexion sur la visibilisation des femmes au sein des hackmeetings,
    l'une d'elles évoquant la possibilité d'ateliers d'échange de savoirs
    entre femmes. Au cours du hackmeeting, plusieurs filles avaient proposé,
    via affichage sur le programme mural, de se réunir autour de leur
    pratique des médias indépendants, de l'accès aux technologies et aux
    médias, et, avec un point d'interrogation, du cyberféminisme - rencontre
    qui semble avoir impulsé une volonté, au moins de leur côté, de prendre
    en considération la question du genre dans les pratiques informatiques
    dissidentes.

    Enfin, il fut brièvement question d'une connexion possible entre le
    hackmeeting et deux autres projets existants, bien que mis en sommeil ces
    derniers temps: l'idée d'un "transnational hackmeeting" et le réseau
    "plug'n'politix". Le premier projet vient d'Italie, et, prenant acte de
    la culture particulière émergeant du mouvement des hackmeetings italiens
    et espagnols de ces dernières années, souhaite l'exporter pour en faire
    profiter d'autres pays dans lesquels de telles dynamiques n'existent pas.
    Simultanément, il s'agit de s'enrichir par l'échange avec d'autres
    contextes et expériences, mais aussi de réfléchir à la répression
    électronique et politique qui frappe l'Europe toute entière avec
    l'émergence tous azimuts de lois particulièrement liberticides (dans la
    lignée des LSQ et LSI françaises), et, peut-être, d'y faire face
    collectivement! Le second projet, "plug'n'politix", vise à la
    continuation d'un réseau d'échange entre divers cybercafés squattés,
    hacklabs et autres espaces publics expérimentant une hybridation entre le
    technique et le politique. La première rencontre a eu lieu à Zurich en
    octobre 2001, et une prochaine pourrait suivre dans les mois
    prochains.

    Puis fin d'assemblée enthousiaste avec la promesse de continuer à
    discuter sur la liste et de se retrouver, au-revoirs divers, et quelques
    groupes de gens s'affairant à nettoyer et démonter. Très vite, le lieu
    s'est vidé, et en fin de journée, le hackmeeting était terminé.

    SO WHAT?

    La "culture" des hackmeetings telle qu'elle se constitue depuis quelques
    années en Espagne et depuis 5 ans en Italie me semble particulièrement
    intéressante, en ce qu'elle matérialise l'articulation des dimensions
    techniques et politiques du hack et des logiciels libres, idées qui,
    quand elles ne sont pas carrément ignorées ou condamnées (par la
    mouvance "open-source", notamment), sont souvent plus théorisées que
    pratiquées. Au cours de ces dernières années s'est ainsi profilé un
    véritable "mouvement" qui semble s'inscrire dans la durée. Mais le
    hackmeeting est aussi le reflet d'une multiplicité d'initiatives
    locales, auxquelles il donne une visibilité et qu'il contribue à
    dynamiser par la mise en réseau avec d'autres initiatives similaires (à
    la suite des premiers hackmeetings, une dizaine de hacklabs se sont
    constitués dans toute l'Espagne!). Et si l'intérêt du hackmeeting est
    d'exprimer une identité particulière et novatrice, il est aussi d'être un
    support à des pratiques collectives de sociabilité (informatisée ou non),
    d'échange et de collaboration, d'auto-organisation.

    Néamoins, certains éléments nettement moins enthousiasmants posent
    question. Les interventions de femmes lors de la réunion de cloture ont
    mis le doigt sur des réalités: l'inégale répartition des savoirs
    techniques et la sous-représentation des femmes dans le milieu. Ces
    constats ne sont certes pas spécifiques à l'Espagne, le milieu de
    l'informatique (alternative ou pas) demeurant incontestablement dominé
    par les hommes. Il est cependant frappant de constater combien les
    problématiques (cyber)féministes ont été absentes des questionnements mis
    en avant pendant cette rencontre là. Absence d'autant plus gênante que si
    l'accès à l'informatique est rendu difficile aux femmes par les rôles
    sociaux imposés en société (qui réservent majoritairement les filières
    scientifiques et l'usage des techniques aux hommes), il va de soi que
    l'exclusion des femmes dépend directement du comportements des hommes du
    milieu. En tant que mecs anargeeks, hackeurs, militants, bidouilleurs ou
    simples utilisateurs, il urge de prendre conscience de la façon dont nous
    aussi contribuons à interdire aux femmes l'accès à ces passions. A
    commencer par comprendre, accepter et laisser de
    l'espace aux initiatives d'auto-organisation des femmes en ce domaine,
    comme celle des "genderchangers" à Amsterdam, qui organisent diverses
    formations techniques et ateliers par et pour des femmes - idée qu'on
    aussi émises des participantes à Hack3ña, à mettre en place la prochaine
    fois.

    Un autre bémol concerne les réunions, qui se sont avérées plutôt
    chaotiques, et donc forcément inégalitaires, les uns coupant facilement
    la parole aux seconds, les autres entamant d'autres conversations, le
    tout créant parfois un capharnaum obligeant certain-e-s à hausser le ton.
    Et si les assemblées se sont déroulées en parfaite amicalité, dans une
    atmosphère des plus décontractées, la spontanéité et la rapidité des
    échanges ont néamoins bénéficié, comme toujours, à quelques experts de la
    parole, qui se sont souvent longuement exprimés, alors que d'autres ne se
    sont pas du tout manifesté-e-s. Or, la volonté égalitaire
    inhérente à ce type de de manifestation devrait pousser à une réflexion
    sur les modes de discussion et les processus de décision! Une assemblée
    de 70 personnes ne peut permettre à la diversité des opinions de
    s'exprimer et à tou-te-s les individu-e-s de participer qu'en mettant en
    place des techniques de discussion: distribution de la parole, synthèse
    régulière par un-e modérateur/modératrice, division éventuelle en petits
    groupes pour permettre un confort d'expression avant synthèse des
    différents groupes de discussion, codes visuels pour signifier
    l'approbation, circulation des rôles de modération, etc. Ces diverses
    formes de débat ont été réfléchies, expérimentées et mises à profit par
    des collectifs libertaires depuis des années, et notamment lors
    d'événements internationaux (camp No Border de Strasbourg en juillet
    2002) pour de grandes assemblées.

    M'est avis que ces éléments manquants pourraient faire l'objet
    d'échanges intéressants dans le cadre d'un hackmeeting transnational, qui
    permettrait la rencontre de la tradition sociale commune à l'Italie et à
    l'Espagne qui dénote tant des contextes rencontrés habituellement, des
    acquis organisationnels d'autres collectifs européens qui me
    semblent correspondre à l'impératif d'horizontalité, et des expériences
    féministes menées par des collectifs informatiques de femmes
    (d'Allemagne, d'Angleterre et de Hollande, notamment) qui, je l'espère,
    pourraient faire avancer la prise de conscience et l'action sur ce sujet
    essentiel qui laisse tant à désirer.

    En attendant, pas besoin d'événement pour mettre à profit les
    inspirations récoltées au contact de ce hackmeeting dans nos initiatives
    propres, et à créer des dynamiques d'échange autour des divers problèmes
    rencontrés! Et si seules l'Italie et l'Espagne semblent à ce jour avoir
    vu hackeureuses et militant-e-s se fédérer de la sorte, il est quelques
    initiatives en France en ayant repris des éléments: à Paris, les
    "rencontres européennes des contre-cultures digitales" Zelig (décembre
    2000) et ZeligRC2 (décembre 2002), la rencontre hexagonale No-Zelig
    (janvier 2002) revendiquée comme hackmeeting, mais aussi quelques
    premiers ateliers d'informatique squattés, qui ne sont pas sans rappeler
    les hacklabs, avec la création en octobre 2001 de PRINT (hébergé à
    l'espace autogéré des Tanneries de Dijon), puis de Blouk Blouk à Lyon en
    mai dernier, sans oublier DGEDOR ("Des Gens Et Des ORdinateurs
    Révolutionnaires"), brève expérience menée en mars 2003 au feu-squat
    parisien RDC. Ainsi que le collectif GNU-Banquise à Nice, l'association
    Avataria à St-Etienne, et les divers collectifs se constituant
    actuellement en France autour d'Indymedia. Autant de projets dont la mise
    en réseau des savoirs et envies laisse entrevoir quantité de
    possibilités... avec à la clef, pourquoi pas... un hackmeeting, avec ou
    sans ce nom là?

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