Une clé d'interprétation au fameux "il y a de plus en plus de diplomés mais les diplomes valent de moins en moins" que j'ai apprise récemment est que les diplomes sont structurellement soumis à de l'inflation ( Inflation_des_diplômes ). C'est documenté, analysé, et il n'y a aucun mystère là-dessus, même s'il n'y a pas de solution évidente.
Si on regarde la version amendée du texte, il n'y a plus rien, à part l'interdiction d'appeler à la destruction d'un État reconnu par la France. Donc je pense que ça pourrait passer le CC, après, le texte ne sera probablement jamais mis en application, il n'y a pas besoin de décret, ça me semble essentiellement redondant avec ce qui existe déja.
Ça ne fait qu'épaissir le code pénal sans aucune justification, ces gens se foutent totalement de la maintenance à long terme, ils veulent juste aller de coup médiatique en coup médiatique, charge aux générations futures de gérer les redondances et les textes obsolètes.
Du coup, j'ai parcouru le document en lien, et je ne pense pas qu'on discute de la bonne version du texte. La rapporteure Caroline Yadan répète à plusieurs reprises que le texte a été modifié conformément aux recommandations du conseil d'État, et que le terme de "négation" n'y apparait plus, par exemple. De nombreux amendements ont été adoptés par la commission des lois, il faudrait donc discuter de la version modifée…
Est-ce qu'il y a la moindre chance que ce texte puisse passer le conseil constitutionnel? La destruction, éventuellement, mais la négation? Ça voudrait dire que dès lors qu'un État est reconnu par la France, il devient illégal de discuter de la légitimité de cette reconnaissance? C'est quand même assez étrange.
La loi est d'interprétation stricte; le problème est lorsqu'on a des termes comme 'raisonnable' qui traînent dans un contrat, et ça y'a que les tribunaux qui peuvent trancher.
Je suis assez d'accord. Mais ça veut aussi dire que c'est un geste soit stupide soit agressif de forker un logiciel "probablement non-libre", dont les auteurs expliquent qu'ils le considère comme non-forkable selon les termes de la licence. Et que tout ça va se finir au tribunal, comme prévu, en créant de l'insécurité juridique sur les utilisateurs du logiciel forké.
De toutes manières, si le soft avait été redistribué sous la même licence en changeant le le logo, l'argument de "l'inclusion du logo n'est pas une demande raisonnable" aurait pu tenir. Là ils ont juste tout relicencié comme si aucune clause additionnelle n'était présente, donc j'ai l'impression qu'il n'y a pas grand chose à argumenter à part qu'ils cherchaient le clash.
Sur le fond, de toutes manières, le "probablement non-libre" dans le billet de blog auquel je pensais venait du fait qu'il était clair que la licence empêchait le fork, mais que l'incertitude venait de si oui on non un logiciel non-forkable pouvait être qualifié de "libre".
Ça te fait rire si tu veux mais soit t'es dans un contexte et ta fonction s'inscrit dans un code donc tu en sait plus. Soit non et ce que tu veux c'est un programme complet.
Il y a juste une opposition entre deux démarches. Je ne dis pas que les deux démarches ne sont pas légitimes dans des contextes appropriés, je dis juste que le fait même de demander des détails te fait entrer dans une démarche que l'utilisateur ne souhaite probablement pas, ce qui paradoxalement rend le choix du LLM grand public encore plus légitime.
Le LLM va simplement inférer les informations manquantes à partir des informations qu'il a sur toi (prompt, historique, et données d'entrainement) pour te fournir une réponse qui est probablement acceptable. D'ailleurs, en général, il termine toujours par quelque chose comme "n'hésitez pas à me donner des détails si votre requête est plus spécifique que ça".
Prend un analogie si tu veux. Va dans un resto et dis au sommelier "donnez-moi un vin qui correspond au plat que j'ai choisi". Le sommelier peut demander "quel est votre budget? en général, vous préférez plutôt le Bordeaux ou le Bourgogne? vous aimez bien les vins doux? avez-vous déja essayé de champagne sec avec les fruits de mer? vous aimez plutôt les surprises ou bien préférez-vous les associations classiques?". Toutes ces questions sont parfaitement légitimes et lui permettront probablement de te conseiller mieux, mais selon le contexte, il me semblerait tout à fait possible que ces questions t'importunent, et que le sommelier fasse mal son métier en te les posant. À vouloir trop en faire, ça devient un mauvais conseiller. Tu as envie de lui arracher la carte des mains et de lui dire "Filez-moi le premier là, n'importe quoi, et lâchez-moi la grappe". Bah là c'est pareil. Tu veux une réponse rapide, parce que peut-être que tu t'en fous, c'est du code jetable, c'est pour comparer avec du code que tu as fait, c'est pour faire un benchmark, c'est pour un exemple dans une présentation pédagogique, c'est pour tester le genre de réponse que les étudiants te donneront s'ils font appel à un LLM pour un devoir maison, bref, plein de raisons possibles de vouloir une réponse et c'est tout, comme pour le vin. Et du coup, à la première question, tu élimines toute la pertinence potentielle de l'expert humain.
Le modèle capitaliste n'interdit pas les externalités positives, mais il ne les encourage pas non plus. Et en pratique, l'expérience nous montre bien que les externalités positives ne restent pas longtemps dans le paradis des externalités positives, le fonctionnement de toute entreprise bien gérée est d'essayer d'en tirer profit, et donc de l'intégrer dans le business model.
Il existe quand même des entreprises à mission, et je trouve ça étrange que ça n'est pas plus mis en avant. Les statuts de l'entreprise intègrent des éléments éthiques, et en théorie ces éléments sont incontournables. Ça peut être "tout le code est sous copyleft" pour une entreprise d'informatique, ou des engagements environnementaux pour une entreprise agricole. C'est beaucoup plus crédible et stable qu'une boîte où le patron prend des engagements, sur lesquels il peut revenir quand il veut (en général, dès que les comptes vont moins bien ou qu'il a l'intention de vendre).
Je n'y connais rien en GPU pour réseaux de neurones, mais une carte A100 coûte environ 30k€ à l'achat et consomme 400W, donc à 15cts du kWh ça fait ~ 500€/an d'électricité; il faut littéralement 60 ans pour qu'elle coûte en énergie ce qu'elle a coûté à l'achat. J'ai du mal à imaginer que les variations du prix de l'énergie puissent passer ton modèle de rentable à non-rentable quand tu investis des 100 de Mrds de $ en hardware qui s'amortit en quelques années…
Il faudrait aussi distinguer ce qui est lié à l'entrainement des modèles (coût fixe) et à leur utilisation (qui est proportionnelle au nombre de clients). Normalement, l'entrainement est beaucoup, beaucoup plus coûteux, donc au contraire, plus tu as de clients et plus tu rentabilises tes coûts fixes. Pour moi le plus probable c'est que tu aimerais avoir plus de bande passante, de serveurs, de GPU, et de datacenters, et d'énergie, mais que le monde physique t'en empêche. Ça n'est pas une question d'argent, c'est une question de physique et de logistique.
C'est quand même documenté qu'il n'est pas très facile pour l'instant d'empêcher le passage à la concurrence pour les LLM; d'ailleurs c'est même dit dans l'article qu'AMD a changé de crèmerie.
Il y a un côté un peu schizophrène à la critique de la gratuité. On a été shootés à la gratuité du web 1 et du web 2, pour la plupart d'entre nous il est inconcevable de devoir payer pour accéder à Wikipédia à un site de streaming, ou un réseau social; pourtant, c'est exactement le genre de modèle de fausse gratuité qu'on dénonce sur d'autres services.
Pour moi, c'est évident que le chatbot gratuit sur lequel tu tombes quand tu arrives sur la page d'accueil de n'importe quelle boite d'AI est un échantillon gratuit. Les coûts sous-jacents sont tellement gros qu'un accès gratuit à toutes les capacités du modèle (y compris la génération d'images, de vidéos, de gros pavés de texte, etc) que même la revente d'informations personnelles ou la publicité ne peuvent pas tout couvrir.
Par contre, merdifier les sorties des abonnements / accès pro, c'est suicidaire, et s'ils en sont amenés à ça c'est que derrière ils ont de réels problèmes de ressources (pas forcément d'investissement, mais les $ n'achètent pas tout). J'ai l'impression qu'ils auraient plutôt intérêt à ne plus accepter de nouveaux clients, mais les règles du business du XXIe siècle sont impénétrables…
En même temps, tout dépend de si tu veux faire un benchmark scientifique ou un retour de cas d'usage. Être capable de fournir une réponse appropriée à une requête unique pas forcément bien formulée est un cas d'usage typique.
On peut se demander aussi quelles seraient les perfs avec un prompt plus spécifique, ou avec des instructions générales plus précises (les trucs que l'on configure dans son compte, du style "privilégie la lisibilité aux performances, utilise des dépendances récentes", etc). Il n'est pas impossible que les plus gros modèles soient plus flexibles sur le style, mais moins performants sur leur première réponse.
Au passage, ça me fait marrer les remarques du style "déja, un humain, il aurait répondu avec une liste de 52 trucs à préciser, un devis, un diagramme de Gantt, un mail avec le responsable hiérarchique en copie, un doodle pour planifier une visio la semaine du 12 mai, un lien vers un formulaire à remplir avec son nom et la date de naissance de sa grand-mère paternelle, les specs du matériel sur lequel ça va tourner, le nombre et la taille des fichiers à lire, et là on aurait pu commencer à discuter". J'ai peur que ça soit exactement pour cette raison que les gens préfèrent le code sans saveur des LLM au code des experts humains; c'est la même raison qui fait préférer une pizza industrielle à un repas à la Tour d'Argent: le rapport qualité prix dans la plupart des contextes est largement au bénéfice de la solution simple.
Je suis assez d'accord, mais la stratégie d'OnlyOffice reste particulièrement perverse. 1) rien ne l'obligeait à utiliser le cadre d'une licence libre pour combiner les clauses d'une manière "astucieuse", ils auraient pu utiliser une licence "open source" explicite au lieu de détourner une licence libre en gardant son nom; 2) ils assument parfaitement une forme de mauvaise foi qui ressemble à du chantage ("sisi, c'est pas interdit de forker, viens discuter et on va te faire un petit tarif imbattable"). Ce qu'ils font est à mon avis assez anormal et c'est bien de ne pas banaliser : ils font du "libre-washing", ils créent de l'insécurité juridique, ils "salissent" le logiciel libre. La question n'est pas réellement si c'est moral (en tout cas, pour moi, c'est clairement immoral), la question c'est si c'est légal (et là c'est un problème pour les juristes).
C'est là où nos avis diffèrent, l'esprit de la LGPL
Mouais, alors bon courage. Tu vas devant le juge, l'argument de l'avocat d'en face c'est que la licence est légale, l'AGPL permet des clauses restrictives supplémentaires, les deux clauses sont conformes, et que c'est toi qui a repris le logiciel sans respecter la licence, et ton argument, c'est que "c'est pas dans l'esprit de l'AGPL"? Ce n'est pas le travail du juge d'évaluer l'esprit de l'AGPL, le droit c'est ce qu'il y a écrit dans la licence, pas ce que les auteurs de la licence ont peut-être voulu dire. Ce n'est pas de la faute du juge si les auteurs de la licence ont permis de transformer l'AGPL en une licence non-libre en combinant des clauses autorisées.
Depuis le début, l'argument d'OnlyOffice, c'est pas que la licence est libre, c'est que la licence est légale, et qu'il n'y avait aucun secret sur les clauses à respecter. C'est un bourbier, ta seule option est d'argumenter sur le fait que l'inclusion du logo ne serait pas "raisonnable", sauf que cette clause existe dans de nombreux logiciels libres, il n'y a rien d'évident.
Dans cette histoire, il n'y a pas de gentils. Il y a les juristes de la FSF qui n'ont pas réussi à assurer une quelconque sécurité juridique aux réutilisateurs de ces licences à clause 7, puisque ça permet le cas par cas, il y a OnlyOffice qui a détourné l'esprit d'une licence libre pour la rendre "Open Source" (code disponible mais fork interdit), et il y a EuroOffice qui font semblant de ne pas savoir lire une licence et qui se débarrassent des clauses qui ne leurs conviennent pas sans justification (et s'ils pouvaient même ne rien attribuer à personne ça les arrangerait). Prendre parti me semble particulièrement risqué, et en tout cas je n'ai jamais considéré qu'il pouvait être sain de s'affranchir des termes des licences au nom de l'"esprit du libre".
Le contexte c'est que cette clause d'obligation d'imposer de garder le logo est courante pour les licences libres, par exemple c'est le cas pour les produits de Mozilla. Il est interdit de distribuer une copie non-modifiée de Firefox sans le logo. Par contre, et c'est là une différence notable, il est interdit de modifier une version modifiée avec le logo de Firefox, ce qui rend le fork possible. C'est donc une clause qui est raisonnable en tant que telle, elle existe sous plusieurs variantes dans un certain nombre de projets libres. Ce qui la rend "déraisonnable", c'est si on la considère en conjonction avec la clause 7e qui interdit de réutiliser la marque. Mais rien dans la licence ne donne le contexte d'interprétation de "raisonnable". La FSF interprète ça comme "raisonnable dans le contexte du logiciel libre", puisque leur lecture de cette situation est que la clause d'OnlyOffice rendent la licence non-libre, mais il faudrait admettre que les quatre libertés et la philosophie du libre est la seule boussole légalement opposable pour déterminer ce qui est raisonnable ou non. C'est fort douteux, non? OnlyOffice peut très bien argumenter que c'est totalement raisonnable d'interdire les forks dans leur business model, et ça sera au juge de trancher.
Quand on cherche, on retrouve plusieurs billets de blogs antérieurs à cette affaire qui analysent la licence AGPL + 2 clauses d'OnlyOffice et qui en concluent "Attention, cette licence n'est probablement pas libre". Donc ça se savait, et NextCloud / EuroOffice le savaient. Ils ont distribué un logiciel sous une licence bricolée pour être non-libre sans respecter les termes de la licence, et c'est une stratégie parfaitement assumée. Je ne suis pas sûr que ça soit un grand service à leur rendre que de les traiter comme des champions du LL qui vont aller se battre devant les tribunaux pour faire respecter la liberté; c'est une tentative de passage en force et leurs arguments sont minces—ils sont basés sur l'idée que les termes d'une licence logicielle sont modifiables par le redistributeur quand le redistributeur estime lui-même qu'ils sont contradictoires. Jusqu'ici, le consensus était qu'une licence pas claire n'était pas libre, mais je ne crois pas que personne de sérieux ne soutenait que le manque de clarté permettait de supprimer toute mention des auteurs et de redistribuer des versions modifiées sous une autre licence.
Tout ça d'ailleurs n'existerait pas sans ces bizarres clauses restrictives autorisées qui transforment potentiellement chaque logiciel sous AGPL-GPLv3 en cas de figure particulier, avec des interactions non-maitrisées entre les clauses supplémentaires. Ces clauses créent de l'instabilité juridique, et rendent impossible la création d'une jurisprudence claire puisque le moindre changement de formulation nécessite une nouvelle analyse—un paradis pour les avocats, un enfer pour les distributeurs de logiciels libres.
parler de logiciel libre est suffisamment répendu pour qu'il y ait une forme de normae sur l'usage du terme.
Il me semble au contraire assez facile de montrer que ça n'est pas le cas. Moi le premier, j'aimerais bien que ça soit le cas (la FSF, les 4 libertés, etc), mais en pratique, la galaxie de licences et de concepts qui partent dans toutes les directions (copyleft, open source, freeware…) offrent toute une latitude pour du bullshit marketting plus ou moins illimité.
OnlyOffice diffusent leur logiciel sous une licence libre, reconnue comme telle par la FSF, je ne vois pas dans quel monde tu peux les condamner pour publicité mensongère parce qu'ils ont ajouté des clauses douteuses (pourtant crédiblement autorisées par la licence) à l'AGPL.
Je ne suis pas juge, mais EuroOffice n'est pas un particulier. Un particulier peut se faire avoir parce qu'il n'a pas lu les petites lignes dans les conditions générales de vente, et c'est là que la répression des fraudes et le code de la consommation peuvent lui permettre d'avoir des recours contre la publicité mensongère. Au contraire, un professionnel doit se donner les moyens d'analyser les contrats, et il n'est pas censé se fier à des termes généraux comme "logiciel libre". De toutes manières, ça n'est pas la défense d'EuroOffice, si j'ai bien compris (et ça serait une défense assez ridicule, de toutes manières). Leur défense est de dire que la clause d'inclusion du logo n'est pas une clause 7b valide et que la licence leur donne le droit de la retirer (ce qui est fort douteux, mais passons). Et que du coup ils ont aussi fait sauter la clause 7e (pourtant valide), et qu'ils ont retiré toute mention d'attribution du code aux auteurs, et… je n'aimerais pas être leur avocat.
Il n'est pas question de rediscuter comment les deux clauses supplémentaires tombent dans les catégories a-f, puisqu'Only Office l'a clairement défini dans sa licence: la clause de reproduction du logo tombe dans b), et le refus de réutiliser les marques commerciales tombe dans e).
La clause e) est exactement la deuxième clause qu'a ajouté OnlyOffice, donc celle-ci existe et ne peut pas être retirée. OnlyOffice ne donne pas au réutilisateur du code d'exploiter sa marque commerciale si la version modifiée diffère. C'est permis par la licence et conforme à l'esprit et à la lettre de l'AGPL. EuroOffice n'avait pas le droit de la retirer (leur argument est que ça n'ajoute ni ne retire rien à la loi en vigueur, ce qui n'a pas de sens et ne leur donne absolument pas le droit de retirer la clause, c'est une violation flagrante de l'esprit et de la lettre de l'AGPL).
La clause du logo est plus complexe puisque tout dépend de l'interprétation de "raisonnable". À mon avis, la rédaction est extrêmement maladroite et force quasiment le procès, puisqu'il est extrêmement facile d'avoir des définitions différentes de "raisonnable". Je ne vois pas d'ailleurs ce qui te fait conclure aussi facilement que l'inclusion d'un logo n'est pas raisonnable. La liberté du dessin n'a rien à voir là-dedans, puisqu'un logo est soumis au droit des marques avant d'être soumis au droit d'auteur. Cette histoire d'inclusion de logo est d'ailleurs mentionnée dans de nombreuses licences libres, sans pour autant que personne n'y voit à redire. Par exemple, je viens de vérifier pour Mozilla, l'utilisation du logo est obligatoire pour les versions non-modifiées, et interdite pour les versions modifiées. On a donc une situation presque identique : même clause e), et clause b) qui semble similaire, la seule différence étant qu'OnlyOffice rend la réutilisation du logo toujours obligatoire, alors que Mozilla ne la rend obligatoire que pour les versions non-modifiées. Évidemment que ça change tout pour la possibilité de fork, mais la rédaction de cette clause est superficiellement assez similaire, ce qui fait que justement, ça n'est pas du tout évident que c'est déraisonnable.
À mon avis, le coup du "c'est ostensiblement déraisonnable donc c'est pas valide" ne tient pas une seconde. Il y a des arguments très sérieux qui iraient que cette licence AGPL + 2 clauses puisse être parfaitement légale (non-libre, mais légale). Si EuroOffice a blanchi un logiciel non-libre vers un logiciel libre en changeant illégalement la licence, alors il va leur arriver des bricoles, et c'est assez normal vu le contexte.
Sauf que tu a l'air d'ignorer que la licence ne permet pas d'ajouter de clause non raisonnable.
C'était ma première lecture, mais non, c'est juste que ça n'est pas clair parce que tout est mélangé. Relis la section 7, il y a trois types de clauses:
* Les clauses restrictives autorisées, numérotées de a) à f), qu'il est interdit de retirer.
* Les clauses permissives, illimitées, et facultatives (tu peux les conserver ou les retirer au choix)
* Les autres clauses non-permissives, qui sont invalides et que tu peux retirer.
Or, OnlyOffice place explicitement les deux clauses supplémentaires dans les clauses restrictives autorisées b) et e). Pour e) c'est plus ou moins exactement la clause e) donc celle-ci est définitivement compatible avec la lettre et l'esprit de l'AGPL; pour b) (préservation du logo), tout dépend de si c'est "raisonnable" ou non, une notion vague qui ne peut pas être tranchée autrement que par un tribunal. Il me semble d'ailleurs assez clair que les auteurs de la licence n'ont pas considéré la possibilité d'interférences possibles entre ces clauses, puisque b) semble déraisonnable seulement quand e) est aussi présente, sans e) la clause b pourrait très bien être raisonnable. Et encore, il faut adopter un point de vue assez particulier, celui que "raisonnable" doit être entendu "du point de vue du logiciel libre". Dans l'industrie logicielle, il est au contraire très "raisonnable" de ne pas faire de logiciel libre, et si j'étais l'avocat d'Only Office c'est ce que je dirais : indépendamment, les clauses b) et e) sont raisonnables, et ce n'est pas de la faute d'Only Office si malencontreusement la combinaison des deux clauses autorisées par la licence a pour conséquence que le logiciel ne soit plus libre au sens de la FSF. La liberté dans le sens de la FSF n'est peut-être pas garantie par la licence, et si c'est vrai c'est uniquement de la faute des auteurs de la licence.
Dans tout les cas, et encore une fois je n'avais pas compris lors de ma première lecture de la licence et il a fallu qu'on m'explique, absolument rien dans la licence ne te permet de retirer les clauses restrictives a) à f). La licence te permet de retirer les autres clauses non-permissives, c'est très clair. Donc si une clause a) à f) ne te semble pas valide, alors la licence n'est pas libre et tu ne peux pas distribuer le logiciel. En aucun cas la démarche d'Euro Office ne peut être validée par le tribunal, même si la clause b) n'était pas "raisonnable", la clause e) n'a pas été reproduite, et de toutes manières les auteurs du code ont été effacés dans la première version du fork, ce qui contrevient de toutes manières au droit moral indépendamment de toute licence. Objectivement, Euro Office a redistribué un logiciel sous AGPL + clauses restrictives sans respecter les clauses restrictives, en oubliant même de créditer les auteurs dans un premier temps avant de revenir sur leur boulette, et en modifiant la licence par le retrait des clauses restrictives. Rien de tout ça n'est autorisé par l'AGPL; puisque contrairement à ce qu'une lecture superficielle pourrait faire croire, il n'est absolument pas autorisé de retirer des clauses a) - f) (seules les "autres clauses restrictives" ont le droit de sauter). À mon avis, quelle que soit la bonne et la mauvaise foi des acteurs, l'issue judiciaire est au mieux incertaine.
Et c'est bien sûr certifié par les gens raisonnables du comité international de la raisonnabilité des clauses raisonnables?
Grosso modo, ça revient à distribuer un logiciel sous cette licence:
Ceci est une licence libre
Vous avez le droit d'étudier le code, de le reproduire, et de le distribuer fidèlement avec toutes les notices
Vous n'avez pas le droit de le modifier et d'en distribuer une version modifiée.
Et tu vas devant le juge avec ça. Ton argument, c'est "l'en-tête de la licence dit que c'est libre, donc moi j'ai ignoré la clause 1, qui n'est pas compatible avec la liberté du logiciel." Qu'est-ce qui empêche un juge de te répondre que "ceci est une licence libre" n'est pas un engagement spécifique, et que la licence est composée de l'ensemble des clauses?
Si ta question, c'est "Est-ce que Only Office a tenté un coup vicieux en tentant de détourner l'esprit de l'AGPL en fournissant deux restrictions individuellement autorisées qui, prises ensembles, rendent le logiciel non-libre", bah… oui. En tout cas, ça me semble évident qu'ils sont d'une extrême mauvaise foi. Mais si ta question, c'est "Est-ce que cette licence bricolée est ostensiblement illégale", ça ne me semble pas si évident que ça. Manifestement non libre, oui, mais manifestement illégale? En tout cas, la licence dit explicitement que tu peux retirer les clauses qui ne sont pas dans la liste des clauses autorisées, mais la manière dont Only Office a rédigé le truc fait qu'il n'est pas du tout questionnable que les clauses sont explicitement dans la liste. Il est d'ailleurs possible que la clause du logo soit "raisonnable" si elle était toute seule, c'est juste en combinaison avec la clause de non-réutilisation des marques qu'elle semble devenir non-raisonnable.
Bref, je ne mettrais pas ma fortune sur l'issue d'un éventuel procès, et ça, c'est même sans compter qu'apparemment EuroOffice ont carrément fait sauter les copyrights, ce qui n'a même pas besoin de licence pour être interdit. Donc en plus c'est assez facile de démontrer qu'ils n'ont pas respecté l'AGPL non-modifiée, indépendament des clauses qu'ils ont fait sauter sans que la licence ne l'autorise.
Sauf que n'importe quelle juge qui a trois neurone va bien voir que c'est n'importe
Ou n'importe quel juge peut aussi décider que ce n'est de la faute de personne que les chimpanzés alcooliques qui ont pondu la licence n'ont pas prévu qu'on pouvait combiner des clauses autorisées pour rendre en pratique le logiciel non-libre tout en maintenant la légalité de la licence, et qu'avec trois neurones on pouvait lire la licence avant de forker et de comprendre qu'elle ne nous donnait pas le droit de forker comme on en avait l'intention. C'est une question de point de vue.
Parce que l'analyse post-mortem de la FSF dit "ah non, on ne peut pas parce que ça ne serait pas libre", ce qui revient à donner raison à Only Office : la licence n'est pas libre, mais le tribunal s'en fout, puisqu'elle peut être juridiquement valide (et pas libre, du coup).
Autrement dit les restrictions que OnlyOffice prétend imposer sont sans effet.
C'était ma première lecture, mais en fait non, parce que c'est "all OTHER non-permissive…".
L'AGPL (comme la GPLv3) propose dans cette section 7 d'autoriser des clauses additionnelles. Il y a une liste fermée de 6 ou 7 clauses restrictives autorisées (imposer des notices de copyright, interdire certains trucs, interdire la réutilisation des marques, etc), et une possibilité d'ajouter des droits supplémentaires facultatifs. Quand tu redistribues un truc sous AGPL, tu peux supprimer des droits supplémentaires si tu veux, mais tu ne peux pas retirer les clauses restrictives autorisées.
Or, Only Office prétend que les deux restrictions imposées sont explicitement autorisées par l'AGPL section 7. Et quand on relit bien le truc, ça devient bien moins évident. Un logo est-il une demande raisonnable d'attribution? La FSF dit "non" parce que ça rendrait le logiciel non-libre, mais ça revient à botter en touche, parce que la licence serait toujours valable. Est-ce qu'interdire de réutiliser une marque est autorisée (2e clause additionnelle)? Clairement oui, c'est explicitement dans la liste. Donc, Only Office prétend avoir imposé deux clauses restrictives autorisées, qui quand elles sont combinées rendent en pratique le logiciel non-libre. La FSF dit "ouhlala non c'est pas l'idée", et Euro Office disent "comme on ne peut pas respecter les deux clauses tout en redistribuant le logiciel bah on a le droit de les faire sauter". Sauf que la licence ne dit pas ça du tout.
Donc ça va se jouer au tribunal, et le résultat est loin d'être garanti. Le seul vrai argument d'Euro Office est de dire que l'utilisation d'une licence libre suppose que l'auteur veut distribuer un logiciel dans des conditions où il peut être considéré en pratique comme un logiciel libre, et qu'ils estiment avoir respecté l'esprit de la licence. Only Office va pouvoir facilement démontrer qu'Euro-office ont distribué une version expurgée des logos, du nom des auteurs, et de toute information de paternité du code pour les remplacer par les leurs, et qu'ils ont relicencié le logiciel en retirant des clauses qui sont garanties par l'AGPL. Ça, ça n'est même pas autorisé par le GPL, et c'est même en contradiction avec le droit moral qui est inaliénable et qui ne peut pas être modifié par une licence. Je ne mettrais pas beaucoup d'argent sur le résultat du procès…
Un fork hostile, c'est quand tu demandes "Vu la situation, est-ce que vous êtes d'accord pour que je forke?" "Non on n'est pas d'accord". C'est tout. Ça ne veut pas dire que tu les insultes publiquement.
Après, tu es censé respecter la licence quand tu forkes, ce qui n'est pas le cas, à cause des ces clauses additionnelles débiles qui peuvent être interprétées différemment et qui créent de l'insécurité juridique.
Bah vu qu'ils ont déja fait sauter les clauses additionnelles qu'ils n'aimaient pas dans l'AGPL, ils peuvent très bien prendre la décision de changer de licence…
Ces clauses additionnelles (qui viennent de la GPLv3 si j'ai bien compris) sont un bourbier. Elles viennent limiter la réutilisation, mais on a le droit de les faire sauter si on estime qu'elles sont trop restrictives, ça revient vraiment à créer de l'insécurité juridique à la fois pour le distributeur et pour le réutilisateur.
Si tu as l'impression que c'est ce qu'ils disent, alors ça doit être vrai :-) Je trouve que ça manque énormément de clarté, et en particulier l'interprétation semble osciller entre "ça n'est pas une licence compatible GPL" ou "on peut le retirer". Or, la question n'est pas vraiment de savoir si l'AGPL version OnlyOffice est libre, car elle peut très bien ne pas être libre tout en étant parfaitement légale.
À quoi est-ce que les juristes de la FSF ont joué avec cette clause 7? On voit bien qu'elle est rédigée de manière à empêcher théoriquement que le logiciel devienne non-libre, mais les interactions potentielles entre toutes les restrictions possibles ouvrent beaucoup trop de moyens d'essayer de contourner la licence.
Une déclaration officielle des juristes de GNU qui ont endorsé l'AGPL pourrait rapidement permettre de lever le doute sur les interprétations respectives. Pour quelqu'un d'extérieur, ça semble être deux interprétations qui doivent être tranchées par un tribunal, et ça peut clairement nuire à la réputation du projet EuroOffice. Mais s'il existe une analyse officielle de la FSF sur laquelle s'appuyer, ça devient beaucoup plus difficile pour OnlyOffice de prétendre être de bonne foi.
J'ai quand même l'impression que l'interprétation d'OnlyOffice a tellement peu de sens que personne n'a considéré qu'elle puisse être possible. Le problème c'est que ça n'est pas un argument juridique; l'interprétation du droit d'auteur pour les licences copyleft n'avait probablement jamais été envisagée par le législateur, et elle n'en reste pas moins légale.
Mais non, je ne suis pas d'accord, la licence est très claire: "When you convey a copy of a covered work, you may at your option remove any additional permissions from that copy, or from any part of it". Je ne sais pas à quoi joue OnlyOffice, mais leur interprétation ne mérite même pas le début de l'origine d'une discussion à la machine à café.
1) Les clauses de la section 7 ne peuvent qu'offrir des permissions supplémentaires, pas des restrictions
2) Les clauses de la section 7 sont facultatives et peuvent être retirées à discrétion quand on redistribue une copie
Je ne vois absolument aucun argument qui nécessite qu'on discute aussi longtemps de cette tentative absurde d'empêcher de forker un logiciel libre.
[^] # Re: lien du lien et commentaires
Posté par arnaudus . En réponse au journal Du rififi à la Document Foundation. Évalué à 4 (+1/-0). Dernière modification le 13 avril 2026 à 10:01.
Est-ce que toute hypothèse ne devrait pas au moins faire semblant de se confronter au réel avant d'être avancée de manière péremptoire?
1) Le niveau de diplômes de cesse d'augmenter en France:
https://www.observationsociete.fr/wp-content/uploads/2024/03/image-3.png
2) Les entreprises financement de moins en moins (en relatif) la formation de leurs employés
https://www.pollen-conseil.fr/wp-content/uploads/2025/11/2-graphiques_d%C3%A9penses_financeurs_FPC2025-1024x613.png
Une clé d'interprétation au fameux "il y a de plus en plus de diplomés mais les diplomes valent de moins en moins" que j'ai apprise récemment est que les diplomes sont structurellement soumis à de l'inflation ( Inflation_des_diplômes ). C'est documenté, analysé, et il n'y a aucun mystère là-dessus, même s'il n'y a pas de solution évidente.
[^] # Re: Article payant, donc on en sait rien…
Posté par arnaudus . En réponse au lien Que contient vraiment la dernière version de la loi Yadan, objet d’une pétition signée plus d’un demi-million de fois ?. Évalué à 4 (+1/-0).
Si on regarde la version amendée du texte, il n'y a plus rien, à part l'interdiction d'appeler à la destruction d'un État reconnu par la France. Donc je pense que ça pourrait passer le CC, après, le texte ne sera probablement jamais mis en application, il n'y a pas besoin de décret, ça me semble essentiellement redondant avec ce qui existe déja.
Ça ne fait qu'épaissir le code pénal sans aucune justification, ces gens se foutent totalement de la maintenance à long terme, ils veulent juste aller de coup médiatique en coup médiatique, charge aux générations futures de gérer les redondances et les textes obsolètes.
[^] # Re: Article payant, donc on en sait rien…
Posté par arnaudus . En réponse au lien Que contient vraiment la dernière version de la loi Yadan, objet d’une pétition signée plus d’un demi-million de fois ?. Évalué à 3 (+0/-0).
Du coup, j'ai parcouru le document en lien, et je ne pense pas qu'on discute de la bonne version du texte. La rapporteure Caroline Yadan répète à plusieurs reprises que le texte a été modifié conformément aux recommandations du conseil d'État, et que le terme de "négation" n'y apparait plus, par exemple. De nombreux amendements ont été adoptés par la commission des lois, il faudrait donc discuter de la version modifée…
[^] # Re: Article payant, donc on en sait rien…
Posté par arnaudus . En réponse au lien Que contient vraiment la dernière version de la loi Yadan, objet d’une pétition signée plus d’un demi-million de fois ?. Évalué à 6 (+3/-0).
Est-ce qu'il y a la moindre chance que ce texte puisse passer le conseil constitutionnel? La destruction, éventuellement, mais la négation? Ça voudrait dire que dès lors qu'un État est reconnu par la France, il devient illégal de discuter de la légitimité de cette reconnaissance? C'est quand même assez étrange.
[^] # Re: Non lié ?
Posté par arnaudus . En réponse à la dépêche Une coalition de neuf entreprises européennes lance Euro-Office, alternative bureautique souveraine et open source. Évalué à 3 (+0/-0).
Je suis assez d'accord. Mais ça veut aussi dire que c'est un geste soit stupide soit agressif de forker un logiciel "probablement non-libre", dont les auteurs expliquent qu'ils le considère comme non-forkable selon les termes de la licence. Et que tout ça va se finir au tribunal, comme prévu, en créant de l'insécurité juridique sur les utilisateurs du logiciel forké.
De toutes manières, si le soft avait été redistribué sous la même licence en changeant le le logo, l'argument de "l'inclusion du logo n'est pas une demande raisonnable" aurait pu tenir. Là ils ont juste tout relicencié comme si aucune clause additionnelle n'était présente, donc j'ai l'impression qu'il n'y a pas grand chose à argumenter à part qu'ils cherchaient le clash.
Sur le fond, de toutes manières, le "probablement non-libre" dans le billet de blog auquel je pensais venait du fait qu'il était clair que la licence empêchait le fork, mais que l'incertitude venait de si oui on non un logiciel non-forkable pouvait être qualifié de "libre".
[^] # Re: Cas d'usage
Posté par arnaudus . En réponse au journal Comparatif : 6 LLMs locaux face à un exercice Python simple. Évalué à 3 (+0/-0).
Il y a juste une opposition entre deux démarches. Je ne dis pas que les deux démarches ne sont pas légitimes dans des contextes appropriés, je dis juste que le fait même de demander des détails te fait entrer dans une démarche que l'utilisateur ne souhaite probablement pas, ce qui paradoxalement rend le choix du LLM grand public encore plus légitime.
Le LLM va simplement inférer les informations manquantes à partir des informations qu'il a sur toi (prompt, historique, et données d'entrainement) pour te fournir une réponse qui est probablement acceptable. D'ailleurs, en général, il termine toujours par quelque chose comme "n'hésitez pas à me donner des détails si votre requête est plus spécifique que ça".
Prend un analogie si tu veux. Va dans un resto et dis au sommelier "donnez-moi un vin qui correspond au plat que j'ai choisi". Le sommelier peut demander "quel est votre budget? en général, vous préférez plutôt le Bordeaux ou le Bourgogne? vous aimez bien les vins doux? avez-vous déja essayé de champagne sec avec les fruits de mer? vous aimez plutôt les surprises ou bien préférez-vous les associations classiques?". Toutes ces questions sont parfaitement légitimes et lui permettront probablement de te conseiller mieux, mais selon le contexte, il me semblerait tout à fait possible que ces questions t'importunent, et que le sommelier fasse mal son métier en te les posant. À vouloir trop en faire, ça devient un mauvais conseiller. Tu as envie de lui arracher la carte des mains et de lui dire "Filez-moi le premier là, n'importe quoi, et lâchez-moi la grappe". Bah là c'est pareil. Tu veux une réponse rapide, parce que peut-être que tu t'en fous, c'est du code jetable, c'est pour comparer avec du code que tu as fait, c'est pour faire un benchmark, c'est pour un exemple dans une présentation pédagogique, c'est pour tester le genre de réponse que les étudiants te donneront s'ils font appel à un LLM pour un devoir maison, bref, plein de raisons possibles de vouloir une réponse et c'est tout, comme pour le vin. Et du coup, à la première question, tu élimines toute la pertinence potentielle de l'expert humain.
[^] # Re: lien du lien et commentaires
Posté par arnaudus . En réponse au journal Du rififi à la Document Foundation. Évalué à 5 (+2/-0).
Le modèle capitaliste n'interdit pas les externalités positives, mais il ne les encourage pas non plus. Et en pratique, l'expérience nous montre bien que les externalités positives ne restent pas longtemps dans le paradis des externalités positives, le fonctionnement de toute entreprise bien gérée est d'essayer d'en tirer profit, et donc de l'intégrer dans le business model.
Il existe quand même des entreprises à mission, et je trouve ça étrange que ça n'est pas plus mis en avant. Les statuts de l'entreprise intègrent des éléments éthiques, et en théorie ces éléments sont incontournables. Ça peut être "tout le code est sous copyleft" pour une entreprise d'informatique, ou des engagements environnementaux pour une entreprise agricole. C'est beaucoup plus crédible et stable qu'une boîte où le patron prend des engagements, sur lesquels il peut revenir quand il veut (en général, dès que les comptes vont moins bien ou qu'il a l'intention de vendre).
[^] # Re: Quand est-ce que ça casse
Posté par arnaudus . En réponse au lien La qualité de Claude Code baisse à cause du trop grand nombre d'utilisateurs. Évalué à 4 (+2/-1).
Je n'y connais rien en GPU pour réseaux de neurones, mais une carte A100 coûte environ 30k€ à l'achat et consomme 400W, donc à 15cts du kWh ça fait ~ 500€/an d'électricité; il faut littéralement 60 ans pour qu'elle coûte en énergie ce qu'elle a coûté à l'achat. J'ai du mal à imaginer que les variations du prix de l'énergie puissent passer ton modèle de rentable à non-rentable quand tu investis des 100 de Mrds de $ en hardware qui s'amortit en quelques années…
Il faudrait aussi distinguer ce qui est lié à l'entrainement des modèles (coût fixe) et à leur utilisation (qui est proportionnelle au nombre de clients). Normalement, l'entrainement est beaucoup, beaucoup plus coûteux, donc au contraire, plus tu as de clients et plus tu rentabilises tes coûts fixes. Pour moi le plus probable c'est que tu aimerais avoir plus de bande passante, de serveurs, de GPU, et de datacenters, et d'énergie, mais que le monde physique t'en empêche. Ça n'est pas une question d'argent, c'est une question de physique et de logistique.
[^] # Re: Quand est-ce que ça casse
Posté par arnaudus . En réponse au lien La qualité de Claude Code baisse à cause du trop grand nombre d'utilisateurs. Évalué à 7 (+6/-2).
C'est quand même documenté qu'il n'est pas très facile pour l'instant d'empêcher le passage à la concurrence pour les LLM; d'ailleurs c'est même dit dans l'article qu'AMD a changé de crèmerie.
Il y a un côté un peu schizophrène à la critique de la gratuité. On a été shootés à la gratuité du web 1 et du web 2, pour la plupart d'entre nous il est inconcevable de devoir payer pour accéder à Wikipédia à un site de streaming, ou un réseau social; pourtant, c'est exactement le genre de modèle de fausse gratuité qu'on dénonce sur d'autres services.
Pour moi, c'est évident que le chatbot gratuit sur lequel tu tombes quand tu arrives sur la page d'accueil de n'importe quelle boite d'AI est un échantillon gratuit. Les coûts sous-jacents sont tellement gros qu'un accès gratuit à toutes les capacités du modèle (y compris la génération d'images, de vidéos, de gros pavés de texte, etc) que même la revente d'informations personnelles ou la publicité ne peuvent pas tout couvrir.
Par contre, merdifier les sorties des abonnements / accès pro, c'est suicidaire, et s'ils en sont amenés à ça c'est que derrière ils ont de réels problèmes de ressources (pas forcément d'investissement, mais les $ n'achètent pas tout). J'ai l'impression qu'ils auraient plutôt intérêt à ne plus accepter de nouveaux clients, mais les règles du business du XXIe siècle sont impénétrables…
[^] # Re: Cas d'usage
Posté par arnaudus . En réponse au journal Comparatif : 6 LLMs locaux face à un exercice Python simple. Évalué à 5 (+2/-0).
En même temps, tout dépend de si tu veux faire un benchmark scientifique ou un retour de cas d'usage. Être capable de fournir une réponse appropriée à une requête unique pas forcément bien formulée est un cas d'usage typique.
On peut se demander aussi quelles seraient les perfs avec un prompt plus spécifique, ou avec des instructions générales plus précises (les trucs que l'on configure dans son compte, du style "privilégie la lisibilité aux performances, utilise des dépendances récentes", etc). Il n'est pas impossible que les plus gros modèles soient plus flexibles sur le style, mais moins performants sur leur première réponse.
Au passage, ça me fait marrer les remarques du style "déja, un humain, il aurait répondu avec une liste de 52 trucs à préciser, un devis, un diagramme de Gantt, un mail avec le responsable hiérarchique en copie, un doodle pour planifier une visio la semaine du 12 mai, un lien vers un formulaire à remplir avec son nom et la date de naissance de sa grand-mère paternelle, les specs du matériel sur lequel ça va tourner, le nombre et la taille des fichiers à lire, et là on aurait pu commencer à discuter". J'ai peur que ça soit exactement pour cette raison que les gens préfèrent le code sans saveur des LLM au code des experts humains; c'est la même raison qui fait préférer une pizza industrielle à un repas à la Tour d'Argent: le rapport qualité prix dans la plupart des contextes est largement au bénéfice de la solution simple.
[^] # Re: Non lié ?
Posté par arnaudus . En réponse à la dépêche Une coalition de neuf entreprises européennes lance Euro-Office, alternative bureautique souveraine et open source. Évalué à 5 (+2/-0).
Je suis assez d'accord, mais la stratégie d'OnlyOffice reste particulièrement perverse. 1) rien ne l'obligeait à utiliser le cadre d'une licence libre pour combiner les clauses d'une manière "astucieuse", ils auraient pu utiliser une licence "open source" explicite au lieu de détourner une licence libre en gardant son nom; 2) ils assument parfaitement une forme de mauvaise foi qui ressemble à du chantage ("sisi, c'est pas interdit de forker, viens discuter et on va te faire un petit tarif imbattable"). Ce qu'ils font est à mon avis assez anormal et c'est bien de ne pas banaliser : ils font du "libre-washing", ils créent de l'insécurité juridique, ils "salissent" le logiciel libre. La question n'est pas réellement si c'est moral (en tout cas, pour moi, c'est clairement immoral), la question c'est si c'est légal (et là c'est un problème pour les juristes).
[^] # Re: Non lié ?
Posté par arnaudus . En réponse à la dépêche Une coalition de neuf entreprises européennes lance Euro-Office, alternative bureautique souveraine et open source. Évalué à 4 (+1/-0).
Mouais, alors bon courage. Tu vas devant le juge, l'argument de l'avocat d'en face c'est que la licence est légale, l'AGPL permet des clauses restrictives supplémentaires, les deux clauses sont conformes, et que c'est toi qui a repris le logiciel sans respecter la licence, et ton argument, c'est que "c'est pas dans l'esprit de l'AGPL"? Ce n'est pas le travail du juge d'évaluer l'esprit de l'AGPL, le droit c'est ce qu'il y a écrit dans la licence, pas ce que les auteurs de la licence ont peut-être voulu dire. Ce n'est pas de la faute du juge si les auteurs de la licence ont permis de transformer l'AGPL en une licence non-libre en combinant des clauses autorisées.
Depuis le début, l'argument d'OnlyOffice, c'est pas que la licence est libre, c'est que la licence est légale, et qu'il n'y avait aucun secret sur les clauses à respecter. C'est un bourbier, ta seule option est d'argumenter sur le fait que l'inclusion du logo ne serait pas "raisonnable", sauf que cette clause existe dans de nombreux logiciels libres, il n'y a rien d'évident.
Dans cette histoire, il n'y a pas de gentils. Il y a les juristes de la FSF qui n'ont pas réussi à assurer une quelconque sécurité juridique aux réutilisateurs de ces licences à clause 7, puisque ça permet le cas par cas, il y a OnlyOffice qui a détourné l'esprit d'une licence libre pour la rendre "Open Source" (code disponible mais fork interdit), et il y a EuroOffice qui font semblant de ne pas savoir lire une licence et qui se débarrassent des clauses qui ne leurs conviennent pas sans justification (et s'ils pouvaient même ne rien attribuer à personne ça les arrangerait). Prendre parti me semble particulièrement risqué, et en tout cas je n'ai jamais considéré qu'il pouvait être sain de s'affranchir des termes des licences au nom de l'"esprit du libre".
[^] # Re: Non lié ?
Posté par arnaudus . En réponse à la dépêche Une coalition de neuf entreprises européennes lance Euro-Office, alternative bureautique souveraine et open source. Évalué à 3 (+0/-0). Dernière modification le 07 avril 2026 à 13:08.
Le contexte c'est que cette clause d'obligation d'imposer de garder le logo est courante pour les licences libres, par exemple c'est le cas pour les produits de Mozilla. Il est interdit de distribuer une copie non-modifiée de Firefox sans le logo. Par contre, et c'est là une différence notable, il est interdit de modifier une version modifiée avec le logo de Firefox, ce qui rend le fork possible. C'est donc une clause qui est raisonnable en tant que telle, elle existe sous plusieurs variantes dans un certain nombre de projets libres. Ce qui la rend "déraisonnable", c'est si on la considère en conjonction avec la clause 7e qui interdit de réutiliser la marque. Mais rien dans la licence ne donne le contexte d'interprétation de "raisonnable". La FSF interprète ça comme "raisonnable dans le contexte du logiciel libre", puisque leur lecture de cette situation est que la clause d'OnlyOffice rendent la licence non-libre, mais il faudrait admettre que les quatre libertés et la philosophie du libre est la seule boussole légalement opposable pour déterminer ce qui est raisonnable ou non. C'est fort douteux, non? OnlyOffice peut très bien argumenter que c'est totalement raisonnable d'interdire les forks dans leur business model, et ça sera au juge de trancher.
Quand on cherche, on retrouve plusieurs billets de blogs antérieurs à cette affaire qui analysent la licence AGPL + 2 clauses d'OnlyOffice et qui en concluent "Attention, cette licence n'est probablement pas libre". Donc ça se savait, et NextCloud / EuroOffice le savaient. Ils ont distribué un logiciel sous une licence bricolée pour être non-libre sans respecter les termes de la licence, et c'est une stratégie parfaitement assumée. Je ne suis pas sûr que ça soit un grand service à leur rendre que de les traiter comme des champions du LL qui vont aller se battre devant les tribunaux pour faire respecter la liberté; c'est une tentative de passage en force et leurs arguments sont minces—ils sont basés sur l'idée que les termes d'une licence logicielle sont modifiables par le redistributeur quand le redistributeur estime lui-même qu'ils sont contradictoires. Jusqu'ici, le consensus était qu'une licence pas claire n'était pas libre, mais je ne crois pas que personne de sérieux ne soutenait que le manque de clarté permettait de supprimer toute mention des auteurs et de redistribuer des versions modifiées sous une autre licence.
Tout ça d'ailleurs n'existerait pas sans ces bizarres clauses restrictives autorisées qui transforment potentiellement chaque logiciel sous AGPL-GPLv3 en cas de figure particulier, avec des interactions non-maitrisées entre les clauses supplémentaires. Ces clauses créent de l'instabilité juridique, et rendent impossible la création d'une jurisprudence claire puisque le moindre changement de formulation nécessite une nouvelle analyse—un paradis pour les avocats, un enfer pour les distributeurs de logiciels libres.
[^] # Re: Non lié ?
Posté par arnaudus . En réponse à la dépêche Une coalition de neuf entreprises européennes lance Euro-Office, alternative bureautique souveraine et open source. Évalué à 3 (+0/-0).
Il me semble au contraire assez facile de montrer que ça n'est pas le cas. Moi le premier, j'aimerais bien que ça soit le cas (la FSF, les 4 libertés, etc), mais en pratique, la galaxie de licences et de concepts qui partent dans toutes les directions (copyleft, open source, freeware…) offrent toute une latitude pour du bullshit marketting plus ou moins illimité.
OnlyOffice diffusent leur logiciel sous une licence libre, reconnue comme telle par la FSF, je ne vois pas dans quel monde tu peux les condamner pour publicité mensongère parce qu'ils ont ajouté des clauses douteuses (pourtant crédiblement autorisées par la licence) à l'AGPL.
Je ne suis pas juge, mais EuroOffice n'est pas un particulier. Un particulier peut se faire avoir parce qu'il n'a pas lu les petites lignes dans les conditions générales de vente, et c'est là que la répression des fraudes et le code de la consommation peuvent lui permettre d'avoir des recours contre la publicité mensongère. Au contraire, un professionnel doit se donner les moyens d'analyser les contrats, et il n'est pas censé se fier à des termes généraux comme "logiciel libre". De toutes manières, ça n'est pas la défense d'EuroOffice, si j'ai bien compris (et ça serait une défense assez ridicule, de toutes manières). Leur défense est de dire que la clause d'inclusion du logo n'est pas une clause 7b valide et que la licence leur donne le droit de la retirer (ce qui est fort douteux, mais passons). Et que du coup ils ont aussi fait sauter la clause 7e (pourtant valide), et qu'ils ont retiré toute mention d'attribution du code aux auteurs, et… je n'aimerais pas être leur avocat.
[^] # Re: Non lié ?
Posté par arnaudus . En réponse à la dépêche Une coalition de neuf entreprises européennes lance Euro-Office, alternative bureautique souveraine et open source. Évalué à 5 (+2/-0).
Tu veux dire qu'il serait interdit d'utiliser "libre" selon une définition qui n'est pas celle de la FSF? Il va falloir construire des prisons…
[^] # Re: Non lié ?
Posté par arnaudus . En réponse à la dépêche Une coalition de neuf entreprises européennes lance Euro-Office, alternative bureautique souveraine et open source. Évalué à 4 (+1/-0). Dernière modification le 03 avril 2026 à 19:15.
Il n'est pas question de rediscuter comment les deux clauses supplémentaires tombent dans les catégories a-f, puisqu'Only Office l'a clairement défini dans sa licence: la clause de reproduction du logo tombe dans b), et le refus de réutiliser les marques commerciales tombe dans e).
La clause e) est exactement la deuxième clause qu'a ajouté OnlyOffice, donc celle-ci existe et ne peut pas être retirée. OnlyOffice ne donne pas au réutilisateur du code d'exploiter sa marque commerciale si la version modifiée diffère. C'est permis par la licence et conforme à l'esprit et à la lettre de l'AGPL. EuroOffice n'avait pas le droit de la retirer (leur argument est que ça n'ajoute ni ne retire rien à la loi en vigueur, ce qui n'a pas de sens et ne leur donne absolument pas le droit de retirer la clause, c'est une violation flagrante de l'esprit et de la lettre de l'AGPL).
La clause du logo est plus complexe puisque tout dépend de l'interprétation de "raisonnable". À mon avis, la rédaction est extrêmement maladroite et force quasiment le procès, puisqu'il est extrêmement facile d'avoir des définitions différentes de "raisonnable". Je ne vois pas d'ailleurs ce qui te fait conclure aussi facilement que l'inclusion d'un logo n'est pas raisonnable. La liberté du dessin n'a rien à voir là-dedans, puisqu'un logo est soumis au droit des marques avant d'être soumis au droit d'auteur. Cette histoire d'inclusion de logo est d'ailleurs mentionnée dans de nombreuses licences libres, sans pour autant que personne n'y voit à redire. Par exemple, je viens de vérifier pour Mozilla, l'utilisation du logo est obligatoire pour les versions non-modifiées, et interdite pour les versions modifiées. On a donc une situation presque identique : même clause e), et clause b) qui semble similaire, la seule différence étant qu'OnlyOffice rend la réutilisation du logo toujours obligatoire, alors que Mozilla ne la rend obligatoire que pour les versions non-modifiées. Évidemment que ça change tout pour la possibilité de fork, mais la rédaction de cette clause est superficiellement assez similaire, ce qui fait que justement, ça n'est pas du tout évident que c'est déraisonnable.
À mon avis, le coup du "c'est ostensiblement déraisonnable donc c'est pas valide" ne tient pas une seconde. Il y a des arguments très sérieux qui iraient que cette licence AGPL + 2 clauses puisse être parfaitement légale (non-libre, mais légale). Si EuroOffice a blanchi un logiciel non-libre vers un logiciel libre en changeant illégalement la licence, alors il va leur arriver des bricoles, et c'est assez normal vu le contexte.
[^] # Re: Non lié ?
Posté par arnaudus . En réponse à la dépêche Une coalition de neuf entreprises européennes lance Euro-Office, alternative bureautique souveraine et open source. Évalué à 4 (+1/-0). Dernière modification le 03 avril 2026 à 16:47.
C'était ma première lecture, mais non, c'est juste que ça n'est pas clair parce que tout est mélangé. Relis la section 7, il y a trois types de clauses:
* Les clauses restrictives autorisées, numérotées de a) à f), qu'il est interdit de retirer.
* Les clauses permissives, illimitées, et facultatives (tu peux les conserver ou les retirer au choix)
* Les autres clauses non-permissives, qui sont invalides et que tu peux retirer.
Or, OnlyOffice place explicitement les deux clauses supplémentaires dans les clauses restrictives autorisées b) et e). Pour e) c'est plus ou moins exactement la clause e) donc celle-ci est définitivement compatible avec la lettre et l'esprit de l'AGPL; pour b) (préservation du logo), tout dépend de si c'est "raisonnable" ou non, une notion vague qui ne peut pas être tranchée autrement que par un tribunal. Il me semble d'ailleurs assez clair que les auteurs de la licence n'ont pas considéré la possibilité d'interférences possibles entre ces clauses, puisque b) semble déraisonnable seulement quand e) est aussi présente, sans e) la clause b pourrait très bien être raisonnable. Et encore, il faut adopter un point de vue assez particulier, celui que "raisonnable" doit être entendu "du point de vue du logiciel libre". Dans l'industrie logicielle, il est au contraire très "raisonnable" de ne pas faire de logiciel libre, et si j'étais l'avocat d'Only Office c'est ce que je dirais : indépendamment, les clauses b) et e) sont raisonnables, et ce n'est pas de la faute d'Only Office si malencontreusement la combinaison des deux clauses autorisées par la licence a pour conséquence que le logiciel ne soit plus libre au sens de la FSF. La liberté dans le sens de la FSF n'est peut-être pas garantie par la licence, et si c'est vrai c'est uniquement de la faute des auteurs de la licence.
Dans tout les cas, et encore une fois je n'avais pas compris lors de ma première lecture de la licence et il a fallu qu'on m'explique, absolument rien dans la licence ne te permet de retirer les clauses restrictives a) à f). La licence te permet de retirer les autres clauses non-permissives, c'est très clair. Donc si une clause a) à f) ne te semble pas valide, alors la licence n'est pas libre et tu ne peux pas distribuer le logiciel. En aucun cas la démarche d'Euro Office ne peut être validée par le tribunal, même si la clause b) n'était pas "raisonnable", la clause e) n'a pas été reproduite, et de toutes manières les auteurs du code ont été effacés dans la première version du fork, ce qui contrevient de toutes manières au droit moral indépendamment de toute licence. Objectivement, Euro Office a redistribué un logiciel sous AGPL + clauses restrictives sans respecter les clauses restrictives, en oubliant même de créditer les auteurs dans un premier temps avant de revenir sur leur boulette, et en modifiant la licence par le retrait des clauses restrictives. Rien de tout ça n'est autorisé par l'AGPL; puisque contrairement à ce qu'une lecture superficielle pourrait faire croire, il n'est absolument pas autorisé de retirer des clauses a) - f) (seules les "autres clauses restrictives" ont le droit de sauter). À mon avis, quelle que soit la bonne et la mauvaise foi des acteurs, l'issue judiciaire est au mieux incertaine.
[^] # Re: Non lié ?
Posté par arnaudus . En réponse à la dépêche Une coalition de neuf entreprises européennes lance Euro-Office, alternative bureautique souveraine et open source. Évalué à 6 (+3/-0). Dernière modification le 03 avril 2026 à 16:03.
Et c'est bien sûr certifié par les gens raisonnables du comité international de la raisonnabilité des clauses raisonnables?
Grosso modo, ça revient à distribuer un logiciel sous cette licence:
Ceci est une licence libre
Et tu vas devant le juge avec ça. Ton argument, c'est "l'en-tête de la licence dit que c'est libre, donc moi j'ai ignoré la clause 1, qui n'est pas compatible avec la liberté du logiciel." Qu'est-ce qui empêche un juge de te répondre que "ceci est une licence libre" n'est pas un engagement spécifique, et que la licence est composée de l'ensemble des clauses?
Si ta question, c'est "Est-ce que Only Office a tenté un coup vicieux en tentant de détourner l'esprit de l'AGPL en fournissant deux restrictions individuellement autorisées qui, prises ensembles, rendent le logiciel non-libre", bah… oui. En tout cas, ça me semble évident qu'ils sont d'une extrême mauvaise foi. Mais si ta question, c'est "Est-ce que cette licence bricolée est ostensiblement illégale", ça ne me semble pas si évident que ça. Manifestement non libre, oui, mais manifestement illégale? En tout cas, la licence dit explicitement que tu peux retirer les clauses qui ne sont pas dans la liste des clauses autorisées, mais la manière dont Only Office a rédigé le truc fait qu'il n'est pas du tout questionnable que les clauses sont explicitement dans la liste. Il est d'ailleurs possible que la clause du logo soit "raisonnable" si elle était toute seule, c'est juste en combinaison avec la clause de non-réutilisation des marques qu'elle semble devenir non-raisonnable.
Bref, je ne mettrais pas ma fortune sur l'issue d'un éventuel procès, et ça, c'est même sans compter qu'apparemment EuroOffice ont carrément fait sauter les copyrights, ce qui n'a même pas besoin de licence pour être interdit. Donc en plus c'est assez facile de démontrer qu'ils n'ont pas respecté l'AGPL non-modifiée, indépendament des clauses qu'ils ont fait sauter sans que la licence ne l'autorise.
[^] # Re: Non lié ?
Posté par arnaudus . En réponse à la dépêche Une coalition de neuf entreprises européennes lance Euro-Office, alternative bureautique souveraine et open source. Évalué à 5 (+2/-0). Dernière modification le 03 avril 2026 à 14:30.
Ou n'importe quel juge peut aussi décider que ce n'est de la faute de personne que les chimpanzés alcooliques qui ont pondu la licence n'ont pas prévu qu'on pouvait combiner des clauses autorisées pour rendre en pratique le logiciel non-libre tout en maintenant la légalité de la licence, et qu'avec trois neurones on pouvait lire la licence avant de forker et de comprendre qu'elle ne nous donnait pas le droit de forker comme on en avait l'intention. C'est une question de point de vue.
Parce que l'analyse post-mortem de la FSF dit "ah non, on ne peut pas parce que ça ne serait pas libre", ce qui revient à donner raison à Only Office : la licence n'est pas libre, mais le tribunal s'en fout, puisqu'elle peut être juridiquement valide (et pas libre, du coup).
[^] # Re: Non lié ?
Posté par arnaudus . En réponse à la dépêche Une coalition de neuf entreprises européennes lance Euro-Office, alternative bureautique souveraine et open source. Évalué à 5 (+2/-0).
C'était ma première lecture, mais en fait non, parce que c'est "all OTHER non-permissive…".
L'AGPL (comme la GPLv3) propose dans cette section 7 d'autoriser des clauses additionnelles. Il y a une liste fermée de 6 ou 7 clauses restrictives autorisées (imposer des notices de copyright, interdire certains trucs, interdire la réutilisation des marques, etc), et une possibilité d'ajouter des droits supplémentaires facultatifs. Quand tu redistribues un truc sous AGPL, tu peux supprimer des droits supplémentaires si tu veux, mais tu ne peux pas retirer les clauses restrictives autorisées.
Or, Only Office prétend que les deux restrictions imposées sont explicitement autorisées par l'AGPL section 7. Et quand on relit bien le truc, ça devient bien moins évident. Un logo est-il une demande raisonnable d'attribution? La FSF dit "non" parce que ça rendrait le logiciel non-libre, mais ça revient à botter en touche, parce que la licence serait toujours valable. Est-ce qu'interdire de réutiliser une marque est autorisée (2e clause additionnelle)? Clairement oui, c'est explicitement dans la liste. Donc, Only Office prétend avoir imposé deux clauses restrictives autorisées, qui quand elles sont combinées rendent en pratique le logiciel non-libre. La FSF dit "ouhlala non c'est pas l'idée", et Euro Office disent "comme on ne peut pas respecter les deux clauses tout en redistribuant le logiciel bah on a le droit de les faire sauter". Sauf que la licence ne dit pas ça du tout.
Donc ça va se jouer au tribunal, et le résultat est loin d'être garanti. Le seul vrai argument d'Euro Office est de dire que l'utilisation d'une licence libre suppose que l'auteur veut distribuer un logiciel dans des conditions où il peut être considéré en pratique comme un logiciel libre, et qu'ils estiment avoir respecté l'esprit de la licence. Only Office va pouvoir facilement démontrer qu'Euro-office ont distribué une version expurgée des logos, du nom des auteurs, et de toute information de paternité du code pour les remplacer par les leurs, et qu'ils ont relicencié le logiciel en retirant des clauses qui sont garanties par l'AGPL. Ça, ça n'est même pas autorisé par le GPL, et c'est même en contradiction avec le droit moral qui est inaliénable et qui ne peut pas être modifié par une licence. Je ne mettrais pas beaucoup d'argent sur le résultat du procès…
[^] # Re: Pour se faire un avis par soi même...
Posté par arnaudus . En réponse à la dépêche Une coalition de neuf entreprises européennes lance Euro-Office, alternative bureautique souveraine et open source. Évalué à 3 (+2/-2).
Un fork hostile, c'est quand tu demandes "Vu la situation, est-ce que vous êtes d'accord pour que je forke?" "Non on n'est pas d'accord". C'est tout. Ça ne veut pas dire que tu les insultes publiquement.
Après, tu es censé respecter la licence quand tu forkes, ce qui n'est pas le cas, à cause des ces clauses additionnelles débiles qui peuvent être interprétées différemment et qui créent de l'insécurité juridique.
[^] # Re: Non lié ?
Posté par arnaudus . En réponse à la dépêche Une coalition de neuf entreprises européennes lance Euro-Office, alternative bureautique souveraine et open source. Évalué à 4 (+2/-1).
Bah vu qu'ils ont déja fait sauter les clauses additionnelles qu'ils n'aimaient pas dans l'AGPL, ils peuvent très bien prendre la décision de changer de licence…
Ces clauses additionnelles (qui viennent de la GPLv3 si j'ai bien compris) sont un bourbier. Elles viennent limiter la réutilisation, mais on a le droit de les faire sauter si on estime qu'elles sont trop restrictives, ça revient vraiment à créer de l'insécurité juridique à la fois pour le distributeur et pour le réutilisateur.
[^] # Re: Bizarre
Posté par arnaudus . En réponse au journal OnlyOffice vs Euro-Office : une faille empêchant les forks dans AGPLv3 ?. Évalué à 4 (+1/-0).
Si tu as l'impression que c'est ce qu'ils disent, alors ça doit être vrai :-) Je trouve que ça manque énormément de clarté, et en particulier l'interprétation semble osciller entre "ça n'est pas une licence compatible GPL" ou "on peut le retirer". Or, la question n'est pas vraiment de savoir si l'AGPL version OnlyOffice est libre, car elle peut très bien ne pas être libre tout en étant parfaitement légale.
À quoi est-ce que les juristes de la FSF ont joué avec cette clause 7? On voit bien qu'elle est rédigée de manière à empêcher théoriquement que le logiciel devienne non-libre, mais les interactions potentielles entre toutes les restrictions possibles ouvrent beaucoup trop de moyens d'essayer de contourner la licence.
[^] # Re: Bizarre
Posté par arnaudus . En réponse au journal OnlyOffice vs Euro-Office : une faille empêchant les forks dans AGPLv3 ?. Évalué à 4 (+1/-0).
Une déclaration officielle des juristes de GNU qui ont endorsé l'AGPL pourrait rapidement permettre de lever le doute sur les interprétations respectives. Pour quelqu'un d'extérieur, ça semble être deux interprétations qui doivent être tranchées par un tribunal, et ça peut clairement nuire à la réputation du projet EuroOffice. Mais s'il existe une analyse officielle de la FSF sur laquelle s'appuyer, ça devient beaucoup plus difficile pour OnlyOffice de prétendre être de bonne foi.
J'ai quand même l'impression que l'interprétation d'OnlyOffice a tellement peu de sens que personne n'a considéré qu'elle puisse être possible. Le problème c'est que ça n'est pas un argument juridique; l'interprétation du droit d'auteur pour les licences copyleft n'avait probablement jamais été envisagée par le législateur, et elle n'en reste pas moins légale.
[^] # Re: Bizarre
Posté par arnaudus . En réponse au journal OnlyOffice vs Euro-Office : une faille empêchant les forks dans AGPLv3 ?. Évalué à 5 (+2/-0).
Mais non, je ne suis pas d'accord, la licence est très claire: "When you convey a copy of a covered work, you may at your option remove any additional permissions from that copy, or from any part of it". Je ne sais pas à quoi joue OnlyOffice, mais leur interprétation ne mérite même pas le début de l'origine d'une discussion à la machine à café.
1) Les clauses de la section 7 ne peuvent qu'offrir des permissions supplémentaires, pas des restrictions
2) Les clauses de la section 7 sont facultatives et peuvent être retirées à discrétion quand on redistribue une copie
Je ne vois absolument aucun argument qui nécessite qu'on discute aussi longtemps de cette tentative absurde d'empêcher de forker un logiciel libre.