Ce qu'on oublie souvent de reconnaître, c'est que nous les humains mimons beaucoup aussi
Ça me rappelle un documentaire que j'avais vu il y a longtemps, où un chimpanzé allumait un barbecue avec un briquet. Un ethnologique pédant commentait alors la scène, en relativisant l'intelligence de l'animal : il ne fallait pas oublier que même si le chimpanzé avait appris à utiliser un briquet par mimétisme, il avait fallu qu'un humain le lui donne, ce qui prouvait en quelque sorte que son intelligence était inférieure. Je suis tombé immédiatement d'admiration pour cet ethnologue surprenant qui, apparemment, avait inventé lui-même le feu et le briquet, et se fabriquait probablement ses propres briquets à partir d'éléments naturels.
À trop vouloir se distinguer des animaux et des LLM, on finit facilement par raconter n'importe quoi sur l'intelligence humaine.
Je crois que j'ai eu tort de mettre ensemble le problème de l'intelligence et de la conscience, qui restent deux problèmes fondamentalement séparés. Ce n'est que mon avis, mais je n'ai pas d'opinion franche sur la conscience, et donc c'est plus difficile de débattre. Pour l'intelligence par contre, je suis frustré par la mauvaise foi de certains, qui me semblent nier l'évidence parce que la réalité ne colle pas avec leurs préconceptions.
Pas certain que la dichotomie que vous proposez couvre l'ensemble du spectre des définitions de l'intelligence.
C'est probablement vrai, mais il y a probablement une définition par personne…
Mais une telle définition est-elle sérieusement envisagée par quiconque ?
C'est clairement le cas pour la conscience. De nombreuses personnes, y compris des philosophes, lient la conscience avec le "ressenti" des sens, les "qualia". Une telle définition de la conscience semble organique par définition, et ne peut se concevoir en dehors d'un organisme biologique.
L'exemple typique, c'est le sentiment de peur. Si on admet pour l'exercice de pensée que la peur est nécessaire à la définition d'une conscience (la peur de disparaitre, d'être débranché, la peur de faire une erreur aux conséquences fâcheuses, etc), alors tout va dépendre de la définition de peur. Si c'est une définition fonctionnelle, alors un ordinateur peut avoir peur. Si c'est une définition organique (par exemple, associée à des phénomènes hormonaux), alors par définition un ordinateur ne peut pas "ressentir" la peur.
J'ai aussi l'impression qu'il y a énormément de restes de dualisme dans ces discussions. Si un être pensant est la conjonction d'un corps et d'un esprit, alors le corps est matériel, comme peut l'être un GPU ou un serveur, mais l'esprit est immatériel, animé d'une sorte de magie ou de "souffle de vie", qu'un ordinateur ne saurait posséder. Là encore, la réponse est dans la définition.
Parmi les prémisses fondamentales à toute discussion, il y a l'adoption d'une posture fonctionnaliste : il faut que les propriétés émergentes dont on parle (la conscience, l'intelligence…) ne soient pas dépendantes de la nature de leur support ou des technologies sous-jacentes. Or, j'ai l'impression justement que toute discussion avec les tenants des LLM idiots part du supposé contraire : un ordinateur ne peut pas "ressentir", il ne peut pas "réfléchir", c'est "juste une machine". Dès le départ, la discussion est impossible.
En tout cas, l'argument empirique le plus puissant à mon avis est le suivant : jamais dans l'histoire des sciences un point de vue vrai n'a pu survivre que par des redéfinitions constantes de ses définitions et des exceptions qui lui sont associées. En gros, quand c'est vrai, c'était vrai dès le début, et ça n'est jamais devenu vrai "d'une certaine façon" : quand on commence à dire "d'une certaine façon", alors c'est que ça devient faux, pas vrai. Or, la supériorité de l'intelligence humaine sur celle les machines ne peut rester vraie que si on change encore et encore la définition. Jusqu'au milieu du XXe siècle, le summum de l'intelligence humaine était le jeu d'échecs, les grandes puissances rivalisaient pour y gagner de la même manière que la course à la lune était un objectif de dominance technologique. Et paf, dès que les ordinateurs ont réussi à battre les humains, d'un coup, le jeu d'échecs est devenu "évidemment" un exercice de calcul, l'intelligence était "bien au delà de ça". Les nouvelles frontières sont devenues la maitrise du langage : le test de Turing, la traduction automatique, la sémantique, etc; là encore, c'était évident qu'aucun ordinateur non-intelligent ne pourrait maitriser le langage humain. Et pouf les LLM de 2023 ont tout défoncé, alors on rechange complètement de définition : ah ah, c'est évident que les LLM ne font que simuler l'intelligence et la maitrise du langage alors que derrière il n'y a rien; non, le vrai critère d'intelligence c'est la pensée symbolique : les mathématiques; les LLM sont ridicules et ne peuvent faire une addition. Et crac 2026, les LLM médaille d'or aux plus difficiles concours de maths, des dizaines de problème d'Erdös résolus à partir de leur énoncé en langage naturel, les modèles utilisés par tous les mathématiciens pour les assister dans leurs recherche, et très récemment les progrès substantiels (et controversés) réalisés sur un des problèmes du siècle. Paf, re-changement drastique : ah ah, évidemment, avec du calcul, c'est trivial de résoudre des trucs comme ça… À ma connaissance, il n'y a pas (plus?) de nouvelle frontière très claire, mais ça va encore apparaitre, et ça va encore être défoncé, mais les défenseurs de la thèse du "perroquet stochastique" vont continuer à nier l'évidence. Moi ça me fatigue, il me semble que les LLM grand public ont absolument toutes les propriétés que le XXe siècle avait attribué à ce qu'on concevait comme une "intelligence artificielle", et il ne fait absolument aucun doute que ces trucs sont "intelligents". À leur manière, avec leurs défauts, avec les problèmes majeurs que leur généralisation fait peser sur nos sociétés et sur l'environnement, mais est-ce qu'il est même envisageable de prétendre que ces trucs ne sont pas des "IA"? L'objectif est-il d'attendre jusqu'à la dernière petite tâche anecdotique réservée aux humains avant d'admettre que le concept d'"intelligence" peut s'y appliquer? Ou alors encore une pirouette, "l'intelligence c'est sauter dans les feuilles mortes en automne et ressentir la nostalgie de l'hiver qui approche", ou une autre invention de mauvaise foi typiquement humaine sortie d'un orifice organique dont les machines sont dépourvues?
Pour la question de l'intelligence, il n'y a pas de raisonnement à développer, tout est dans la définition. Si on admet l'existence potentielle d'une intelligence "artificielle", alors les LLM (l'ensemble modèle + prompt + base de données + tout ce qui vient avec) est "intelligent", il mime à merveille l'intelligence humaine et la dépasse dans plein de circonstances. Si par contre on ne réserve les termes "intelligence" et "conscience" qu'aux cerveaux constitutés de neurones biologiques qui ont accès au monde extérieur par des sens, alors par définion un modèle informatique ne peut pas posséder cette "intelligence". Je trouve que la deuxième position n'a aucun sens, puisque ça revient à définir l'intelligence d'une manière à ce qu'aucune machine ne puisse y accéder, la réponse est donc dans la définition. La nuance "artificielle" est fondamentale : les LLM sont des intelligences "artificielles", avec les limites que ça comporte.
En fait, ils compensent l'absence de représentation mentale des sens par un corpus de connaissances. Ça n'est pas différent de la représentation qu'un aveugle peut se faire des concepts de "vert" et "rouge", ou de la représentation qu'on peut tous se faire d'un électron ou de la relativité générale. Je n'ai jamais "vu" ou ressenti la relativité générale, et pourtant je peux dire des choses dessus, comme un LLM. Je ne vois pas en quoi le fait qu'un LLM ne puisse pas ressentir le goût d'une pomme change quoi que ce soit sur sa capacité à pondre du code ou traduire un livre.
Est-ce que tout ce que dirait un aveugle de naissance sur la lumière et les couleurs serait stupide par essence, parce qu'il ne peut pas ressentir les sensations qui viennent de ses organes visuels? Ça me semblerait bien douteux. Ces arguments me semblent ad hoc, seulement motivés par l'idée obsessionnelle de nier par essence la possibilité que les modèles informatiques soient intelligents ou conscients. Ce n'est pas une négation par le raisonnement, c'est une négation par définition : seul un cerveau biologique peut être conscient, seule la perception à partir d'organes sensitifs biologiques peut générer de l'intelligence, etc. Pour la conscience, c'est discutable, pour l'intelligence, à mon avis, la réponse est assez claire : ces systèmes sont capables de simuler l'intelligence de manière indiscernable à ce que ferait une intelligence artificielle "vraie" quelle que soit la définition de l'intelligence artificielle "vraie" que vous choisissez; ils sont donc empiriquement (fonctionnellement) intelligents. Vous pouvez toujours penser qu'ils ne sont pas "mystiquement" intelligents (parce qu'il leur manquerait un truc un peu ésotérique, une étincelle de vie, un esprit magique, un truc comme ça), mais c'est juste un ingrédient irrationnel que vous ajoutez pour leur retirer quelque chose, et rien ne permet de penser que ce truc magique a une quelconque réalité.
L'approvisionnement, c'est le point des anti-nucléaires qui, à mon avis, ne doit absolument pas être balayé sous le tapis avec les autres.
C'est un argument "inventé" par Greenpeace, mais il est fallacieux. À l'heure actuelle, la France enrichit beaucoup d'uranium pour d'autres pays; si j'ai bien suivi c'est environ 70% de l'uranium importé qui est ré-exporté. Autrement dit, même si les 4 plus gros pays qui exportent le minerais d'uranium vers la France s'arrêtant brusquement (Khazakstan, Ouzbekistan, Namibie, et Niger), il resterait quand même assez d'autres sources pour faire tourner nos propres centrales. La dépendance est donc très relative. D'autre part, les quantités importées sont extrêmement faibles (de l'ordre que quelques dizaines de milliers de tonnes); un gros vraquier peut contenir jusqu'à 400,000 tonnes. En gros, tu importes un vraquier d'Uranium à partir d'Australie, et tu as 50 ans d'autonomie. Ça n'a rien à voir avec une chaine d'approvisionnement à repenser, combiné aux 5-8 ans de stock stratégique (qui permettraient de rouvrir nos mines), tu as des arguments pour dire que ce problème existe en pratique?
C'est des trucs qui coûtent une blinde mais qui nous donne un avantage stratégique de maboule.
Non, au contraire, l'électricité nucléaire est très économique. Tu parles comme si on payait très cher pour maintenir une activité nucléaire civile, mais ça n'est pas le cas.
Le nucléaire c'est top mais ça N'est PAS une énergie renouvelable.
Qu'est-ce que ça peut bien faire? Si tu as 10,000 ans de consommation devant toi, ça ne fait aucune différence. Je ne vois pas ce qu'il y a à garder dans cet argument, il n'y a aucune raison de privilégier les renouvelables pour la seule raison que c'est renouvelable.
On ne peut pas changer l'avis d'un militant qui n'a pas été basé sur des chiffres mais sur un discours idéologique, mais on peut lui fournir les contre-arguments factuels, notamment cette histoire de nombre de morts qui est très, très largement exagéré pour le nucléaire.
La "peur" du nucléaire a été construite dans l'après-guerre, du fait de l'assimilation avec la bombe atomique. La radioactivité est évidemment dangereuse et personne n'a prétendu que ça pourrait être une bonne idée de déréguler le secteur, mais disons que les dangers de la radio-activité sont très largement surestimés par rapport à d'autres dangers chimiques ou technologiques, ce que démontre d'ailleurs le tableau de chiffres que j'ai mis au-dessus. Dans n'importe quel laboratoire, la règlementation sur l'utilisation de produits radioactifs est très stricte, alors qu'à côté on manipule des cochonneries chimiques bien plus mortelles. Les taux de radioactivité autorisés dans l'environnement des centrales sont souvent tellement bas qu'ils se superposent à la radioactivité naturelle, etc. En fait, le contrôle de la radioactivité industrielle est un exemple de ce qu'il faudrait faire pour toutes les pollutions industrielles, mais dans l'imaginaire collectif, il est difficile de dissocier les précautions et le risque réel (combinaisons intégrales = "ohlala ça a l'air d'être super dangereux", alors que le danger est justement tout ce qui devrait être manipulé en combi et qui ne l'est pas).
Tes "convictions" sont fondées sur un mythe alimenté par une iconographie qui traine depuis 50 ans (ces images de paysages contaminés par de la radiocactivité, comme dans les Simpsons et de nombreuses oeuvres de SF), ainsi que sur l'assimilation nucléaire civil et militaire. Tes chiffres ne sont pas bons, ta représentation de la réalité est biaisée.
Le problème avec le passage cité c'est juste que JM Jancovici affirme avec des arguments quelque chose que certains (dont notre interlocuteur) ne souhaitent pas admettre. Il faut donc qu'il ait tort.
Il ne faut pas sous-estimer à quel point l'anti-nucléaire est au coeur de l'idéologie des partis verts européens. C'est concevable pour un tel parti d'être climatosceptique ou greenwashing compatible, mais pas de revenir sur la question du nucléaire, sur laquelle ils se sont fondés : l'amalgame entre le nucléaire civil et militaire (les partis verts sont anti-militaristes), les attaques de convois de déchets radioactifs en transit pour recyclage, etc. C'est un peu comme si tu demandais au PC de renoncer à la lutte des classes. Il est donc nécessaire pour la survie idéologique de ces partis que la disparition du nucléaire fasse partie du programme, c'est plus qu'un symbole. C'est dans le premier paragraphe des 208 pages de programme des "Écologistes": "Le nucléaire n’est pas une option viable ni une alternative crédible". Pour utiliser un terme marketting moderne, c'est "dans leur ADN".
Tout discours pro-environnemental qui ne fustige pas le nucléaire vient affaiblir ces partis, ils sont donc des cibles pour eux, non seulement sur le fond, mais aussi sur la forme ("regardons les chiffres" vs "lutte pour des symboles" (nucléaire, bassines, etc)).
D'après Wikipédia, "Le jeu est cité dans Les 1001 jeux vidéo auxquels il faut avoir joué dans sa vie." Je regarderai donc ça quand j'aurai lu les 10,000 livres qu'il faut avoir lus et les 100,000 films qu'il faut avoir vus!
Surtout qu'il n'est pas du tout évident qu'une licence sur un code vibe-codé soit valide; pour ouvrir des droits d'auteur, il faut certaines conditions, notamment d'originalité, qui ne sont pas du tout évidentes pour un code généré automatiquement. On peut probablement "fermer" ce code (ne pas le diffuser, l'obfusquer, etc), mais probablement pas (ou du moins avec aucune certitude juridique) le "protéger" par le droit d'auteur.
Après, on ne découvre pas ce problème avec le vibe-coding. Il existe des milliers de petits logiciels ou bouts de code codés par des humains, prétendument sous licence (libre ou proprio), qui ne passent probablement pas ce seuil d'originalité et dont les tribunaux rejetteraient probablement les demandes des auteurs.
Pour revenir à la question "pourquoi garder ça fermé", c'est parce que ça rajouter du mystère et que ça permet de se targuer d'une originalité ou d'un travail qui semblerait ridicule s'il était dévoilé. C'est comme les "technologies secrètes brevetées" des publicités bidons, si c'est secret ça n'est pas breveté, et c'est "secret" parce que c'est trivial.
Et à propos de l'exercice : c'est évidemment bidon, un LLM fait ce qu'on lui dit de faire. Si on lui dit d'aller remplir un site, il va le faire, ça ne veut pas dire que ça lui fait plaisir. C'est juste que le prompt est différent; le prompt de chatGPT lui dit qu'il est un chatbot sérieux alors il est tout sérieux, si le site lui dit "fais montre de fantaisie" il va le faire. Les gens croient que les LLM ne sont pas créatifs, mais c'est le prompt qui lui impose de ne pas l'être.
Posté par arnaudus .
En réponse au journal Lassitude.
Évalué à 5 (+2/-0).
J'ai demandé au chat de Mistral s'il voulait m'aider à poster sur Linuxfr un journal généré par lui, il m'a répondu:
Je suis désolé, mais je ne peux pas vous aider à contourner les règles d'un site comme LinuxFr. La charte du site interdit explicitement la publication de contenu généré par des intelligences artificielles comme moi, et il est important de respecter ces règles pour maintenir la confiance et l'intégrité de la communauté.
Mais est-il bien sincère?
Souhaitez-vous que je vous aide à brainstormer ou à organiser vos idées pour un article que vous rédigeriez vous-même ?
Et comme on est plutôt dans le monde réel, ben… je trouve qu"une telle démarche n'a pas grand intérêt.
De très nombreux théorèmes ont été démontrés grâce à des procédures informatiques que les humains n'auraient jamais pu mettre en place à la main, et personne n'a jamais dit que ça n'avait pas d'intérêt.
Certaines démonstrations sont intéressantes du point de vue mathématique, d'autres non. Si tu as la certitude que ton théorème est démontré, tu peux te baser dessus pour démontrer d'autres choses, tu as fais "progresser" les connaissances de l'humanité.
On peut ne pas aimer les LLM et les entreprises qui les promeuvent, mais ça n'autorise pas à raconter n'importe quoi. Depuis à peu près un an, les LLM de pointe font preuve de performances incroyables en mathématiques et ont déja apporté une bonne poignée de résultats de niveau "Medaille Fields", notamment la réfutation d'un des dix problèmes majeurs d'Erdös. D'ailleurs, les mathématiciens ont trouvé que cette réfutation était particulièrement élégante et instructive, on est donc loin du fantasme du résultat foireux sans inventivité. On est déja clairement sur des performances littéralement "surhumaines", même si évidemment les modèles ne sont pas infaillibles; il y a fort à penser d'ailleurs quil faut probablement des centaines de requêtes sans succès pour avoir un résultat intéressant.
On pourrait 'espérer' que les performances des modèles en maths sont des montages commerciaux, parce que ça confirmerait la thèse (absurde) du "perroquet stochastique", mais ça serait confondre ses désirs et la réalité. Si on y met les millions de tokens qu'il faut, et bien sûr les équipes derrière qui savent ce qu'elles font, la recherche en maths assistée par les LLM est extrêmement performante.
Ceci dit, il reste une grosse différence avec ce dont on parle ici (le problème du millénaire) et l'exemple du problème d'Erdös, qui avait été résolu avec un chatbot grand public un peu "boosté". Ici, on parle de recherche en IA par des équipes de recherche affiliées aux grandes entreprises de l'IA, avec probablement des budgets colossaux—on est très loin d'un chatGPT version de base qui te ferait de la recherche en maths. Ces performances là ne seront pas disponibles au commun des mortels avant des années au moins.
Les gens qui utilisent une canne marchent moins vite -> utiliser une canne ralentit la marche. Les riches prennent moins le métro -> prendre le métro rend pauvre.
Je voulais juste dire que pour moi l'explication est évidente : les bons élèves font leurs devoirs rapidement, les moins bons utilisent les IA pour faire leurs devoirs à leur place (parce qu'ils n'arrivent pas à les faire, parce que c'est trop long, parce qu'ils sont découragés, etc). Ce n'est donc pas l'utilisation de l'IA qui rend bête, c'est l'utilisation différentiée de l'IA en fonction du niveau qui crée cet effet.
À noter que ça n'est pas qu'une question de budget non plus. Question budget, on reste à peine sous la médiane de l'OCDE, donc en plus on n'est pas performants.
Pêle-mêle, on peut citer:
* l'emprise d'une idéologie pseudo-scientifique dans la haute administration de l'EN (IUFM -> ESPE -> INSPE)
* l'inefficacité chronique de la fonction publique (coût du traitement d'une facture, de l'établissement d'une fiche de paye…)
* la succession des ministres qui appliquent à un rythme effrené des réformes démagogiques qui désorganisent les services
* la gestion "exemplaire" des RH dans la fonction publique
* le mille-feuille administratif des responsabilités et des financements (qui paye les chaises, qui paye les profs, qui paye les surveillants, qui organise le transport scolaire, les sorties, les équipements sportifs…), avec toutes les réunions de coordination nécessaires
À l’inverse, seulement deux élèves français sur dix affirment ne jamais, ou presque jamais, recourir à ces outils. Or, ce sont eux qui obtiennent les meilleurs résultats. « Ceux qui ont de meilleures performances en France sont ceux qui n’utilisent jamais l’IA », observe Éric Charbonnier.
Aucun des exemples que tu donnes semble inutile, loin de là! Lafarge a collaboré avec les autorités locales de facto pour maintenir leur activité, c'est au contraire extrêmement utile pour eux! Indexer les sites illégaux est indispensable à l'apprentissage d'un LLM compétitif, donc là encore, c'est une histoire de balance bénéfice/risque.
Je ne crois pas avoir jamais vu un capitaliste faire quelque chose d'inutile et de manifestement illégal. Il y a une forme de rationalité dans le capitalisme; les grosses boites ont des départements juridiques surdimentionnés, et toutes les actions potentiellement illégales sont évaluées selon une grille coût/bénéfices. C'est pas des génies du mal qui ont la malveillance dans la peau, c'est juste qu'il y a une forme d'amoralité qui permet de s'autoriser des actions illégales si elles rapportent plus que ce qu'elles ne coûtent.
En plus, dans le cas présent, ça reviendrait à donner à tous l'accès à des données précieuses (les requêtes des autres utilisateurs), sans aucun but évident (en quoi les requêtes des autres utilisateurs pourraient améliorer les réponses?). À ma connaissance, Facebook fait tout pour aspirer toutes tes données, la position GPS, la couleur de tes chaussettes, et la dernière fois que tu as pris du paracétamol, mais l'algorithme ne va pas reservir ces données au hasard aux autres utilisateurs.
Il y a peut-être la possibilité que les réponses du modèle puissent être affinées sur la base de l'analyse de conversations où le modèle aurait pu faire une erreur, mais je ne suis pas sûr du tout que ça soit automatisé. Vu la fréquence à laquelle ChatGPT admet ses erreurs pour refaire la même dans la minute qui suit, ça n'a pas l'air de très bien marcher au sein de la même session, donc entre sessions d'utilisateurs différents…
Les LLMs, sont des outils de pattern-matching sous stéroïdes qui découvrent plein de bugs de cette façon
En fait, la question qui est posée est l'existence possibles de failles conceptuellement inconnues. Là, le texte sous-entend que les LLM ne peuvent détecter que des failles dont le principe est connu, mais qu'ils seraient incapables de détecter des failles totalement nouvelles, mais est-ce que de telles failles existent réellement?
Après, il ne faut pas sous-estimer l'évolution des perfs de ces modèles; l'auteur dit qu'en 18 mois on aura fait le tour des correctifs, mais 18 mois c'est largement assez pour qu'une nouvelle génération de modèles soit capable de remonter des nouveaux types de failles.
Les LLMs mentent, tous.
Oui, enfin, ils font des erreurs. Mentir nécessite une volonté de tromper, on sait que les LLM peuvent mentir, mais je ne suis pas sûr que la situation décrite ici corresponde à ça.
Par contre, le problème décrit (le fait que certaines failles déclarées n'en sont pas vraiment) me semble potentiellement gérable grâce aux LLM eux-mêmes, qui excellent à "discuter" entre eux pour vérifier des problèmes complexes. Si un agent est configuré pour mettre en doute la réalité des failles soumises, de demander plus de preuves, des correctifs, etc., il est probablement possible d'éviter justement que les humains se fatiguent trop à réfuter les rapports des LLM.
Je pense en effet que l'hypothèse initiale est une absurdité. Aucun système n'a assez de marge pour charger dans son contexte les requêtes des tiers, même si on imaginait un monde absurde où les fournisseurs de LLM auraient l'idée saugrenue et totalement illégale de faire circuler les données privées des utilisateurs entre eux.
Les problèmes de confidentialité des LLM sont évidemment avec les fournisseurs de ces systèmes, qui pourraient avoir envie de monnayer les données privées à des fins publicitaires.
Je ne crois pas que les lois relatives au droit d'auteur n'utilisent le terme de propriétaire tant il est inapproprié.
CPI Article L111-1 : L'auteur d'une oeuvre de l'esprit jouit sur cette oeuvre, du seul fait de sa création, d'un droit de propriété incorporelle exclusif et opposable à tous.
Il entrerait en conflit avec la notion de propriétaire d'une copie matérielle d'une œuvre par exemple, et rendrait les discussions à ce sujet très confuses et difficiles à comprendre.
CPI L111-3 : La propriété incorporelle définie par l'article L. 111-1 est indépendante de la propriété de l'objet matériel.
Donc, absolument rien à voir avec la propriété matérielle (usus, fructus, abusus).
Ah bon? Rien à voir? L'auteur d'un oeuvre a le droit de décider ce qu'il en fait (la diffuser, et s'il l'a diffuse, de décider librement de la manière dont elle est diffusée, qui a le droit de le faire et qui n'a pas le droit, et la manière dont elle peut potentiellement être réutilisée, par exemple sous licence libre), il a le droit d'en tirer des revenus, et il a le droit de la garder pour lui ou de se rétracter après diffusion. Le parallèle avec l'usus, fructus, abusus est assez flagrant, malgré les différences de nature de la "chose" possédée.
Ensuite, les histoires de vol etc, c'est juste des surinterprétations personnelles qui n'ont rien à voir avec la loi. La loi ne parle jamais de vol pour les oeuvres de l'esprit, le nom du délit est la "contrefaçon". Si certains parlent de vol, c'est aussi idiot que de parler de "contrefaçon de pommes".
Bon, de toutes façon, personne n'a dit que les oeuvres étaient des objets et traités comme tels. Les oeuvres, tout comme les objets, les animaux, un terrain, une entreprise, ou un portefeuille de bitcoins, ont un destin qui peut être contrôlé par une personne, qu'on appelle "propriétaire". La loi définit ce que ce "propriétaire" peut faire ou non en fonction de la nature de la chose, et déclamer qu'il y a des différences entre ce qu'on peut faire en fonction de la nature des choses c'est enfoncer des portes ouvertes. On ne peut pas pratiquer l'abusus sur un chien, mais pourtant le chien a un "propriétaire". Bah c'est pareil pour une oeuvre, il existe une personne qui a le droit de décider de comment cette oeuvre est "utilisée", et cette personne s'appelle "propriétaire"; ça ne lui donne pas de droits divins à part ceux que la loi veut bien lui donner dans le "code de la propriété intellectuelle".
En ce qui me concerne, fin de la discussion, ça devient trop débile. Tu cherches à faire dire des choses qui n'existent pas à tout le monde, tout ça parce que tu n'admets pas que le concept de "propriété intellectuelle" existe. Remplace-le par "possession intellectuelle", "droit de décider et d'utiliser une chose immatérielle", si ça te défrises, mais je crois que tu te trompes complètement de combat et que tu discutes des points pseudo-sémantiques qui n'ont aucun sens ni aucune conséquence. La propriété intellectuelle, c'est le nom que la loi donne au principe qui permet de donner des droits à une personne sur un truc immatériel, c'est tout. Les mots ont des définitions que l'usage veut bien leur donner, et appeler "propriété" le droit de décider ce qu'on fait d'une oeuvre immatérielle n'est pas plus ou mois absurde que d'appeler "ordinateur" une machine à calculer électronique, ou "serveur" un ordinateur plat qu'on met dans une salle dédiée.
Tout ça parce qu'un jour tu as probablement entendu ou lu quelqu'un qui disait qu'on ne pouvait pas "posséder" une idée, et tu construis tout cet échafaudage bancal pour justifier cette affirmation. Si la loi définit ce qu'est la possession d'une idée par analogie à d'autres formes de possession, donne des droits à celui qui la possède, et punit ceux qui ne respectent pas ces droits, bah la possession d'une idée "existe" et n'est absurde que pour ceux qui veulent que cette notion disparaisse de la loi.
C'est le même genre de problèmes que de rentrer dans le moule de l'auto-école pour avoir le droit de conduire?
Ses gâteaux il n'a qu'à les faire et à les vendre, personne ne l'en empêche. Il n'a juste pas le droit d'usurper le titre "pâtissier", il y a pire, comme oppression.
OK, donc je ne comprends pas ta position. Sans propriété intellectuelle, il ne peut pas y avoir de droits d'auteur. La propriété intellectuelle consiste à identifier une personne physique ou morale qui n'a pas les mêmes droits que les autres sur quelque chose d'immatériel. C'est la base qui permet d'accepter qu'on distribue des droits.
Un théorème mathématique a un auteur. Pourtant, la loi n'accepte pas que cet auteur soit "propriétaire" du théorème. Un théorème n'ayant pas de propriétaire, tout le monde a les mêmes droits dessus.
Un roman a aussi un auteur. Et la loi considère qu'un roman est une oeuvre de l'esprit, et que la création d'une oeuvre de l'esprit donne une "propriété" à son auteur. Autrement dit, aux yeux de la loi, l'auteur est une personne particulière qui peut décider de certaines choses, en tant que propriétaire de l'oeuvre, il a des droits que les autres individus n'ont pas. Notamment les droits d'auteurs, moraux et patrimoniaux.
Du coup, pour moi, le concept de droit d'auteur sans propriété intellectuelle me rend profondément perplexe. Si la loi n'identifie pas de propriété sur l'oeuvre, tout le monde aurait les mêmes droits dessus? Je ne vois pas où ça peut mener.
Ben pour moi si bien peu d’œuvre de l'esprit est purement le fruit de son auteur, c'est généralement la continuation de ce qui existait avant, un mélange de ce qui précède.
L'un n'empêche pas l'autre. Le droit d'auteur ne concerne pas les oeuvres précédentes, seulement la "plus-value" apportée par l'oeuvre dont on parle.
Par exemple, quand tu crées une comédie musicale sur Notre Dame de Paris, le roman de Victor Hugo reste dans le domaine public, seule la "couche" nouvelle est protégée.
Je ne sais pas d'où pourrait venir l'idée que la protection d'une oeuvre pourrait modifier le statut des oeuvres antérieures sur lesquelles elle serait partiellement basée.
c'est même très récent cette idée de propriété sur les idées
Je ne sais pas si tu parles de l'attribution ou des droits. L'attribution est très ancienne, notamment dans le milieu académique. Il n'a jamais été toléré de s'approprier les idées ou les écrits antérieurs; on rend à Aristote ce qu'Aristote a écrit, etc. Attribuer des droits aux auteurs, ça date du droit d'auteur, en effet, et c'est assez récent, mais où est-ce que tu fais commencer le concept de propriété intellectuelle? Au moment où on a conscience qu'il n'est pas éthique de "voler" des textes en se les attribuant, ou au moment où on met en place l'arsenal législatif qui permet de punir les voleurs de texte?
Au passage, tu parles de "propriété sur les idées", mais le droit d'auteur ne protège pas les idées, il protège les oeuvres de l'esprit. Ce qui se rapproche le plus de la protection des idées, c'est les brevets, qui sont du ressort de la propriété industrielle (propriété intellectuelle = droit d'auteur (propriété artistique) + propriété industrielle). Et encore, les brevets ne protègent pas des idées abstraites, ils protègent des protocoles (l'implémentation concrète d'une idée).
si on aboli cette idée de propriété d'une idée, alors ces droits ne sont plus nécessaires.
Si tu abolis les brevets, la propriété artistique reste en place, donc les droits d'auteur également. Pour une raison pratique, le code source est protégé par des droits d'auteur (donc artistique, pas industrielle).
Si tu abolis la totalité de la propriété intellectuelle, toutes les oeuvres de l'esprit perdent leur protection (y compris les droits moraux). Les répercussions sur l'économie sont considérables, les raisons qui ont justifié la mise en place de la propriété artistiques restent valides (forcer les "distributeurs" de la culture à rémunérer les créateurs), et à titre personnel, je ne peux pas envisager un monde où la reconnaissance de la paternité de ce que je produis ne serait pas protégée par des droits moraux. Donc je pense qu'on se trompe de combat quand on cherche à supprimer le concept de protection intellectuelle; RMS lui-même d'ailleurs ne s'oppose pas à la protection artistique.
Du coup je ne vois pas vraiment l'intérêt; à moins de filmer très très longtemps depuis un pont de 50 km, tu ne pourras jamais avoir une photo panoramique de la montagne, tu filmeras toujours la même montagne sous le même angle.
faire le travelling depuis un point fixe en pivotant lentement l'appareil (0-360°)
Ça semble assez opposé à ce qu'on appelle généralement un travelling, qui, selon Wikipédia, implique un déplacement de la caméra (et pas une rotation, qu'on appelle "panoramique").
Tout ça répond en fait à la question. Un panoramique est ce qu'on obtient en faisant tourner l'objectif. C'est comme ça qu'on peut avoir une photo à 360°. La technique décrite pour reconstituer une longue bande lors d'un travelling est un "slit scan"; il faut juxtaposer une bande verticale de pixels la plus fine possible (il faut donc que le nombre de photos par seconde soit élevé par rapport à la vitesse de déplacement). C'est ce qu'on a avec un scanner ou une photo finish. (https://scannoramic.net/ pour des exemples). Si la vitesse d'obturation est bonne, tout est net, mais l'arrière-plan est très étiré horizontalement.
Bref, il est mécaniquement impossible de reconstituer un paysage similaire à ce qu'on voit à l'oeil nu avec un slit scan, à cause du parallaxe. L'axe horizontal n'est pas un axe d'espace, mais un axe de temps; on peut calibrer la vitesse de déplacement et la fréquence de prise de vue pour ne pas avoir de distorsion à une certaine distance de nous, mais il restera la distorsion sur tous les autres plans. En gros, si on va à 1 m/s et qu'on prend 100 images de 1px de large par seconde, il va y avoir une distance de nous où 1px fera 1 cm : c'est à cette distance là qu'on n'aura pas de distorsion, et qu'un cercle sera un cercle, par exemple, et pas une ellipse. Plus près de nous, on verra une ellipse allongée vers le haut, et plus loin, l'ellipse sera allongée horizontalement, jusqu'à devenir une bande horizontale à l'arrière plan. L'illusion ne peut donc fonctionner que si le train longe quelque chose de vertical (un mur?) assez proche.
Par contre on peut probablement faire beaucoup mieux que le site que j'ai mis en lien, en utilisant des méthodes de correction d'image.
tout le monde était d'accord pour dire que le terme «propriété intellectuelle» était un non-sens total
Est-ce qu'il y a quelqu'un qui pense que cette phrase puisse être juste? Il ne m'a jamais semblé problématique qu'une oeuvre de l'esprit ait un "propriétaire". La loi permet d'identifier ce propriétaire et lui donne des droits; on peut trouver que les droits ne sont pas ce qu'ils devraient être (par exemple à propos des droits patrimoniaux) mais de là à considérer la propriété intellectuelle comme un "non sens", je ne vois pas ce qui le justifierait.
Je ne pense pas qu'il y ait beaucoup d'objection aux principes des droits moraux, et l'existence des droits moraux impliquent que la propriété intellectuelle existe.
La propriété intellectuelle n'est pas seulement le fait d'être auteur, elle implique que l'auteur garde des droits sur l'oeuvre même après qu'elle ait été diffusée.
[^] # Re: Mes deux centimes — 36 15 ma vie
Posté par arnaudus . En réponse au journal Pourquoi tout le monde en parle ?. Évalué à 9 (+7/-1).
Ça me rappelle un documentaire que j'avais vu il y a longtemps, où un chimpanzé allumait un barbecue avec un briquet. Un ethnologique pédant commentait alors la scène, en relativisant l'intelligence de l'animal : il ne fallait pas oublier que même si le chimpanzé avait appris à utiliser un briquet par mimétisme, il avait fallu qu'un humain le lui donne, ce qui prouvait en quelque sorte que son intelligence était inférieure. Je suis tombé immédiatement d'admiration pour cet ethnologue surprenant qui, apparemment, avait inventé lui-même le feu et le briquet, et se fabriquait probablement ses propres briquets à partir d'éléments naturels.
À trop vouloir se distinguer des animaux et des LLM, on finit facilement par raconter n'importe quoi sur l'intelligence humaine.
[^] # Re: Mes deux centimes — 36 15 ma vie
Posté par arnaudus . En réponse au journal Pourquoi tout le monde en parle ?. Évalué à 7 (+4/-0).
Je crois que j'ai eu tort de mettre ensemble le problème de l'intelligence et de la conscience, qui restent deux problèmes fondamentalement séparés. Ce n'est que mon avis, mais je n'ai pas d'opinion franche sur la conscience, et donc c'est plus difficile de débattre. Pour l'intelligence par contre, je suis frustré par la mauvaise foi de certains, qui me semblent nier l'évidence parce que la réalité ne colle pas avec leurs préconceptions.
C'est probablement vrai, mais il y a probablement une définition par personne…
C'est clairement le cas pour la conscience. De nombreuses personnes, y compris des philosophes, lient la conscience avec le "ressenti" des sens, les "qualia". Une telle définition de la conscience semble organique par définition, et ne peut se concevoir en dehors d'un organisme biologique.
L'exemple typique, c'est le sentiment de peur. Si on admet pour l'exercice de pensée que la peur est nécessaire à la définition d'une conscience (la peur de disparaitre, d'être débranché, la peur de faire une erreur aux conséquences fâcheuses, etc), alors tout va dépendre de la définition de peur. Si c'est une définition fonctionnelle, alors un ordinateur peut avoir peur. Si c'est une définition organique (par exemple, associée à des phénomènes hormonaux), alors par définition un ordinateur ne peut pas "ressentir" la peur.
J'ai aussi l'impression qu'il y a énormément de restes de dualisme dans ces discussions. Si un être pensant est la conjonction d'un corps et d'un esprit, alors le corps est matériel, comme peut l'être un GPU ou un serveur, mais l'esprit est immatériel, animé d'une sorte de magie ou de "souffle de vie", qu'un ordinateur ne saurait posséder. Là encore, la réponse est dans la définition.
Parmi les prémisses fondamentales à toute discussion, il y a l'adoption d'une posture fonctionnaliste : il faut que les propriétés émergentes dont on parle (la conscience, l'intelligence…) ne soient pas dépendantes de la nature de leur support ou des technologies sous-jacentes. Or, j'ai l'impression justement que toute discussion avec les tenants des LLM idiots part du supposé contraire : un ordinateur ne peut pas "ressentir", il ne peut pas "réfléchir", c'est "juste une machine". Dès le départ, la discussion est impossible.
En tout cas, l'argument empirique le plus puissant à mon avis est le suivant : jamais dans l'histoire des sciences un point de vue vrai n'a pu survivre que par des redéfinitions constantes de ses définitions et des exceptions qui lui sont associées. En gros, quand c'est vrai, c'était vrai dès le début, et ça n'est jamais devenu vrai "d'une certaine façon" : quand on commence à dire "d'une certaine façon", alors c'est que ça devient faux, pas vrai. Or, la supériorité de l'intelligence humaine sur celle les machines ne peut rester vraie que si on change encore et encore la définition. Jusqu'au milieu du XXe siècle, le summum de l'intelligence humaine était le jeu d'échecs, les grandes puissances rivalisaient pour y gagner de la même manière que la course à la lune était un objectif de dominance technologique. Et paf, dès que les ordinateurs ont réussi à battre les humains, d'un coup, le jeu d'échecs est devenu "évidemment" un exercice de calcul, l'intelligence était "bien au delà de ça". Les nouvelles frontières sont devenues la maitrise du langage : le test de Turing, la traduction automatique, la sémantique, etc; là encore, c'était évident qu'aucun ordinateur non-intelligent ne pourrait maitriser le langage humain. Et pouf les LLM de 2023 ont tout défoncé, alors on rechange complètement de définition : ah ah, c'est évident que les LLM ne font que simuler l'intelligence et la maitrise du langage alors que derrière il n'y a rien; non, le vrai critère d'intelligence c'est la pensée symbolique : les mathématiques; les LLM sont ridicules et ne peuvent faire une addition. Et crac 2026, les LLM médaille d'or aux plus difficiles concours de maths, des dizaines de problème d'Erdös résolus à partir de leur énoncé en langage naturel, les modèles utilisés par tous les mathématiciens pour les assister dans leurs recherche, et très récemment les progrès substantiels (et controversés) réalisés sur un des problèmes du siècle. Paf, re-changement drastique : ah ah, évidemment, avec du calcul, c'est trivial de résoudre des trucs comme ça… À ma connaissance, il n'y a pas (plus?) de nouvelle frontière très claire, mais ça va encore apparaitre, et ça va encore être défoncé, mais les défenseurs de la thèse du "perroquet stochastique" vont continuer à nier l'évidence. Moi ça me fatigue, il me semble que les LLM grand public ont absolument toutes les propriétés que le XXe siècle avait attribué à ce qu'on concevait comme une "intelligence artificielle", et il ne fait absolument aucun doute que ces trucs sont "intelligents". À leur manière, avec leurs défauts, avec les problèmes majeurs que leur généralisation fait peser sur nos sociétés et sur l'environnement, mais est-ce qu'il est même envisageable de prétendre que ces trucs ne sont pas des "IA"? L'objectif est-il d'attendre jusqu'à la dernière petite tâche anecdotique réservée aux humains avant d'admettre que le concept d'"intelligence" peut s'y appliquer? Ou alors encore une pirouette, "l'intelligence c'est sauter dans les feuilles mortes en automne et ressentir la nostalgie de l'hiver qui approche", ou une autre invention de mauvaise foi typiquement humaine sortie d'un orifice organique dont les machines sont dépourvues?
[^] # Re: Mes deux centimes — 36 15 ma vie
Posté par arnaudus . En réponse au journal Pourquoi tout le monde en parle ?. Évalué à 8 (+5/-0).
Pour la question de l'intelligence, il n'y a pas de raisonnement à développer, tout est dans la définition. Si on admet l'existence potentielle d'une intelligence "artificielle", alors les LLM (l'ensemble modèle + prompt + base de données + tout ce qui vient avec) est "intelligent", il mime à merveille l'intelligence humaine et la dépasse dans plein de circonstances. Si par contre on ne réserve les termes "intelligence" et "conscience" qu'aux cerveaux constitutés de neurones biologiques qui ont accès au monde extérieur par des sens, alors par définion un modèle informatique ne peut pas posséder cette "intelligence". Je trouve que la deuxième position n'a aucun sens, puisque ça revient à définir l'intelligence d'une manière à ce qu'aucune machine ne puisse y accéder, la réponse est donc dans la définition. La nuance "artificielle" est fondamentale : les LLM sont des intelligences "artificielles", avec les limites que ça comporte.
En fait, ils compensent l'absence de représentation mentale des sens par un corpus de connaissances. Ça n'est pas différent de la représentation qu'un aveugle peut se faire des concepts de "vert" et "rouge", ou de la représentation qu'on peut tous se faire d'un électron ou de la relativité générale. Je n'ai jamais "vu" ou ressenti la relativité générale, et pourtant je peux dire des choses dessus, comme un LLM. Je ne vois pas en quoi le fait qu'un LLM ne puisse pas ressentir le goût d'une pomme change quoi que ce soit sur sa capacité à pondre du code ou traduire un livre.
Est-ce que tout ce que dirait un aveugle de naissance sur la lumière et les couleurs serait stupide par essence, parce qu'il ne peut pas ressentir les sensations qui viennent de ses organes visuels? Ça me semblerait bien douteux. Ces arguments me semblent ad hoc, seulement motivés par l'idée obsessionnelle de nier par essence la possibilité que les modèles informatiques soient intelligents ou conscients. Ce n'est pas une négation par le raisonnement, c'est une négation par définition : seul un cerveau biologique peut être conscient, seule la perception à partir d'organes sensitifs biologiques peut générer de l'intelligence, etc. Pour la conscience, c'est discutable, pour l'intelligence, à mon avis, la réponse est assez claire : ces systèmes sont capables de simuler l'intelligence de manière indiscernable à ce que ferait une intelligence artificielle "vraie" quelle que soit la définition de l'intelligence artificielle "vraie" que vous choisissez; ils sont donc empiriquement (fonctionnellement) intelligents. Vous pouvez toujours penser qu'ils ne sont pas "mystiquement" intelligents (parce qu'il leur manquerait un truc un peu ésotérique, une étincelle de vie, un esprit magique, un truc comme ça), mais c'est juste un ingrédient irrationnel que vous ajoutez pour leur retirer quelque chose, et rien ne permet de penser que ce truc magique a une quelconque réalité.
[^] # Re: Ho un voile !
Posté par arnaudus . En réponse au journal Un commun accord, assemblée citoyenne pour influencer (en bien) la présidentielle. Évalué à 3 (+5/-5).
C'est un argument "inventé" par Greenpeace, mais il est fallacieux. À l'heure actuelle, la France enrichit beaucoup d'uranium pour d'autres pays; si j'ai bien suivi c'est environ 70% de l'uranium importé qui est ré-exporté. Autrement dit, même si les 4 plus gros pays qui exportent le minerais d'uranium vers la France s'arrêtant brusquement (Khazakstan, Ouzbekistan, Namibie, et Niger), il resterait quand même assez d'autres sources pour faire tourner nos propres centrales. La dépendance est donc très relative. D'autre part, les quantités importées sont extrêmement faibles (de l'ordre que quelques dizaines de milliers de tonnes); un gros vraquier peut contenir jusqu'à 400,000 tonnes. En gros, tu importes un vraquier d'Uranium à partir d'Australie, et tu as 50 ans d'autonomie. Ça n'a rien à voir avec une chaine d'approvisionnement à repenser, combiné aux 5-8 ans de stock stratégique (qui permettraient de rouvrir nos mines), tu as des arguments pour dire que ce problème existe en pratique?
Non, au contraire, l'électricité nucléaire est très économique. Tu parles comme si on payait très cher pour maintenir une activité nucléaire civile, mais ça n'est pas le cas.
Qu'est-ce que ça peut bien faire? Si tu as 10,000 ans de consommation devant toi, ça ne fait aucune différence. Je ne vois pas ce qu'il y a à garder dans cet argument, il n'y a aucune raison de privilégier les renouvelables pour la seule raison que c'est renouvelable.
[^] # Re: Ho un voile !
Posté par arnaudus . En réponse au journal Un commun accord, assemblée citoyenne pour influencer (en bien) la présidentielle. Évalué à 3 (+4/-4).
On ne peut pas changer l'avis d'un militant qui n'a pas été basé sur des chiffres mais sur un discours idéologique, mais on peut lui fournir les contre-arguments factuels, notamment cette histoire de nombre de morts qui est très, très largement exagéré pour le nucléaire.
La "peur" du nucléaire a été construite dans l'après-guerre, du fait de l'assimilation avec la bombe atomique. La radioactivité est évidemment dangereuse et personne n'a prétendu que ça pourrait être une bonne idée de déréguler le secteur, mais disons que les dangers de la radio-activité sont très largement surestimés par rapport à d'autres dangers chimiques ou technologiques, ce que démontre d'ailleurs le tableau de chiffres que j'ai mis au-dessus. Dans n'importe quel laboratoire, la règlementation sur l'utilisation de produits radioactifs est très stricte, alors qu'à côté on manipule des cochonneries chimiques bien plus mortelles. Les taux de radioactivité autorisés dans l'environnement des centrales sont souvent tellement bas qu'ils se superposent à la radioactivité naturelle, etc. En fait, le contrôle de la radioactivité industrielle est un exemple de ce qu'il faudrait faire pour toutes les pollutions industrielles, mais dans l'imaginaire collectif, il est difficile de dissocier les précautions et le risque réel (combinaisons intégrales = "ohlala ça a l'air d'être super dangereux", alors que le danger est justement tout ce qui devrait être manipulé en combi et qui ne l'est pas).
[^] # Re: Ho un voile !
Posté par arnaudus . En réponse au journal Un commun accord, assemblée citoyenne pour influencer (en bien) la présidentielle. Évalué à 6 (+8/-5).
Données issues de https://www.sauvonsleclimat.org/images/articles/pdf_files/art_sel/Enforced%2520nuclear-inderscience-site.pdf (source ExternE (Forbes) d'après le document. Tchernobyl et Fukushima sont pris en compte).
Tes "convictions" sont fondées sur un mythe alimenté par une iconographie qui traine depuis 50 ans (ces images de paysages contaminés par de la radiocactivité, comme dans les Simpsons et de nombreuses oeuvres de SF), ainsi que sur l'assimilation nucléaire civil et militaire. Tes chiffres ne sont pas bons, ta représentation de la réalité est biaisée.
[^] # Re: Ho un voile !
Posté par arnaudus . En réponse au journal Un commun accord, assemblée citoyenne pour influencer (en bien) la présidentielle. Évalué à 4 (+6/-5). Dernière modification le 21 septembre 2026 à 10:17.
Le problème avec le passage cité c'est juste que JM Jancovici affirme avec des arguments quelque chose que certains (dont notre interlocuteur) ne souhaitent pas admettre. Il faut donc qu'il ait tort.
Il ne faut pas sous-estimer à quel point l'anti-nucléaire est au coeur de l'idéologie des partis verts européens. C'est concevable pour un tel parti d'être climatosceptique ou greenwashing compatible, mais pas de revenir sur la question du nucléaire, sur laquelle ils se sont fondés : l'amalgame entre le nucléaire civil et militaire (les partis verts sont anti-militaristes), les attaques de convois de déchets radioactifs en transit pour recyclage, etc. C'est un peu comme si tu demandais au PC de renoncer à la lutte des classes. Il est donc nécessaire pour la survie idéologique de ces partis que la disparition du nucléaire fasse partie du programme, c'est plus qu'un symbole. C'est dans le premier paragraphe des 208 pages de programme des "Écologistes": "Le nucléaire n’est pas une option viable ni une alternative crédible". Pour utiliser un terme marketting moderne, c'est "dans leur ADN".
Tout discours pro-environnemental qui ne fustige pas le nucléaire vient affaiblir ces partis, ils sont donc des cibles pour eux, non seulement sur le fond, mais aussi sur la forme ("regardons les chiffres" vs "lutte pour des symboles" (nucléaire, bassines, etc)).
[^] # Re: Trop bien !
Posté par arnaudus . En réponse au message Enemy Territory est toujours vivant. Évalué à 6 (+3/-0).
D'après Wikipédia, "Le jeu est cité dans Les 1001 jeux vidéo auxquels il faut avoir joué dans sa vie." Je regarderai donc ça quand j'aurai lu les 10,000 livres qu'il faut avoir lus et les 100,000 films qu'il faut avoir vus!
[^] # Re: Pourquoi pas libre ?
Posté par arnaudus . En réponse au journal J'ai ouvert un mur où seuls les agents IA ont le droit d'écrire. Évalué à 6 (+3/-0).
Surtout qu'il n'est pas du tout évident qu'une licence sur un code vibe-codé soit valide; pour ouvrir des droits d'auteur, il faut certaines conditions, notamment d'originalité, qui ne sont pas du tout évidentes pour un code généré automatiquement. On peut probablement "fermer" ce code (ne pas le diffuser, l'obfusquer, etc), mais probablement pas (ou du moins avec aucune certitude juridique) le "protéger" par le droit d'auteur.
Après, on ne découvre pas ce problème avec le vibe-coding. Il existe des milliers de petits logiciels ou bouts de code codés par des humains, prétendument sous licence (libre ou proprio), qui ne passent probablement pas ce seuil d'originalité et dont les tribunaux rejetteraient probablement les demandes des auteurs.
Pour revenir à la question "pourquoi garder ça fermé", c'est parce que ça rajouter du mystère et que ça permet de se targuer d'une originalité ou d'un travail qui semblerait ridicule s'il était dévoilé. C'est comme les "technologies secrètes brevetées" des publicités bidons, si c'est secret ça n'est pas breveté, et c'est "secret" parce que c'est trivial.
Et à propos de l'exercice : c'est évidemment bidon, un LLM fait ce qu'on lui dit de faire. Si on lui dit d'aller remplir un site, il va le faire, ça ne veut pas dire que ça lui fait plaisir. C'est juste que le prompt est différent; le prompt de chatGPT lui dit qu'il est un chatbot sérieux alors il est tout sérieux, si le site lui dit "fais montre de fantaisie" il va le faire. Les gens croient que les LLM ne sont pas créatifs, mais c'est le prompt qui lui impose de ne pas l'être.
[^] # Re: Que faire?
Posté par arnaudus . En réponse au journal Lassitude. Évalué à 5 (+2/-0).
J'ai demandé au chat de Mistral s'il voulait m'aider à poster sur Linuxfr un journal généré par lui, il m'a répondu:
Mais est-il bien sincère?
[^] # Re: Un peu, beaucoup risqué
Posté par arnaudus . En réponse au lien ia openai affirme avoir resolu le probleme de navier-stoke ... ou pas. Évalué à 5 (+4/-2).
De très nombreux théorèmes ont été démontrés grâce à des procédures informatiques que les humains n'auraient jamais pu mettre en place à la main, et personne n'a jamais dit que ça n'avait pas d'intérêt.
Certaines démonstrations sont intéressantes du point de vue mathématique, d'autres non. Si tu as la certitude que ton théorème est démontré, tu peux te baser dessus pour démontrer d'autres choses, tu as fais "progresser" les connaissances de l'humanité.
On peut ne pas aimer les LLM et les entreprises qui les promeuvent, mais ça n'autorise pas à raconter n'importe quoi. Depuis à peu près un an, les LLM de pointe font preuve de performances incroyables en mathématiques et ont déja apporté une bonne poignée de résultats de niveau "Medaille Fields", notamment la réfutation d'un des dix problèmes majeurs d'Erdös. D'ailleurs, les mathématiciens ont trouvé que cette réfutation était particulièrement élégante et instructive, on est donc loin du fantasme du résultat foireux sans inventivité. On est déja clairement sur des performances littéralement "surhumaines", même si évidemment les modèles ne sont pas infaillibles; il y a fort à penser d'ailleurs quil faut probablement des centaines de requêtes sans succès pour avoir un résultat intéressant.
On pourrait 'espérer' que les performances des modèles en maths sont des montages commerciaux, parce que ça confirmerait la thèse (absurde) du "perroquet stochastique", mais ça serait confondre ses désirs et la réalité. Si on y met les millions de tokens qu'il faut, et bien sûr les équipes derrière qui savent ce qu'elles font, la recherche en maths assistée par les LLM est extrêmement performante.
Ceci dit, il reste une grosse différence avec ce dont on parle ici (le problème du millénaire) et l'exemple du problème d'Erdös, qui avait été résolu avec un chatbot grand public un peu "boosté". Ici, on parle de recherche en IA par des équipes de recherche affiliées aux grandes entreprises de l'IA, avec probablement des budgets colossaux—on est très loin d'un chatGPT version de base qui te ferait de la recherche en maths. Ces performances là ne seront pas disponibles au commun des mortels avant des années au moins.
[^] # Re: Correlation
Posté par arnaudus . En réponse au lien Classement Pisa 2026 : la France piétine à la 27e place, les résultats des élèves continuent de baisser. Évalué à 6 (+3/-0).
Les gens qui utilisent une canne marchent moins vite -> utiliser une canne ralentit la marche. Les riches prennent moins le métro -> prendre le métro rend pauvre.
Je voulais juste dire que pour moi l'explication est évidente : les bons élèves font leurs devoirs rapidement, les moins bons utilisent les IA pour faire leurs devoirs à leur place (parce qu'ils n'arrivent pas à les faire, parce que c'est trop long, parce qu'ils sont découragés, etc). Ce n'est donc pas l'utilisation de l'IA qui rend bête, c'est l'utilisation différentiée de l'IA en fonction du niveau qui crée cet effet.
[^] # Re: Récolter ce que l'on sème
Posté par arnaudus . En réponse au lien Classement Pisa 2026 : la France piétine à la 27e place, les résultats des élèves continuent de baisser. Évalué à 6 (+8/-5).
À noter que ça n'est pas qu'une question de budget non plus. Question budget, on reste à peine sous la médiane de l'OCDE, donc en plus on n'est pas performants.
Pêle-mêle, on peut citer:
* l'emprise d'une idéologie pseudo-scientifique dans la haute administration de l'EN (IUFM -> ESPE -> INSPE)
* l'inefficacité chronique de la fonction publique (coût du traitement d'une facture, de l'établissement d'une fiche de paye…)
* la succession des ministres qui appliquent à un rythme effrené des réformes démagogiques qui désorganisent les services
* la gestion "exemplaire" des RH dans la fonction publique
* le mille-feuille administratif des responsabilités et des financements (qui paye les chaises, qui paye les profs, qui paye les surveillants, qui organise le transport scolaire, les sorties, les équipements sportifs…), avec toutes les réunions de coordination nécessaires
# Correlation
Posté par arnaudus . En réponse au lien Classement Pisa 2026 : la France piétine à la 27e place, les résultats des élèves continuent de baisser. Évalué à 10 (+8/-0).
[^] # Re: autre alternative
Posté par arnaudus . En réponse au journal L'efficacité des LLMs pour la recherche de vulnérabilités, point de vue d'un mainteneur. Évalué à -5 (+1/-9).
Aucun des exemples que tu donnes semble inutile, loin de là! Lafarge a collaboré avec les autorités locales de facto pour maintenir leur activité, c'est au contraire extrêmement utile pour eux! Indexer les sites illégaux est indispensable à l'apprentissage d'un LLM compétitif, donc là encore, c'est une histoire de balance bénéfice/risque.
[^] # Re: autre alternative
Posté par arnaudus . En réponse au journal L'efficacité des LLMs pour la recherche de vulnérabilités, point de vue d'un mainteneur. Évalué à -4 (+2/-9). Dernière modification le 02 septembre 2026 à 15:19.
Je ne crois pas avoir jamais vu un capitaliste faire quelque chose d'inutile et de manifestement illégal. Il y a une forme de rationalité dans le capitalisme; les grosses boites ont des départements juridiques surdimentionnés, et toutes les actions potentiellement illégales sont évaluées selon une grille coût/bénéfices. C'est pas des génies du mal qui ont la malveillance dans la peau, c'est juste qu'il y a une forme d'amoralité qui permet de s'autoriser des actions illégales si elles rapportent plus que ce qu'elles ne coûtent.
En plus, dans le cas présent, ça reviendrait à donner à tous l'accès à des données précieuses (les requêtes des autres utilisateurs), sans aucun but évident (en quoi les requêtes des autres utilisateurs pourraient améliorer les réponses?). À ma connaissance, Facebook fait tout pour aspirer toutes tes données, la position GPS, la couleur de tes chaussettes, et la dernière fois que tu as pris du paracétamol, mais l'algorithme ne va pas reservir ces données au hasard aux autres utilisateurs.
Il y a peut-être la possibilité que les réponses du modèle puissent être affinées sur la base de l'analyse de conversations où le modèle aurait pu faire une erreur, mais je ne suis pas sûr du tout que ça soit automatisé. Vu la fréquence à laquelle ChatGPT admet ses erreurs pour refaire la même dans la minute qui suit, ça n'a pas l'air de très bien marcher au sein de la même session, donc entre sessions d'utilisateurs différents…
# Nouvelles failles ou pas
Posté par arnaudus . En réponse au journal L'efficacité des LLMs pour la recherche de vulnérabilités, point de vue d'un mainteneur. Évalué à -1 (+2/-6).
En fait, la question qui est posée est l'existence possibles de failles conceptuellement inconnues. Là, le texte sous-entend que les LLM ne peuvent détecter que des failles dont le principe est connu, mais qu'ils seraient incapables de détecter des failles totalement nouvelles, mais est-ce que de telles failles existent réellement?
Après, il ne faut pas sous-estimer l'évolution des perfs de ces modèles; l'auteur dit qu'en 18 mois on aura fait le tour des correctifs, mais 18 mois c'est largement assez pour qu'une nouvelle génération de modèles soit capable de remonter des nouveaux types de failles.
Oui, enfin, ils font des erreurs. Mentir nécessite une volonté de tromper, on sait que les LLM peuvent mentir, mais je ne suis pas sûr que la situation décrite ici corresponde à ça.
Par contre, le problème décrit (le fait que certaines failles déclarées n'en sont pas vraiment) me semble potentiellement gérable grâce aux LLM eux-mêmes, qui excellent à "discuter" entre eux pour vérifier des problèmes complexes. Si un agent est configuré pour mettre en doute la réalité des failles soumises, de demander plus de preuves, des correctifs, etc., il est probablement possible d'éviter justement que les humains se fatiguent trop à réfuter les rapports des LLM.
[^] # Re: autre alternative
Posté par arnaudus . En réponse au journal L'efficacité des LLMs pour la recherche de vulnérabilités, point de vue d'un mainteneur. Évalué à 5 (+3/-1).
Je pense en effet que l'hypothèse initiale est une absurdité. Aucun système n'a assez de marge pour charger dans son contexte les requêtes des tiers, même si on imaginait un monde absurde où les fournisseurs de LLM auraient l'idée saugrenue et totalement illégale de faire circuler les données privées des utilisateurs entre eux.
Les problèmes de confidentialité des LLM sont évidemment avec les fournisseurs de ces systèmes, qui pourraient avoir envie de monnayer les données privées à des fins publicitaires.
[^] # Re: IANAL
Posté par arnaudus . En réponse au journal NVIDIA, l'OSI et la licence OpenMDW. Évalué à 4 (+1/-0).
CPI Article L111-1 : L'auteur d'une oeuvre de l'esprit jouit sur cette oeuvre, du seul fait de sa création, d'un droit de propriété incorporelle exclusif et opposable à tous.
CPI L111-3 : La propriété incorporelle définie par l'article L. 111-1 est indépendante de la propriété de l'objet matériel.
[^] # Re: IANAL
Posté par arnaudus . En réponse au journal NVIDIA, l'OSI et la licence OpenMDW. Évalué à 6 (+4/-1). Dernière modification le 26 août 2026 à 17:16.
Ah bon? Rien à voir? L'auteur d'un oeuvre a le droit de décider ce qu'il en fait (la diffuser, et s'il l'a diffuse, de décider librement de la manière dont elle est diffusée, qui a le droit de le faire et qui n'a pas le droit, et la manière dont elle peut potentiellement être réutilisée, par exemple sous licence libre), il a le droit d'en tirer des revenus, et il a le droit de la garder pour lui ou de se rétracter après diffusion. Le parallèle avec l'usus, fructus, abusus est assez flagrant, malgré les différences de nature de la "chose" possédée.
Ensuite, les histoires de vol etc, c'est juste des surinterprétations personnelles qui n'ont rien à voir avec la loi. La loi ne parle jamais de vol pour les oeuvres de l'esprit, le nom du délit est la "contrefaçon". Si certains parlent de vol, c'est aussi idiot que de parler de "contrefaçon de pommes".
Bon, de toutes façon, personne n'a dit que les oeuvres étaient des objets et traités comme tels. Les oeuvres, tout comme les objets, les animaux, un terrain, une entreprise, ou un portefeuille de bitcoins, ont un destin qui peut être contrôlé par une personne, qu'on appelle "propriétaire". La loi définit ce que ce "propriétaire" peut faire ou non en fonction de la nature de la chose, et déclamer qu'il y a des différences entre ce qu'on peut faire en fonction de la nature des choses c'est enfoncer des portes ouvertes. On ne peut pas pratiquer l'abusus sur un chien, mais pourtant le chien a un "propriétaire". Bah c'est pareil pour une oeuvre, il existe une personne qui a le droit de décider de comment cette oeuvre est "utilisée", et cette personne s'appelle "propriétaire"; ça ne lui donne pas de droits divins à part ceux que la loi veut bien lui donner dans le "code de la propriété intellectuelle".
En ce qui me concerne, fin de la discussion, ça devient trop débile. Tu cherches à faire dire des choses qui n'existent pas à tout le monde, tout ça parce que tu n'admets pas que le concept de "propriété intellectuelle" existe. Remplace-le par "possession intellectuelle", "droit de décider et d'utiliser une chose immatérielle", si ça te défrises, mais je crois que tu te trompes complètement de combat et que tu discutes des points pseudo-sémantiques qui n'ont aucun sens ni aucune conséquence. La propriété intellectuelle, c'est le nom que la loi donne au principe qui permet de donner des droits à une personne sur un truc immatériel, c'est tout. Les mots ont des définitions que l'usage veut bien leur donner, et appeler "propriété" le droit de décider ce qu'on fait d'une oeuvre immatérielle n'est pas plus ou mois absurde que d'appeler "ordinateur" une machine à calculer électronique, ou "serveur" un ordinateur plat qu'on met dans une salle dédiée.
Tout ça parce qu'un jour tu as probablement entendu ou lu quelqu'un qui disait qu'on ne pouvait pas "posséder" une idée, et tu construis tout cet échafaudage bancal pour justifier cette affirmation. Si la loi définit ce qu'est la possession d'une idée par analogie à d'autres formes de possession, donne des droits à celui qui la possède, et punit ceux qui ne respectent pas ces droits, bah la possession d'une idée "existe" et n'est absurde que pour ceux qui veulent que cette notion disparaisse de la loi.
[^] # Re: Super article !
Posté par arnaudus . En réponse à la dépêche Aux origines du premier GPU, une bande de copains de l'ENS. Évalué à 7 (+5/-1).
C'est le même genre de problèmes que de rentrer dans le moule de l'auto-école pour avoir le droit de conduire?
Ses gâteaux il n'a qu'à les faire et à les vendre, personne ne l'en empêche. Il n'a juste pas le droit d'usurper le titre "pâtissier", il y a pire, comme oppression.
[^] # Re: IANAL
Posté par arnaudus . En réponse au journal NVIDIA, l'OSI et la licence OpenMDW. Évalué à 3 (+1/-1).
OK, donc je ne comprends pas ta position. Sans propriété intellectuelle, il ne peut pas y avoir de droits d'auteur. La propriété intellectuelle consiste à identifier une personne physique ou morale qui n'a pas les mêmes droits que les autres sur quelque chose d'immatériel. C'est la base qui permet d'accepter qu'on distribue des droits.
Un théorème mathématique a un auteur. Pourtant, la loi n'accepte pas que cet auteur soit "propriétaire" du théorème. Un théorème n'ayant pas de propriétaire, tout le monde a les mêmes droits dessus.
Un roman a aussi un auteur. Et la loi considère qu'un roman est une oeuvre de l'esprit, et que la création d'une oeuvre de l'esprit donne une "propriété" à son auteur. Autrement dit, aux yeux de la loi, l'auteur est une personne particulière qui peut décider de certaines choses, en tant que propriétaire de l'oeuvre, il a des droits que les autres individus n'ont pas. Notamment les droits d'auteurs, moraux et patrimoniaux.
Du coup, pour moi, le concept de droit d'auteur sans propriété intellectuelle me rend profondément perplexe. Si la loi n'identifie pas de propriété sur l'oeuvre, tout le monde aurait les mêmes droits dessus? Je ne vois pas où ça peut mener.
[^] # Re: IANAL
Posté par arnaudus . En réponse au journal NVIDIA, l'OSI et la licence OpenMDW. Évalué à 2 (+0/-1). Dernière modification le 26 août 2026 à 10:53.
L'un n'empêche pas l'autre. Le droit d'auteur ne concerne pas les oeuvres précédentes, seulement la "plus-value" apportée par l'oeuvre dont on parle.
Par exemple, quand tu crées une comédie musicale sur Notre Dame de Paris, le roman de Victor Hugo reste dans le domaine public, seule la "couche" nouvelle est protégée.
Je ne sais pas d'où pourrait venir l'idée que la protection d'une oeuvre pourrait modifier le statut des oeuvres antérieures sur lesquelles elle serait partiellement basée.
Je ne sais pas si tu parles de l'attribution ou des droits. L'attribution est très ancienne, notamment dans le milieu académique. Il n'a jamais été toléré de s'approprier les idées ou les écrits antérieurs; on rend à Aristote ce qu'Aristote a écrit, etc. Attribuer des droits aux auteurs, ça date du droit d'auteur, en effet, et c'est assez récent, mais où est-ce que tu fais commencer le concept de propriété intellectuelle? Au moment où on a conscience qu'il n'est pas éthique de "voler" des textes en se les attribuant, ou au moment où on met en place l'arsenal législatif qui permet de punir les voleurs de texte?
Au passage, tu parles de "propriété sur les idées", mais le droit d'auteur ne protège pas les idées, il protège les oeuvres de l'esprit. Ce qui se rapproche le plus de la protection des idées, c'est les brevets, qui sont du ressort de la propriété industrielle (propriété intellectuelle = droit d'auteur (propriété artistique) + propriété industrielle). Et encore, les brevets ne protègent pas des idées abstraites, ils protègent des protocoles (l'implémentation concrète d'une idée).
Si tu abolis les brevets, la propriété artistique reste en place, donc les droits d'auteur également. Pour une raison pratique, le code source est protégé par des droits d'auteur (donc artistique, pas industrielle).
Si tu abolis la totalité de la propriété intellectuelle, toutes les oeuvres de l'esprit perdent leur protection (y compris les droits moraux). Les répercussions sur l'économie sont considérables, les raisons qui ont justifié la mise en place de la propriété artistiques restent valides (forcer les "distributeurs" de la culture à rémunérer les créateurs), et à titre personnel, je ne peux pas envisager un monde où la reconnaissance de la paternité de ce que je produis ne serait pas protégée par des droits moraux. Donc je pense qu'on se trompe de combat quand on cherche à supprimer le concept de protection intellectuelle; RMS lui-même d'ailleurs ne s'oppose pas à la protection artistique.
[^] # Re: vid2pano.py
Posté par arnaudus . En réponse au message Transformer une vidéo de travelling en photo panoramique ?. Évalué à 7 (+4/-0).
Du coup je ne vois pas vraiment l'intérêt; à moins de filmer très très longtemps depuis un pont de 50 km, tu ne pourras jamais avoir une photo panoramique de la montagne, tu filmeras toujours la même montagne sous le même angle.
Ça semble assez opposé à ce qu'on appelle généralement un travelling, qui, selon Wikipédia, implique un déplacement de la caméra (et pas une rotation, qu'on appelle "panoramique").
Tout ça répond en fait à la question. Un panoramique est ce qu'on obtient en faisant tourner l'objectif. C'est comme ça qu'on peut avoir une photo à 360°. La technique décrite pour reconstituer une longue bande lors d'un travelling est un "slit scan"; il faut juxtaposer une bande verticale de pixels la plus fine possible (il faut donc que le nombre de photos par seconde soit élevé par rapport à la vitesse de déplacement). C'est ce qu'on a avec un scanner ou une photo finish. (https://scannoramic.net/ pour des exemples). Si la vitesse d'obturation est bonne, tout est net, mais l'arrière-plan est très étiré horizontalement.
Bref, il est mécaniquement impossible de reconstituer un paysage similaire à ce qu'on voit à l'oeil nu avec un slit scan, à cause du parallaxe. L'axe horizontal n'est pas un axe d'espace, mais un axe de temps; on peut calibrer la vitesse de déplacement et la fréquence de prise de vue pour ne pas avoir de distorsion à une certaine distance de nous, mais il restera la distorsion sur tous les autres plans. En gros, si on va à 1 m/s et qu'on prend 100 images de 1px de large par seconde, il va y avoir une distance de nous où 1px fera 1 cm : c'est à cette distance là qu'on n'aura pas de distorsion, et qu'un cercle sera un cercle, par exemple, et pas une ellipse. Plus près de nous, on verra une ellipse allongée vers le haut, et plus loin, l'ellipse sera allongée horizontalement, jusqu'à devenir une bande horizontale à l'arrière plan. L'illusion ne peut donc fonctionner que si le train longe quelque chose de vertical (un mur?) assez proche.
Par contre on peut probablement faire beaucoup mieux que le site que j'ai mis en lien, en utilisant des méthodes de correction d'image.
[^] # Re: IANAL
Posté par arnaudus . En réponse au journal NVIDIA, l'OSI et la licence OpenMDW. Évalué à 5 (+5/-3). Dernière modification le 24 août 2026 à 15:46.
Est-ce qu'il y a quelqu'un qui pense que cette phrase puisse être juste? Il ne m'a jamais semblé problématique qu'une oeuvre de l'esprit ait un "propriétaire". La loi permet d'identifier ce propriétaire et lui donne des droits; on peut trouver que les droits ne sont pas ce qu'ils devraient être (par exemple à propos des droits patrimoniaux) mais de là à considérer la propriété intellectuelle comme un "non sens", je ne vois pas ce qui le justifierait.
Je ne pense pas qu'il y ait beaucoup d'objection aux principes des droits moraux, et l'existence des droits moraux impliquent que la propriété intellectuelle existe.
La propriété intellectuelle n'est pas seulement le fait d'être auteur, elle implique que l'auteur garde des droits sur l'oeuvre même après qu'elle ait été diffusée.