Journal Alastair Reynolds

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37
16
mai
2013

Sommaire

Introduction

Il y a quelque temps, j'avais posté plusieurs annonces concernant le passage d'écrivains de SF en France.
Et parmi les commentaires de ces annonces, on m'avait demandé de présenter quelques auteurs de SF que j'apprécie.

Je vais donc commencer par un auteur, peut être un peu méconnu des lecteurs occasionnels, mais tout à fait intéressant: Alastair Reynolds.

Comme il est en France pour le festival des Imaginales et qu'il passera à Paris à la librairie Charybde le 28 Mai, cela fait une excellente occasion d'en toucher quelques mots.

Alastair Reynolds: sa vie, son oeuvre

Comme l'indique sa fiche wikipédia, le Gallois Alastair Reynolds est un nouveau venu dans la communauté mondiale des auteurs de SF, puisque son premier roman date de 2000.

En écrivant ce premier roman, il frappe d'ailleurs un grand coup, puisque c'est le début d'une tétralogie monumentale nommé en Français le Cycle des Inhibiteurs. Ils s'inscrivent dans un univers littéraire riche et complexe, complété par un ensemble d'excellentes nouvelles (dont quelques unes sont traduites en Français).

Le mot monumental n'est pas vraiment une hyperbole, puisque chaque roman de ce cycle traduit en Français monte allégremment vers les 700 pages!!

Heureusement, pour le lecteur un peu découragé par cette possible montage de papier à escalader, Alastair Reynolds a aussi par la suite fait des romans plus courts, et pouvant se lire indépendamment les uns des autres.

Avant de se mettre à l'écriture, Alastair Reynolds a obtenu un doctorat d'astronomie, puis à travaillé comme ingénieur au sein de l'agence spatiale européenne.
Ce sont des points biographique essentiels, puisque si Reynolds a inscrit son cycle dans un sous-genre, que l'on a pu appeler le New Space Opera, il s'efforce à chaque roman d'être le plus conforme possible avec la physique, l'astronomie et l'astrophysique.

Le New Space Opera

Comme je l'écrivais précédemment, le terme de New Space Opera émerge à la fin des années 70 pour décrire un sous genre, où s'illustrent d'ailleurs beaucoup d'autres auteurs britanniques, comme Ian M Banks, Paul McAuley, Charles Stross. Il s'agit en fait d'une forme d'hybridation entre les thèmes classiques du Space Opera de l'âge d'or, faits d'aventures spatiales pleines de rebondissements, d'action et de lyrisme, et ceux beaucoup plus grinçant du Cyberpunk, de la SF spéculative des années 70, ou même de la Hard Science.
On est donc là, à mi chemin du divertissement d'aventure et de textes plus expérimentaux et spéculatifs comme peuvent l'être les romans et les nouvelles d'un Bruce Sterling par exemple.

Le cycle des Inhibiteurs

Ce cycle est formé des romans suivants:

  1. 2000 : L'Espace de la révélation (Revelation Space)
  2. 2001 : La Cité du gouffre (Chasm City)
  3. 2002 : L'Arche de la rédemption (Redemption Ark)
  4. 2003 : Le Gouffre de l'absolution (Absolution Gap)

Un cinquième n'a pas été traduit en Français: il s'agit de The Prefect datant de 2007.

Je ne rentrerai pas dans les détails de chaque roman, ce qui prendrait beaucoup trop de place, mais j'essaierai ici de résumer un peu le cadre assez original de ce cycle.

En effet, ici Reynolds ne nous décrit pas un empire galactique humain unitaire, mais une colonisation de la galaxie provoquant la dissolution progressive de l'humanité en factions rivales, déformées par les technologies et les idéologies, et plus que tout, par l'immensité de l'espace.
À ce fond, se superpose une interrogation: pourquoi sommes nous seul en apparence dans la galaxie?
Dès le premier roman, on comprends que cette solitude a une cause: les inhibiteurs, des machines acharnés à l'anéantissement des races intelligentes.

Ces quatres romans décrivent ainsi de manière épique la progressive prise de conscience de l'humanité, puis sa lutte desespérée et brouillonne contre ces machines.

Un cadre classique subverti

Ainsi résumé le cycle des Inhibiteurs pourrait sembler être un fix up d'idées déjà vus ailleurs: c'est effectivement ce que l'on pourrait penser à la première lecture, puisque l'amateur éclairé reconnaitra par exemple des idées provenant par exemple de la Schismatrice de Sterling, ou la réutilisation du thème des machines tueuses de monde du cycle des Bersekers de Saberhagen ou de Benford.
Cependant, Reynolds parvient à renouveler ces thématiques, et y injecte des idées nouvelles, souvent par un savant travail d'hybridations entre sous-genres, en empruntant même d'ailleurs à d'autres littératures que la SF.

Une imagerie bien plus originale qu'il n'y paraît

Si l'on doit reconnaitre qu'Alastair Reynolds n'est pas un grand styliste du point de vue strictement littéraire, il n'empêche qu'il parvient à imposer une certaine imagerie, empruntant à une multitude de franges de la pop culture mondiale.

Reynolds a par exemple un excellent sens des images, souvent saisissante du point de vue graphique, qui peut par exemple mêler l'imagerie gothique à la froideur et la pureté des photographies astronomiques.

Par ailleurs, une autre grande source d'inspiration de Reynolds est la musique populaire mondiale et ses différentes sous-cultures, comme le Métal, le Punk, ou la musique africaine, dont la contrepart iconographique est souvent une source d'inspiration.

Ce goût pour les sous-cultures populaires, se traduit souvent par des descriptions assez fascinantes, comme celles de ces équipages de vaisseaux interstellaires vivant des dizaines d'années seuls dans l'espace et petit à petit se bricolant aux limites du Métal et du Gothique leur propre culture marginale…

C'est cette ambiance de prolos de l'espace, proche d'une certaine manière de l'esthétique industrielle, à la fois sale et usée qu'avait imposé Ridley Scott dans Alien, faisant du Nostromo un tanker de l'espace
et de son équipage les descendants des ouvriers des stations pétrolières du 20eme siècle.

Un goût évident pour l'ingénierie colossale

Si Reynolds n'hésite donc pas à s'aventurer dans la pop culture mondiale pour y pécher des images, il n'en reste pas moins fondamentalement un ingénieur, et comme souvent un grand amoureux des machines géantes.
Et ces récits abondent donc en Big Dump Objects, d'autant plus immenses qu'ils se doivent d'être inquiétants.
On y trouve donc des machines géantes à démanteler les étoiles, des points entres les planètes et l'espace, des artefacts à l'échelle de systèmes solaires entiers, à chaque fois amoureusement décrit, et en cherchant à reste le plus possible compatible avec la physique connue (ou en tout cas, en la poussant dans ces marges publiées par des revues scientifiques à referee…).
On sent le physicien et l'ingénieur qui ne s'est pas décidé à renoncer aux plaisirs ambigus des jeux de l'enfance…

Conclusion

Reynolds fait partie de ces jeunes auteurs britanniques qui ont émergé ces dernières années, renouvelant le genre par leur créativité et leur capacité à saisir ailleurs ce qui pouvait être intéressant.
Par ailleurs, son goût du détail scientifique exact en fait un membre de la petite bande des Hard Scienceux britanniques, qui contient quelques spéciment tout à fait passionnants comme Stephen Baxter, Charles Stross, ou Paul McAuley.

Liens et informations diverses

Blog de Alastair Reynolds
Cycle des Inhibiteurs(http://en.wikipedia.org/wiki/Revelation_Space_universe)
Liens vers les imaginales

Alastair Reynolds sera en signature à la librairie Charybde, le 28 Mai à partir de 19h.

Librairie Charybde
Adresse:
129 rue de Charenton
75012 Paris
09.54.33.05.71

  • # Ketty Jay de Chris Wooding

    Posté par . Évalué à 1.

    Très intéressant, merci!

    J'ai récemment dévoré les livres de Chris Wooding et sa série du Ketty Jay. J'attends le tome final avec impatience ! Du bon Steam Punk comme je les aime ;) et pour ceux qui aiment les grosses machines, ils seront servis !

    J'ai malheureusement réussi à passer à côté de la série de Space Opera Vorkosigan. Du coup, je rattrape mon retard ! :)

  • # Autre livre

    Posté par . Évalué à 2.

    Je me disais bien que ce nom me disait quelque chose !
    J'ai lu récemment « La pluie du siècle » de cet auteur, que je vous conseille. Je ne suis pas un gros lecteur et c'était mon premier livre de space opera ; j'avais peur de ne plus suivre une histoire qui contient 36 personnages et tout autant de planète, mais on reste sur un nombre limité de personnages principaux et secondaire — je ne sais pas si c'est toujours le cas (et j'aimerais bien une confirmation).

    • [^] # Re: Autre livre

      Posté par . Évalué à 2.

      D'après mes souvenirs, c'est souvent le cas: on suit souvent un nombre limité de personnages, et sur plusieurs livres.

  • # En apéritif

    Posté par . Évalué à 2.

    Pour ceux et celles qui souhaiteraient se frotter au cycle des Inhibiteurs sans forcément s'attaquer directement aux romans, il est possible de passer par la case nouvelles, car Alastair Reynolds en écrit aussi et de très bonne.

    Elles ne sont pas toutes traduites, mais le recueil (hautement recommandable) Diamond Dogs, Turquoise Days est disponible en poche chez tous vos bon libraires.

    Il ne regroupe que deux nouvelles, mais est une très bonne entrée en matière pour qui souhaiterait découvrir cet auteur.

  • # Merci

    Posté par . Évalué à 2.

    merci pour cette parenthèse appréciée

    L'acacia acajou de l'académie acoustique est acquitté de ses acrobaties. Tout le reste prend "acc".

  • # Janus

    Posté par . Évalué à 2.

    Merci à toi pour cette présentation ! J'ai lu Janus de lui, j'ai bien aimé, je le retrouve tout à fait dans ta présentation. A ceci prés, j'ai été déçu par les personnages, trop tranchés, trop prévisibles, j'ai l'impression que sur ce plan, il a voulu "trop en faire" et du coup, ça coinçe un peu. C'est une question de goût, aussi, j'ai un faible pour les personnages flamboyants aux multiples facettes, du style de ceux de Banks. Je ne sais pas si c'est constant chez lui, ou si c'est juste sur celui-là, mais comme tu m'a donné envie d'y retourner, du coup, ben je verrais bien !

    Faut pas gonfler Gérard Lambert quand il répare sa mobylette.

    • [^] # Re: Janus

      Posté par . Évalué à 1. Dernière modification le 17/05/13 à 10:47.

      Disons que ça dépends: Janus fait parti des ouvrages de Reynolds ne s'incrivant pas dans un cycle, dans lequel les personnages sont un peu sacrifiés à l'histoire et aux décors.

      Par contre, il y a quelques personnages flamboyants dans le cycle des Inhibiteurs. Il faut aussi remarquer que Reynolds a beaucoup amélioré son style et la construction de ses personnages au cours du temps.

      J'avais par exemple beaucoup aimé le ton mélancolique de la nouvelle Les fleurs de Minla signalée par patrick_g (que je salue au passage ;-) ).

  • # Une réponse croisée

    Posté par . Évalué à 1.

    Sur le thread consacré à Shepard on me faisait remarquer que le premier roman de Reynolds n'était vraiment pas bien gaulé du point de vue de l'écriture et de la narration.
    Je dois donner raison à la personne qui a fait ce commentaire… Quand je l'ai lu la première fois, s'il n'y avait pas eu un sacré travail du point de vue de l'imagination et de la documentation scientifique, j'aurai laissé tomber immédiatement ce bouquin.

    Mais je me suis laissé happer par son côté rigoureux du point de vue scientifique et par sa capacité à imaginer des gadgets astucieux.

    J'ai donc continué la série et je n'ai pas été déçu: à mon avis, les deuxièmes et troisième romans des inhibiteurs, vont de bien à excellent. Le quatrième par contre n'était pas indispensable… Même s'il est écrit, il souffre d'un gros déséquilibre de construction.

    Par ailleurs, il faut pour bien comprendre sa chûte, lire une excellente nouvelle, traduite dans bifrost, intitulée Galactic North.

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