Journal Critique de Underground (Assange, Dreyfus)

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54
14
avr.
2013
Ce journal a été promu en dépêche : Critique de Underground (Assange, Dreyfus).

J'étais au lycée quand les premiers graveurs CD sont apparus. Ils ont rapidement remplacés les cartes Magic, puis, m'ont permis de découvrir un autre pan de la culture informatique : « Il me restait un peu de place, alors je t'ai mis quelques e-zines. »

Ces magazines : Noway, Noroute, Cryptel, NPC, Cybz, deathly by étaient des magazines de hacking, édités par les acteurs eux-même, et une véritable plongée dans la culture underground. À côté des articles techniques, il y avait également des critiques de livres, des coups de gueules, ou même des articles sur le groupe et ses activités. Aujourd'hui, ont pourrait y trouver tout une ethnologie sur cette époque et le monde de l'informatique de la fin des années 90.

C'est avec ces souvenirs que j'ai découvert Underground, de Julian Assange et Suelette Dreyfus. Ce livre, paru en 1997, retrace l'histoire des hackers australiens de la fin des années 80. Il s'agit d'une enquête au cours de laquelle les deux auteurs sont allés rechercher les acteurs de l'époque, pour qu'ils racontent ce qu'ils ont vécu, leur monde, et leur histoire. N'y espérez pas trouver les techniques de l'époque, tout cela est gommé pour laisser place au contexte, à l'histoire qui s'est jouée à cette époque.

C'est l'histoire d'un apple ][ qui reste allumé 24h/24h dans une chambre pour servir de BBS, l'histoire d'un hacker qui tombe sur des documents militaires et craint pour sa vie au point de partir vivre dans la clandestinité pendant plus d'un an, l'histoire de jeunes qui après avoir discuté ensemble pendant des nuits se rencontrent pour la première fois sur les banc d'un tribunal.

C'est aussi l'histoire d'une jeunesse, qui s'ennuie, marginalisée, ou qui cherche ses repères; il ne s'agit pas d'une apologie : le livre insiste bien sur les profils des pirates, la plupart en échec scolaire, dans des familles en train de s'éclater, d'autres à la limite de la maladie mentale, tous sont en dehors du système, des normes. C'est aussi ce qui fait leur force : il est difficile de voir le hacking comme un monde d'innocence, mais c'est pourtant ce qu'il fût, à l'origine, lorsqu'il s'agissait d'adolescents se donnant des défis et recherchant juste la fierté d'avoir pu entrer dans un espace interdit…

C'est en cela que le livre n'a pas vieilli : le livre ne présente pas les techniques utilisées, il peut être lu par quiconque ne s'y connaissant pas en informatique. Tout au plus il nous fait rire aujourd'hui, quand, on lit comment, après avoir récupéré le programme tant désiré, les jeunes pirates partent à la recherche d'une machine avec au moins 10Mo de stockage pour pouvoir le dézipper… Même s'il n'existe plus de BBS, si HTTP a détrôné internet, ce combat d'une jeunesse qui se sent en décalage est intemporel.

Si les auteurs n'avaient pas autant insisté sur l'enquête, ce livre pourrait passer pour un roman tant il parait extraordinaire ! Les auteurs d'ailleurs : que vient faire Assange dedans ? J'ai découvert que ce livre raconte aussi son histoire : sous le nom de Mendax, on le retrouve en train de faire de l' Ingénierie_sociale_(sécurité_de_l'information) ou attendre son procès. Trente ans après, ce livre permet de faire le lien entre cette jeunesse éprise de liberté et encore innocente, et ce qu'est devenu internet aujourd'hui : l'innocence à disparue, la liberté est encore rêvée, le combat persiste.

Le livre est sorti en 2011 en français, ou est disponible en ligne dans sa version originale

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