Journal Les Figures de l’ombre

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18
12
mar.
2017

Le film « Les Figures de l'ombre » qui vient de sortir sur nos écrans est un biopic sur les employées au calcul des trajectoires du premier vol habité américain.

Ces dames, tout autant prodigieuses que mater dolorosa, y surmontent stoïquement l’adversité avec le décorum et le manichéisme dont Hollywood a secret. Sauf à être versé en haute antiquité de l’informatique, ce film a tout du péplum.

Ainsi la NASA, ayant accumulé un retard énorme en matière de calcul automatique, a vu son personnel brûler les étapes du calcul intensif. On y voit l’une des trois héroïnes apprendre secrètement Fortran et le fonctionnement d'un super calculateur IBM. Trop fort !

Mais comme j’avais déjà lu Nancy Welty Clark (38 pages ici), que je suis passionné de Fortran et que je savais la qualité des manuels de Big Blue de l’époque (archives ici ou ), oui je puis dire que ce film ne m'a pas paru si irréaliste et outré que ça. Je le recommande donc chaudement aux passionnés de big irons.

  • # Ah, les joies des scénarios hollywoodiens...

    Posté par . Évalué à 10.

    Il y a quelques libertés avec la réalité, même la plus élémentaire, dans ce film.
    La plus grosse étant celle où Katherine Johnson doit recalculer les paramètres de la trajectoire de John Glenn, au moment où ce dernier embarque dans sa capsule Friendship 7.
    (Dans la réalité, il lui a fallu plusieurs jours pour refaire ces calculs, mais c'était à quelques jours du décollage, et pas quand John Glenn était déjà sur la passerelle d'embarquement).

    • [^] # Re: Ah, les joies des scénarios hollywoodiens...

      Posté par (page perso) . Évalué à 2.

      Zut, sur ce coup-là je n'ai pas vu de problème ! J'ai côtoyé des collègues dotés d'une stupéfiante mémoire des chiffres et je crois me souvenir que Chateaubriand (dans ses Mémoires d'outre-tombe) disait avoir mémorisé des tables de logarithmes.

      • [^] # Re: Ah, les joies des scénarios hollywoodiens...

        Posté par (page perso) . Évalué à 1. Dernière modification le 13/03/17 à 06:15.

        Mémoriser les chiffres ne suffit pas pour faire ce genre de calculs à la main dans ces délais. Par ailleurs, quand tu travailles fréquemment avec des tables, tu finis par les connaître par cœur sans t'en rendre compte.

        Mais sinon oui, j'ai un ami à qui tu dis un numéro de téléphone une fois et 6 mois après, il te le ressort de mémoire sans jamais l'avoir utilisé. Il est astrophysicien… Je ne sais pas si cela a un lien.

    • [^] # Re: Ah, les joies des scénarios hollywoodiens...

      Posté par (page perso) . Évalué à 4.

      Il y a quelques libertés avec la réalité, même la plus élémentaire, dans ce film.

      La réalité de la science et de l’ingénierie de haut vol est passionnante mais pas du point de vue d'un observateur non « lettré » (chiffré ?). Il faut vendre aussi. La cible n'est pas le « lettré » mais l'« illettré »¹ dont le nombre est bien plus grand. Il est aussi possible que si quelqu'un du domaine voyait les calculs en question, il se dirait : « c'était que ça ? Pas très passionnant. » (Le WoW est possible aussi).

      C'est un film qui veut faire passer une vision qui est dans l'air du temps dans le but de vendre, c'est probablement à dix milles lieues de la réalité.

      Tout cela doit être documenté quelque part dans les archives de la NASA. Cela devrait être ouvert maintenant selon le classique après 40 ans des USA. Il faudrait vérifier ce qu'il en est réellement.

      ¹ rien d'insultant, je ne sais pas comment l'écrire en un mot /o\

      • [^] # Re: Ah, les joies des scénarios hollywoodiens...

        Posté par . Évalué à 2.

        Je comprends parfaitement le besoin cinématographique de créer du suspense, voire du "stress" chez le spectateur, pour le tenir en haleine. Je soulevais juste le fait que, si tu te poses 5 minutes, tu réalises que ça ne tient pas la route…
        (et tout ceci est très richement documenté dans le livre "hidden figures", de Margot Lee Shetterly, sur lequel le film éponyme repose).

        J'avais constaté le même effet scénaristique dans "Apollo XIII", quand ils se rendent compte qu'ils ont un problème de taux de CO2 trop élevé… uniquement au moment où l'alarme se déclenche ! En vérité, c'est dès que tout a déconné que les ingénieurs responsables des systèmes de support de vie ont pris cette problématique en question. Mais forcément, ça "rend moins bien" à l'écran…

        • [^] # Re: Ah, les joies des scénarios hollywoodiens...

          Posté par (page perso) . Évalué à 9.

          ça "rend moins bien" à l'écran

          Ça rend moins bien tant qu'ils restent coincés dans leurs standards qui rendent tous leurs films identiques.
          Il y a plein de films qui ne suivent pas les trames habituelles et qui donnent tout de même de très très bons résultats ((le moment de dialogue émotionnel (*), les moments de suspens bien définis, le héros qui va mal puis qui s'en sort, le flash-back, etc, quasi toutes les grosses productions sont identiques).

          C'est 100 % le choix des créateurs de faire un truc qui ne tient pas la route. Car ils ne savent pas / veulent pas prendre le risque d'avoir un film qui ait de la gueule. Ils font ça pour le fric, pas pour les tripes.
          À côté de ça il y a probablement 5 à 10 % de films « en dehors des clous ». Une bonne partie est largement mieux que les superproductions (avis perso de mec difficile). Avec des budgets parfois ridicules. Ce sont juste les producteurs qui ne font pas leur job, mais bon, ils sont multi-millionnaires, donc pas si mal pour des mauvais :-)

          (*) le top du crétinisme qu'on retrouve presque partout : il pleut des balles dans toutes les directions, et au lieu de se barrer en courant le héros parle avec sa blonde pendant 1 ou 2 minutes d'un truc émotionnel. PERSONNE SUR TERRE NE FAIT ÇA DUCON DE SCÉNARISTE ! LE MEC EST CENSÉ SE METTRE À L'ABRI.
          On retrouve cet épisode stupide dans presque toutes les productions d'action grand public.

          • [^] # Re: Ah, les joies des scénarios hollywoodiens...

            Posté par . Évalué à 7.

            Mouais, les mécanismes de la fiction ne sont pas ceux de la réalité, tout le monde le sait. Le but est de raconter une hsitoire, et quand tu racontes une histoire, tu utilises des "trucs". Sinon, c'est pas que c'est réaliste, c'est que c'est chiant.

            Par exemple, quand tu as un personnage qui a envie de pisser, c'est parce qu'il doit sortir de la maison pour se faire bouffer par les zombies ou par les dinausaures. Tu n'as jamais un mec qui sort pisser, et qui revient deux minutes après sans qu'il ne se soit rien passé. C'est comme ça, dans les films, aller pisser, ça doit servir à quelque chose.

            L'autre problème que tu évoques, c'est évidemment que tous ces films sont des produits industriels standardisés. Individuellement, les ficelles qu'ils utilisent sont évidemment des "bons" processus narratifs, mais ils sont usés jusqu'à la corde par leur sur-utilisation et parfois par leur utilisation caricaturale.

            Il faut de toutes manières imaginer que le public devient de plus en plus difficile, parce que justement il est super habitué à des superproductions théorisées et millimétrées. Évidemment, tu peux toujours trouver un marché de niche pour le ciné alternatif, mais trouver un public pour des films d'actions qui ont des moments chiants où il ne se passe rien, ça ne va pas être évident. Au final, il suffit de relire les grands auteurs classiques par exemple pour se rendre compte à quel point ils ne maitrisent pas les lecteurs ; Victor Hugo écrivait bien et ses romans méritent d'être lus pour leur aspect historique ou pour la description de la société, mais pas pour la maitrise du récit de fiction. Si tu es snob, tu peux trouver les chapitres entiers de descriptions "enrichissants" ou "reposants", mais honnêtement, c'est juste super chiant.

            • [^] # Re: Ah, les joies des scénarios hollywoodiens...

              Posté par . Évalué à 5.

              Par exemple, quand tu as un personnage qui a envie de pisser, c'est parce qu'il doit sortir de la maison pour se faire bouffer par les zombies ou par les dinausaures. Tu n'as jamais un mec qui sort pisser, et qui revient deux minutes après sans qu'il ne se soit rien passé. C'est comme ça, dans les films, aller pisser, ça doit servir à quelque chose.

              Oui, c'est bien connu, surtout depuis les Morfalous, les personnages de film évitent d'aller se soulager quand la caméra tourne. Mais quelque fois, ils se font quand-même surprendre. Néanmoins, l'issue n'est pas toujours fatale Il arrive même que l'on leur demande pas leur avis. Mais dans tout les cas, ils se retrouvent inévitablement dans la merde.

              L'utilisation des toilettes dans le cinéma est généralement associé à un effet comique basé sur le fait qu'on pas sensé y être dérangé. Ce qui ne sera jamais le cas, bien entendu. On peut y rencontrer des trolls (et pas seulement en y lisant linuxfr) voire des tyrannosaures. Ce truc est usé jusqu’à la moelle, mais ça marche a tout les coups.
              On ne compte pas non plus les scènes très classique où le prisonnier s'évade en demandant à son gardien la permission d'aller se soulager, même lorsqu'il est dans un avion

              Et encore, je ne vous parle pas des toilettes les plus pourries d’Ecosse !

              Tout cela démontre bien qu'aller aux toilettes au cinéma, c'est tout une affaire ! La preuve, même Arte s'est penchée sur la question.

              Faut pas gonfler Gérard Lambert quand il répare sa mobylette.

    • [^] # Re: Ah, les joies des scénarios hollywoodiens...

      Posté par . Évalué à 1.

      Certes mais est-ce le plus important ?

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