Faire un don ! | | style | statistiques | contactez-nous | plan | lettre d'information

Liens connexes

Dépêche modérée par

Livre : Jean-Marie Tremblay lance un appel à l'aide.

Posté par Yann Forget (page perso, ). Modéré le 03 mai 2003.
Justice
Suite du feuilleton Les Classiques des Sciences Sociales vs. PUF :

Devant le danger, non seulement pour la bibliothèque virtuelle "Les Classiques des Sciences Sociales" mais aussi pour l'avenir du droit et des pratiques concernant le domain public en général, Jean-Marie Tremblay lance un appel à l'aide. Nous (NdM : l'auteur de la dépêche) proposons dans un premier temps d'envoyer un message de protestation aux éditions PUF. Si celles-ci continuent leur action en justice, nous proposerons alors une action de désobéissance civile. Abonnez-vous à la liste de diffusion pour rester informé.

Extraits : "Il semble n'exister aucune jurisprudence sur de tels différends. L'université n'a pas d'argent à dépenser dans un procès, ni moi non plus d'ailleurs. Mais allons-nous laisser une corporation étrangère plus riche déterminer ce que les Canadiens ont le droit ou non de faire ? Allons-nous au moins soulever la question ? C'est comme l'avenir du numérique, du domaine public, la protection accordée par notre loi qui est en danger.

NdM. : si vous envoyez un courrier électronique, restez courtois ! À rapprocher d' O'Reilly utilise le « Copyright de coute durée »

> Lire la dépêche (31 commentaires, moyenne: 4,4).  

Lettre de Jean-Marie Tremblay

« Lancée il y a maintenant près de trois ans en coopération avec la bibliothèque Paul-Émile Boulet de l'Université du Québec à Chicoutimi (Québec, Canada), les Classiques des sciences sociales diffusent maintenant près de 600 livres, en texte intégral (tous téléchargeables librement et gratuitement en formats word, pdf et rtf), comptant sur plus de 20 bénévoles y oeuvrant.

Cette bibliothèque virtuelle fait actuellement face à un problème qui met en danger sa survie. En effet, les Presses universitaires de France, par l'intermédiaire de leur mandataire juridique, nous menacent de poursuite au civil pour dommages économiques si nous ne retirons pas immédiatement tous les ouvrages des auteurs publiés aux PUF que nous diffusons librement parce que nous ne respecterions pas, en territoire canadien, le droit d'auteur français.

Vous n'êtes pas sans savoir que dernièrement les Américains ont allongé la protection du droit d'auteur de 50 à 70 ans après la mort de l'auteur(e) ou du traducteur et qu'en 1993 la France avait fait de même. Au Canada, la loi canadienne sur le droit d'auteur, toujours en vigueur, ne protège que pour une période de 50 ans après la mort.

Mises au courant de l'existence de notre bibliothèque, Les Presses universitaires de France (PUF) nous somment, par le biais d'une firme d'avocats français, au nom de la loi française du droit d'auteur, de retirer tous nos titres provenant des PUF qui ne respectent pas le droit d'auteur français. Si nous n'obtempérons pas, ils nous menacent de poursuites judiciaires au civil pour dommages économiques et pertes de revenus. Le recteur de l'Université du Québec et moi-même avons reçu cette mise en demeure.

L'édification de notre bibliothèque virtuelle, spécialisée en sciences sociales, est la plus grande bibliothèque francophone au monde, en texte numérique, et en version traitement de textes. Elle est sans but lucratif et entièrement réalisée par des bénévoles soucieux de partager cet héritage culturel considéré comme du domaine public au Canada, soit les oeuvres dont les auteurs sont décédés depuis 50 ans et plus.

La question mérite d'être soulevée. C'est comme si la loi canadienne du droit d'auteur ne nous protégeait en aucune manière si n'importe quel entrepreneur étranger, dans ce cas-ci les Presses universitaires de France, pouvait nous menacer de poursuite au civil parce que nous ne respectons pas leur loi du droit d'auteur de leur pays. Un jour ce seront les Américains qui menaceront de poursuite au civil parce que nous ne respecterons pas leur loi qui sera passée à une protection de 90 ans, par exemple, après la mort de l'auteur. Qu'est-ce qui empêchera les États-Unis de poursuivre une université canadienne-anglaise, par exemple, si les citoyens américains peuvent télécharger, à partir de chez-eux, des textes qui sont du domaine public au Canda mais qui ne le sont pas encore aux États-Unis ?

L'avocate de COPIBEC (l'organisme québécois public chargé de l'application de la loi canadienne du droit d'auteur) ni personne, jamais, ne nous a parlé d'une obligation pour un citoyen canadien, en territoire canadien, soumis à la loi canadienne, de respecter chez-lui les lois d'un autre pays. C'est insensé.

La convention de Berne, ce traité international, stipule que de deux pays l'ayant signé, la protection moindre s'applique au pays où elle est moins longue. Ainsi, entre le Canada (50 ans après la mort de l'auteur) et la France (70 ans après la mort de l'auteur), au Canada, c'est la protection de 50 ans après la mort de l'auteur qui prévaudrait.

Quatre juristes, dont trois juristes français, et un juriste montréalais, nous aident à y voir clair. Les juristes français sont unanimes : nous sommes dans notre bon droit au Canada.

L'Université du Québec à Chicoutimi a présenté le 18 avril dernier un mémoire au gouvernement canadien pour l'enjoindre à ne pas harmoniser notre loi sur le droit d'auteur sur celle des autres pays plus conservateurs qui ont allongé la protection à 70 ans, comme l'ont fait en 1993 la France et en 2002 les États-Unis.

Il semble n'exister aucune jurisprudence sur de tels différends. L'université n'a pas d'argent à dépenser dans un procès, ni moi non plus d'ailleurs. Mais allons-nous laisser une corporation étrangère plus riche déterminer ce que les Canadiens ont le droit ou non de faire ? Allons-nous au moins soulever la question ? C'est comme l'avenir du numérique, du domaine public, la protection accordée par notre loi qui est en danger.

A l'heure où les nouvelles technologies permettraient une plus grande diffusion de la connaissance et plus particulièrement de notre héritage intellectuel, notamment celui du domaine public, les grandes entreprises cherchent à allonger le délai nous autorisant à diffuser librement ces oeuvres. Il semble que d'immenses pressions s'exerceraient sur le gouvernement canadien pour harmoniser notre loi à celle des Américains et des Français, à l'encontre du droit à la connaissance. Bientôt, nous ne pourrons plus rien diffuser librement du XXe siècle.

Je vous remercie de l'attention accordée à cette question délicate et large de conséquences.

Jean-Marie Tremblay, professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi Fondateur et directeur de la collection Les Classiques des sciences sociales, en collaboration avec la Bibliothèque Paul-Émile-Boulet de l'Université du Québec à Chicoutimi. »

Cette discussion est archivée, il n'est plus possible de laisser des commentaires.

Note : les commentaires appartiennent à ceux qui les ont postés. Nous n'en sommes pas responsables.

Re: Jean-Marie Tremblay lance un appel à l'aide.

Posté par Pierre Jarillon (page perso, ) le 03/05/2003 à 13:51. (lien). Évalué à 18.

Après avoir pris connaissance de l'article, je n'ai qu'un seul mot qui vient à l'esprit : la HONTE !

L'appel de JM Tremblay parle très justement d'une firme d'avocat. Ces gens qui ont détourné le système judiciaire pour en faire une menace et non plus une protection. Le terrorisme judiciaire, ça existe.
Dans quelle mesure est-ce que ça ne s'apparente pas à une association de malfaiteurs ou à du racket ? Les seuls bénéficiaires seront dans tous les cas... les avocats. Comme par hasard, ils ne sont jamais condamnés par les juges pour tous les préjudices qu'ils font subir à leurs victimes. Car même si l'on gagne un procès, on a perdu plusieurs années de sa vie.

Re: Jean-Marie Tremblay lance un appel à l'aide.

Posté par Jak () le 03/05/2003 à 13:52. (lien). Évalué à 14.

C'est complètement aberrant. D'ailleurs, ce passage ne résoud-il pas de lui-même toute l'affaire (je suppose bien sûr que le Canada et la France sont concernés) :

«La convention de Berne, ce traité international, stipule que de deux pays l'ayant signé, la protection moindre s'applique au pays où elle est moins longue. Ainsi, entre le Canada (50 ans après la mort de l'auteur) et la France (70 ans après la mort de l'auteur), au Canada, c'est la protection de 50 ans après la mort de l'auteur qui prévaudrait.»

?

Les PUF se trompent de cible. Les Classiques des Sciences Sociales sont dans leur droit. J'ai beau ne pas être juriste, je ne vois pas en quoi ceux-ci effreignent la loi canadienne. C'est plutôt auprès des fournisseurs d'accès français qu'il faut porter plainte si ils n'empêchent pas l'accès à ces publications, ça semble beaucoup plus logique. Comment ça, c'est difficile ?

D'autant que je me demande combien ça peut coûter d'imprimer le pdf d'un livre (sans compter la reliure et tout le bazar ...), par rapport à un livre édité par les PUF. Étant donné qu'il est hors de question pour la plupart des gens de lire tout un livre sur écran, je doute de l'impact négatif sur les ventes de livres par les PUF. J'admets que sur ce dernier point, je me trompe peut-être ...

--
« Le savoir, n'est-ce pas, est un bien précieux. Trop précieux pour ne pas être partagé. »
- Battologio d'Epanalepse, in De Cape et de Crocs, Acte VII (Ayroles & Masbou)

Re: Jean-Marie Tremblay lance un appel à l'aide.

Posté par Gruik Man () le 03/05/2003 à 14:05. (lien). Évalué à 3.

Juste une question, comme ça... Ils éditent quoi, les Presses Universitaires de France? Pas que ça soit un appel au boycott, hein, mais c'est juste pour... Disons, "se renseigner"

Re: Jean-Marie Tremblay lance un appel à l'aide.

Posté par Guillaume Smet (page perso, ) le 03/05/2003 à 15:04. (lien). Évalué à 8.

Salut,

Avant toute chose, je me fais un peu l'avocat du diable mais :
- Admettons que je me trouve dans un pays où le droit d'auteur n'existe pas. Puis-je prendre n'importe quelle oeuvre éditée dans n'importe quel pays, la taper avec mes mimines et la diffuser sur Internet (ie dans le monde entier à peu de choses près) ? Je caricature un peu mais posée dans ces termes, la question me paraît moins stupide.
- Je n'y connais rien en droit international mais les PUF (Presses universitaires françaises) doivent être éditées en France. Comment ca se passe dans ce cas là ? Quel est le droit qui officie ? En gros, est-ce que Mickey Mouse (TM) (C) (R) peut être libre de droit au canada alors qu'il ne l'est pas aux US ?

Si qqun pouvait me répondre, je serai moins bête à la fin du week-end et on pourrait ainsi s'assurer de qui est dans son droit avant de s'enflammer bêtement.

!= affaire yahoo?

Posté par Drikse () le 04/05/2003 à 11:29. (lien). Évalué à 0.

Excusé mon incompétence ou mon absence de connaisance dans ce domaine, mais n'est ce pas à rapprocher de l'affaire yahoo qui laissait la possibilité aux français d'acheter des objets et insignes à la gloire des nazis, alors que cela est interdit en France?
Ici, il me semble que ca se rapproche quelque peu: le site canadien laisse aux français la possibilité d'obtenir des ouvres completes dont les droits ne sont pas encore "tombés" dans le domaine public EN FRANCE?
Moi ca me laisse sceptique, cette histoire. Mais je rejoins un commentaire au dessus qui disait qu'imprimer un livre reviens plus cher que l'acheter et que le ire sur écran est beaucoup moins interressant.

Livres Re: Jean-Marie Tremblay lance un appel à l'aide.

Posté par Jean-Marie Tremblay (page perso, ) le 04/05/2003 à 16:41. (lien). Évalué à 5.

Dimanche, le 4 mai 2003

Re: Les Classiques des sciences sociales et les PUF:
le domaine public et le rayonnement de la culture française sur Internet
Pourquoi les éditeurs ne deviendront-ils pas les nouveaux mécènes de cet héritage scientifique ?

Il importe de diffuser le plus largement possible la culture scientifique, d'autant plus lorsque les oeuvres culturelles tombent dans le domaine public, comme c'est le cas 50 ans après la mort de l'auteur au Canada.

Et lorsque les oeuvres scientifiques ne sont plus rééditées depuis longtemps, les éditeurs qui en possèdent encore les droits pourraient s'associer à nous pour nous permettre de les diffuser librement.

Imaginez ce rôle social de diffuseur de la culture auquel pourraient être associés des éditeurs comme les Presses universitaires de France, Gallimard, le Seuil, Payot, Armand Colin, les Éditions de Minuit, Plon et combien d'autres encore.

Plutôt que de condammer les éditeurs, invitons-les, à partager cette culture sur les tablettes (les oeuvres non rééditées dont ils sont propriétaires) en nous autorisant à les diffuser et invitons-les à s'associer à cette oeuvre, une nouvelle forme de mécénat.

Encourageons les éditeurs au mécénat pour les oeuvres du domaine public au Canada et pour les oeuvres toujours pertinentes mais non rééditées.

N'hésitez pas à écrire aux Presses universitaires de France pour l'encourager à cette coopération, dont elles ne peuvent que sortir grandies puisque ce savoir sera accessible librement à tous, aux gens d'ici comme aux étudiants des pays plus pauvres d'Afrique ou d'Amérique qui, grâce à Internet, auront enfin accès à un savoir.

Permettons à la culture française de rester vivante grâce à la diffusion libre de la culture scientifique sur Internet, du moins la culture du domaine public au sens de la loi canadienne du droit d'auteur.

Jean-Marie Tremblay, professeur de sociologie,
Fondateur et directeur (bénévole) de la collection Les Classiques des sciences sociales
http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/(...)
en collaboration avec la Bibliothèque Paul-Émile-Boulet de l'Université du Québec à Chicoutimi

Site web pédagogique:
http://www191.pair.com/sociojmt/(...)

C'est ce message porteur de réconciliation et de solidarité que je voudrais envoyer aux internautes pour leur demander de reprendre cet appel.
Merci.

Revenir en haut de page