Journal Projet d'association de maintenance informatique

Posté par (page perso) . Licence CC by-sa
33
28
avr.
2015

Ugh, Nal.

Je voudrais parler d'un modèle économique autogestionnaire pour faire de l'informatique. Ça fait quelques mois que j'ai ce projet à l'esprit, et quelques semaines que je travaille effectivement dessus. Je me dit qu'il est tant d'en causer avec les sages de linuxfr.org.

Mais avant tout, une nimage. (Moi je suis le mec de droite. Aucun doute.)

Pour tout dire, ça fait quelques années maintenant que je propage la bonne parole du logiciel libre, notamment dans la sphère du monde associatif et de l'économie solidaire. J'ai décidé il y a quelques mois de sauter le pas pour en faire un projet professionnel, autour de la région des 7 vallées (le milieu du Pas de Calais). Oui, je sais, il y a plus de vaches que d'habitants là bas.

J'ai aussi décidé de donner une forme particulière à ce projet : plutôt que d'intervenir ponctuellement réparer ce qui est cassé au sein des structures, et repartir en laissant tout le reste dans un état peu
glorieux ; je souhaite intervenir dans la durée, et m'engager sur une fraction de mon temps de travail, plutôt que sur une tâche en particulier.

Je nomme mon projet une Amie : une association de maintenance informatique. Et je décris les détails ici : amie.coop, de façon plus ou moins étendue.

On peut voir ce montage de deux manières. Pour ceux qui connaissent le monde des AMAPs, il s'agit un peu d'une AMAP informatique, à destination des structures qui se reconnaissent de l'économie solidaire. La fréquentation de ces dernières m'a clairement inspiré pour ce modèle.

Un autre point de vue est celui du groupement d'employeur : des structures n'ayant pas les moyens individuels d'embaucher un informaticien peuvent se rassembler pour partager une embauche, de façon à internaliser leur gestion de l'informatique.

Bref, des libristes autogestionnaires comprendront sans doute l'intérêt qu'on peut trouver à un tel mode de fonctionnement. Pourtant, je ne connais personne qui a fait ou qui connaît un fonctionnement sur ce genre de modèle. Qu'en pensez vous ? Connaissez vous des expériences similaires ?

  • # mutualiser

    Posté par (page perso) . Évalué à 3.

    Un côté intéressant du projet, c 'est de mutualiser ou partager les interventions, comme dans une entreprise de service finalement. L'exemple immédiat, c'est lorsqu'on part en vacances, et que quelqu'un intervient à notre place. Mais on peut trouver bien d'autres cas liés aux compétences ou au rythme de travail (avec quelqu'un n'ayant pas besoin d'un "plein temps" en maintenance parce qu'il a en même temps d'autres projets)

    "La liberté est à l'homme ce que les ailes sont à l'oiseau" Jean-Pierre Rosnay

    • [^] # Re: mutualiser

      Posté par (page perso) . Évalué à 2.

      Oui, la mutualisation est au coeur du projet. Par exemple, si on monte un système d'hébergement de sauvegarde bien robuste, tous les souscripteurs en profitent. Aussi, un certain nombre de services « mineurs » mais qui sont bien utiles au quotidien ont vocation à être mutualisés, par exemple un service pour partager des fichiers à l'extérieur (genre Jyrafe), etc.

      Adhérer à l'April, ça vous tente ?

  • # J’ai connu un mec de droite une fois, il avait dix fois plus de classe

    Posté par (page perso) . Évalué à 10.

    Mais avant tout, une nimage. (Moi je suis le mec de droite. Aucun doute.)

    Ah ah ah !

    Scil, avant de se spécialiser sur Pastèque, a tenté un projet similaire de prestation informatique dédié aux petites structures. Ça a foiré et bien foiré. Mais je pense qu’il y a un intérêt à essayer et ré-essayer encore parce qu’en réalité lancer un projet comme ça, c’est pas juste tirer un levier.
    Les porteurs du projet, les premiers usagers, les technos etc. etc. etc. Tout ça modifie totalement la donne et il est carrément possible de faire mieux, voir même (soyons fous), de réussir le projet.

    L’approche que tu prends est vraiment très intéressante.

    • [^] # Re: J’ai connu un mec de droite une fois, il avait dix fois plus de classe

      Posté par (page perso) . Évalué à 4.

      J’ai connu un mec de droite une fois, il avait dix fois plus de classe

      Hé hé.

      Ça a foiré et bien foiré.

      Je ne te cache pas que l'expérience de Scil (et d'autres tpe) m'a pas mal fait réfléchir sur la façon d'organiser la relation payeur/payé pour que chacun ne se sente pas lésé par l'autre à un moment.

      Après, au niveau techno, je fais un choix risqué : je pars de la configuration des gens, et je maintient le service sans le casser. Donc si je pars d'une situation 100% proprio, il va falloir se pincer le nez, et avancer doucement vers du plus propre. J'avoue que c'est ce qui me stresse le plus. Mais c'est inhérent pour moi au choix de ne pas faire de prestation (qui pousse fort vers la spécialisation).

      voire même (soyons fous), de réussir le projet.

      J'espère bien !! :)

      Adhérer à l'April, ça vous tente ?

  • # Question de droits

    Posté par . Évalué à 5. Dernière modification le 28/04/15 à 19:43.

    Bonjour,

    Remarquable nom pour l'association :-)
    Une question cependant : la loi sur les associations de type 1901 a évoluée il y a quelques années il me semble. Les deux changements retenus sont : un administrateur peut désormais être salarié de l'association, et si l'association rentre dans un champ concurentiel alors elle peut se voir imposer au (quasi) même titre qu'une entreprise.

    Ce sont de vagues souvenirs, ces changements sont issus des "problèmes" il y a 20 ans avec les associations de plongée sous-marine ou celles d'équitation, par exemple… lesquelles avaient quelques peu tordu le nom de "asso 1901 à but non lucratif", en générant de grasses "récoltes" pour leurs "salariés" … Bref.

    Des "associations 1901 sans but lucratif", dans le respect de l'esprit initial, peuvent aussi se voir interdire le fait d'avoir des salariés siégeant au CA, dès lors qu'elles ont un partenariat avec la puissance publique. Ce partenaire est en droit d'exiger que le ratio nouvellement accordé (25% de salariés au CA) soit de 0, comme avant.

    Bref, il y a un équilibre à trouver dès le départ, en fonction de l'objectif à terme de l'association : un ou deux salariés si tout marche bien ? Ou bien un esprit de "délèg de service public" (un esprit, seulement) et des demandes d'aides et subventions justifiées (éduc pop, aide ré-insertion, aide 3è age, etc…). C'est donc le "piège" à éviter : ne pas se retrouver avec des prestations payantes qui dépassent les aides trouvées, sous peine de devoir choisir un peu tard entre l'un et l'autre.

    Tu m'excusera (j'espère) de ne pas sourcer le propos, ni d'être un vieux sage il s'agit simplement de docs que tu connais probablement, mais peut être pas cette astuce.

    Enfin, si tu as l'occasion de discuter avec un ancien entraineur sportif, je te le recommande chaudement : ils disposent du "groupement d'employeurs" dont tu parles en dernier : système particulièrement intéressant, dans lesquels les "clients" (clubs) siègent au CA et s'engagent sur des subventions au groupement sur x ans, afin de disposer d'un pool d'entraineurs à disposition, quant ces clubs veulent de vrais entraineurs sans pouvoir en payer à temps plein : c'est the statut/montage à creuser)

    Mes deux cents.
    Encore bravo pour ta réalisation en cours ! \o/

    • [^] # Re: Question de droits

      Posté par . Évalué à 5. Dernière modification le 28/04/15 à 19:57.

      Ha ouhai, le commentaire au dessus est inutile : en fait le site de l'association présente l'axe déjà choisi.
      Donc bon vent à vous, encore bravo, et n'hésitez pas à aller démarcher des pmi/pme : elles ont le droit d'être dans ce type de groupement (pas seulement le milieu associatif)

      • [^] # Re: Question de droits

        Posté par . Évalué à 3.

        Tu y repensera la prochaine fois que tu diras à ton gosse "toujours lire avant de commenter" :)

      • [^] # Re: Question de droits

        Posté par (page perso) . Évalué à 5.

        Y a pas de soucis. Je comprends que le groupement d'employeur nous met à l'abri sur les aspects de concurrence déloyale, mais je suis très interrogatif aujourd'hui sur les réalités concrètes de ce statut (notamment l'articulation entre commercial/non commercial, et la relation avec les administrations).

        Sinon, le projet a, dans ma tête, vocation à devenir une SCIC. Mais le choix de l'association se défend comme suit :

        1. personne (ou presque, y compris dans les milieux « solidaires ») ne sait bien ce qu'est une SCIC ;
        2. une association offre beaucoup de latitude en matière d'organisation, on peut donc imiter d'assez près un fonctionnement en SCIC (modulo la représentation des salariés au CA) ;
        3. une association n'a pas les impératifs légaux que doit avoir une entreprise (comme la SCIC), ce qui en rend le montage plus simple (et accessoirement, réduit les coûts) ;
        4. une association peut, à terme, devenir une SCIC.

        Après, tout est négociable et sera négocié avec les structures qui s'engagent pour la constituante. Mon point de vue perso est que l'association nous permettra de nous lancer, et que le temps de la SCIC sera venu le jour où d'autres salariés nous rejoignent, afin justement d'assurer une gouvernance saine avec des salariés présents au CA.

        Adhérer à l'April, ça vous tente ?

  • # Bon projet

    Posté par (page perso) . Évalué à 6.

    Projet et montage très intéressant.
    En plus on voit que les coûts (http://amie.coop/combien-ca-coute-une-amie.html) sont très supportables pour un service qui est conséquent (9jours par an, c'est déjà beaucoup).
    On voit que tu as pensé ton projet, je te souhaite toute la réussite possible.
    J'espère que tu nous tiendras au courant de l'évolution de ce projet.

  • # Excellente initiative !

    Posté par . Évalué à 4. Dernière modification le 29/04/15 à 22:34.

    Qu'en pensez vous ?

    Que c'est une très bonne initiative, que le site est bien fait, clair, explicatif avec des synthèses pour ceux qui veulent seulement les grandes lignes et suffisamment détaillé pour les curieux. :)

    Connaissez vous des expériences similaires ?

    Yes, sur Grenoble: Demo-TIC, dont je fais partie. :)

    <mavie>C'est une association loi 1901 depuis 2009, qui a été lancée sur un support aux étudiants avec les universités. Mais, depuis le départ, on a le projet de passer en Société Coopérative d'Intérêt Collectif (SCIC) à but non lucratif en informatique libre.</mavie>

    Concrètement, on ne l'a pas fait parce qu'économiquement, on n'a pas les reins assez solides. Et heureusement, parce qu'avec une grosse baisse d'activité en 2012, on a dû licencier. Du coup, l'association nous a permis de rester bénévoles sans perdre le SIRET, le matos et tout le toutim.

    Maintenant que la loi sur l'ESS est passée (juillet 2014), les contraintes des SCIC changent, donc on se prépare de plus en plus à passer en SCIC (accompagnement, estimations des impacts, et autres joyeusetés prévisionnelles à faire ;) ).

    Ce que je trouve particulièrement bien dans la façon de présenter Amie (en plus du nom remarquable ^^), c'est que d'emblée tu l'annonces comme un « groupement d'employeur ». Là, où j'ai déjà cafouillé plusieurs fois avec des explications sur la SCIC, les collèges, les parties prenantes dans les décisions, personne morale entre l'association et la coopérative (SCOP), etc.

    Je te rejoint totalement sur le choix de commencer en association. Je trouve un peu triste que ce statut de SCIC ne soit pas mieux connu ni mis en avant, surtout qu'il est arrivé "pile" un siècle après celui d'association. Du coup, dans les associations, je présente parfois le statut comme SCIC Loi 2001. :-D

    Une autre expérience de SCIC est Cliss XXI. Je n'ai pas eu la chance d'avoir plus de contacts avec eux, juste j'ai croisé un des membres aux RMLL il y a plusieurs années, mais comme on était chacun occupé on n'a pas pu se poser pour discuter. /o\

    Edit: typos, mise en forme.

  • # GIE

    Posté par . Évalué à 1.

    Ce que tu décris est un GIE : groupement d'intérêt économique. C'est une sorte d'association, mais de personnes morales (entreprises ou assos), ça sert à mettre en commun une ressource utile à tous ses membres.
    Par exemple, le GIE IRIS sert de service informatique au réseau de grande distribution Système U. Ça c'est à grosse échelle, mais inversement je connais un GIE qui n'a qu'un seul employé : un commercial commun à quatre ou cinq petites entreprises qui visent la même clientèle.
    Je pense que ça devrait être la forme adaptée pour ce que tu veux faire.

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