L'Union Européenne et le rapport « La nouvelle Renaissance »

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26
12
jan.
2011
Justice
En avril 2010, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a annoncé qu'il allait confier à un comité des sages la rédaction d'un rapport sur « la numérisation, l'accessibilité en ligne et la conservation des œuvres culturelles à travers l'Europe ».
Ce comité des sages est formé de trois personnes : Maurice Lévy (PDG de Publicis), Elisabeth Niggemann (Présidente de la Bibliothèque Nationale d'Allemagne) et Jacques De Decker (écrivain et membre de l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique) et il a commencé immédiatement ses travaux.
Après un processus de consultation et une audition publique, le fameux rapport portant le nom pompeux de « The new Renaissance » a été remis le 10 janvier 2011 à Mesdames Neelie Kroes, Commissaire chargée de la stratégie numérique, et Androulla Vassiliou, Commissaire chargée de l'éducation et de la culture.

Il est difficile de savoir si ce rapport va influencer ou même orienter les choix de la Commission européenne, mais il est sans doute intéressant de s'attarder un peu, sans langue de bois, sur les principales propositions. Europeana

La première recommandation du rapport est de promouvoir par tous les moyens le site Europeana qui a vocation à devenir la référence pour le « patrimoine culturel européen en ligne ». En gros, on demande à chacun des pays de l'Union de ne pas jouer perso avec son petit portail culturel, mais de tout mettre dans le pot commun. Le rapport va même jusqu'à dire que tout financement public d'une numérisation d'œuvre culturelle devrait être conditionné à la disponibilité de cette œuvre dans Europeana.
À ce jour, le site met à disposition du public plus de 15 millions de livres, cartes, photographies, films, clips musicaux, tableaux et extraits musicaux numérisés.

Budget

Selon le rapport, il est nécessaire d'augmenter largement les sommes consacrées à la numérisation des oeuvres. Il est précisé que cela va faire avancer la technologie et que cela peut créer de l'emploi. La connaissance élargie des oeuvres via le web peut également susciter un attrait touristique pour visiter les musées.
Pour information, le comité des sages a fait évaluer le coût de la numérisation de tout l'héritage culturel européen (tous les musées, toutes les archives et toutes les bibliothèques de tous les pays de l'UE). Le montant total calculé pour numériser tout cela est d'un peu plus de 100 milliards d'euros.
Cela peut paraître beaucoup, mais l'évaluation du Collections Trust prend soin de comparer ce chiffre avec le coût de 100 km d'autoroute ou avec le coût du programme militaire Joint Strike Fighter. Soudain, cela semble relativement abordable !

Où trouver l'argent ?

Le rapport insiste beaucoup sur les partenariats entre le public et le privé pour numériser les œuvres culturelles du patrimoine européen. On comprend vite que c'est parce que les états n'ont pas vraiment de budget public à y consacrer. Les sages ont beau lancer de grandes proclamations ("Neither the size of the task of digitising our common heritage, nor the current financial crisis can be an excuse for not acting"), ils ne se font certainement aucune illusion.
Le danger de cette approche public-privé est que tous les requins commerciaux vont se jeter sur ce contenu et, en échange de la numérisation, vont demander des droits exclusifs.

Pour contrer cette menace, le rapport recommande plusieurs choses :
- Accès gratuit aux reproductions numériques pour les utilisateurs finaux dans toute l'UE ;
- Numérisation de qualité au moins équivalente à celle effectuée par les institutions culturelles publiques ;
- Droits préférentiels cédés aux partenaires privés pour une durée ne devant pas excéder sept ans ;
- Durant cette période la réutilisation non-commerciale reste autorisée pour les institutions culturelles ;
- Pas de droits exclusifs. Une œuvre doit pouvoir être numérisée par d'autres compagnies privées.

Œuvres sans ayant-droit identifié

La recommandation suivante concerne ce qu'on nomme les « œuvres orphelines ». Ce sont celles qui, du fait de leur date de création, ne sont pas encore dans le domaine public mais dont l'ayant-droit n'est pas connu.
Cela pose un problème puisque personne ne sait exactement comment traiter ce cas. Le rapport demande qu'une législation spécifique soit adoptée à ce sujet et indique plusieurs points de bon sens à respecter dans cette éventuelle nouvelle loi :
- Législation unifiée dans tous les pays de l'UE et qui concerne tous les types d'œuvres (audiovisuel, texte, musique, etc.) ;
- Reconnaissance trans-frontalière des œuvres orphelines avec une base de données commune ;
- Rémunération des ayants-droit s'ils sont découverts a posteriori ;
- Droit reconnu de numériser ces œuvres orphelines.

Œuvres non commercialisées

La dernière recommandation concerne les œuvres culturelles qui ne sont pas encore dans le domaine public, mais qui ne sont plus du tout disponibles dans le commerce (Out of distribution works).
Dans ce cas de figure, où on peut considérer que les ayants-droit n'ont pas mis les œuvres à la disposition du public, le rapport soutient qu'il est légitime de les numériser, même sans accord explicite de celui qui possède les droits. Ces œuvres numériques deviendront ainsi gratuitement accessibles au public via le site Europeana. Un management collectif des droits sera organisé afin de rémunérer les détenteurs du copyright.

Conclusion

Bien entendu, ce n'est qu'un rapport comme l'Union européenne en produit sans doute à la pelle, mais il me semble que les propositions vont dans le bon sens. Le ton est un peu emphatique par endroits; mais on sent la volonté de mettre à la disposition de tous les œuvres culturelles européennes. Le tout premier point du résumé (le fameux Executive summary que lisent les décideurs pressés) est clair à ce sujet : "Cultural institutions should make public domain material digitised with public funding as widely available as possible for access and re-use".

Cette volonté exprimée dans le rapport est un peu rassurante quand on la compare à la situation actuelle. Comme l'indique David Monniaux, de nombreuses institutions culturelles veulent « faire de l'argent avec le patrimoine immatériel de l'État » et sont réticentes à la numérisation et à la mise à disposition du public de leurs œuvres.

Puisque la Réunion des musées nationaux est si vorace, le salut viendra peut-être de l'Europe !
  • # j'adore ce passage

    Posté par . Évalué à 3.

    Œuvres non commercialisées

    La dernière recommandation concerne les œuvres culturelles qui ne sont pas encore dans le domaine public, mais qui ne sont plus du tout disponibles dans le commerce (Out of distribution works).
    Dans ce cas de figure, où on peut considérer que les ayant-droits n'ont pas mis les œuvres à la disposition du public, le rapport soutient qu'il est légitime de les numériser, même sans accord explicite de celui qui possède les droits. Ces œuvres numériques deviendront ainsi gratuitement accessible au public via le site Europeana. Un management collectif des droits sera organisé afin de rémunérer les détenteurs du copyright.


    ce ne serait pas un atteinte aux droits d'auteurs.

    Les ayants droits ont peut-etre decidé de ne plus commercialisé pour le moment
    mais se reservent le droit de sortir une edition anniversaire, un collector...

    si ce n'est pas dans le domaine public, ca n'a pas a etre publié sans l'accord des ayants droits.
    • [^] # Re: j'adore ce passage

      Posté par (page perso) . Évalué à 8.

      Le rapport détaille bien cette partie et souligne plusieurs points (va voir le paragraphe "5.4.7 Implementation issues").

      Un truc qui me semble intéressant c'est la notion de "window of opportunity" c'est à dire en gros d'un délai au delà duquel les institutions culturelles pourraient numériser les oeuvres qui ne sont plus disponibles à la vente :

      "in case rights holders do not exploit their material directly, collectively, or in collaboration with a private partner, cultural institutions should have a window of opportunity to digitise the material and make it available. This should be backed by legislation, e.g. those facilitating collective licensing solutions".
    • [^] # Re: j'adore ce passage

      Posté par (page perso) . Évalué à 4.

      Les ayants droits ont peut-etre decidé de ne plus commercialisé pour le moment
      mais se reservent le droit de sortir une edition anniversaire, un collector...


      Le but de tout ça étant de favoriser la diffusion et la culture et par conséquent la créativité, ce ne serait pas un mal de gêner ce genre de pratique. Retenir une œuvre, ne pas la publier parce qu'on pourra en tirer plus d'argent plus tard, c'est mauvais pour la diffusion de la culture.
      • [^] # Re: j'adore ce passage

        Posté par . Évalué à 1.

        Et c'est le genre de méthode purement artificielle qui augmente les prix sans que le propriétaire des droits n'apporte de réelle plus-value. De là à parler d'enrichissement sans cause, il n'y a qu'un pas.
        • [^] # Re: j'adore ce passage

          Posté par . Évalué à 0.

          De là à parler d'enrichissement sans cause, il n'y a qu'un pas.

          Sachant qu'il ne distribue plus son oeuvre, tu nous expliques exactement comment l'auteur original s'enrichit dans l'affaire?

          Les quelques collectionneurs ou bouquinistes qui revendent a la rigueur, mais ca m'etonnerais que les prix soit tres eleves (y a qu'a regarder le marche de l'occasion en general, ca brasse pas des fortunes pour chaque oeuvre et les cas "speciaux" ca doit concerner un nombre tellement restreint d'oeuvres au final...
          • [^] # Re: j'adore ce passage

            Posté par . Évalué à 4.

            Euh on parlait des éditions collector, anniversaire, et autres, pendant qu'entre temps rien n'est vendu non ?
      • [^] # Re: j'adore ce passage

        Posté par (page perso) . Évalué à 5.

        Le principal problème que personne n'évoque ici c'est le problème Disney, ou Mickey ou plutôt Winnie l'ourson...

        Pour s'assurer une rente sans rien faire, Disney (ses descendants) à fait rallonger les droits d'auteurs petits à petits. En gros aujourd'hui 70 ans après la mort de l'auteur.

        http://fr.wikipedia.org/wiki/Dur%C3%A9e_du_droit_d%27auteur_(...)

        C'est du n'importe quoi qui tue la créativité car beaucoup trop long et avantage les grosses multi-nationales qui verrouillent le marché de la culture (Disney par exemple). Bref, on ne peux plus créer sans se faire attaquer pour plagiat de x ou y...

        L'UE ferait mieux de réduire les droits d'auteur à 30 ans après la mort de celui-ci comme avant en interne dans l'UE et d'imposer à l'export des règles de réciprocité !

        Encore une fois, c'est un problème à l'origine américain que nous avons consciemment ramené sur le vieux continent. Laissons les USA avec leur soucis et ne les suivons pas bêtement avec toujours un train de retard.
    • [^] # Re: j'adore ce passage

      Posté par (page perso) . Évalué à 2.

      Je pense que c'est plus orienté sur le fait que certaines œuvres ne sont plus réédité par l'éditeur considère qu'il risque de ne pas gagner suffisamment avec. Genre un bouquin ayant rencontré un succès plus que moyen des années 70.

      ça peut quand être intéresser des gens de lire le bouquin.


      Mais je pense qu'il existe déjà une disposition qui permet aux auteurs de récupérer les droits de leurs œuvres si l'éditeur ne permet plus une diffusion normale. (exemple un éditeur qui se fâche avec un auteur et qui pour se venger arrête de rééditer les anciens livres)
  • # Droits exclusifs ?

    Posté par (page perso) . Évalué à 1.

    Encore une fois, je ne vois pas le problème. Étant donnée une œuvre littéraire, deux cas.

    1. Elle est dans le domaine public

    Dans ce cas, n'importe qui peut la numériser, la copier et la redistribuer. Et comme une copie numérique reste la même œuvre, ils peuvent mettre une licence qui revendique l'exclusivité, ça vaut de la merde, c'est du domaine public un point c'est tout.

    2. Elle n'est pas dans le domaine public

    Dans ce cas, il faut l'autorisation des ayant-droits, en général l'éditeur, pour la numériser, la copier — sauf à usage privé — et la redistribuer. Personne ne peut se lancer dans des numérisation à vocation publique sans autorisation.
    • [^] # Re: Droits exclusifs ?

      Posté par (page perso) . Évalué à 2.

      Je précise le point numéro 1.

      Si j'achète, disons le Cid de Corneille, chez Hachette, je peux :
      – évidemment, en faire une photocopie intégrale pour moi-même ;
      – en retirant les commentaires ajoutés par Hachette, en faire plein de photocopies et les donner ou les vendre.

      Si je télécharges ce même ouvrage sur Google Livres, je peux de même :
      – évidemment, en faire une copie pour moi-même ;
      – en retirant les commentaires ajoutés par Google, le republier sur mon propre site.

      Et l'Union Européenne peut faire de même.
      • [^] # Re: Droits exclusifs ?

        Posté par (page perso) . Évalué à 8.

        Tu notera que les problèmes soulevés ne concerne pas vraiment les œuvres dans le domaine public. Pour celles-là on est d'accord qu'il faut numériser et le seul souci c'est l'argent.

        Ce sont plutôt les œuvres sans ayant-droit identifié ou les œuvres non commercialisées qui posent problème et sur lesquelles le rapport fait des propositions assez originales.
      • [^] # Re: Droits exclusifs ?

        Posté par . Évalué à 7.

        > – en retirant les commentaires ajoutés par Hachette, en faire plein de photocopies et les donner ou les vendre.
        Tu n'en as pas le droit en l'état actuel du droit, la mise en page de Hachette étant protégée comme œuvre visuelle (sauf si tu choisis une édition très ancienne). Tu peux retaper le texte si tu veux, mais probablement tu enfreins le droit d'auteur du traducteur payé par Hachette pour moderniser la langue. Ce que tu peux faire, c'est consulter une copie dans le domaine public sur Europeana/BNF, moderniser toi-même (orthographe et ponctuation) et publier.
        • [^] # Re: Droits exclusifs ?

          Posté par . Évalué à 3.

          Quelqu'un se dévoue pour la jurisprudence ?

          En éditant le contenu d'un ouvrage du domaine public introuvable autrement que par la récupération d'une copie digitale sur http://www.gallica.fr sans prévenir la B.N.F., par exemple.

          On verrait bien ainsi s'il existe vraiment une volonté des principaux acteurs de la culture de garder l'exclusivité de tout commerce des œuvres et plus largement de leur diffusion même à titre gratuit.
  • # Le visionnaire du passé

    Posté par (page perso) . Évalué à 3.

    C'est François Mitterrand. Il a fait construire la grande bibliothèque à Paris sur le modèle de la Bibliothèque_d'Alexandrie, celle qui a brûlé !

    Cette conception archaïque d'une bibliothèque est une vraie catastrophe. Pour le même prix, on aurait pu tout numériser et stocker les précieux documents sous atmosphère neutre dans des endroits sécurisés et dispersés sur le territoire.

    Il n'est peut être pas trop tard pour rattraper l'erreur en transformant la bibliothèque en logements. Cela aurait deux avantages en plus de sécuriser notre patrimoine, celui de financer la numérisation et celui de créer des logements à Paris.
    • [^] # Re: Le visionnaire du passé

      Posté par . Évalué à 5.

      Bin oui, mais ça flatte moins l'ego de numériser des documents plutôt que de faire construire des grands bâtiments..
    • [^] # Re: Le visionnaire du passé

      Posté par . Évalué à 7.

      Je ne suis pas membre du fan club de François Mitterrand, mais je te trouve un peu dur.

      Certes, pour le même budget, on aurait pu faire tout un tas d'autres choses, y compris l'équivalent de la bibliothèque et plus en numérique.

      Mais une bibliothèque numérique, ça perd un peu quelque chose.
      Déjà, un beau bâtiment, ça a une sacré gueule.
      Ensuite, une bibliothèque, ça peut être un endroit très particulier. C'est un des lieux par excellence de la Culture (oui, avec un grand C).

      Je ne sais pas comment le dire... un peu comme (pour les religieux) on pourrait faire les cérémonies par vidéoconférence chacun chez soi, mais rien que le fait de faire ça dans une église/synagogue/mosquée, et bien tout de suite c'est autre chose.

      Alors je veux bien le numérique tout ça.

      Mais bon, si je te dis que la France a fait la Tour Eiffel, et que tu peux la voir mais seulement sur internet parce que la vraie elle coûtait trop cher, on l'a laissée en ruine, ben ça serait plus la Tour Eiffel, quoi!
      • [^] # Re: Le visionnaire du passé

        Posté par (page perso) . Évalué à 3.

        Déjà, un beau bâtiment, ça a une sacré gueule.

        La Bibliothèque François Mitterrand, personnellement c'est moi qui me casse la gueule.
        (ceux qui doivent y accéder lorsque il pleut/gèle/neige comprendront ;-), si je croise l'architecte de la chose je lui dirai toute ma façon de penser à ces belles boiseries au sol)
    • [^] # Re: Le visionnaire du passé

      Posté par . Évalué à 9.

      C'est une blague, non !

      On pourrait dire de la même chose des musées, galeries ou autre lieu où l'on peut utiliser plus d'un sens pour percevoir une œuvre. Le numérique a des avantages mais pas suffisamment pour que l'on cache tout ce qui ne l'est pas, rendant de fait la culture sans odeur et sans relief ; juste des pixels sur un écran.

      > [avantage] de créer des logements à Paris.

      L'épisode récent de Jeudi Noir, qui a squatté un bâtiment appartenant à Axa avec vue sur l'Élysée, nous a rappelé encore une fois qu'il y a des bâtiments qui sont vides et inutilisés. Ce n'est pas transformer la grande bibliothèque en logement qui va changer quoi que ce soit dans la carence de logements, ni même rapporter suffisamment de monnaie pour financer la numérisation des œuvres.

      La préservation de la culture d'une civilisation, ainsi que son accessibilité, et permettre à chacun individu de cette civilisation d'avoir un logement sont deux plans distincts.

      Loin de moi l'idée d'affirmer que la grande bibliothèque est trop géniââle.

      The capacity of the human mind for swallowing nonsense and spewing it forth in violent and repressive action has never yet been plumbed. -- Robert A. Heinlein

    • [^] # Re: Le visionnaire du passé

      Posté par . Évalué à 10.

      Oui, on aurait pu tout numériser.
      Rappelle moi quand la BNF a été construte ?


      Réponse: le projet a été annoncé en 1988 et la BNF ouverte en 1995, peu ou prou au début de l'explosion de l'internet grand public, bien avant l'ère Google. Difficile en 1988 de prévoir l'importance que revêterait la numérisation de la culture en 2011, alors que les techniques de numérisation étaient loin d'être aussi performantes qu'aujourd'hui, et les disque durs beaucoup plus petits.
      • [^] # Re: Le visionnaire du passé

        Posté par (page perso) . Évalué à 0.

        En 1988, on savait graver des CD et les envoyer par la poste. Cela aurait permis une grande diffusion de la culture française au lieu de l'enfermer dans un lieu réservé à ceux qui peuvent y aller.

        Quand j'ai appris le projet de la BNF, j'ai dit à tous ceux que je voyais que c'était une ineptie.
        Il parait que Attali a dit la même chose à Mitterrand. Mais sa culture, issue du 19ème siècle ne lui a pas permis de comprendre à quel point le monde changeait.
        • [^] # Re: Le visionnaire du passé

          Posté par . Évalué à 7.

          Cout d'un disque dur de 47Mo en 1988 ? 1400 Francs suisses

          Tu numerises sur quel support ? CD ? Combien de gens avaient un lecteur CD a l'epoque ? Moi non, pourtant j'etais en avance sur les autres

          Tu numerises en quel format les images ? A l'epoque l'Amiga etait largement en avance sur les autres, il pouvait afficher 4096 couleurs en meme temps avec une basse resolution, super la fidelite !

          Tu fais comment pour feuilleter un livre avant de le choisir ? Tu commandes tous les CDs et les passes un par un dans le lecteur ?

          Faut revenir sur terre quand meme, a l'epoque c'etait techniquement infaisable.
          • [^] # Re: Le visionnaire du passé

            Posté par (page perso) . Évalué à 3.

            En 1988, le CD arrivait et la numérisation pouvait commencer. L'évolution était prévisible. En 1988 les ventes CD audio dépassaient celles des vinyles. L'usage pour les données débutait alors.

            Les stockages de masse étaient faits sur bandes magnétiques et sur des cartouches. Des robots savaient aller chercher une cartouche dans des rayons où on en stockait des milliers. Stocker une centaine de Go n'était plus un problème.

            Pour acheter un livre, un CD ou un DVD ou même aller voir un film, on en lit ou on en regarde un extrait. Ce n'est pas nécessaire de le feuilleter ou de le posséder en entier.
            • [^] # Re: Le visionnaire du passé

              Posté par . Évalué à 2.

              En 1988 le CD arrivait, mais personne ne savait si il allait etre present dans toutes les chaumieres et a quel prix. En 1988 la technologie pour afficher des images avec une fidelite decente n'etait pas pres d'atterire chez le consommateur.
              En 1988 stocker des millions et millions de pages de texte etait extremement cher.

              Quand aux extraits, tout a fait, la question est comment tu lis ton extrait, quand tu es dans une bibliotheque c'est simple, tu prends le bouquin et tu ouvres au hasard. Avec un CD/DVD tu fais comment ? Il te faut un ordinateur, il faut savoir comment l'ordinateur fonctionne, il faut trouver le CD dans la pile de boites a CDs tous petits et qui se ressemblent etc...

              Desole mais c'est vraiment pas la meme chose, c'est enormement moins pratique meme aujourd'hui. Une recherche en ligne aujourd'hui serait pratique, mais en 1988 c'etait totalement illusoire.
              • [^] # Re: Le visionnaire du passé

                Posté par (page perso) . Évalué à 2.

                En 1988 le CD arrivait, mais personne ne savait si il allait etre present dans toutes les chaumieres
                Tu rigoles? Alors que Les industriels qui avaient ça dans leur cartons depuis un moment s'y sont mis tous ensembles!
                Et Director existait déjà (mais peut-être pas pour les cd-roms, je te l'accorde).

                Une recherche en ligne (...) en 1988 c'etait totalement illusoire.
                Wais est sorti en 1991

                Et puis surtout il y avait en France au tout début des années 80 un projet de télévision par cable tout à fait novateur et qui allait dans le sens de ce que dit Pierre:
                il s'agissait de mettre de la fibre optique dans tous les foyers et d'installer des centres de stockages de données locaux, afin de distribuer des programmes à la demande; ces programmes pouvaient être télévisés ou sonore et on parlait déjà d'interactivité (à terme).

                "La liberté est à l'homme ce que les ailes sont à l'oiseau" Jean-Pierre Rosnay

        • [^] # Re: Le visionnaire du passé

          Posté par . Évalué à 4.

          À l'époque, si le gouvernement français avait décidé de tout numériser, il aurait certainement tout publier sur le Minitel (le vrai, pas le 2.0).
        • [^] # Re: Le visionnaire du passé

          Posté par (page perso) . Évalué à 5.

          "Mais sa culture, issue du 19ème siècle"
          Ca vaut peut être mieux qu'une "pseudo culture d'avenir" qui repose sur n'importequoi, comme celle d'Attali depuis 30 ans...
    • [^] # Re: Le visionnaire du passé

      Posté par (page perso) . Évalué à 4.

      La grosse erreur c'est surtout d'avoir mis les livres dans des tours exposées au soleil. Une aberration pour la conservation. Partout ailleurs on les mets dans le sous-sol, au frais. Mais la spécificité française, n'est-ce pas...

      "La liberté est à l'homme ce que les ailes sont à l'oiseau" Jean-Pierre Rosnay

      • [^] # Re: Le visionnaire du passé

        Posté par (page perso) . Évalué à 2.

        Pour conserver des livres le mieux n'est-il pas de les imprimer sur du parchemin plutôt que sur du papier ? C'est plus solide non ?

        Bon, ok, commentaire parfaitement inutile. :-)
      • [^] # Re: Le visionnaire du passé

        Posté par (page perso) . Évalué à 6.

        Effectivement, il y a trois erreurs connus, impardonnable car on n'a pas écouté les conservateurs. Pour être en relation avec des architectes pour la construction de nouveau bâtiment public, il est très difficile de faire réellement prendre en compte le besoin des futurs utilisateurs... Bref, les trois erreurs visible :

        - tour -> en cas d'incendie, c'est une vrai torche. Pour des livres inestimable, on considère le livre plus important qu'un homme donc en cas d'incendie, on a 30s pour quitter la pièce sinon attention aux gaz...

        - paroi en verre -> on a beau mettre des traitements, la lumière tue le papier sur le long terme, n'importe qui le sais !

        - réalisé sur une zone dont la partie en sous sol est innondable. Et oui, la TGB est en zone innondable !

        Au final, c'est absolument n'importe quoi et c'est encore une réalisation ratée de FM (comme l'opéra bastille et l'arche de la défense) qui sera à terme un gouffre pour nos impôts.

        La TGB aurait très bien pu être en province qui ne manque pas de site bien plus adapté.
        • [^] # Re: Le visionnaire du passé

          Posté par (page perso) . Évalué à 4.

          réalisation ratée de FM (comme l'opéra bastille et l'arche de la défense)

          Je pense que bon nombre (sinon tous) de chefs d'état passés, présent et futur, sont dans ce cas. Mais avec le temps on a simplement oublié les critiques envers les réalisations de prestiges du passé. Quand on fait de l'histoire littéraire on tombe fréquemment sur des articles incendiaires (nos ancêtres avaient la dent dure).
          D'autre part, l'état ne fonctionne pas exactement avec le "fait du prince": il y a au contraire des fonctionnaires qui propose des trucs absurdes étudiés depuis des années, présentés comme la solution, etc. Le président qui s'en empare (suivi de ses conseillers), peut transformer la proposition, mais l'idée ne vient pas toujours de lui, même si elle est présentée comme telle.
          Enfin la genèse des trucs absurdes (un projet, quoi) au sein de l'administration passe par des phases totalement délirantes qui aboutissent à des solutions idiotes au regard du bon sens. C'est un processus très semblables à celui de la refonte de linuxfr en java, mais s'y ajoutent en plus l'influence politique, les lobbys, les désirs des petits chefs, le cabinet ministériel qui veut laisser sa marque, ...

          Sur l'administration, il y a quelques chapitres pas piqués des hannetons dans le roman Belle du seigneur d'Albert Cohen. A pleurer de rire.

          "La liberté est à l'homme ce que les ailes sont à l'oiseau" Jean-Pierre Rosnay

        • [^] # Re: Le visionnaire du passé

          Posté par (page perso) . Évalué à 2.

          Ce n'est pas seulement la lumière (serrés sur des étagères les livres en reçoivent assez peu) mais la chaleur: certains papiers et certaines encres y sont très sensibles. L'hygrométrie aussi: la chaleur influe sur le taux d'humidité et en plus comme l'air chaud monte, l'humidité et la chaleur varient selon les étages.

          "La liberté est à l'homme ce que les ailes sont à l'oiseau" Jean-Pierre Rosnay

  • # Légitimation des abandonwares ?

    Posté par . Évalué à 4.

    La dernière recommandation concerne les œuvres culturelles qui ne sont pas encore dans le domaine public, mais qui ne sont plus du tout disponibles dans le commerce (Out of distribution works).

    Il n'y a que moi qui y voit presque une légitimation des abandonwares ?

    Bon ok, il y a ce mot "culturelles", mais est ce qu'un jeu vidéo, ça ne serait pas un peu culturel ?

    Surtout les jeux de notre enfance, ça raconte une époque, une histoire, celle du début de l'informatique grand publique.
    • [^] # Re: Légitimation des abandonwares ?

      Posté par . Évalué à 6.

      Le droit d'auteur ne chercher pas à caractériser ce qui est une oeuvre culturelle ou artistique de ce qui ne l'est pas, il protège tout. Même les dessins des enfants de maternelle ! Donc oui, les jeux vidéos entrent clairement dans ce cadre. Ou alors, on ouvrirait un gouffre à troll énorme à savoir : qu'est-ce qui relève de l'art ?
    • [^] # Re: Légitimation des abandonwares ?

      Posté par . Évalué à 1.

      Il n'y a que moi qui y voit presque une légitimation des abandonwares ?

      En triturant ca dans tous les sens, surement. Dans la realite, vouloir "autoriser" la contrefacon d'oeuvres proteges, ca a quelques petits inconvenients.

      Par ailleurs, la majorite des jeux abandonware (en fait tout simplement pirates, hein) ont soit encore un editeur ayant les droits (souvent ca a change et c'est plus le nom marque sur la boite mais un des gros editeurs de jeux actuel), soit les droits sont revenus aux auteurs (et c'est pas la fete pour arriver a contacter tout ce monde la si tu veux les sources du moteurs et avec un peu de chance le droit de distribuer les donnees gratuitement).

      Donc meme en suivant les recommendations (ie. chercher a contacter les ayants droits, ce que ne fait quasiment jamais aucun des sites qui proposent de telecharger des jeux pirates), tu n'auras pas miraculeusement acces a grand chose.

      Et a ce petit jeu la, tous les vieux logiciels plus maintenus sous GPL et dont les auteurs ne donnent plus signe de vie, ca passe dans le domaine public aussi.
  • # Le gouffre sans fond d'Europeanna

    Posté par . Évalué à 1.

    C'est peut de dire que le Comité des sages convoqués par la commission européenne n'a abouti à rien sinon d'une sorte de plaidoyer en mode mineur pour le ridicule portail de la Kulture et dont on peut constater l'inanité.

    En ce qui concerne la culture, lettres, arts, sciences et droit l'Europe se goberge d'une civilisation et d'un rayonnement qui ressemble de plus en plus à une idéologie en marche dont la réalité dont on ne parle jamais est bien plus sordide.

    Fort d'une législation imposée du plus haut des institutions européennes, le mal est déjà fait d'avoir favoriser d'une manière ubuesque les intérêts des ayant-droits. L'argument massue, l'allongement de la vie des créateurs et des auteurs se devaient d'être refléter dans l'allongement considérable de la durée des droits d'auteur.

    L'essentiel de l'intense activisme d'influence des acteurs économiques de la culture e du divertissement a été de valoriser la valeur patrimoniale des contrats d'auteur et de pérenniser pour les œuvres d'arts plastiques, l'exclusivité d'un marché ouvertement spéculatif.

    La vision française de la culture a convaincu au-delà de toute espérance, toutes les gestionnaires des institutions publiques et privées de s'arroger malgré les contradictions inhérentes à la numérisation même qui annule la valeur intrinsèque de la copie digitale qui devient un exemplaire parmi d'autre d'un flux continuel de diffusion des informations.

    Chaque nation de l'U.E. tient à perpétuer au profit d'un tout petit nombre d'acteurs l'exclusivité de l'accès aux contenus même des œuvres et à s'en assurer, y compris pour le domaine public, le principal d'un éventuel commerce des copies digitales.

    Évidemment, cela aboutit à un document de plus qui ne fait que répéter des principes très généraux entendu et écrit 1000 fois, et dont les acteurs principaux ne tiennent aucun compte, de viser la plus large démocratisation de l'accès à la culture.

    Il suffit de discuter avec les gestionnaires des bibliothèques publiques pour se rendre compte que ceux-ci n'ont nul intention de dilapider leurs contenus numériser sans exercer un contrôle étroit de l'usage des copies.

    Ils se réservent le droit de fixer, en dehors de toute discussion préalable des tarifs de cession prohibitifs des copies numériques de qualité en cas d'opération commerciale à l'initiative d'un tiers.

    Ils se réservent, au nom du droit moral (sic), de contrôler étroitement l'emploi des copies numériques afin de pouvoir interdire une diffusion qui ne leur siéraient pas, sans devoir rendre compte de leur acte de censure.

    Le seul et véritable problème de la numérisation n'est pas le financement, des opérateurs privés n'attendent plus que cela, qu'on leur confit la numérisation des œuvres du domaine public pour obtenir une sorte d'exclusivité du contexte de la diffusion et de la vente des copies, avec la complicité discrète des technocrates des administration de l'éducation et de la culture, ainsi que des élus.

    Le véritable problème est qu'il n'y a pas dans l'U.E. un opérateur de référencement du Web et que les acteurs européen tant publics que privés n'ont pas l'intention de trouver les énorme financement nécessaires afin de créer un géant du référencement et de la numérisation qui pourrait concurrencer Google.

    En attendant d'exceptions culturelles en réglementations abusives des tarifs de ventes
    des exemplaires d'œuvres culturelles et de divertissement, le rayonnement des cultures européennes s'est tari et les auteurs et les créateurs n'ont plus les moyens de financer des créations nouvelles tant les intermédiaires ont fait main basse sur toute la valeur ajoutée du commerce des œuvres.
    • [^] # Re: Le gouffre sans fond d'Europeanna

      Posté par . Évalué à 2.

      C'est peut de dire que le Comité des sages convoqués par la commission européenne n'a abouti à rien sinon d'une sorte de plaidoyer en mode mineur pour le ridicule portail de la Kulture et dont on peut constater l'inanité.

      C'est un troll vis à vis de Kde!?!

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