RuggedPOD, 5 mois d’hiver et un énorme challenge devant !

37
30
mar.
2017
Matériel

LinuxFr.org vous propose à tous de tenir vos propres articles directement publiables, sans validation a priori des modérateurs. Ceux‐ci s’appellent des journaux. Un de nos utilisateurs, vejmarie, nous raconte depuis plusieurs mois les aventures du projet RuggedPOD, un module de serveurs sans refroidissement actif.

Vous pourrez lire en deuxième partie le bilan de la période hivernale, ainsi qu’un appel à mécène.

Photos du RuggedPOD sur un toit

Ça y est ! Le POD a passé son premier hiver et plutôt bien d’ailleurs, pas de grippe ni de gastro, juste un peu de frais de temps à autre.

Pour rappel, le projet RuggedPOD est un projet collaboratif de conception de micro‐datacenter développé sous licence Open Hardware, avec des logiciels libres (FreeCAD, KiCAD, Linux, etc.). Une des caractéristiques fortes du POD est de soutenir un PUE de 1. Le PUE mesure le ratio entre l’énergie totale consommée par un datacentre et l’énergie réelle consommée à la production informatique.

À titre d’exemple, les meilleurs datacenters de nos amis d’Online sont aux environs de 1,2, ceux de Facebook de 1,07. Globalement, cela veut dire que pour 1 MW de délivré aux machines, 200 kW sont perdus pour s’assurer que les machines vont bien (dans le cas d’Online).

Pour atteindre un PUE de 1, il n’y a pas de miracle, il a fallu s’affranchir de l’usage de l’air comme fluide caloriporteur. Dans la plupart des centres de données, l’air sert à refroidir les machines, mais il a deux vices. Un premier, sa température initiale est dépendante de l’énergie qu’il contient, énergie qui vient du soleil et donc de la période de l’année à laquelle on se trouve, et il faut donc dans certains cas le refroidir. Le second, il peut être chargé en humidité, ce que les ordinateurs détestent le plus.

On a donc basculé sur de l’huile de transformateur électrique et immergé l’électronique dedans. Si vous avez suivi l’histoire, ça a été rocambolesque : les huiles s’oxydant, il a fallu maîtriser cela. La stratégie adoptée a été de faire fonctionner la machine sous vide. On a donc retenu notre souffle et depuis fin octobre (soit 5 mois), on a un POD au dessus de notre tête sur le plateau de Saclay. Celui‐ci tourne et sert des pages Web (OK, pas un contenu avec un trafic de fou, l’équipe ayant refusé de laisser apparaître un carré de chair sur le site ;)).

Toutefois, et comme vous le savez, nous avions des problèmes de fuites (pas d’huile mais d’air qui veut absolument rentrer). Sur ces cinq derniers mois, on n’a pas eu besoin de donner un coup de pompe, pas un seul (la pompe sert à faire le vide) ! On est resté sous la barre fatidique des -50 (-100 étant le vide parfait) et l’on est plutôt content de partager cela avec vous.

Courbe de pression en fonction du temps dans un POD

Qu’est‐ce que cela veut dire concrètement ? Tout simplement que la machine a tourné avec un PUE de 1. Pas besoin d’énergie pour la ventiler ou la conserver dans un état stable d’un point de vue humidité. Le tout au travers d’un projet ouvert et public, là ou nos chers hébergeurs nationaux essaient en interne de rattraper Facebook et consorts.

Je peux sembler être un peu lourdingue sur le sujet, simplement parce que les moyens financiers dont le projet dispose sont infiniment plus petit que n’importe quel autre projet, et que cela devient d’ailleurs une sacre épine dans le pied. Pour que le POD progresse, il nous faut maintenant trouver un partenaire ou un mécène susceptible d’aider Horizon (qui est actuellement le seul fabricant de POD) et la communauté autour, à franchir une étape qui consiste à déployer des POD en mode « datacenter » : en clair, interconnectés entres eux et idéalement avec des énergies renouvelables, typiquement du solaire ou de l’éolien.

On a besoin d’en mettre seize voire quarante‐huit sur un seul site et valider que tout se passe bien. Notre approche consiste maintenant à créer un circuit de vide comme dans les hôpitaux, qui activera les pompes uniquement en cas de besoin et probablement tous les six mois durant une période très courte (environ deux minutes max), soit atteindre un PUE de 1,0001.

Fabriquer seize POD coûte environ 180 000 US$, il reste des prototypes, et à l’échelle d’Horizon et de la communauté derrière ce projet c’est quasi impossible, même si l’on y travaille dur. On a bien essayé il y a quelque temps le financement participatif, mais les plates‐formes ne sont pas adaptées. Alors, si parmi vous il y a des pionniers des datacenters qui ont envie d’essayer ce type de technologie, on est prêt. Mais on a aussi conscience que les coûts sont non négligeables, ce qui nous amène à réfléchir sur les modèles économiques de l’Open Hardware qui sont complexes à mettre en œuvre. On a bien quelques idées, mais elles feront partie d’un prochain journal.

Dans tous les cas, je suis extrêmement fier du résultat et d’avoir collaboré avec autant d’équipes différentes (dont celles de FreeCAD et KiCAD) sur ce projet.

Pour finir, une courbe de température sur une des lames du POD cet hiver (chargée à fond, sauf en décembre) : Courbe de température système du serveur Blade 2 entre novembre 2016 et mars 2017

  • # Du vide ?

    Posté par (page perso) . Évalué à 1.

    Salut,
    je me posais une question: pourquoi mettre le système sous vide et pas sous pression d'azote ? Par exemple, le dégazer sous vide et ensuite le re-remplir d'azote…

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