Journal Robespierre et la loi sur le renseignement

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36
20
mai
2015

Cher journal,

Au détour d'un roman de Fred Vargas, je suis tombé sur cette citation:

Robespierre, dans son discours du 31 Mars 1794, met en garde ceux qui redoutent les fameuses « lois terribles », dont il défend la sagesse :

“Je dis que quiconque tremble en ce moment est coupable, car jamais l’innocence ne redoute la surveillance publique“.

J'ai été frappé par la proximité de pensée, à travers les siècles, avec ceux qui nous serinent que, si vous n'avez rien à cacher alors vous n'avez rien à craindre de la loi sur le renseignement, Loi actuellement en navette entre l'Assemblée Nationale et le Sénat.

La terreur est aussi un mode de gouvernement et les terroristes étaient, il y a peine plus de deux siècles les agents de cette politique. Deux siècles ce n'est rien dans l'histoire des idées.

Voilà, cher journal, ma pensée triste du jour.

  • # Je ne sais pas si il craignait les lois terribles ou pas.

    Posté par . Évalué à 10.

    Mais il a été décapité quand même.

    • [^] # Re: Je ne sais pas si il craignait les lois terribles ou pas.

      Posté par . Évalué à 4.

      Comme quoi, parfois, le mal engendre le remède.

    • [^] # Re: Je ne sais pas si il craignait les lois terribles ou pas.

      Posté par (page perso) . Évalué à 7.

      Les parallèles historiques sont un exercice délicat, les citations sont naturellement tronquées, je ne voulais pas faire le procès de Robespierre et d'ailleurs à ce titre je rajoute deux citations qui nuancent l'idée que l'on se fait généralement du personnage:

      S'il est des insurrections justes et généreuses, celle où le peuple repousse la force par la force est sans contredit de ce nombre, et si vous condamniez son énergie en de pareilles circonstances, vous seriez ses premiers oppresseurs.

      La loi est-elle l'expression de la volonté générale lorsque le plus grand nombre de ceux pour qui elle est faite ne peuvent concourir, en aucune manière, à sa formation ? Non.

      Il n'empêche que la proximité de pensée que j'ai relevé dans mon journal est, à mon sens, l'indice fort de la dangerosité de la loi sur le renseignement.

      • [^] # Re: Je ne sais pas si il craignait les lois terribles ou pas.

        Posté par . Évalué à 3.

        Je vais faire le tatillon. Pourquoi utiliser un terme ayant surgi à l'origine dans le vocabulaire de la fine fleur de l'intelligentsia française, les journalistes sportifs, dangerosité, au lieu du terme original, plus court et plus énergique, de danger ?

        • [^] # Re: Je ne sais pas si il craignait les lois terribles ou pas.

          Posté par (page perso) . Évalué à 10.

          Dangerosité est un terme à forte connotation juridique que l'on trouve dans des textes du XIX ème siècle, avant qu'il ne vienne polluer le langage châtié des journalistes sportifs.

          Danger et dangerosité ne sont pas synonymes, mais j'aurais pu utiliser nocivité. Bon je l'avoue je suis juriste et ce vocabulaire, digne d'un journaliste sportif je le concède m'est assez naturel.

      • [^] # Re: Je ne sais pas si il craignait les lois terribles ou pas.

        Posté par . Évalué à 9.

        Il n'empêche que la proximité de pensée que j'ai relevé dans mon journal est, à mon sens, l'indice fort de la dangerosité de la loi sur le renseignement.

        Blague à part, pas complètement. Il faut bien faire la différence entre une procédure "terrible" lors du jugement qui était ce que prônait Robespierre, et une surveillance généralisée en dehors de toute procédure ou cadre juridique.

        Bien qu'il y ait fondamentalement une similitude, dans le sens ou la loi peut facilement être abusée et être utilisée comme arme - le contexte et le fonctionnement sont très différents.

        Les opposants aux lois terribles de Robespierre pouvaient légitimement craindre les "coups montés" et donc un régime d’exécutions sommaires (et historiquement on ne peut pas dire que leurs inquiétudes étaient dénuées de tout fondement).

        En ce qui concerne les lois sur le renseignement, elles donnent un outil de pression fort de la part des collecteurs de renseignements sur le citoyen lambda. Cet outil pouvant assez facilement être utilisé de façon anti-démocratique.

        Il est très facile de faire peut à une personne quand on connait l'adresse de l'école de ses enfants. Il est très simple de harceler ou de faire harceler une personne si son numéro de téléphone ou son mail sont publics. Il est très simple de faire éclater un groupe d'importance quand on connait le vécu de chacun de ses membres, et donc les choses que chaque membre aime ou déteste etc.

        C'est pourquoi les libertés individuelles ne sont pas un jouet, mais le garant principal de la démocratie. La vie privée permet la pensée critique libre - qui a son tour permet la démocratie.

        • [^] # Re: Je ne sais pas si il craignait les lois terribles ou pas.

          Posté par (page perso) . Évalué à 6.

          Comparaison n'est pas raison, je te le concède sans difficulté.
          Mais il est curieux de voir les mêmes arguments développés dans des contextes différents mais avec, en outre, le même objectif de favoriser des textes liberticides au nom de l'intérêt général.
          Le deuxième point que je voulais souligner c'est l'évolution du concept de terrorisme depuis une politique autoritaire et sanguinaire au main d'un État jusqu'à une arme insurrectionnelle. Les situations ne sont donc pas comparables sauf que dans les deux cas le même raisonnement ressurgit alors que dans le premier Robespierre justifie la terreur et que dans le second le gouvernement prétend combattre le terrorisme.

  • # Ou pas

    Posté par (page perso) . Évalué à 10.

    Sauf que c'est l'inverse quand on lit le discours complet. Ceux qui doivent trembler ce sont les membres de la Convention qui redouteraient la surveillance des citoyens.

    Extrait (http://munseys.com/diskeight/maxf.htm) :

    Citoyens, c'est ici le moment de dire la vérité. Je ne reconnais à tout ce qu'on a dit que le présage sinistre de la ruine de liberté et de la décadence des principes. Quels sont en effet ces hommes qui sacrifient à des liaisons personnelles, à la crainte peut-être, les intérêts de la patrie? qui, au moment où l'égalité triomphe, osent tenter de l'anéantir dans cette enceinte? On veut vous faire craindre les abus du pouvoir, de ce pouvoir national que vous avez exercé, et qui ne réside pas dans quelques hommes seulement. Qu'avez-vous fait que vous n'ayez fait librement, qui n'ait sauvé la république, qui n'ait été approuvé par la France entière? On veut nous faire craindre que le peuple périsse victime des comités qui ont obtenu la confiance publique, qui sont émanés de la Convention nationale, et qu'on veut en séparer; car tout ceux qui défendent sa dignité sont voués à la calomnie. On craint que les détenus ne soient opprimés; on se défie donc de la justice nationale, des hommes qui ont obtenu la confiance de la Convention nationale: on se défie de la Convention qui leur a donné cette confiance, de l'opinion publique qui l'a sanctionnée. Je dis que quiconque tremble en ce moment est coupable; car jamais l'innocence ne redoute la surveillance publique.

    • [^] # Re: Ou pas

      Posté par (page perso) . Évalué à 6.

      Ouais, encore une phrase sortie de son contexte et une transposition du sens des mots. D'autant qu'il parle de surveillance publique et non d'une surveillance du pouvoir.

      • [^] # Re: Ou pas

        Posté par (page perso) . Évalué à 5.

        Merci pour la citation complète, que je ne connaissais pas, comme je l'indiquais dans mon journal je n'avais qu'une citation extraite d'un roman de Fred Vargas, au demeurant excellent : Temps Glaciaires.
        Mais je ne vois pas vraiment le contresens, car si ce n'est pas le peuple qui est menacé mais l'Assemblée, l'idée est toujours la même celle de la crainte de la transparence totale qui serait aveu de culpabilité.
        Or c'est justement cette transparence contre laquelle nous sommes nombreux à nous élever au nom du respect à la vie privée.

        • [^] # Re: Ou pas

          Posté par . Évalué à 7.

          La « surveillance publique » ne veut pas forcément dire fouiller dans la vie privée des gens. Dans le cas des parlementaires, cela peut vouloir dire que les citoyens veillent à leurs actes et à leurs discours en politique, mais aussi leurs éventuels conflits d'intérêt, etc.

          • [^] # Re: Ou pas

            Posté par (page perso) . Évalué à 2.

            Là je pense que tu transposes des valeurs contemporaines, à l'époque lorsque les parlementaires tremblaient ils risquaient leurs têtes.

            • [^] # Re: Ou pas

              Posté par . Évalué à 5.

              Je ne vois pas le rapport. Tu parles de "transparence totale", je réponds que le terme "surveillance publique" n'implique pas cela.

              Qu'ils risquassent leurs têtes importe peu ici : la question est ce qui leur faisait risquer leurs têtes.

    • [^] # Re: Ou pas

      Posté par . Évalué à 6.

      +1

      Ça me saoule ce Robespierre-bashing…

      Please do not feed the trolls

      • [^] # Re: Ou pas

        Posté par (page perso) . Évalué à 1.

        Puisque nous sommes vendredi, quelqu'un est-il partant pour un troll pour ou contre Robespierre?

    • [^] # Re: Ou pas

      Posté par . Évalué à 0.

      Pas trop d'accord : le principe sous-jacent derrière est similaire, pire, c'est vraiment une justification du totalitarisme, de l'autoritarisme justifié par l'idée de république omniprésente, omnisciente :

      "On veut vous faire craindre les abus du pouvoir, de ce pouvoir national que vous avez exercé, et qui ne réside pas dans quelques hommes seulement."

      => la dictature et les abus de la part du pouvoir sont justifiés, car ce n'est pas une oligarchie qui l'exerce, mais le "peuple" (c'est à dire ses représentants, c'est à dire… un groupe restreint d'individus, mis en place avec sans doute autant de démocratie que dans l'ancienne URSS)

      "car jamais l'innocence ne redoute la surveillance publique."

      encore une fois, surveillance laissée aux "représentants du peuple", bref, de la police politique. Ce discours, de mars 1794, s'est tenu pendant la Terreur, époque d'arbitraire, d'exécutions sommaires (pour "sauvegarder la république"), voir que l'on peut relativiser cela ça fait froid dans le dos….

      La révolution française, un régime dictatorial et policier comme un autre…

  • # Pourquoi parler de siècles

    Posté par (page perso) . Évalué à 10.

    Quand je vois ce qu'edgar hoover a pu faire il y a quelques années, avec de simples fiches de papier.
    Je n'ose même pas penser à nos chers fonctionnaires de la future stasi-francaise.
    Et nos crétins de politiques qui se croient en sécurité derrière leurs pauvre statut d’élus carriériste. Même chose pour nos présentateurs de journaux télévisé vendeur de fromages et vacances.

    Tout le monde a un cerveau. Mais peu de gens le savent.

    • [^] # Re: Pourquoi parler de siècles

      Posté par . Évalué à 2.

      Et nos crétins de politiques qui se croient en sécurité

      Mon souhait le plus intense ces derniers temps, est que ce soient ces saletés de parasites qui se mangent le bâton les premiers. Malheureusement, je n'ai pas vraiment d'espoir de ce côté: ce sont eux qui manient le bâton, pas nous.

  • # Il en a de la chance Ro

    Posté par (page perso) . Évalué à 7.

    Un petit livre intéressant sur le sujet: Robespierre, la probité révoltante, Cécile Obligi.

    http://devnewton.bci.im

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