jym a écrit 1 commentaire

  • # Du train de sénateurs des autres OS libres, et de la mauvaise foi des libristes

    Posté par . En réponse au journal GNOME seulement compatible avec Linux ?. Évalué à 10.

    Nous arrivons ici au coeur de la controverse. Le noeud du problème c'est que le rythme d'évolution du noyau Linux est extrêmement rapide et n'a plus rien à voir avec le train de sénateur des autres systèmes d'exploitations libres.

    Je me contente de lire dlfp plutôt que d'y participer, pour diverses raisons, le manque de temps en étant la principale. Mais il y a des réflexions qui poussent parfois à remettre en cause ce choix, et celle-ci en est une.

    Ce message s'adresse d'abord à toi, mais aussi à la grande partie des libristes pingouinistes qu'il m'arrive de lire sur ce site.

    Il faudrait un jour que vous arriviez à vous faire à l'idée que comparer "Linux" à "BSD", c'est comparer des choux et des carottes. D'un, parce qu'il y a des différences fondamentales en terme de système, de communauté, de manière de travailler, deux, parce que les objectifs suivis par chacun diffèrent.

    Puisqu'on parle de train de sénateurs des autres systèmes d'exploitation libres, contre argumentons donc un peu.

    • d'un point de vue API: prenons l'exemple de kqueue/kevent, qui n'avait aucun équivalent sous Linux (et qui peine encore aujourd'hui à fournir des APIs similaires, sans être aussi broken que epoll()...). Linux a décidé de réinventer la roue à sa sauce. Heureusement que la libevent() est passée par là. Je me demande ce qu'il serait arrivé si on avait forcé tout le monde a exploiter les API kevent directement?

    • parlons des repompages de code BSD qui repartent subrepticement dans Linux, avec la facheuse tendance à oublier d'où ils viennent (tiens... les drivers Wifi de Damien Bergamini... oh, radiotap...). Forcément, heureusement (?) pour Linux, la mutualisation des efforts ne va pas dans l'autre sens. Evidemment, c'est la faute aux BSD parce qu'ils n'ont pas pris la bonne licence. Euh. Voyons voir. Peut être parce que Linux ne fait pas l'effort du dual licensing. Ah oui, suis-je bête. On se demande qui a raison.

    • dans la même veine, je passe sur les annonces bubuntuesque qui parle du premier système avec un X déprivilégié. J'invite certains à se renseigner sur ce que fait OpenBSD depuis... longtemps.

    Arrêtons là: chacun avance à son rythme, avec ses objectifs. Linux est loin d'avoir un rump à la NetBSD, les containers manquent de fonctionnalités que les jails et les zones ont depuis des années (pile réseau virtualisée, voire migration à chaud). Et pour profiter de ces fonctionnalités, faut déjà commencer par récupérer le patch qui traine sur un site X et recompiler le kernel. Bon. On se demande ce qu'est Linux au final, celui qui est packagé Redhat ou bien le fait maison par un hobbyiste ou une entreprise quelconque.

    La ou la communauté Linux a toujours voulu s'imposer, et n'y est jamais arrivé depuis 10 ans, c'est sur le marché du desktop, bien controlé par quelques acteurs. Comble de tout cela, le seul "OS Linux" (tellement modifié avec un userland "tout sauf GPL" qu'on se demande si c'est encore Linux) qui s'est démocratisé avec fulgurance n'utilisera pas systemd avant très longtemps (jamais?): Android. S'il fallait compter en volume, je voudrais bien comparer le nombre de variantes d'OpenSSH dans le monde avec les variantes Linux, tiens.

    Les BSD (du moins ceux que je connais bien, Net et Open) ont toujours souhaité faire les choses proprement et de la meilleure façon possible, et que ce travail puisse être réutilisé par d'autres sans contrainte (qui parlait de "liberté d'innovation"?). Le monde réel fait que ca n'est toujours pas possible; on s'y attache. Et tant pis si la dernière feature n'y est pas, parce que considérée comme bizarre, mal pensée, ou inutile/redondante.

    L'attitude puante des nombrilistes pensant que leur idée est la bonne et que le monde entier devrait se mettre au pas est assez préoccupante. Il m'est arrivé de lire ici qu'il était question avant tout de choix libre, non contraint, avec l'interopérabilité comme toile de fond. Vous savez, celle qui vous fait régulièrement cracher sur Microsoft ou Apple. Propos que je trouve subitement hypocrites.

    Si ca amuse la communauté Linux de reproduire un glibc/eglibc like, ou un fork GCC, libre à elle. C'est plus embêtant quand ca commence à polluer l'environnement FLOSS à cause de la grande gueule d'un seul, avec le soutien derrière de sa boite, qui a tout intérêt à dire que les autres systèmes libres sont à la traine, vu que ce sont ses concurrents directs (sans blague? Ben oui.)

    Tenez vous le pour dit, on n'obtient pas tout le temps de bons résultats en forçant la main aux gens.

    -- jym@NetBSD