Journal de la destruction de l'éducation nationale en France...

Posté par (page perso) .
Tags : aucun
0
8
avr.
2008
... à la disparition des logiciels libres.

Depuis quelques temps je lis avec un certain plaisir mêlé d'effroi les billets postés sur agoravox et retransmis par yahoo d'un certains Paul Villach ( http://www.agoravox.fr/auteur.php3?id_auteur=4929 ). Tous ces billets semblent mettre en lumière une sorte de conspiration visant à mettre fin à l'éducation nationale. Un peu dur à croire. En effet. Cependant un certains nombre de faits semblent là, aux vus et aux sus de tous dans les médias. Et l'analyse de monsieur Villach quoiqu'un peu extrême reste tout de même fort intéressante (pour en discuter se référer à quelques exemples d'articles : http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=36092
http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=38026
http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=38349
http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=38348 ).

Et quel rapport avec le logiciel libre me direz-vous ?
Malheureusement j'ai beaucoup moins d'éloquence que l'auteur dont je vous parle mais voici ce que je pressens pour le futur. Souvent l'on se dit, le logiciel libre est un mouvement de fond et petit à petit il finira par gagner. Effectivement ses qualités extrinsèques sont telles qu'il ne peut que se développer et conquérir le monde. Après tout n'est ce pas le logiciel libre qui redonne sa vraie valeur à une certaine forme de travail ? Qui en tous cas ne peut être valorisé qu'au travers du travail (ce que tout homme peut produire) et de la connaissance (ce que l'on peut donner à tout homme sans s'appauvrir) ? Le logiciel libre vu en tant que bien ultime en quelque sorte et qui ne peut que triompher d'un mal terrible qui cherche à créer de la rareté la où il n'y en a pas. À accaparer même ce qui est le plus intime à l'homme c'est-à-dire les idées, la pensée, l'expression. Des acquis qui n'avaient plus été remis en question aussi ouvertement et cruellement en France depuis bien des années avant l'explosion de l'informatique ; mais qui sont aussi quelques peu chahuter un peu partout dans le monde ces derniers temps. En somme on se laisse parfois aller à rêver que le logiciel libre continue à se développer à travers le monde, entraînant une remise en cause de quelques monopôles et coutûmes néfastes auxquelles le monde s'est habitué depuis trop longtemps. Eh oui, le LL (et une conception saine de la propriété intellectuelle qui l'accompagne) doit finir par vaincre inéluctablement car tout ce dont il se nourrit c'est du temps des hommes de bonne volonté...

Mais justement c'est là que le bat blesse. Qui peu contribuer au développement des LL ? Des gens ayant en général un minimum de bonne volonté et d'altruisme allant de paire avec une connaissance au moins sommaire de l'informatique. Il faut aussi que ces gens là disposent de suffisamment de loisirs. Eh bien en réduisant la qualité de l'éducation nationale en France n'est ce pas de manière directe une atteinte au vivier futur des développeurs du logiciel libre que l'on commet ? Vous me direz, "qu'importe un autre système formera les gens" comme aux états-unis où ils sont formés par un système entièrement privé. Cet argument ne me paraît guère solide :
1) Les étudiants qui sortent des systèmes privés doivent rembourser des dettes exorbitantes. Ils ont généralement peu de temps à consacrer à des loisirs très gourmand en temps.
2) "Ils peuvent travailler pour de grandes compagnies tel qu'IBM qui développent le LL." Sans vouloir paraître défaitiste, j'ai l'impression qu'une très large majorité de compagnies utilise et développe les LL par opportunisme et qu'en tous cas elle ne le ferait plus si elle pouvaient gagner plus avec un modèle propriétaire. Ce qui seraient inéluctablement le cas à long terme si de moins en moins de gens peuvent dédier efficacement de leur temps aux LL.
Du coup, à plus ou moins longue échéance, on pourrait s'attendre à ce que le monde "propriétaire" renforce son hégémonie. Voir même que le logiciel libre disparaisse totalement. "Impossible : GPL" me dira t-on ? Eh bien, il suffit de lire les articles de Villach sur l'éducation nationale pour voir que Justice, pouvoir exécutif et administration peuvent facilement venir à bout du droit même le plus juste et le plus fondé. J'en déduis que la GPL et tous les gpl-violations.org ne feront absolument pas le poids si les LL ne deviennent pas aussi prépondérant que M$ ne l'est actuellement.

Du raisonnement précédant à voir un plan réfléchis pour éradiquer les logiciels libres en détruisant l'éducation il y a un fossé gigantesque. Je vois plutôt dans ces faits un malheureux concours de circonstances qui risque de bien nuire à l'humanité.
En résumé voilà comment je vois la fin peu glorieuse du LL en France et plus généralement partout dans le monde où les peuples et leurs cultures sont mis en danger par des mécanismes qui les dépassent eux et leurs institutions.
  • # pas tout à fait d'accord

    Posté par (page perso) . Évalué à 4.

    >>>Effectivement ses qualités extrinsèques sont telles qu'il ne peut que se développer et conquérir le monde

    Je crains que le coût nul d'un logiciel libre soit le point le plus important pour de nombreuses personnes (par opposition au coût des licences de nombreux logiciels).

    Multitasking — The art of doing twice as much as you should half as well as you could.

    • [^] # Re: pas tout à fait d'accord

      Posté par . Évalué à 6.

      Sauf qu'il faut avoir une vision bien réductrice de la notion de coût pour croire que le logiciel libre est complètement "gratuit", dans tous les sens du terme.

      Il est certes d'un coût monétaire négligeable à l'acquisition, dans bien des cas. Dans d'autres domaines, il est très loin d'être gratuit face à la concurrence. Prétendre le contraire n'est que se voiler la face.

      Ce coût monétaire négligeable courant peut et doit servir d'attraction, pour faire découvrir les vrais intérêts du LL. Mais quelqu'un pour qui cela reste simplement comme le seul critère avantageux du LL risque vite de se rendre compte qu'il se fait malheureusement exploser dans d'autres domaines, et s'il n'a pas compris l'intérêt intrinsèque du LL, n'ayant rien d'autre à opposer à ses inconvénients (hormis le coût monétaire, mais qui dans le contexte n'aura plus la même valeur à ses yeux), il s'en retournera malheureusement vers ses horizons initiaux, plus obscures.

      Bref ces personnes qui, pour un temps, voient le LL comme intéressant car ne leur faisant pas débourser d'argent dans une situation donnée risquent fort de ne pas constituer un vivier fiable de défenseurs et contributeurs du LL à long terme. Ils risquent d'être beaucoup trop sensibles à la propagande des opposants extrémistes au LL.

      Si l'on veut que le logiciel libre perdure, il faut leur faire découvrir les autres avantages ; comprendre que les biens immatériels sont non-rivaux - par le porte-monnaie ! - est certes un début, mais il ne faut surtout pas s'arrêter là. La prise de conscience de tous les aspects philosophiques et économiques des logiciels libres est, je crois, la seule façon de les convertir durablement.
      • [^] # Re: pas tout à fait d'accord

        Posté par (page perso) . Évalué à 7.

        >>> Sauf qu'il faut avoir une vision bien réductrice de la notion de coût pour croire que le logiciel libre est complètement "gratuit", dans tous les sens du terme.

        >>>Il est certes d'un coût monétaire négligeable à l'acquisition

        Oui, mais quand tu vois la facture des logiciels divers que paient pas mal de boîtes (licences Oracle, Sap pour citer les deux premiers qui me viennent à l'esprit), tu comprends que les DSI préfèrent un soft "gratuit" à un soft nettement payant.

        Une exemple récent, dans une boîte moyenne (autour de 1 000 personnes), mise en place de SAP, licence pour 6 mois (juste la licence, pas la prestation des bonhommes chargés de paramétrer SAP, pas les bécanes supplémentaires), 595 000 Euros.
        Avec 1 190 000 Euros/an, je parie que je finance des développements...

        Je crois que le principal frein à l'utilisation des logiciels libres est le support: le DSI peut toujours dire au Pdg, suite à un plantage, qu'il a engueulé Microsoft/ Oracle / Sun / Hp...
        Par contre, dire qu'il a gueulé sur la mailing-list...

        Multitasking — The art of doing twice as much as you should half as well as you could.

        • [^] # Re: pas tout à fait d'accord

          Posté par . Évalué à 3.

          e DSI peut toujours dire au Pdg, suite à un plantage, qu'il a engueulé Microsoft/ Oracle / Sun / Hp...
          Par contre, dire qu'il a gueulé sur la mailing-list...

          Il peut dire qu'il a engeulé les admins système, les developpeurs internes, la SSLL, ...
  • # Verre à moitié vide ou plein

    Posté par (page perso) . Évalué à 10.

    Pour ce qui est du devenir de l'école dans son ensemble, il est évident que la situation est complexe et fragile.

    Quant aux logiciels libres à l'école, il y a de nombreux freins et résistances mais il y a aussi des belles avancées.

    C'est ce que je tente de raconter au quotidien sur le blog de Framasoft justement (désolé pour la batterie du liens mais cela me semble justifier ici).

    Verre à moitié vide :

    - Passer à Windows Vista et MS Office 2007 coûterait 150 millions d'euros à l'éducation
    http://framablog.org/index.php/post/2008/03/26/150-millions-(...)

    - MyBytes ou comment Microsoft éduque nos enfants à respecter (sa définition de) la propriété intellectuelle
    http://framablog.org/index.php/post/2008/03/07/mybytes-micro(...)

    - Réponse à Thierry de Vulpillières de Microsoft France Education
    http://framablog.org/index.php/post/2008/03/04/reponse-a-mic(...)

    - Mon ministère me désespère... ou le fabuleux non destin du logiciel libre à l'école française
    http://framablog.org/index.php/post/2008/01/31/Mon-Ministere(...)

    Verre à moitié plein :

    - Mission E-educ - Forte mobilisation en faveur du logiciel libre à l'école
    http://framablog.org/index.php/post/2008/03/09/mission-e-edu(...)

    - Les licences Creative Commons expliquées aux élèves
    http://framablog.org/index.php/post/2008/03/11/education-b2i(...)

    - Troisième manuel libre de mathématiques de Sésamath
    http://framablog.org/index.php/post/2008/03/25/mathematiques(...)

    - Les élèves de Genève sous Linux à la rentrée prochaine
    http://framablog.org/index.php/post/2008/04/02/ecole-geneve-(...)

    - Entretien avec un lycéen
    http://framablog.org/index.php/post/2008/04/02/entretien-ave(...)

    Lycéen que je suis allé cherché sur... LinuxFr ;-)
  • # conspiration ?

    Posté par . Évalué à 4.

    Salut,
    je n'ai pas eu le temps de lire en détail les articles juste les survoler mais peux tu me dire où est-ce que tu vois de la conspiration dedans ?

    J'ai l'impression que depuis le bouquin de Meyssan sur les attentats de 2001, dès que quelqu'un parle d'action programmée ou de convergence d'intérêts, on lui tombe dessus aux cris de «théorie du complot !».
    • [^] # Re: conspiration ?

      Posté par (page perso) . Évalué à 2.

      Je n'y vois pas forcément de la "conspiration". En fait j'utilise ce mot juste dans le but d'éviter un troll sur le grand débat "incompétence des politiciens ou plan délibéré de destruction". Mon humble avis et qu'une minorité souhaite vraiment détruire les services publiques et que les autres se laissent peut-être manipuler un peu trop facilement. Par ailleurs, dans la mesure ou les conseillers (vous savez, ces fonctionnaires les mieux payer d'europe et qui pronent à tour de bras la précarisation de l'emploi :-) des "destructeurs" s'expriment au grand jour, on peut difficilement parler de conspiration non ?

      « IRAFURORBREVISESTANIMUMREGEQUINISIPARETIMPERAT » — Odes — Horace

  • # S'enrichir gratuitement

    Posté par . Évalué à 2.

    la connaissance (ce que l'on peut donner à tout homme sans s'appauvrir)

    La connaissance tout comme l'amour est un des rares truc qui nous enrichit quand on le donne.

Suivre le flux des commentaires

Note : les commentaires appartiennent à ceux qui les ont postés. Nous n'en sommes pas responsables.