Conférence d'Andrew Morton au Linuxworld Expo

Posté par . Modéré par Benoît Sibaud.
0
8
août
2007
Noyau
Lors de la conférence du Linuxworld Expo à San Francisco, Andrew Morton, une figure importante du noyau Linux a parlé pendant plus d'une heure sur celui-ci.

Il est passé dans les premiers jours car la direction de Linuxworld Expo, entendant certaines critiques sur l'aspect de plus en plus commercial de l'évènement, a décidé de mettre le paquet sur les conférences techniques.

Andrew Morton a demandé à ce qu'il y ait plus de tests et a expliqué le changement du mode de développement du noyau. Celui devient plus un produit à maintenir qu'à améliorer. Il a expliqué pourquoi il y a de moins en moins de chances de voir apparaître un fork et a exposé la meilleure manière de tester le noyau. Pour terminer, il a brièvement parlé du futur et de la GPLv3.

L'article qui suit est une traduction libre un peu résumée. L'article original a été écrit par Joe Zonker Brockmeier pour linux.com le 7 août dernier. Le mode de développement du noyau
Andrew Morton demande plus de test car le noyau, c'est surtout de la maintenance. Maintenant il y a beaucoup moins de choses à ajouter qu'auparavant. Le gros du travail est de corriger les bugs, nettoyer le code, améliorer les performances pour faciliter la maintenance.

L'ajout de nouvelles fonctionnalité reste néanmoins une tendance forte et en particulier au niveau serveur, desktop et embarqué.

La vie du noyau
Par exemple, l'année derniere, trois architectures ont été ajoutées, toutes dans l'embarqué. Andrew nous explique que bien que la majorité des périphériques vidéos (lecteur DVD, TNT) utilisent Linux, la communauté de l'embarqué est paradoxalement sous représentée dans le noyau.

En effet, pour l'embarqué, il y a peu de bénéfices à maintenir le code car une fois le noyau installé dans le périphérique, il est rarement mis à jour.

Enfin les développeurs de l'embarqué sont un peu écartés par les développeurs « standard » par crainte de devoir utiliser les technologies embarquées dans le noyau principal.

L'idée du fork s'éloigne de plus en plus
Un fork du noyau Linux est maintenant de plus en plus improbable pour des raisons pratiques. Le noyau est tellement lourd à maintenir qu'il faudrait une grosse équipe pour le faire avancer. Aucune entreprise n'est intéressée par ça.
La solution couramment adoptée pour faire son propre noyau est alors de maintenir une série de patchs qui suit la branche vanilla (la branche pure du noyau), ce qui évite un fork.

Andrew Morton conclue en disant : « Je ne veux plus lire [que le noyau est en train d'être forké] dans la presse une fois encore, merci. ».

Sur le test
Andrew encourage les utilisateurs à tester le noyau bien qu'il reconnaisse que c'est une tâche fastidieuse et peu gratifiante. Il recommande de ne tester que la branche de Linus Torvalds et pas des branches spécifiques comme celles des distributions.

Même si vous n'avez pas trop d'aptitude, il est tout de même préférable qu'un millier de personnes testent le noyau sur tout le matériel dont ils disposent juste en vérifiant si le matériel fonctionne plutôt que d'avoir un seul utilisateur qui fait des tonnes de tests.

L'une des choses les plus difficiles est de reproduire les bugs. Si on en trouve un, il est impératif de le reporter en suivant la procédure car une fois qu'un bug est reproductible, on peut le considérer comme corrigé.

Le noyau comporte un grand nombre de testeurs dans sa branche développement, chose que même une entreprise commerciale ne peut se targuer de faire. Lorsqu'un produit commercial est lancé et que les utilisateurs peuvent le tester, il est en fait déjà trop tard.

Le futur
Bien sûr, tout le monde veut connaître la roadmap. Mais, nous dit Andrew, il n'y en a pas, et il n'y en aura jamais car personne ne peut prédire ce que les utilisateurs vont ajouter. Néanmoins on observe des tendances fortes : virtualisation, containerisation, gestion de ressources, consolidation de serveur, bref tout ce qui touche de près ou de loin à la virtualisation ou ses corollaires.

Il dit aussi que le projet OpenVZ avance lentement mais sûrement et est progressivement en train d'entrer dans le noyau.

NDT : OpenVZ est un serveur de virtualisation opensource basé sur le noyau Linux.

La GPLv3
L'un des membre du public a posé une question sur le passage à la GPLv3. D'après A. Morton, il appartient plus à Linus Torvalds et à d'autres de répondre à cette question très polémique. Ce qu'il peut en dire, c'est que malgré certains gros avantages apportés par un passage en version 3, notamment à cause de problèmes de licences ne pouvant être résolus avec la GPLv2, le noyau ne changera pas de licence, du moins dans un futur proche.

Le mot de la fin
Enfin si vous n'êtes pas un hacker noyau ou une grosse entreprise avec plein d'argent capable d'engager des développeurs, comment ajouter de nouvelles fonctionnalités au noyau ?

Andrew Morton répond à ceci que bien qu'il n'y ai aucune garantie, les utilisateurs devraient demander quand même aux développeurs ce dont ils ont besoin. En outre vous aurez plus de chances en demandant une fonctionnalité et en attendant une solution des développeurs que de demander à ce que Linux ressemble à un autre OS. Ceci a été dit suite à des utilisateurs demandant une gestion des droits de Linux à la Novell.
  • # Merci

    Posté par (page perso) . Évalué à 10.

    Merci pour cette dépêche et la traduction de l'article
    • [^] # Re: Merci

      Posté par . Évalué à 10.

      ça fait plaisir que j'ai pas passé des heures pour rien ! :-))
      • [^] # Re: Merci

        Posté par . Évalué à 5.

        Merci pour ton article.

        Très intéressant et agréable à lire.
        Ça manque un peu de trolls, mais je n'ai pas d'idée... Ohé, y'a quelqu'un ?
        • [^] # Re: Merci

          Posté par . Évalué à 2.

          Mouhahaha une gestion de droit à la Novell. Non mais n'importe quoi.
          • [^] # Bon, je me sacrifie

            Posté par . Évalué à 0.

            Ben oui, gestion des droits d'auteur à la Novell... En même temps, on est en train de parler de quelqu'un qui arrive à trouver des avantages à la GPLv3 là, pas étonnant qu'il sorte des trucs bizarres. M'est avis que les barbus fument de la barbe, et qu'il a testé celle de RMS, ce qui explique ses paroles insensées (genre "gros avantages apportés par un passage en version 3". Vraiment, c'est d'la bonne ;p)
  • # Merci bien !

    Posté par (page perso) . Évalué à 1.

    "demandant une gestion des droits de Linux à la Novell."

    J'ai pas compris en lisant, j'ai lu la version anglaise, et j'aurai plutôt proposé :
    "demandant une gestion des droits des fichiers de Linux ressemblant à celle de Novell Netware."
  • # .

    Posté par . Évalué à 6.

    "Ceci a été dit suite à des utilisateurs demandant une gestion des droits de Linux à la Novell."

    Pardonnez mon ignorance, mais qu'a-t-elle de particulier, cette gestion des droits?
    • [^] # Re: .

      Posté par . Évalué à 1.

      Après une petite séance de googling je suis tombé là dessus : http://marc.perkel.com/archives/000713.html

      Netware also allows for fine grained permissions. I can say - I want these three users and these three groups to have this set of permissions and it works. I can add as many individual permission sets to any file or folder I want. Unix has no such control and it makes it difficult to restrict users for security reasons while giving them enough permissions to do useful work.


      Semblerait qu'il y ai d'autres différences plutôt subtiles comme une notion d'héritage des permissions (comme sur windows).
      • [^] # Re: .

        Posté par . Évalué à 2.

        Pour l'héritage je sais pas , mais en tout cas pour ce qu'il veut faire, les acl existent déja ...

        Comme andrew morton est un autre level que moi, je pense qu'il le sait déja. Donc c'est sans doute autre chose qu'il voulait faire, non?

        Alors oui ca dépend du fs ... mais tu ne foutra jamais des permissions sur fat32 de toute facon, donc ensuite.
        • [^] # Re: .

          Posté par . Évalué à 2.

          "mais tu ne foutra jamais des permissions sur fat32 de toute facon, donc ensuite."

          faux

          Il semblerait qu'il ait existé un moyen de mettre des permissions sur des partitions en fat sous linux, via un système de fichiers ajoutant une couche supplémentaire à fat, baptisé umsdos. les permissions étaient enregistrées dans des fichiers. ce truc a ensuite été supprimé du noyau.
          • [^] # Re: .

            Posté par . Évalué à 2.

            Pour quelle raison cela a-t-il été supprimé?
            • [^] # Re: .

              Posté par . Évalué à 1.

              D'après wikipédia "UMSDOS was removed from the Linux 2.6.11 kernel for lack of maintenance".

              À noter qu'ils ont oublié de mettre les pages de manuel à jour (man fs fait référence à umsdos comme étant toujours supporté).
  • # tous testeurs ?

    Posté par . Évalué à 7.

    Même si vous n'avez pas trop d'aptitude, il est tout de même préférable qu'un millier de personnes testent le noyau sur tout le matériel dont ils disposent juste en vérifiant si le matériel fonctionne plutôt que d'avoir un seul utilisateur qui fait des tonnes de tests.


    OK... mais comment on fait ?

    Je suis un utilisateur qui repose sur ce que lui fourni sa distribution. Je peux compiler et installer un kernel (en regardant un énième fois la doc pour être sur), mais après avoir booter, que faire ? Comment savoir qu'un bug est un bug (et un bug kernel qui plus est) ? où/comment reporter les bugs ?
    il n'existe pas un site genre kernel newbies pour utilisateurs, une sorte de site pour testeurs non developpeurs ?

    enfin voilà, plein de question que je me pose sur ce passage interessant de l'interview

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