Hadopi, Acte II : Vers l’économie de la connaissance

Posté par . Édité par Benoît Sibaud, Nils Ratusznik et Pierre Jarillon. Modéré par patrick_g.
Tags : aucun
46
27
juil.
2012
Culture

Le 16 juillet 2012, pendant le festival d’Avignon, le Think Tank Altaïr organisait une table ronde concernant l’acte II de l’exception culturelle, étaient notamment présents Bruno Lion (Président du Fonds pour la Création Musicale), Jean Noël Tronc (Directeur Général de la SACEM), Pierre Lescure (Chargé de piloter la mission de concertation sur l'Hadopi).

Cette table ronde a révélé l’unanimité des participants pour maintenir la riposte graduée afin de protéger contre toute « violation » le droit d’auteur.

La suite (dans de droit fil de Hadopi 1) en deuxième partie…

Parmi toutes les interventions, on retiendra, celle de Jean Noël Tronc, nouveau directeur de la SACEM, qui corrèle la protection des droits d’auteurs avec le développement des industries culturelles numériques. Son intervention acte la fin de l’industrie du disque et présente l’avenir des industries numériques culturelles sur lequel l’ensemble de la filière musicale semble s’être définitivement repositionnée.

Il montre également à quel point l’ensemble des pays d’Europe s’est désindustrialisé, en citant pour exemple la disparition des constructeurs européens d’ordinateurs et de téléphones portables.

Il affirme au final que les dernières grandes industries françaises, détentrices d’un million d’emplois, sont aussi culturelles, citant Universal et les studios de cinéma de Canal +. Induisant que les auteurs français, fers de lance de l’exception culturelle française, sont difficilement « délocalisables » .

On se rend compte que l’industrie du divertissement a parfaitement digéré la fin du disque, comprenant au final ses atouts dans cette économie de la connaissance où « la production de droit d’auteur » rapporte plus de bénéfices que des « objets manufacturés ».

Ainsi quand Jean Noël Tronc cite la fin des usines de production automobile, il fait indirectement allusion au fait que la détention de brevet automobile rapporte plus de bénéfice que la production de voiture.

Il est en phase avec cette privatisation de la connaissance concomitante de l’avènement des Technologies de l’Information et de la Communication ; où « Les structures productives » des pays industrialisés ont réorienté leur investissement du Capital Tangible (capital physique : structures, équipements, stocks, ressources naturelles, biens matériels) vers leur Capital intangible (information, connaissance, savoir-faire).

On comprend mieux la déclaration récente de Fleur Pellerin sur la neutralité du net qui favoriserait les entreprises US (cf article Numerama) plaidant pour un rapprochement de l’ARCEP et du CSA.

Étrange résonance avec l’intervention de Bruno Lion sur les menaces pesant sur l’exception culturelle française du fait de la non-possibilité d’imposer sur Internet des quotas comme sur les radios pour favoriser une écoute des auteurs français.

L’intervention de Jean Noël Tronc sur la non-performance des startups numériques françaises ne sont d’ailleurs pas neutres. Il vise à propager l’idée que les prochains projets numériques phares seront portés et soutenus directement par les industries du divertissement ; sous réserve d’une régulation affirmée protégeant le droit d’auteur et à terme nécessairement d’un filtrage assumé de l’internet privilégiant des médias sur d’autres.

Joli passage de relais entre l'ancien Directeur de la SACEM et le nouveau directeur de la SACEM où, dans une tribune du Monde « L'Europe a besoin de champions de la diffusion culturelle sur Internet », Bernard Miyet tient des propos presque similaires.

Dans ce contexte, on voit mal comment le droit privatif (brevets, droit d’auteur) visant à raréfier artificiellement « la connaissance », à travers des accords mondiaux comme l’ADPIC ne sera pas soutenu et amplifié par la France et l’union Européenne.

Les propositions de mécénat global ou de contributions créatives visant à contrer les absurdités de la loi HADOPI, semble bien dérisoire, face à la lutte mondiale contre les industries du divertissement.

Jérémie Nestel
Article sous licence Art Libre

  • # Aveux d'incompétence

    Posté par . Évalué à 10.

    En résumé, c'est un aveux d'incompétence. "Si dans un environnement de distribution neutre où chacun a les mêmes chances on est incapable de battre les ricains, changeons les régles pour qu'on puisse gagner."

    D'autant qu'ils ignorent toute la partie "culture populaire". Ou peut être que pour eux "culture populaire" rime avec "Hit parade" ou "Top 50"?

    • [^] # Re: Aveux d'incompétence

      Posté par (page perso) . Évalué à 5.

      Ou peut être que pour eux "culture populaire" rime avec "Hit parade" ou "Top 50"?

      Ou plutôt : pour eux, "culture populaire" ne rime pas avec "revenus", voire même rime avec "perte de revenus"

      J’espère que c'est faux, mais je ne pense pas.

  • # Quelques erreurs

    Posté par . Évalué à 4.

    « délocalisable » avec un s
    Guillemets à la française autour de « L'Europe a besoin de champions de la diffusion culturelle sur Internet. »
    Le patronyme de « Bernard Millet » s’orthographie « Miyet. »
    « tiens des propos presque similaire. » : « tiens » avec un t et « similaire » avec s aussi et le point délocalisé à la fin de la phrase. D'ailleurs si je peux me permettre, tout le paragraphe est à revoir, les virgules sont un peu posées au hasard, c'est dur à lire. Je pense que ce serait mieux ainsi :

    Joli passage de relais entre l'ancien Directeur de la SACEM Bernard Miyet et le Nouveau directeur de la SACEM : dans une tribune du Monde intitulée « L'Europe a besoin de champions de la diffusion culturelle sur Internet, » il tient des propos presque similaires.

    « des startups numérique française » avec un s à numérique et française.
    « l'ensemble des pays d’Europe s’est désindustrialisé » -> « se sont désindustrialisés »
    « et de téléphone portable » -> pluriel…
    « fer de lance » -> « ferS de lance »
    « ou « la production de droit d’auteur » rapporte plus de bénéfice » : « ou » avec un accent, bénéficeS.

    J'arrête là…

  • # Vendeurs de téléphone

    Posté par . Évalué à 10.

    Il montre également à quel point l’ensemble des pays d’Europe s’est désindustrialisé, en citant pour exemple la disparition des constructeurs européens d’ordinateurs et de téléphone portable.

    Et aucun de ces braves gens qui dressent ces constats révoltants n'ont d'iPhone. Aucun n'est pour les brevets logiciels ou d'OS MS chez lui.

    Ils ont tous des n900 libres et utilisent Debian à la maison, sur du matériel Bull (ha ha).

    Ils ne sont donc pas du tout responsable de cette « désindustrialisation » européenne des téléphones portables.

    Le FN est un parti d'extrême droite

    • [^] # Re: Vendeurs de téléphone

      Posté par . Évalué à 10.

      Le probleme n'est pas la technologie. C'est certain qu'on a les competences en Europe pour faire un telephone et j'espere que Jolla reussira a le montrer. Non, le veritable probleme, c'est que l'industrie europeenne est sclerose. Bloque dans un monde du passe. Le management se bat plus pour prendre la place du chef que pour ecraser la concurrence. Il n'y a pas de prise de risque. Pas de comprehension qu'on vit dans un monde qui change. Les grandes societes europeennes sont dans leur tres grande majorite tue par un management individualiste, sans envergure et imbut d'eux meme.

      Le cas de Nokia en est un tres bon exemple. Ils ont rachete Trolltech en 2008, et ils ont mis plus de 3 ans pour realiser leur premier telephone. La raison, c'est quand interne, le management de Symbian ne voulait pas perdre de pouvoir, donc a accapere des ressource Qt inutilement. Meme chose avec une partie de l'equipe de Maemo. Au fina, ils ont passe plus de temps a se foutre sur la tronche qu'a faire un produit pour rivaliser avec la concurrence. Forcement a un moment donne, les actionnaires ont pris un arbitre charge de faire le menage. Arbitre qui ne peut pas avoir confiance dans les informations de ses troupes et qui est oblige d'aller chercher ailleur pour avoir une solution. Il aurait pu aller chercher chez Google, mais ca, c'est un autre debat.

      Ce scenario pour l'avoir discute avec des amis qui travaillent dans d'autre branche de l'industrie (automobile, train, electrique, telecom), se repete inlassablement. Notre probleme, c'est les ecoles et la mantalite des manageurs de l'industrie europeenne. Ca ne changera pas. La seule bonne nouvelle, c'est que les entreprises asiatiques souffrent du meme probleme, voir pire, car il y a culturellement un pouvoir lie a l'age que nous avons moins en europe. Donc quand le coup du travail aura suffisament augmente, l'asie sera aussi ininterressante que l'europe. Je ne connais pas assez le reste du monde pour me prononcer.

      Le probleme, c'est l'incapacite a prendre des risques, assumer des choix techniques en opposition avec les buzzword du moment et ca ca implique des managers courageux… C'est devenu un probleme culturel avant d'etre un probleme industriel. Je comprend de mieux en mieux pourquoi Steve Jobs a reussi a faire de Apple une societe aussi differente.

      • [^] # Re: Vendeurs de téléphone

        Posté par (page perso) . Évalué à 2.

        +1
        Très bien expliqué, je partage la même vision (j'ai bossé pour une dizaines d'entreprises en 15 années, en majorité des missions SSII)

      • [^] # Re: Vendeurs de téléphone

        Posté par . Évalué à 3. Dernière modification le 21/08/12 à 09:32.

        Ce que je vois c'est que les grosses entreprises françaises cherchent a maintenir des profits très élevés tout en faisant le minimum syndical en terme d'investissement, de R&D ou de prise de risque. Du coup lorsqu'arrive un acteur plus qui se bouge pour servir les clients et bien l'entreprise française se trouve bien embêtée. En France on a toujours privilégié les grosses entreprises soutenues par l'état et on a systématiquement cassé et taxé les PME/PMI innovantes. De toute manière elles ne sont bonnes qu'a être absorbée par les grosses entreprises.

        Enfin, c'est la mentalité de nos dirigeants. Jamais l'on ne verra un Google/Facebook français (Ceci dit, ça ne me dérange pas pour Facebook)

  • # le piratage ne passe par Internet

    Posté par (page perso) . Évalué à 6.

    C'est marrant de vouloir à tout prix une riposte graduée alors qu'Internet n'a pas l'air d'être le moyen privilégié pour récupérer des œuvres culturels. http://m.pcinpact.com/#/actu/72729

    « Rappelez-vous toujours que si la Gestapo avait les moyens de vous faire parler, les politiciens ont, eux, les moyens de vous faire taire. » Coluche

  • # Raisons de l'exception

    Posté par . Évalué à 2.

    La principale raison de l'exception est le fait qu'on n'exporte pas nos création (sont-elles exportables, d'ailleurs?). Quant la plupart des pays acceptent l'anglais comme seconde langue, nous exigeons que tout soit traduit. C'est l'une des explications au niveau minable d'anglais en France.
    On observe la même chose que dans les régimes communistes : des monopoles devenus trop gros et totalement égocentriques. Ils ne risquent plus d'exploser : ils vont exploser. La question qui se pose est "avec quelles conséquences". Ça sera probablement au pris de la mort de l'exception culturelle française, vu qu'ils font en sorte qu'aucun nouveau n'émerge dans le domaine : ils coulent financièrement et/ou rachète systématiquement toute tête qui dépasse un tant soit peu.

    • [^] # Re: Raisons de l'exception

      Posté par (page perso) . Évalué à 6.

      Quant la plupart des pays acceptent l'anglais comme seconde langue, nous exigeons que tout soit traduit.

      Franchement, j’étais en espagne ce week end, et j’ai été consterné de voir un spectacle jet d’eau et lumière accompagné d’extraits de morceaux tous anglais/état-unien. Déjà je pense que de la musique classique aurait été un genre plus approprié dans lequel taper, et même à choisir autre chose, n’importe quel artiste du pays m’aurait parut plus pertinente (l’idéal aurait évidemment une composition originale pour le spectacle).

      Mais non, on constate l’appauvrissement culturelle qu’entraine l’hégémonie état-unienne.

      Il ne s’agit pas là de cracher sur tout ce qui viendrait des état-unis et de grande bretagne, soyons clair. Pas plus que de soutenir des initiatives qui voudraient imposer des quotas dans les sphères privées. Mais si rien n’est fait dans la sphère publique, force est de constater qu’on se retrouve partout avec les mêmes morceaux conçus pour tenir dans le format top 50 des état-unis.

      Cette expérience à été pour moi une sacrée douche froide, un peu comme si j’étais allait en espagne pour ne trouver pour tout format d’architecture que des copies de banlieues d’outre mers.

      C'est l'une des explications au niveau minable d'anglais en France.

      Sur quelle étude tu te bases pour avancer cela ? Pour des raisons économiques, ne faudrait-il pas encore plus s’inquiéter du niveau inexistant du mandarin en France ? On imagine bien les avantages commerciaux qu’engendrerait une bonne assimilation de la langue des nouveaux futurs maîtres du monde, et plus généralement comme ils pourraient s’avérer flatter que nous montrions notre admiration pour leur culture en lui offrant un visibilité publique au moins aussi importante que la culture local.

      • [^] # Re: Raisons de l'exception

        Posté par . Évalué à 2.

        Franchement, j’étais en espagne ce week end, et j’ai été consterné de voir un spectacle jet d’eau et lumière accompagné d’extraits de morceaux tous anglais/état-unien.

        Et pourtant, quand on entend le niveau en anglais des Espagnols !

  • # Le piratage

    Posté par (page perso) . Évalué à 10. Dernière modification le 28/07/12 à 01:32.

    On se rend compte que l’industrie du divertissement a parfaitement digéré la fin du disque

    Euhhh, c'est pas cette même industrie du disque (les majors, quoi) qui a affirmé pendant les 15 dernières années que le piratage leur donne de grands coups d'épée dans le ventre, tout en affichant chaque année des bénéfices en hausse ?

    Il ne faut pas croire que je protège le piratage, mais c'est comme les 3 plus anciens opérateurs de téléphonie mobile en France, qui disaient il y a 6 mois de ça que leurs marges étaient déjà tellement faibles qu'ils ne pouvaient pas baisser les prix des forfaits. Il faut croire qu'avec un peu de bonne volonté, on arrive toujours à retrouver un peu de compétitivité.

    Et pour troller : à quand Free éditeur/producteur de musique ?

    J'avoue ne pas avoir vérifié tout ce que j'ai écrit, mais c'est en tous cas l'impression que j'en ai actuellement

    • [^] # Re: Le piratage

      Posté par . Évalué à 5.

      Et pour troller : à quand Free éditeur/producteur de musique ?

      Super, comme ca les accès pour pouvoir charger d'autres contenus que ceux produits par Free se retrouveraient subitement saturés…

  • # Commentaire supprimé

    Posté par . Évalué à 7.

    Ce commentaire a été supprimé par l'équipe de modération.

  • # petite video a voir

    Posté par . Évalué à 5.

    Je vous conseille fortement d'aller voir cette vidéo.
    On y apprend que si les dires de la MPAA and co étaient vrai cela voudrait dire que plus personnes ne bosse pour l'industrie de la musique aux USA et que un ipod equivaut à 8000 milliards de dollars ou 75 000 boulots…

  • # Anonymous !

    Posté par (page perso) . Évalué à 0.

    On attend l'intervention d'Anonymous… :)

  • # naïf

    Posté par . Évalué à -1.

    C'est très approximatif ces commentaires surannées sur l'industrie en Europe.. C'est pas parce que les téléphones et PC ne sont plus fait en Europe qu'il faut faire de la généralité et il n'y a pas de fatalité (regardez la situation désespérée de l'Allemagne en 2003 et la situation aujourd'hui).

    L'"industrie" culturel en France est ultra subventionnée, car elle a un poids politique important. Voir canal + recevoir des hommes politiques et des artistes vivendi (ceux qui ont autant de liberté d'expression qu'un baril de lessive) , c'est presque de l'inceste.

    D'autre par les investissements vers le capital tangible ne sont pas remplacer par des investissements sur le "capital intangible" aujourd'hui plus qu'hier, l'industrie à TOUJOURS investie dans la recherche et le développement, la différence c'est qu'aujourd'hui (enfin dans les années 90, mais presque moins aujourd'hui en 2012), les entreprises externalisent pour mutualiser/délocaliser. Google / Amazon, c'est bien du tangible et la nouvelle économie aux états-unies ne représente que 5% de la masse salariale totale.

    Faut revenir sur terre.

  • # combat d'arrière garde

    Posté par . Évalué à 4.

    l'idée que la vieille Europe doit tout verrouiller pour rester aux commandes et non seulement un combat d'arrière garde mais en plus contribue à amplifier le phénomène de désindustrialisation en tuant son innovation…

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