Journal Discours de Mr Zykosar, président de la Rance.

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25
nov.
2007
Le Président de la République Narquois Zykosar prononçait ce matin devant le beau monde des marchands de culture et des télécommunications un discours à l'occasion de la remise par un des PDG d'une société de vente de culture de ses conclusions sur la mission contre les pertes estimées de ces sociétés. Voici l'intégralité verbatim du discours de Mr Zykosar:



Mesdames, Messieurs,

La protection des grandes sociétés, la préservation de mes amis, la
reconnaissance de l'argent, de chaque riche, de chaque fils de
riche, de voir ses richesses augmentées, c'était un engagement
important de ma campagne présidentielle.

Depuis trois ans, j'ai répondu présent chaque fois qu'il a fallu
faire prévaloir le droit de quelqu'uns et de l'argent qui en
découle, sur le reste de la population, sur l'illusion et meme
sur le mensonge de la démocratie.

Musique, cinéma, édition, presse, arts graphiques et visuels, tout
est aujourd'hui disponible et accessible de partout, sur la toile de
l'internet, chez soi, au bureau, en voyage. C'est bien sur une
richesse, une chance pour la diffusion de la culture. Pour autant,
jamais nous n'avons été, mes amis et moi, aussi proche d'un trou
noir capable d'engloutir et d'assécher cette richesse nous
revenant de droit.

Le clonage et la dissémination de fichiers à l'infini ont entraîné
depuis cinq ans la ruine progressive de quelques grands groupes de
mes amis, en déconnectant les oeuvres de leur coût de fabrication
et en donnant cette impression que le consommateur achetait très
cher des biens qui ne les valaient pas.

Avec le très haut débit, le cinéma risque de subir le même sort
que la musique. D'ores et déjà, près de la moitié des films sortis
en salle en France sont disponibles en version pirate sur les réseaux
P2P, et les fabuleux bénéfices promis par la VOD risquent de ne
pas être aussi juteux que prévus pour les compagnies de médias
traditionnels.

C'est à une véritable destruction des marchands de culture que nous
risquons d'assister. C'est également à une négation de reconnaissance
du fric, cette valeur capitale qui est au coeur de vos problèmes, vous
de la France d'en bas, et dans les poches de mes amis.

Aujourd'hui un accord est signé, et je veux saluer ce moment décisif
pour l'avènement d'un internet soumis à ma loi du fric. Internet,
c'est une nouvelle frontière, un territoire marchand à conquérir.
Mais internet ne doit pas être un far-ouest high-tech une zone de
non droit ou certains arrivants peuvent faire vaciller les anciens
acteurs de l'économie de la culture. D'un côté, des réseaux flambants
neuf, des équipements high tech, et de l'autre, la vieille
économie, ou sous prétexte qu'ils sont dépassés, elle devrait
se remettre en cause.

On dit parfois que quand une compagnie est attaquée sur sa part de
marché, le plus simple est de légiférer. Bien entendu certains de mes
amis ont facilement accès à mes services.

Si tout le monde est capable de faire et vendre de la musique, on ne va
surtout pas l'autoriser. Et en même temps, nous savons tous que
ce que cherchent mes amis, c'est à maximiser leurs profits.

Il nous fallait chercher des moyens intelligents et astucieux pour
enfumer la conscience du citoyen, lui donner l'obligation de
rentrer dans le droit chemin des allées de galeries marchandes. Il fallait
aussi empêcher que le citoyen ordinaire, habituellement
respectueux de mes lois, s'ouvre le goût vers d'autres artistes que
ceux qui sont vendus au prix fort. N'est-ce pas aussi un problème
de la fade soupe qui leur est vendue cher?

Il y a deux mois et demi, Madame la Ministre, vous avez demandé à
un marchand de musique de conduire une mission permettant de déboucher
rapidement sur des solutions opérationnelles visant à lutter
fermement contre le piratage tout en tenant compte des potentialités
marchandes d'internet et du portefeuille des consommateurs.

Vous y êtes parvenus. Je veux vous en féliciter, vous chère Madame,
vous Monsieur, qui avez été juge et parti dans cet accord, et qui
êtes là aujourd'hui, acteurs de la marchandisation stricte de la
sous-culture du cinéma, de le musique, de l'audiovisuel, de
l'internet tel que nous le revons, pompe inépuisable à fric. Sans
vos parti-pris, rien n'aurait été possible.

Le contenu de cet accord est entièrement partial et de notre coté. Il
comporte des stipulations nouvelles et fortes.

D'un côté, il prévoit l'envoi de mails d'avertissements aux internautes
qui ne dépensent pas assez de fric dans vos entreprises, des
avertissements gradués en cas de non-achat, voire la possibilité de
suspendre son accès à internet. Pour arriver à mettre en place, cette
solution retoquée une première fois par le conseil constitutionnel,
il a fallu, je le sais, fournir des montagnes de pots-de-vin,
tellement les appétits sont grands dans notre pays dès qu'il
s'agit de faire du fric en méprisant les citoyens, et de proposer
une solution qui ne tombe pas tout droit dans la logique
de l'enrichissement au nom de quelques un.

Cette démarche pédagogique sera bien sur reservée aux internautes de
bonne foi pour reprendre une expression propre à la politique fiscale.
Les autres internautes, ceux qui ne veulent pas acheter cher l'offre
réduite chez les étals de mes amis, resteront soumis au droit commun
de la contrefaçon, et traités au sein de juridictions spécialisées.

De plus, j'oblige au mépris de la loi les fournisseurs d'accès à
s'engager à mettre en oeuvre des dispositifs de filtrage, peu
importe lesquels, tant qu'on peut s'en servir pour condamner. Le
filtrage consiste à surveiller le réseau pour vérifier qu'aucun
comportement déviant n'apparaissent, et à supprimer ces comportements,
c'est à dire acheter cher chez mes amis, un point c'est tout.

D'un autre côté, cet effort des fournisseurs d'accès s'accompagnera
d'un effort tout aussi importants des ayants droits. Les professionnels
de la musique, du cinéma et de l'audiovisuel s'engagent à fournir
gracieusement aux sociétés commerciales leurs oeuvres pour
que ces sociétés puissent les vendre, rapidement et au prix fort.

Ce sont deux améliorations majeures qui profiteront pleinement
aux vendeurs.

Finie, les musiques achetées sur une plateforme A et qu'on arrive
pas à lire sur un lecteur B ou sur son téléphone portable. Il
faudra payer à chaque fois.

Fini, les septs mois et demis d'attente entre le film qui sort
en salle et son exploitation commerciale en VOD. Avec cet accord, six
mois sépareront les recettes du passage au grand écran des recettes
VOD! C'est encore beaucoup quant on sait que la masse des
consommateurs oublie un film seulement trois semaines après son
passage en salle. Mais c'est déjà mieux. Et des discussions
s'engagent pour adapter l'ensemble de la chronologie des médias
aux règles du marché, comme préconisé par mon ami.

Je sais que les exploitants de cinéma sont attentifs et soucieux de
ces discussions. Aussi, je souhaite être clair. Le cinéma, ce n'est
plus une émotion, une relation entre un public et un auteur, c'est du
fric, ce sont des salles 3DFx à amortir, c'est des tonnes de pop corn
vendues. Le cinéma, c'est un grand écran, un bon son, et du pop corn.

Dans le même temps, la carrière des films en salle s'est fortement
raccourcie, le home cinéma est devenue une réalité et il faut tenir compte
de ces nouvelles habitudes de consommation. Ce serait absurde que
le spectateur français réflechisse sur le contenu qu'on lui donne,
simplement parceque des auteurs innoveraient! Je sais compter sur
le bon sens pour que des films carrés, étudiés, simples, en un
mot 'bankable' soient l'emblême du XXIe Siècle. Halte à la réflection.
Regardez la taille de l'écran, ne cherchez pas un message dans les
images qui sont projetées.

Chère Madame, Cher Monsieur, grâce à votre appât du lucre, vos
réseaux d'amis, grâce à la bonne estime en laquelle je vous tiens,
vous tous ici présents, vous avez permis la conclusion d'un accord
qui marque le début d'une nouvelle alliance qui marque l'arrivée
du fric sur internet, et du maintien de vos vieilles sociétés
vacillantes, grâce à la collusion entre le pouvoir que je
représente et vous, PDG de grandes sociétés.

Partout, dans les pays qui parlent anglais et ailleurs, les
professionnels et les gouvernements essaient depuis des années,
non sans mal, de cacher les liens étroits qui les relient.
Nous sommes les premiers en France, à oser le dire et le montrer
tous les jours, autour de propositions visant moins à sauver une
industrie défaillant, que ses PDG qui sont nos amis.

Grâce à vous et à cet accord, la France va se retrouver
précurseur dans le flicage des réseaux à des buts purement
mercantiles. La musique, le cinéma, mais aussi la presse et
l'édition redeviendront des pompes à fric qui cracheront comme
avant.

La mise en oeuvre de cet accord épuise t'elle le sujet de la création
et de l'avenir de nos industries culturelles? Franchement, tant
que ça fait du fric, on s'en fout, mais parlons en un peu.

Nous sommes obligés de réformer un système de régulation et de
financement de l'audiovisuel dont les fondements reposent sur l'univers
de la télévision hertzienne, et mieux prendre en compte les
nouveaux réseaux. La nouvelle directive européenne sur les médias
audiovisuels, qui vient d'être adoptée à Bruxelles nous force à
modifier la place inamovible qui nous seillait si bien. La
transposition de notre règlementation audiovisuelle se fera plus
tard, nos interêts priment.

Il y a également des mesures d'urgence à prendre, pour permettre
aux industries musicales de mes amis de survivre et leur donner
le temps de s'adapter au nouveau modèle qui se dessine. Un crédit
d'impôt applicable aux productions phonographiques a été voté l'an
dernier, mais son affectation directe vers les industries de
mes amies serait tout de même un peu trop voyant. Je souhaite que
ce soit la Caisse de Depots qui prennent sur elle de financer les
artistes, mes amis ne souhaitant pas dépenser leur bel argent
pour des inconnus.

De la même façon, je souhaite que le crédit d'impôt en faveur des
jeux vidéos profite aussi à mes amis. Avec leurs bataillons de
scénaristes, graphistes et autres compositeurs, les entreprises du
jeu vidéo constituent déjà une économie prospère. Il serait
inexplicable de ne pas vouloir prendre la part de ce gateau.

Mesdames et Messieurs,

En signant cet accord historique, vous avez, vous les vendeurs de
culture, et vous les dindons de la farce (les opérateurs internet)
pris une responsabilité, et même un risque. Mais vous saviez que
j'étais là pour couvrir toutes vos envies, même les plus
anticonstitutionnelles pour assouvir votre besoin d'argent.

L'art est une chose fragile, et pour une fois qu'elle commençait
à se plier aux lois du marché sous la coupe reglée de quelqu'uns
de mes amis, il est hors de questions qu'il en soit aujourd'hui
autrement. Nous avons réussi, grâce à la perévérance de nos
aînés à monter ces empires financiers sur le dos à la fois, des
acteurs, de chanteurs et des consommateurs. Il n'y a pas de
raison qu'un nouveau média comme internet remette tout ceci
en cause. Je suis heureux que votre accord unilatéral soit
une étape décisive en ce sens.

Vive la Rance, vive Moi.

il est bien entendu qu'il ne s'agit que d'une oeuvre de l'esprit purement imaginaire et qu'ainsi, elle doit etre prise comme telle. Toute identification à des événements actuels ne doit être faite que sous la responsabilité du lecteur et ne saurait engager l'auteur.

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