Je tenais à remercier vv221 / Antoine Le Gonidec (je sais pas si tu nous lis ici en ce moment), qui a réagi tout de suite en envoyant un mail annonçant son départ du projet. On voit que cela a été plutôt efficace au moins pour changer la façon dont le résultat du vote est annoncé par les médias.
J'espère que cela fera réfléchir du monde dans et en dehors de Debian.
Tout à fait d'accord, c'est un beau message, dommage qu'il semble être isolé et que ça n'ait pas déclenché d'autres départs aussi sonores.
À ma toute petite échelle, j'ai envie du coup de passer à Devuan, mais comme ça semble un simple spin de Debian, juste débarrassé de systemd, si c'est le cas ça ne changera rien au problème.
De fait, cette décision impacte les nombreuses distros basées sur debian, c'est donc un grave évènement qui vient d'arriver. On comprendrait mieux ça de la part de Red-Hat/IBM, ou même du noyau linux (la Fondation Linux étant phagocytée par les plus grosses boîtes de la tech) que de celle d'une distro communautaire.
De fait, il semble tout à fait impossible de stopper cette néfaste avalanche LLMesque, l'ancrage de ce simulacre d'intelligence dans le monde est inéluctable, seul un rejet (ou tout au moins une suspicion) généralisé(e) pourrait mettre un peu d'ordre dans ce chaos. Au lieu de ça on ne constate qu'une acceptation massive : je vois par exemple dans mon entourage les gens accepter sans broncher les oukases du chatbot de google au lieu de chercher des contenus pointés par des liens, comme dans un proche passé. À part deux ou trois exceptions, personne dans mon entourage ne conteste ce qui sous-tend la mainmise de la pseudo-intelligence sur le monde dans une grande partie de ses aspects.
À ce sujet, un article du Monde en paywall décrit comment des boîtes développent des méthodes pour créer à l'aide des LLM des cohortes de patients numériques à partir de données médicales style french-data-hub pour tester des produits ou traitements médicaux avec un nombre réduit de patients réels, et surtout, plus rapidement qu'en 10 ans, et ainsi pouvoir gagner de l'argent plus vite et plus longtemps (le temps de validité de la licence commence avant les tests du medoc). Dans un futur finalement assez proche, le médecin ne sera qu'un bête terminal des LLM médicales.
Bah non, ce n'est pas un beau message. Le type claque la porte à un système démocratique parce qu'il n'est pas d'accord, tu parles de la beauté d'un geste.
La réelle beauté aurait été de continuer à produire du code à la main, plus qualitatif, plutôt que faire éclater ses caprices…et d'attendre un prochain vote. Le type s'envole alors que Debian a le plus besoin de sa vision tout à fait légitime.
L'IA n'a rien d'un simulacre d'intelligence, c'est juste une manière largement prévisible de gérer une quantité incroyable de données et c'est très fonctionnel.
Je ne reviendrai pas sur la moralité des modèles actuels, je n'ai aucune raison de te contredire (oui, c'est tous des gros chiens qui méritent que la bulle éclate), mais le nouveau monde laisse le choix à chaque développeur de faire selon ses envies, moyens et conscience, et…c'est juste le choix le plus pragmatique en attendant.
C'est pas parce que c'est un projet à processus de décision collectif qu'il faut invoquer de grandes notions comme la démocratie … c'est juste un projet informatique avec des valeurs. Si les valeurs du projet ne te conviennent plus dans ce grand monde qui n'est pas en très bonne santé … faire passer le "grand monde" en premier (je pense au réchauffement climatique) et sa défense en premier, c'est totalement légitime.
Pourtant, en matière d'impact, le départ change pas grand chose. Pour moi, il me semble assez clair que les médias montent la sauce pour en faire soit une victoire (ce qui est pas le cas, c'est le status quo qui a prévalu) ou comme un combat moral, ce qui est pour moi toujours louche (parce que les entrepreneurs de moral sont pour moi toujours suspect). Au final, le status quo est sorti, mais comme personne n'obtient de clic avec "Debian ne change rien", c'est pas ce qui est dit.
Et il suffit de lire le titre "Debian autorise l'IA dans son code Linux, et une partie de la communauté claque la porte" en détail. Déjà, c'est pas "son code Linux" (approximation), c'est pas "l'IA" (mais l'usage des LLMs), c'est pas "autorise" (pas plus qu'avant, y a pas de changement), et "une partie de la communauté", c'est aussi vague que dire "plusieurs" pour parler de 2 à 100 000 personnes. Y a rien qui va dans le titre, mais ça choque personne de se faire manipuler par Clubic.
What ? Moi je parle juste du choix du départ, qui n'a probablement rien à voir avec Clubic. Je ne comprend pas ton message, mais bon on ne partage globalement pas les mêmes présupposés je pense.
Tu parles des valeurs du projet, mais le vote est assez clairement "rien ne change". Donc la seule chose qui a changé, c'est la perception du projet par le mainteneur.
Je pense qu'il savait que des gens ont des avis différents du sien, n'importe qui qui bosse sur un projet le sait et s'en accommode. Le vote n'a pas du lui apprendre grand chose. Une lecture calme et rationnel me semble indiquer que la communauté Debian ne veut pas prendre position, et que c'était sans doute trop tôt. Mais c'est pas ce qui est dit par les journaux et l’environnement médiatique (exemplifié par le titre choisi par Clubic) fait que ce désaccord est visiblement devenu tout d'un coup insupportable au point de le faire partir, et personne ne semble se poser la question du pourquoi (enfin si, je commence à me la poser, surtout après avoir lu cette article sur Ed Zitron, même si je suis d'accord avec le fait qu'il y a une bulle). Personne ne se demande ce qui pousse à l'animosité, ne s'interroge sur le mécanisme qui fait qu'on va célébrer le clash plus que le consensus. Raler sur les réseaux sociaux qui mettent en avant la confrontation commence à être une position mainstream, mais on fait pas mieux, et on devrait.
Tu parles des valeurs du projet, mais le vote est assez clairement "rien ne change". Donc la seule chose qui a changé, c'est la perception du projet par le mainteneur.
Ben il aurait aimé une autre option et n'était pas satisfait de l'existant, faut croire, c'est tout. Ça ne change pas le fait qu'il ait le droit de quitter le projet car ses valeurs ne correspondent plus aux siennes dans un environnement qui a évolué, que ce soit lui ou le projet ça ne change pas grand chose.
Alors qu'il y avait des tas de choses à dire en analysant les résultats du vote. Ce qu'il y a de bien avec la méthode de Condorcet c'est que c'est plus subtile qu'un simple référendum oui/non(/blanc).
On voit, par exemple, que les deux propositions qui étaient les plus anti-IA, à savoir :
"Ban LLM contributions from Debian via Social Contract"
"Reject LLMs as far as practical, update Code of Conduct"
n'ont même pas passé la majorité. Ce n'est peut être pas si étonnant que cela que peu de dev debian aient suivi le fameux Antoine.
Posté par raphj (site web personnel) .
Évalué à 4 (+2/-0).
Dernière modification le 02 septembre 2026 à 15:10.
À ma toute petite échelle, j'ai envie du coup de passer à Devuan, mais comme ça semble un simple spin de Debian, juste débarrassé de systemd, si c'est le cas ça ne changera rien au problème.
Je pensais étudier la piste de Gentoo (que j'avais évitée quand j'ai fait mes choix il y a longtemps parce que recompiler tout chacun dans son coin, ça ne me parait pas malin écologiquement et ça n'avait pas l'air pratique, mais maintenant les binaires sont fournis) qui a une politique anti IA assez forte, ou même des BSD (en particulier NetBSD, qui a une politique vaguement anti IA pour des raisons de licences du code produit, ce qui me convainc peu personnellement).
En gardant à l'esprit que le noyau Linux lui-même est "tainted", et systemd aussi (d'ailleurs Gentoo utilise OpenRC par défaut).
haiku ? oui, ce n'est pas l'unique choix, j'ai toujours ce soucis de resolution sur virtualbox, donc je peux pas vraiment tester.
Néanmoins, sentant des conflits politiques qui pourront ternir l'avenir du noyau linux, je me suis plongé et testé différents systèmes, en plus de haiku, et ce dernier n'est pas seul sur la liste, citons :
pour tester des produits ou traitements médicaux avec un nombre réduit de patients réels, et surtout, plus rapidement qu'en 10 ans
Je ne suis pas abonné au Monde et je n'ai donc pas lu l'article linké.
Mais je suppose que le cas évident du patient qui va mourir à brève échéance et qui attends de nouveaux traitements est évoqué dans l'article ?
Accélérer la recherche médicale c'est bon pour Big Pharma mais ça peut aussi être bon pour les patients qui espèrent un traitement à une échéance plus rapide que 10 ans.
Posté par sebas .
Évalué à 5 (+3/-0).
Dernière modification le 02 septembre 2026 à 21:10.
Je ne suis pas abonné au Monde et je n'ai donc pas lu l'article linké.
S'il y a de la demande, je peux faire une petit journal avec une synthèse de l'article.
Mais je suppose que le cas évident du patient qui va mourir à brève échéance et qui attends de nouveaux traitements est évoqué dans l'article ?
Pas directement, seulement implicitement ; l'article s'intéresse surtout au barrage par les agences sanitaires et comment résoudre un faible échantillonnage, par exemple cette phrase donne le ton :
« Dans des populations de petite taille, par exemple pour une maladie rare, on peut faire le meilleur essai du monde, mais ce sera toujours un essai de petite taille, donc avec de l’incertitude », justifie-t-elle. Or, le manque de robustesse d’un résultat, c’est ce dont les agences sanitaires ne veulent pas avant de se prononcer sur l’accès des patients à un traitement. (fin de citation)
Accélérer la recherche médicale c'est bon pour Big Pharma mais ça peut aussi être bon pour les patients qui espèrent un traitement à une échéance plus rapide que 10 ans.
Bien sûr, on ne vend que ce qui s'achète, et donc « Big Pharma », comme tu l'appelles, se doit de trouver des solutions à des problèmes existants, ce qui évidemment est bon pour ceux qui sont ciblés : beaucoup de maladies n'ont plus l'issue inéluctable qu'elles avaient.
Mais dans mon commentaire, j'étais plutôt inquiet au sujet de la merdification de la médecine : le bien-fondé à long terme de toutes les simulations de test par création de nombreux malades virtuels, et également du fait que le médecin risquait de considérer de plus en plus l'IA-gen comme un oracle, du fait qu'elle aurait accès à un immense échantillonnage de patients, qu'elle pourrait créer instantanément un patient virtuel plus ou moins équivalent à la personne en chair et en os en face du médecin (ou de son écran, le nombre des téléconsultations étant en train d'exploser) et pourrait du coup lui faire subir tout un tas de tortures virtuelles (à l'avatar, bien sûr), pouvant le faire mourir plusieurs fois suite à des traitements virtuels erronés. Du coup on en arriverait à une médecine totalement déconnectée des médecins, lesquels, dans cette vision futuriste, n'auraient plus que le rôle équivalent à celui du conducteur dans une voiture autonome : n'être présent que pour le cas de faille du système autonome.
Alors bien sûr, il y aura probablement plus (dans le sens +) de guérisons, mais en cas de traitements erronés (oui, les fameuses hallucinations), qui saura les détecter ? Et en cas de glissement de qualité des diagnostics, il n'y aura quasiment plus de médecins pour pouvoir alerter sur la dégradation de la médecine, La médecine risque de se déshumaniser, s'éloigner des humains pour tomber dans le même problème que les dev informatiques : la machine sait programmer de mieux en mieux, mais les devs capables de comprendre les masses de code généré seront de plus en plus rares. Et la formation d'un médecin est bien plus longue et complexe que celle d'un dev. Mais surtout, le dev traite avec des machine, mais le médecin avec des humains !!!
De toute façon, une médecine déshumanisée de cette façon s'éloignerait radicalement de ses fondements, d'ailleurs je vois mal une machine prêter le serment d'Hippocrate, dont voici quelques extraits (les italiques sont de moi) :
Mon premier souci sera de rétablir, de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses éléments, physiques et mentaux, individuels et sociaux
[…]
J'informerai les patients des décisions envisagées, de leurs raisons et de leurs conséquences. Je ne tromperai jamais leur confiance et n'exploiterai pas le pouvoir hérité des circonstances pour forcer les consciences.
[…]
Admis dans l'intimité des personnes, je tairai les secrets qui me seront confiés. Reçu à l'intérieur des maisons, je respecterai les secrets des foyers
[…]
Que les hommes et mes confrères m'accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses ; que je sois déshonoré et méprisé si j'y manque.
Edit : Je lis dans ce nourjal une citation de Greg Kroah Hartmann :
Les LLMs mentent, tous. Même les meilleurs modèles produisent 1/4 à 1/3 de faux positifs, tentant de faire croire à un bug là où il n'y en a pas. Démêler les vrais bugs des faux demande une grande compétence sur le code en question. Ils filtrent ça en demandant un correctif en plus du rapport de bug.
Ça partait sans doute d'un bon sentiment, mais sur toutes tes italiques, seules celles relatives au secret médical sont universelles. Il y a un serment d'Hippocrate par fac de médecine et chacune a sa variation locale. Accessoirement, le serment d'Hippocrate fait bien, il a de la gueule, mais il n'a aucune valeur normative et le médecin thésé n'est même pas tenu de le prononcer (même si ça la foutrait vachement mal de répondre "ouais, non, flemme" à ton président de jury). Ce qui a du poids, c'est la loi. Et le RGPD comme le code de la santé publique s'appliquent dans toute leur force aux LLM, quoi qu'en disent les boîtes d'IA.
Ça, ce sont les sources. Le mouton que tu veux est dedans.
Posté par Faya .
Évalué à 4 (+2/-0).
Dernière modification le 02 septembre 2026 à 21:57.
De toute façon, une médecine déshumanisée de cette façon s'éloignerait radicalement de ses fondements
J'ai 2 maladies non-traitables dont 1 rare (en hexagone, mais pas rare dans les DOM). J'ai fait mon lot d'hospitalisations et autant j'adore la médecine (qui m'a sauvé plus d'une fois et le fera sûrement encore), autant j'abhorre les médecins hospitaliers et leur suffisance. Ce n'est qu'une anecdote mais comme par hasard ce matin je lisais ceci :
Ma mère faisait un infarctus au téléphone elle explique qu’elle a travaillé 30 ans comme aide-soignante qu’elle connaît les signes. La réponse ? « Vous êtes pas médecin, vous faites sûrement une crise d’angoisse »
une patiente qui avait fait un AVC, son mari des qu’il a vu les signes il l’a emmené aux urg, ils lui ont posé plein de question, il a eu le malheur de dire « je crois qu’elle fait un AVC » le médecin lui a dit « vous êtes médecin ? » lui « non » Finalement sa femme elle a été prise en charge au bout de 48h après après avoir été renvoyés chez eux, le mari a appelé son médecin traitant qui a fait un courrier pour l’hôpital pour qu’elle soit prise en charge
La médecine à l'hôpital est déjà déshumanisée, je l'ai vécu plus d'une fois. Je connais ma maladie génétique (vu que je ne suis né avec lol), je connais la normale de mes constantes, mon taux d'hémoglobine habituel, ce qu'est une CRP élevée… mais plus d'une fois les médecins ont tout simplement refusé de me donner ces infos à l'hôpital : "Ça ne sert à rien, vous ne comprendrez pas". Sinon j'ai dû littéralement arracher la poche à une infirmière qui allait me perfuser avec des anti-inflammatoires (j'y suis allergique) parce qu'elle ne me disait pas ce qu'elle branchait dessus.
B R E F tout ça pour dire que si c'est un robot qui me traite, qu'il écoute ce que je dis et répond à mes questions, ça me va. Si en prime les LLM aident à trouver des traitements plus rapidement (comme visé par cette étude par exemple) je prends aussi.
On ne parle pas du tout de traiter des patients au jour le jour, mais de simuler des données pour inventer des patients qui n'existent pas ;
Les outils théoriques pour éviter l'erreur conne du type "administrer un traitement auquel le patient a une allergie documentée et tracée dans le dossier" existent déjà, ils ne sont juste pas utilisés.
Pour le 1, j'y ai répondu plus bas. Quand on simule des patients, fût-ce par IA ou via n'importe quelle méthode plus ou moins complexe, on se retrouve toujours, in fine, avec des « patients » qui correspondent à nos hypothèses de simulation. Et on ne peut pas ne pas faire d'hypothèse, puisque faire un modèle, c'est implicitement ou explicitement faire des hypothèses. Or on ne peut pas faire un modèle basé empiriquement sur une connaissance pas encore acquise. Donc on fait du pifomètre, et on compare le traitement à ce pifomètre.
Pour le 2, il suffit de faire un logiciel de dossier patient avec des données structurées. Une case où tu saisis tes allergies, une case où tu saisis les traitements déjà en cours, une case avec les antécédents, et tout nouveau traitement ou acte est comparé à un moteur de règles et s'allume en rouge si un conflit est détecté, avec un joli message du type : « Vous allez donner de l'amoxicilline à un patient présentant une allergie documentée, veuillez taper MERCI JE SAIS CE QUE JE FAIS avant de continuer ». Sauf que c'est pas fait. Parce que les médecins, en France, saisir les dossiers médicaux de façon structurée, ça leur passe au-dessus de la tête, ils préfèrent taper au kilomètre et ils se fient à leur cerveau. Tu as pas besoin d'une IA, juste de bien ranger tes données (pro tip : c'est pas du tout spécifique de la médecine).
Et oui, tu as tout à fait raison, il faut que les médecins descendent de leur piédestal, ça leur fera du bien. Il n'y a aucune honte à admettre que le patient puisse avoir raison ou faire une suggestion utile. J'ai un jour envoyé ma copine aux urgences, elle a dit "mon mec pense que j'ai une pyélonéphrite", on ne lui a pas demandé si j'étais médecin. On lui a répondu "Eh ben il a raison", et ensuite, quand elle a relu l'ordonnance et demandé où était l'antibio, elle a eu des excuses de l'interne. La difficulté qui se pose, c'est surtout le patient qui appelle et qui fournit un diagnostic sans répondre aux questions qui permettraient de le différencier d'autres diagnostics. Tu sais reconnaître un infarctus ? Cool. Comment tu différencies un infarctus d'une embolie pulmonaire ? Non parce que si je t'envoie en coronarographie sans traiter ton EP on risque d'avoir un souci.
En résumé :
J'ai tel, tel et tel symptôme et j'en déduis que j'ai ça : OK
J'ai ça : NOK
« Mais vous êtes médecin ? » : tentant mais NOK. Privilégier : « Attendez, on va reprendre les choses dans l'ordre. Qu'est-ce qui vous fait penser que vous avez ça ? ».
Par contre, ça marche dans les deux sens. Jamais, jamais, je ne réponds à un patient "vous n'êtes pas médecin, taisez-vous". Par contre, "votre médecin traitant vous a prescrit une coproculture, que vous n'avez pas réalisée, je suis donc dans l'incapacité de connaître le germe qui vous a donné une TIAC et lui-même est dans l'incapacité de vous traiter efficacement", c'est tous les jours. Parce que malheureusement, le patient qui arrive avec son diagnostic, il arrive aussi avec sa certitude que lui n'a pas besoin d'examens complémentaires tellement son diagnostic est évident.
Ça, ce sont les sources. Le mouton que tu veux est dedans.
Ben je suis d'accord avec tout ce que tu écris et je n'ai pas tellement l'impression que ça me contredise. Alors oui pour l'origine du débat (dont je n'ai pas parlé) tu remets les choses à leur place : à terme va falloir passer par de vrais patients et si on doit accélérer, on saura accélérer. Merci pour ça.
L'exemple d'utilisation de LLM que j'ai donné ça n'est pas exactement la même chose. Ils ne cherchent pas à sauter l'étape essai thérapeutique mais à tester de nouvelles molécules sur des cellules virtuelles (à partir de l'expression de leurs gènes, l'ADN se prêtant assez bien à la manipulation par Large Language Model). Et comme sebas parlait de "médecine déshumanisée", celle à laquelle j'ai à faire l'étant déjà pas mal, je dis que mettre un robot à la place ne me dérangerait pas. Laissons les demi-dieux qui ne veulent pas parler aux mortels dans leur tour pour faire l'entraînement des robots et le "reinforcement learning".
'Fin le plus rapide pour ton patient c'est de l'inclure dans un essai thérapeutique. S'il y a un essai, il faut l'inclure dedans, pas simuler des données.
Parce que bon, on parle d'effondrement de modèle, mais c'est pas une problématique de LLM, c'est une problématique de toute analyse de données, dont il se trouve que le réseau de neurones est un cas particulier. Simuler des patients, fût-ce avec un réseau de neurones, c'est juste une méthode pour mettre de la jolie techno autour de "j'ai pas essayé mais t'inquiète je suis sûr ça marche". Bah non. Si ça marche, tu le donnes à des vrais patients et tu le prouves. Les cimetières sont remplis de gens qui ont pris des médicaments dont on était sûrs qu'ils allaient marcher.
Alors, est-ce que ça prend 10 ans ? Eh bah ça dépend. On peut grossièrement dichotomiser : il y a les progrès marginaux et les game changers. Le dernier game changer que j'ai en tête, c'est contre la mucoviscidose, mais celui que je connais le mieux, c'est contre l'hépatite C. En gros, on n'avait pas grand chose contre l'hépatite C, on avait un traitement à base d'interféron, ça marchait à environ 50% (moins sur certaines souches virales), c'était 6 mois à un an de traitement, ça rendait dépressif, les patients mouraient par suicide (véridique). À côté de ça, une hépatite C non traitée, c'était 10 à 20 ans d'évolution chronique avant de finir en cirrhose et décès par insuffisance hépatique ou cancer.
Et puis est arrivé un traitement miraculeux. Qui te guérit une hépatite C à tous les coups, en 15 jours, avec peu d'effets secondaires.
Bon ben je te fais pas un dessin : l'essai clinique, il a pas pris 10 ans. Quand l'efficacité est majeure, t'inquiète pas, c'est vite plié. Autant les labos que les autorités veulent une mise sur le marché rapide. Et surtout, quand ton médicament marche du feu de dieu, les données mettent pas 10 ans à arriver. Parce que tu as pas besoin de recruter 1 million de patients pour faire des stats. Cas extrême : si demain je découvre un traitement qui guérit la rage sans effets secondaires, j'aurai besoin de recruter exactement 1 patient dans mon essai clinique, et ça sera pas dans le groupe contrôle. Parce que la rage, avec le meilleur traitement actuel, ça reste 100% de létalité et tout le monde le sait.
Après tu as les améliorations marginales. Souvent par amélioration de l'existant. On va tester une nouvelle manière de combiner chirurgie, radiothérapie et chimiothérapie. On va gagner 6% de mortalité à 5 ans, c'est déjà ça. Ça, oui, ça prend du temps. Mais faut être réaliste : personne n'espère avec insistance une amélioration mineure.
Donc, en définitive : si une amélioration majeure est en cours de développement, elle arrivera sur le marché avec toute la rapidité dont on est capable. Si on a besoin de stats poussées, sur des milliers de patients, alors c'est que l'amélioration n'est pas si urgente, et inventer des données ne changera rien au problème et pourrait même l'aggraver.
Ça, ce sont les sources. Le mouton que tu veux est dedans.
Alors, est-ce que ça prend 10 ans ? Eh bah ça dépend. On peut grossièrement dichotomiser : il y a les progrès marginaux et les game changers. Le dernier game changer que j'ai en tête, c'est contre la mucoviscidose, mais celui que je connais le mieux, c'est contre l'hépatite C.
J'aurais pensé que tu aurais évoqué le COVID. :D
Parce que bon, on parle d'effondrement de modèle, mais c'est pas une problématique de LLM, c'est une problématique de toute analyse de données, dont il se trouve que le réseau de neurones est un cas particulier. Simuler des patients, fût-ce avec un réseau de neurones, c'est juste une méthode pour mettre de la jolie techno autour de "j'ai pas essayé mais t'inquiète je suis sûr ça marche". Bah non. Si ça marche, tu le donnes à des vrais patients et tu le prouves. Les cimetières sont remplis de gens qui ont pris des médicaments dont on était sûrs qu'ils allaient marcher.
En fait je suis étonné de cette approche par la simulation en l'état actuel des choses.
Le corps humain étant une grande usine chimique organique qui tourne H24 et dont de nombreuses choses restent à découvrir, je vois mal en quoi la simulation permettra de détecter une interaction non souhaitée entre le médicament et une autre partie du corps qui n'a rien à voir, ou encore s'assurer du bon absorption, la bonne tolérance du traitement malgré une alimentation, activité physique, rythmes ou métabolisme différents avec juste de la simulation.
À la fin il faut faire le test sur un patient et évaluer l'effet ce qui prend du temps selon les maladies considérées.
Et puis j'y ai réfléchi et je me suis dit que c'était pas un super exemple de game changer. Le SARS-CoV-2 mute tout le temps, le vaccin doit constamment être remis à jour, du coup l'efficacité vaccinale en pâtit : ça reste une bonne idée de se faire vacciner, mais on est pas de l'ordre du quasi 100% d'efficacité qui fait un game changer. C'est une particularité de la vaccinologie d'ailleurs : comme on vaccine généralement des personnes en bonne santé, on améliore à la marge la survie de chacun, et on a quand même besoin de stats, alors même que beaucoup de vaccins sont extrêmement efficaces, avec des efficacités qui dépassent souvent les 95%, un taux qui ferait rêver n'importe quel médecin confronté à de la maladie chronique.
En résumé : avec un vaccin, on quasi-supprime la maladie. Mais comme on vaccine généralement des gens dont la grande majorité n'auraient jamais été malades, il faut quand même une méthodologie solide pour mesurer l'efficacité à grande échelle.
Ça, ce sont les sources. Le mouton que tu veux est dedans.
Donc, en définitive : si une amélioration majeure est en cours de développement, elle arrivera sur le marché avec toute la rapidité dont on est capable.
OK merci pour la réponse. C'est logique mais je n'y avais pas pensé.
Ça l'est à partir du moment où tu n'as pas envie de subir ta charge mental à devoir lire des PR, bug reports écrits (liste non exhaustive) en IA parce que c'est autorisé par exemple.
Posté par sebas .
Évalué à 6 (+4/-0).
Dernière modification le 03 septembre 2026 à 08:48.
Ceci, mais pas seulement.
Si tu fais partie d'une communauté et que tu vois que cette communauté dérive vers un chemin qui est contraire à tes convictions, et qu'en plus tu es largement minoritaire donc qu'il y a peu de chance que ta présence puisse influer sur le chemin choisi, oui, c'est tout á fait compréhensible de dire « sans moi », et ceci sans qu'on vienne te faire des leçons en démocratie du style « T'as pu voter, maintenant tais-toi, bosse et attends le prochain vote ».
Démissionner c'est combattre ? Courage fuyons !
Eh bien oui, quitter une communauté dans laquelle on s'est beaucoup investi et dans laquelle on se reconnaissait, ça demande une certaine forme de courage. Et en profiter pour dénoncer un danger que l'on croit pertinent, je ne vois rien de condamnable là dedans, ceux qui parlent de démocratie devraient se rappeler que la liberté d'expression fait aussi partie des principes de base de celle-ci.
Personnellement j'ai abandonné Debian sur le bureau (pas à cause de la politique LLM, mais parce que les paquets vieux de 42 ans, je n'en pouvais plus).
Ce post est offensant ? Prévenez moi sur https://linuxfr.org/board
# Merci Antoine
Posté par pulkomandy (site web personnel, Mastodon) . Évalué à 10 (+11/-3).
Je tenais à remercier vv221 / Antoine Le Gonidec (je sais pas si tu nous lis ici en ce moment), qui a réagi tout de suite en envoyant un mail annonçant son départ du projet. On voit que cela a été plutôt efficace au moins pour changer la façon dont le résultat du vote est annoncé par les médias.
J'espère que cela fera réfléchir du monde dans et en dehors de Debian.
[^] # Re: Merci Antoine
Posté par sebas . Évalué à 1 (+5/-6).
Tout à fait d'accord, c'est un beau message, dommage qu'il semble être isolé et que ça n'ait pas déclenché d'autres départs aussi sonores.
À ma toute petite échelle, j'ai envie du coup de passer à Devuan, mais comme ça semble un simple spin de Debian, juste débarrassé de systemd, si c'est le cas ça ne changera rien au problème.
De fait, cette décision impacte les nombreuses distros basées sur debian, c'est donc un grave évènement qui vient d'arriver. On comprendrait mieux ça de la part de Red-Hat/IBM, ou même du noyau linux (la Fondation Linux étant phagocytée par les plus grosses boîtes de la tech) que de celle d'une distro communautaire.
De fait, il semble tout à fait impossible de stopper cette néfaste avalanche LLMesque, l'ancrage de ce simulacre d'intelligence dans le monde est inéluctable, seul un rejet (ou tout au moins une suspicion) généralisé(e) pourrait mettre un peu d'ordre dans ce chaos. Au lieu de ça on ne constate qu'une acceptation massive : je vois par exemple dans mon entourage les gens accepter sans broncher les oukases du chatbot de google au lieu de chercher des contenus pointés par des liens, comme dans un proche passé. À part deux ou trois exceptions, personne dans mon entourage ne conteste ce qui sous-tend la mainmise de la pseudo-intelligence sur le monde dans une grande partie de ses aspects.
À ce sujet, un article du Monde en paywall décrit comment des boîtes développent des méthodes pour créer à l'aide des LLM des cohortes de patients numériques à partir de données médicales style french-data-hub pour tester des produits ou traitements médicaux avec un nombre réduit de patients réels, et surtout, plus rapidement qu'en 10 ans, et ainsi pouvoir gagner de l'argent plus vite et plus longtemps (le temps de validité de la licence commence avant les tests du medoc). Dans un futur finalement assez proche, le médecin ne sera qu'un bête terminal des LLM médicales.
[^] # Re: Merci Antoine
Posté par Tanouky . Évalué à 2 (+9/-7).
Bah non, ce n'est pas un beau message. Le type claque la porte à un système démocratique parce qu'il n'est pas d'accord, tu parles de la beauté d'un geste.
La réelle beauté aurait été de continuer à produire du code à la main, plus qualitatif, plutôt que faire éclater ses caprices…et d'attendre un prochain vote. Le type s'envole alors que Debian a le plus besoin de sa vision tout à fait légitime.
L'IA n'a rien d'un simulacre d'intelligence, c'est juste une manière largement prévisible de gérer une quantité incroyable de données et c'est très fonctionnel.
Je ne reviendrai pas sur la moralité des modèles actuels, je n'ai aucune raison de te contredire (oui, c'est tous des gros chiens qui méritent que la bulle éclate), mais le nouveau monde laisse le choix à chaque développeur de faire selon ses envies, moyens et conscience, et…c'est juste le choix le plus pragmatique en attendant.
[^] # Re: Merci Antoine
Posté par thoasm . Évalué à 10 (+11/-1).
C'est pas parce que c'est un projet à processus de décision collectif qu'il faut invoquer de grandes notions comme la démocratie … c'est juste un projet informatique avec des valeurs. Si les valeurs du projet ne te conviennent plus dans ce grand monde qui n'est pas en très bonne santé … faire passer le "grand monde" en premier (je pense au réchauffement climatique) et sa défense en premier, c'est totalement légitime.
[^] # Re: Merci Antoine
Posté par Misc (site web personnel) . Évalué à 10 (+10/-1).
Pourtant, en matière d'impact, le départ change pas grand chose. Pour moi, il me semble assez clair que les médias montent la sauce pour en faire soit une victoire (ce qui est pas le cas, c'est le status quo qui a prévalu) ou comme un combat moral, ce qui est pour moi toujours louche (parce que les entrepreneurs de moral sont pour moi toujours suspect). Au final, le status quo est sorti, mais comme personne n'obtient de clic avec "Debian ne change rien", c'est pas ce qui est dit.
Et il suffit de lire le titre "Debian autorise l'IA dans son code Linux, et une partie de la communauté claque la porte" en détail. Déjà, c'est pas "son code Linux" (approximation), c'est pas "l'IA" (mais l'usage des LLMs), c'est pas "autorise" (pas plus qu'avant, y a pas de changement), et "une partie de la communauté", c'est aussi vague que dire "plusieurs" pour parler de 2 à 100 000 personnes. Y a rien qui va dans le titre, mais ça choque personne de se faire manipuler par Clubic.
[^] # Re: Merci Antoine
Posté par thoasm . Évalué à 6 (+3/-0).
What ? Moi je parle juste du choix du départ, qui n'a probablement rien à voir avec Clubic. Je ne comprend pas ton message, mais bon on ne partage globalement pas les mêmes présupposés je pense.
[^] # Re: Merci Antoine
Posté par Misc (site web personnel) . Évalué à 4 (+2/-1).
Tu parles des valeurs du projet, mais le vote est assez clairement "rien ne change". Donc la seule chose qui a changé, c'est la perception du projet par le mainteneur.
Je pense qu'il savait que des gens ont des avis différents du sien, n'importe qui qui bosse sur un projet le sait et s'en accommode. Le vote n'a pas du lui apprendre grand chose. Une lecture calme et rationnel me semble indiquer que la communauté Debian ne veut pas prendre position, et que c'était sans doute trop tôt. Mais c'est pas ce qui est dit par les journaux et l’environnement médiatique (exemplifié par le titre choisi par Clubic) fait que ce désaccord est visiblement devenu tout d'un coup insupportable au point de le faire partir, et personne ne semble se poser la question du pourquoi (enfin si, je commence à me la poser, surtout après avoir lu cette article sur Ed Zitron, même si je suis d'accord avec le fait qu'il y a une bulle). Personne ne se demande ce qui pousse à l'animosité, ne s'interroge sur le mécanisme qui fait qu'on va célébrer le clash plus que le consensus. Raler sur les réseaux sociaux qui mettent en avant la confrontation commence à être une position mainstream, mais on fait pas mieux, et on devrait.
[^] # Re: Merci Antoine
Posté par thoasm . Évalué à 6 (+4/-1).
Ben il aurait aimé une autre option et n'était pas satisfait de l'existant, faut croire, c'est tout. Ça ne change pas le fait qu'il ait le droit de quitter le projet car ses valeurs ne correspondent plus aux siennes dans un environnement qui a évolué, que ce soit lui ou le projet ça ne change pas grand chose.
[^] # Re: Merci Antoine
Posté par Florent Zara (site web personnel, Mastodon) . Évalué à 5 (+3/-1).
Alors qu'il y avait des tas de choses à dire en analysant les résultats du vote. Ce qu'il y a de bien avec la méthode de Condorcet c'est que c'est plus subtile qu'un simple référendum oui/non(/blanc).
On voit, par exemple, que les deux propositions qui étaient les plus anti-IA, à savoir :
n'ont même pas passé la majorité. Ce n'est peut être pas si étonnant que cela que peu de dev debian aient suivi le fameux Antoine.
[^] # Re: Merci Antoine
Posté par raphj (site web personnel) . Évalué à 4 (+2/-0). Dernière modification le 02 septembre 2026 à 15:10.
Je pensais étudier la piste de Gentoo (que j'avais évitée quand j'ai fait mes choix il y a longtemps parce que recompiler tout chacun dans son coin, ça ne me parait pas malin écologiquement et ça n'avait pas l'air pratique, mais maintenant les binaires sont fournis) qui a une politique anti IA assez forte, ou même des BSD (en particulier NetBSD, qui a une politique vaguement anti IA pour des raisons de licences du code produit, ce qui me convainc peu personnellement).
En gardant à l'esprit que le noyau Linux lui-même est "tainted", et systemd aussi (d'ailleurs Gentoo utilise OpenRC par défaut).
… Ou Haiku, hein, pourquoi pas finalement ? :-)
[^] # Re: Merci Antoine
Posté par Eh_Dis_Mwan . Évalué à 1 (+0/-0).
haiku ? oui, ce n'est pas l'unique choix, j'ai toujours ce soucis de resolution sur virtualbox, donc je peux pas vraiment tester.
Néanmoins, sentant des conflits politiques qui pourront ternir l'avenir du noyau linux, je me suis plongé et testé différents systèmes, en plus de haiku, et ce dernier n'est pas seul sur la liste, citons :
[^] # Re: Merci Antoine
Posté par patrick_g (site web personnel) . Évalué à 2 (+1/-2).
Je ne suis pas abonné au Monde et je n'ai donc pas lu l'article linké.
Mais je suppose que le cas évident du patient qui va mourir à brève échéance et qui attends de nouveaux traitements est évoqué dans l'article ?
Accélérer la recherche médicale c'est bon pour Big Pharma mais ça peut aussi être bon pour les patients qui espèrent un traitement à une échéance plus rapide que 10 ans.
[^] # Re: Les LLM et la médecine
Posté par sebas . Évalué à 5 (+3/-0). Dernière modification le 02 septembre 2026 à 21:10.
S'il y a de la demande, je peux faire une petit journal avec une synthèse de l'article.
Pas directement, seulement implicitement ; l'article s'intéresse surtout au barrage par les agences sanitaires et comment résoudre un faible échantillonnage, par exemple cette phrase donne le ton :
Bien sûr, on ne vend que ce qui s'achète, et donc « Big Pharma », comme tu l'appelles, se doit de trouver des solutions à des problèmes existants, ce qui évidemment est bon pour ceux qui sont ciblés : beaucoup de maladies n'ont plus l'issue inéluctable qu'elles avaient.
Mais dans mon commentaire, j'étais plutôt inquiet au sujet de la merdification de la médecine : le bien-fondé à long terme de toutes les simulations de test par création de nombreux malades virtuels, et également du fait que le médecin risquait de considérer de plus en plus l'IA-gen comme un oracle, du fait qu'elle aurait accès à un immense échantillonnage de patients, qu'elle pourrait créer instantanément un patient virtuel plus ou moins équivalent à la personne en chair et en os en face du médecin (ou de son écran, le nombre des téléconsultations étant en train d'exploser) et pourrait du coup lui faire subir tout un tas de tortures virtuelles (à l'avatar, bien sûr), pouvant le faire mourir plusieurs fois suite à des traitements virtuels erronés. Du coup on en arriverait à une médecine totalement déconnectée des médecins, lesquels, dans cette vision futuriste, n'auraient plus que le rôle équivalent à celui du conducteur dans une voiture autonome : n'être présent que pour le cas de faille du système autonome.
Alors bien sûr, il y aura probablement plus (dans le sens +) de guérisons, mais en cas de traitements erronés (oui, les fameuses hallucinations), qui saura les détecter ? Et en cas de glissement de qualité des diagnostics, il n'y aura quasiment plus de médecins pour pouvoir alerter sur la dégradation de la médecine, La médecine risque de se déshumaniser, s'éloigner des humains pour tomber dans le même problème que les dev informatiques : la machine sait programmer de mieux en mieux, mais les devs capables de comprendre les masses de code généré seront de plus en plus rares. Et la formation d'un médecin est bien plus longue et complexe que celle d'un dev. Mais surtout, le dev traite avec des machine, mais le médecin avec des humains !!!
De toute façon, une médecine déshumanisée de cette façon s'éloignerait radicalement de ses fondements, d'ailleurs je vois mal une machine prêter le serment d'Hippocrate, dont voici quelques extraits (les italiques sont de moi) :
Edit : Je lis dans ce nourjal une citation de Greg Kroah Hartmann :
[^] # Re: Les LLM et la médecine
Posté par Liorel . Évalué à 5 (+3/-0).
Ça partait sans doute d'un bon sentiment, mais sur toutes tes italiques, seules celles relatives au secret médical sont universelles. Il y a un serment d'Hippocrate par fac de médecine et chacune a sa variation locale. Accessoirement, le serment d'Hippocrate fait bien, il a de la gueule, mais il n'a aucune valeur normative et le médecin thésé n'est même pas tenu de le prononcer (même si ça la foutrait vachement mal de répondre "ouais, non, flemme" à ton président de jury). Ce qui a du poids, c'est la loi. Et le RGPD comme le code de la santé publique s'appliquent dans toute leur force aux LLM, quoi qu'en disent les boîtes d'IA.
Ça, ce sont les sources. Le mouton que tu veux est dedans.
[^] # Re: Les LLM et la médecine
Posté par sebas . Évalué à 2 (+0/-0).
OK, merci pour la précision. Je croyais effectivement que ce serment avait une valeur morale plus contraignante.
[^] # Re: Les LLM et la médecine
Posté par Faya . Évalué à 4 (+2/-0). Dernière modification le 02 septembre 2026 à 21:57.
J'ai 2 maladies non-traitables dont 1 rare (en hexagone, mais pas rare dans les DOM). J'ai fait mon lot d'hospitalisations et autant j'adore la médecine (qui m'a sauvé plus d'une fois et le fera sûrement encore), autant j'abhorre les médecins hospitaliers et leur suffisance. Ce n'est qu'une anecdote mais comme par hasard ce matin je lisais ceci :
La médecine à l'hôpital est déjà déshumanisée, je l'ai vécu plus d'une fois. Je connais ma maladie génétique (vu que je ne suis né avec lol), je connais la normale de mes constantes, mon taux d'hémoglobine habituel, ce qu'est une CRP élevée… mais plus d'une fois les médecins ont tout simplement refusé de me donner ces infos à l'hôpital : "Ça ne sert à rien, vous ne comprendrez pas". Sinon j'ai dû littéralement arracher la poche à une infirmière qui allait me perfuser avec des anti-inflammatoires (j'y suis allergique) parce qu'elle ne me disait pas ce qu'elle branchait dessus.
B R E F tout ça pour dire que si c'est un robot qui me traite, qu'il écoute ce que je dis et répond à mes questions, ça me va. Si en prime les LLM aident à trouver des traitements plus rapidement (comme visé par cette étude par exemple) je prends aussi.
[^] # Re: Les LLM et la médecine
Posté par Liorel . Évalué à 3 (+1/-0).
Sauf que :
Pour le 1, j'y ai répondu plus bas. Quand on simule des patients, fût-ce par IA ou via n'importe quelle méthode plus ou moins complexe, on se retrouve toujours, in fine, avec des « patients » qui correspondent à nos hypothèses de simulation. Et on ne peut pas ne pas faire d'hypothèse, puisque faire un modèle, c'est implicitement ou explicitement faire des hypothèses. Or on ne peut pas faire un modèle basé empiriquement sur une connaissance pas encore acquise. Donc on fait du pifomètre, et on compare le traitement à ce pifomètre.
Pour le 2, il suffit de faire un logiciel de dossier patient avec des données structurées. Une case où tu saisis tes allergies, une case où tu saisis les traitements déjà en cours, une case avec les antécédents, et tout nouveau traitement ou acte est comparé à un moteur de règles et s'allume en rouge si un conflit est détecté, avec un joli message du type : « Vous allez donner de l'amoxicilline à un patient présentant une allergie documentée, veuillez taper MERCI JE SAIS CE QUE JE FAIS avant de continuer ». Sauf que c'est pas fait. Parce que les médecins, en France, saisir les dossiers médicaux de façon structurée, ça leur passe au-dessus de la tête, ils préfèrent taper au kilomètre et ils se fient à leur cerveau. Tu as pas besoin d'une IA, juste de bien ranger tes données (pro tip : c'est pas du tout spécifique de la médecine).
Et oui, tu as tout à fait raison, il faut que les médecins descendent de leur piédestal, ça leur fera du bien. Il n'y a aucune honte à admettre que le patient puisse avoir raison ou faire une suggestion utile. J'ai un jour envoyé ma copine aux urgences, elle a dit "mon mec pense que j'ai une pyélonéphrite", on ne lui a pas demandé si j'étais médecin. On lui a répondu "Eh ben il a raison", et ensuite, quand elle a relu l'ordonnance et demandé où était l'antibio, elle a eu des excuses de l'interne. La difficulté qui se pose, c'est surtout le patient qui appelle et qui fournit un diagnostic sans répondre aux questions qui permettraient de le différencier d'autres diagnostics. Tu sais reconnaître un infarctus ? Cool. Comment tu différencies un infarctus d'une embolie pulmonaire ? Non parce que si je t'envoie en coronarographie sans traiter ton EP on risque d'avoir un souci.
En résumé :
Par contre, ça marche dans les deux sens. Jamais, jamais, je ne réponds à un patient "vous n'êtes pas médecin, taisez-vous". Par contre, "votre médecin traitant vous a prescrit une coproculture, que vous n'avez pas réalisée, je suis donc dans l'incapacité de connaître le germe qui vous a donné une TIAC et lui-même est dans l'incapacité de vous traiter efficacement", c'est tous les jours. Parce que malheureusement, le patient qui arrive avec son diagnostic, il arrive aussi avec sa certitude que lui n'a pas besoin d'examens complémentaires tellement son diagnostic est évident.
Ça, ce sont les sources. Le mouton que tu veux est dedans.
[^] # Re: Les LLM et la médecine
Posté par Faya . Évalué à 2 (+0/-0).
Ben je suis d'accord avec tout ce que tu écris et je n'ai pas tellement l'impression que ça me contredise. Alors oui pour l'origine du débat (dont je n'ai pas parlé) tu remets les choses à leur place : à terme va falloir passer par de vrais patients et si on doit accélérer, on saura accélérer. Merci pour ça.
L'exemple d'utilisation de LLM que j'ai donné ça n'est pas exactement la même chose. Ils ne cherchent pas à sauter l'étape essai thérapeutique mais à tester de nouvelles molécules sur des cellules virtuelles (à partir de l'expression de leurs gènes, l'ADN se prêtant assez bien à la manipulation par Large Language Model). Et comme
sebasparlait de "médecine déshumanisée", celle à laquelle j'ai à faire l'étant déjà pas mal, je dis que mettre un robot à la place ne me dérangerait pas. Laissons les demi-dieux qui ne veulent pas parler aux mortels dans leur tour pour faire l'entraînement des robots et le "reinforcement learning".[^] # Re: Merci Antoine
Posté par Liorel . Évalué à 10 (+8/-0).
'Fin le plus rapide pour ton patient c'est de l'inclure dans un essai thérapeutique. S'il y a un essai, il faut l'inclure dedans, pas simuler des données.
Parce que bon, on parle d'effondrement de modèle, mais c'est pas une problématique de LLM, c'est une problématique de toute analyse de données, dont il se trouve que le réseau de neurones est un cas particulier. Simuler des patients, fût-ce avec un réseau de neurones, c'est juste une méthode pour mettre de la jolie techno autour de "j'ai pas essayé mais t'inquiète je suis sûr ça marche". Bah non. Si ça marche, tu le donnes à des vrais patients et tu le prouves. Les cimetières sont remplis de gens qui ont pris des médicaments dont on était sûrs qu'ils allaient marcher.
Alors, est-ce que ça prend 10 ans ? Eh bah ça dépend. On peut grossièrement dichotomiser : il y a les progrès marginaux et les game changers. Le dernier game changer que j'ai en tête, c'est contre la mucoviscidose, mais celui que je connais le mieux, c'est contre l'hépatite C. En gros, on n'avait pas grand chose contre l'hépatite C, on avait un traitement à base d'interféron, ça marchait à environ 50% (moins sur certaines souches virales), c'était 6 mois à un an de traitement, ça rendait dépressif, les patients mouraient par suicide (véridique). À côté de ça, une hépatite C non traitée, c'était 10 à 20 ans d'évolution chronique avant de finir en cirrhose et décès par insuffisance hépatique ou cancer.
Et puis est arrivé un traitement miraculeux. Qui te guérit une hépatite C à tous les coups, en 15 jours, avec peu d'effets secondaires.
Bon ben je te fais pas un dessin : l'essai clinique, il a pas pris 10 ans. Quand l'efficacité est majeure, t'inquiète pas, c'est vite plié. Autant les labos que les autorités veulent une mise sur le marché rapide. Et surtout, quand ton médicament marche du feu de dieu, les données mettent pas 10 ans à arriver. Parce que tu as pas besoin de recruter 1 million de patients pour faire des stats. Cas extrême : si demain je découvre un traitement qui guérit la rage sans effets secondaires, j'aurai besoin de recruter exactement 1 patient dans mon essai clinique, et ça sera pas dans le groupe contrôle. Parce que la rage, avec le meilleur traitement actuel, ça reste 100% de létalité et tout le monde le sait.
Après tu as les améliorations marginales. Souvent par amélioration de l'existant. On va tester une nouvelle manière de combiner chirurgie, radiothérapie et chimiothérapie. On va gagner 6% de mortalité à 5 ans, c'est déjà ça. Ça, oui, ça prend du temps. Mais faut être réaliste : personne n'espère avec insistance une amélioration mineure.
Donc, en définitive : si une amélioration majeure est en cours de développement, elle arrivera sur le marché avec toute la rapidité dont on est capable. Si on a besoin de stats poussées, sur des milliers de patients, alors c'est que l'amélioration n'est pas si urgente, et inventer des données ne changera rien au problème et pourrait même l'aggraver.
Ça, ce sont les sources. Le mouton que tu veux est dedans.
[^] # Re: Merci Antoine
Posté par Renault (site web personnel) . Évalué à 6 (+3/-0).
J'aurais pensé que tu aurais évoqué le COVID. :D
En fait je suis étonné de cette approche par la simulation en l'état actuel des choses.
Le corps humain étant une grande usine chimique organique qui tourne H24 et dont de nombreuses choses restent à découvrir, je vois mal en quoi la simulation permettra de détecter une interaction non souhaitée entre le médicament et une autre partie du corps qui n'a rien à voir, ou encore s'assurer du bon absorption, la bonne tolérance du traitement malgré une alimentation, activité physique, rythmes ou métabolisme différents avec juste de la simulation.
À la fin il faut faire le test sur un patient et évaluer l'effet ce qui prend du temps selon les maladies considérées.
[^] # Re: Merci Antoine
Posté par Liorel . Évalué à 3 (+1/-0).
J'y avais pensé, et le sujet a été superbement traité par gouttegd
Et puis j'y ai réfléchi et je me suis dit que c'était pas un super exemple de game changer. Le SARS-CoV-2 mute tout le temps, le vaccin doit constamment être remis à jour, du coup l'efficacité vaccinale en pâtit : ça reste une bonne idée de se faire vacciner, mais on est pas de l'ordre du quasi 100% d'efficacité qui fait un game changer. C'est une particularité de la vaccinologie d'ailleurs : comme on vaccine généralement des personnes en bonne santé, on améliore à la marge la survie de chacun, et on a quand même besoin de stats, alors même que beaucoup de vaccins sont extrêmement efficaces, avec des efficacités qui dépassent souvent les 95%, un taux qui ferait rêver n'importe quel médecin confronté à de la maladie chronique.
En résumé : avec un vaccin, on quasi-supprime la maladie. Mais comme on vaccine généralement des gens dont la grande majorité n'auraient jamais été malades, il faut quand même une méthodologie solide pour mesurer l'efficacité à grande échelle.
Ça, ce sont les sources. Le mouton que tu veux est dedans.
[^] # Re: Merci Antoine
Posté par patrick_g (site web personnel) . Évalué à 4 (+1/-0).
OK merci pour la réponse. C'est logique mais je n'y avais pas pensé.
[^] # Commentaire supprimé
Posté par François Chaix (Mastodon) . Évalué à 2 (+0/-0). Dernière modification le 03 septembre 2026 à 11:29.
Ce commentaire a été supprimé par l’équipe de modération.
[^] # Re: Merci Antoine
Posté par François Chaix (Mastodon) . Évalué à 2 (+0/-0).
[réponse à supprimer, j'ai mal lu et je réponds à côté.]
[^] # Re: Merci Antoine
Posté par David Demelier (site web personnel) . Évalué à 2 (+3/-3).
+1
Merci pour ce combat.
AI is a mental disorder
[^] # Re: Merci Antoine
Posté par YBoy360 (site web personnel) . Évalué à 3 (+2/-1).
Démissionner c'est combattre ? Courage fuyons !
[^] # Re: Merci Antoine
Posté par David Demelier (site web personnel) . Évalué à 2 (+1/-1).
Ça l'est à partir du moment où tu n'as pas envie de subir ta charge mental à devoir lire des PR, bug reports écrits (liste non exhaustive) en IA parce que c'est autorisé par exemple.
AI is a mental disorder
[^] # Re: Merci Antoine
Posté par sebas . Évalué à 6 (+4/-0). Dernière modification le 03 septembre 2026 à 08:48.
Ceci, mais pas seulement.
Si tu fais partie d'une communauté et que tu vois que cette communauté dérive vers un chemin qui est contraire à tes convictions, et qu'en plus tu es largement minoritaire donc qu'il y a peu de chance que ta présence puisse influer sur le chemin choisi, oui, c'est tout á fait compréhensible de dire « sans moi », et ceci sans qu'on vienne te faire des leçons en démocratie du style « T'as pu voter, maintenant tais-toi, bosse et attends le prochain vote ».
Eh bien oui, quitter une communauté dans laquelle on s'est beaucoup investi et dans laquelle on se reconnaissait, ça demande une certaine forme de courage. Et en profiter pour dénoncer un danger que l'on croit pertinent, je ne vois rien de condamnable là dedans, ceux qui parlent de démocratie devraient se rappeler que la liberté d'expression fait aussi partie des principes de base de celle-ci.
[^] # Re: Merci Antoine
Posté par devnewton 🍺 (site web personnel) . Évalué à 3 (+0/-0).
Le combat continue avec d'autres distribs.
Personnellement j'ai abandonné Debian sur le bureau (pas à cause de la politique LLM, mais parce que les paquets vieux de 42 ans, je n'en pouvais plus).
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