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: Le DRM ne fonctionne pas, et on le savait.

Posté par Yusei (). Modéré le 23 septembre 2004.
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« Nous vous avons menti. »

C'est ainsi que commence une (fausse) lettre ouverte de l'industrie informatique à l'industrie des loisirs. « Nous vous avons dit que les micro-paiements et la protection du contenu allaient fonctionner. Que vous pourriez facturer de minuscules sommes d'argent quand quelqu'un écouterait votre musique ou regarderait votre film. Nous vous avons dit des contre-vérités dont nous savions parfaitement qu'elles ne fonctionneraient jamais »

Cette lettre humoristique s'inspire du discours de Cory Doctorow (auteur de SF et membre de l'EFF) donné en juin 2004 chez Microsoft, rien que ça (extrait traduit en deuxième partie de la dépêche).

NdM : DRM pour Digital Rights/Restrictions Management, les mesures techniques de contrôle des oeuvres numériques

> Lire la suite (66 commentaires, moyenne: 3,4).   [dépêche : 4067 caractères]

Traduction de la lettre ouverte:

Chers producteurs et possesseurs de contenu:

Nous vous avons menti. Pendant l'âge d'or des années 80 et 90, nous vous avons dit que les micro-paiements et la protection du contenu allaient fonctionner. Que vous pourriez facturer de minuscules sommes d'argent quand quelqu'un écouterait votre musique ou regarderait votre film. Nous vous avons dit des contre-vérités dont nous savions parfaitement qu'elles ne fonctionneraient jamais - après tout, nous ne les aurions jamais utilisées nous-mêmes. À la place, nous avons écrit des choses comme Kazaa et Gnutella, et d'autres logiciels de P2P maléfiques pour obtenir vos trucs gratuitement.

Nous vous avons dit ces choses pour que vous financiez ce que nous voulions vraiment construire, et pas ce que vous auriez voulu qu'il soit construit. Nous savions depuis le début que les modèles de DRM ne fonctionnaient pas, et nous savions que tout ce que nous pouvions créer, nous pouvions aussi le contourner. Nous ne nous en soucions plus, car votre argent nous a rendu plus importants que vous.

Regardez nous: chaque année, nous obtenons plus des jeux vidéos que la valeur de toute votre industrie. Comment faisons-nous cela ? Nous aimons nos clients. Nous ne les traitons pas comme des criminels potentiels, et nous n'essayons pas de faire que nos produits fassent moins de choses. Nous inventons de nouvelles choses, comme des jeux de rôle en ligne, d'où l'argent ne vient pas de la duplication de bits (qui ne peut être stoppée, peu importe vos idées de DRM) mais de l'apport de sensations que les gens recherchent.

Nous avons vu que vous étiez vieux et faibles. Alors nous en avons tiré avantage: nous vous avons dit ce que vous vouliez entendre afin de pouvoir vous démolir vingt ans plus tard. Certains de nous vous ont dit que le futur serait interactif. Qu'avez-vous fait ? Vous avez commencé à réfléchir à la manière de faire des films interactifs (CD-I, quelqu'un ?), ce qui ne correspondait pas à la vraie signification, pendant que nous écrivions des jeux et que nous essayions de comprendre les nouveaux médiums, et pas comment les adapter à de vieux concepts.

Nous vous avons menti. Et nous nous en excusons, mais c'était pour le meilleur. C'est pourquoi nous ne sommes pas le moins du monde désolés.

Signé: l'Industrie Informatique

Extrait du (long) discours de Cory Doctorow:

[Résumé de la cryptographie à clé secrète. Dans ce type de cryptographie, l'algorithme est public et, tant que la clé reste connue uniquement d'Alice et de Bob, le message chiffré peut tomber entre les mains d'un attaquant (Carole) sans risque. La sécurité repose sur le fait que l'attaquant possède l'algorithme, le texte, mais pas la clé.]

Maintenant, appliquons cela au DRM.

Avec le DRM, l'attaquant est aussi le receveur. Ce n'est pas une histoire entre Alice, Bob et Carole, c'est juste entre Alice et Bob. Alice vend un DVD à Bob. Elle vend un lecteur de DVD à Bob. Le DVD contient un film, disons "Pirates des Caraïbes", et il est chiffré avec un algorithme appelé CSS, ("Système Mélangeur de Contenu"). Le lecteur de DVD contient un "démélangeur" de CSS.

Maintenant, résumons ce qui est le secret, ici. L'algorithme de chiffrement est bien connu. Le texte chiffré est assurément entre les mains de l'ennemi, arrr. Et alors ? Aussi longtemps que la clé est inconnue de l'attaquant, tout va bien.

C'est là qu'est le truc. Alice voudrait que Bob lui achète "Pirates des Caraïbes". Bob va acheter "Pirates des Caraïbes" seulement s'il peut déchiffrer sur son lecteur de DVD le VOB (video object) chiffré par le CSS. Dans le cas contraire, le disque ne sera utile à Bob qu'en tant que sous-verre. Alors Alice doit donner à Bob, l'attaquant, la clé, l'algorithme et le texte chiffré.

Un fou-rire s'en suit.

Note

Le premier texte, ainsi que les traductions, sont sous licence [Creative Commons] Attribution-ShareAlike. Cory Doctorow place son texte dans le domaine public.

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Note : les commentaires appartiennent à ceux qui les ont postés. Nous n'en sommes pas responsables.

mouaich

Posté par TImaniac (page perso, ) le 23/09/2004 à 19:42. (lien). Évalué à 4.

J'ai du mal à comprendre la position prise pour l'industrie des jeux vidéos...
nous n'essayons pas de faire que nos produits fassent moins de choses
ben sans déconner, leur durée de vie est de plus en plus faible (jeux vidéos)

Nous ne les traitons pas comme des criminels potentiels
Ben voyons, c'est pour celà que 90% des jeux du marchés sont protégés par une "protection anti-piratage" à 2 balles tout aussi facile que les DRM à contourner...

Franchement cette lettre est censé être humoristique mais elle ne m'a pas fait beaucoup rire, elle a beau être sous une licence Creative Commons, son contenu n'a pas beaucoup d'intérêt et énonce des vérités connues de tous. Il ne suffit pas de le vouloir pour être drôle.

Linux will do it ;-)

Posté par Jean-Christophe Berthon (page perso, ) le 23/09/2004 à 21:22. (lien). Évalué à 7.

Excusez-moi le titre anglais, il signifie : Linux le fera.
C'est en réponse à la dernière affirmation de la longue lettre vraiment intéresante (elle ne dit rien de nouveau, mais elle dit tout haut ce que chacun de nous pense et n'a pas l'occasion de prononcer en dehors des cercles d'amis ou collègues)

"Go build the record player that can play everyone's records.
Because if you don't do it, someone else will."

Ce qui veut dire "Aller contruire le lecteur de musique qui peut jouer n'importe quelle musique. Parce que si vous ne le faites pas, quelqu'un d'autre le fera."
C'est un peu sorti hors contexte, mais c'était une sorte de parallèle à Sony et son premier magnétoscope qui permettait d'enregistrer n'importe quel film à la télé. L'auteur pense que si Sony ne l'avait pas fait à cause de la pression des Majors du cinéma, quelqu'un d'autre l'aurait fait et aurait sucré tout ce business.
Dans le cas de la musique et des DVD, le quelqu'un d'autre risque bien d'être Linux avec son DeCSS et son iTunes Fair Play (les deux de DVD Jon), etc. Avec notre Linux, on peut jouer bon nombre de film ou musique à notre envie... :-)

J'espère (pour Linux) que Microsoft ne suivra pas l'avis de cette personne, mais il faudra malheureusement une grosse compagnie comme eux pour faire bouger l'industrie du cinéma et de la musique pour faire changer les mentalités et le "business"...

Jean-Christophe

Sur le DRM ...

Posté par Matthieu Moy (page perso, ) le 23/09/2004 à 21:39. (lien). Évalué à 10.

Ben moi, le discour de Doctorow ne me fait pas rire.

Tant qu'on reste dans le monde du logiciel, ou on peut étudier l'executable que l'on execute (c'est pas toujours facile quand c'est un binaire, mais c'est toujours "possible"), le discour est parfaitement valable. C'est comme ça d'ailleurs que CSS a été cracké, la clé privée étant distribuée avec le lecteur vidéo ...

Maintenant si on ajoute un support par le matériel, la clé secrete est *dans* une puce, et elle y reste. Il reste toujours la possiblité de passer par de l'analogique, mais pour faire une copie numérique, c'est *beaucoup* plus difficile de faire le décryptage.

Bien sur, il y aura toujours un mec sur terre qui aura à la fois 1) du super bon matériel de son/vidéo analogique 2) internet 3) un client P2P, donc, ça n'empêchera personne de se procurer les oeuvres sur internet, en qualité très raisonnable. Par contre, je pense qu'un bon "marketeux" pourra facilement vendre le concept aux majors et aux gouvernements qui votent les EUDC, DMCA, ...

Bref, le fait que les DRM softs ne marchent pas est en train de servir de prétexte pour la mise en place de DRM avec support du hardware.

C'est la que le Linuxien/BSDiste/ajouter-ici-votre-système-alternatif se fait ba*ser : Le principe même du DRM via NGSCB ou TCPA, c'est de n'autoriser que les applications signées à accéder au contenu protégé. Pour être certifiée, il faut que l'application n'ai pas la fonctionalité "sauvegarder une copie en clair", et donc forcément, qu'on ne puisse pas la rajouter. Pour quelqu'un qui veut faire un logiciel libre qui accède au contenu, on oublie : L'auteur pourra faire signer certaines versions particulières du logiciel, mais si l'utilisateur s'amuse à modifier le logiciel, ou bien à le recompiler avec d'autres options, paf, la signature n'est plus bonne, le soft n'a plus accès au contenu. Pour quelqu'un qui veut faire un logiciel non libre, techniquement, c'est faisable, mais politiquement, à la place de l'éditeur du logiciel, j'aimerais que çe soit moi qui décide si mon logiciel a le droit ou non de lire tel ou tel contenu. Avec les brevets, les grosses boites ont déjà des possiblités légales pour empêcher les concurents de faire des logiciels compatibles, et on va vers un système ou il y aura aussi de très bons moyens techniques.

En bref, l'interopérabilité avec certains logiciels propriétaires est déjà un problème aujourd'hui, mais si NGSCB ou équivalent se met en place, ça sera *nettement* pire demain.

Ca n'empêchera pas les gens de télécharger leurs DVD sur Kazaa pour les raisons évoquées plus haut, mais pour le mec qui ne veut pas passer par Kazaa, mais qui veut lire son DVD tranquilement, ça va être très chiant.

Très bien, mais

Posté par blackshack (page perso, ) le 24/09/2004 à 02:18. (lien). Évalué à 4.

mais quid de la vf (je parle du discourds de Doctorow)? il donne lien pour la version en différentes langues, mais pas en français, si on veut le diffuser, il faudra un peu y mettre du sien,non?
Qui s'y colle?? (moi cela ne me pose pas de problème pour le lire en vo, mais de là à pouvoir le traduire d'une bonne facon pour des tierces personnes...... ehu non. (je veux bien discuter dessus pour critiquer une traduction ca oui je sais faire, mais bon)

Pour revenir au contenu, c très bien construit comme discours. Les examples utilisés sont de plus très en rapport avec les acteurs actuelles, et leur mettent bien le nez dans leur conneries passèes, présentes et malheuruesement futures...
Il y a juste une faute il me semble -un détail- sur le nom du détenteur de l'ayant-droit sur "My Way" lorsqu'il prend l'exemple de Sid Vicious. C'est pas le bon non? (allez, chercher dans le textes maintenant ca vous obligera à le lire si vous ne l'avez pas déjà fait)

De la supériorité de l'humour et du nombre.

Posté par xavier philippon () le 24/09/2004 à 08:29. (lien). Évalué à 7.

L'avantage de ce type de textes, c'est qu'il permettent d'asséner des vérités insupportables autrement.
Affirmer haut et fort aux majors que nous n'avons rien à faire de leurs moyens de protection est un acte légalement risqué. Le faire sur le ton humoristique, assure d'un part, une bonne protection légale et d’autre part, la diffusion rapide du message.

De fait, si personne ne respecte le DRM, il finira par tomber en désuétude. Les jugements sont souvent rendus par un jury populaire. Si dans ses membres les deux tiers considèrent que le DRM est une aberration ou qu’eux même copient allègrement des CD, des DVD ou autres supports protégés, il y a fort à parier que la sanction sera symbolique.

Pour finir je me permet de faire un parallèle avec une vieille affaire. Il y a une vingtaine d’années, la CB est arrivé en Europe. Elle utilisait la bande des 27 MHz déjà attribuée aux radio-modéliste en France et dans quelques autres pays d’Europe. Je ne vous explique pas le problème quand en plein coeur d’un meeting aérien un abruti allumait sa CB et que des avions se sont carrément plantés dans la foule des spectateurs. Ainsi, les titulaires légaux se sont vu interdire de faire voler leur modèle et les CiBistes ont continué « presque » impunément à émettre dans les 27 MHz. En effet ils étaient déjà trop nombreux et les camionneurs qui s’étaient emparés de cet outils bien pratique n’étaient pas prêt à le lâcher. En fin de compte, les pouvoirs publiques ont du libérer la bande des 41 MHz et l’attribuer aux modélistes.

Bref, la loi du plus fort, les majors, a de forte chances de céder devant la loi du nombre !

C'est louche

Posté par VoixOff () le 24/09/2004 à 13:17. (lien). Évalué à 1.

Vous ne trouvez pas que TCPA (ou peu importe son nom officiel) fait un peu trop peu (!) parler de lui après une période de monopilisation de l'antenne ?

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