• # Le problème des usages

    Posté par  . Évalué à 7 (+5/-0).

    Le premier commentaire est excellent et je le reproduirais in extenso si je n'avais pas peur des questions de droit d'auteur. Je le complèterais cependant en faisant remarquer que la "dématérialisation" d'un service s'accompagne souvent d'une dépersonnalisation, au sens où on réalise d'importantes économies de personnel en reportant en réalité le travail sur le client ou l'usager. Il s'ensuit un paradigme où l'usager, en lieu et place de droits, a surtout des contraintes pour faire valoir ces droits.

    Je note aussi que, si les jeunes n'ont jamais été aussi connectés aux applis, ils n'ont jamais été aussi déconnectés du support, et même de certains concepts fondamentaux en informatique (comme la notion de fichier).

    En effet, sous Linux, et depuis Unix, on est habitués au paradigme "tout est fichier". Ça reste assez vrai sous Windows. Mais sur un smartphone, le paradigme devient "tout est usage". À aucun moment, l'utilisateur d'un smartphone n'a besoin de s'intéresser au nom d'un fichier ou à l'arborescence du système de fichier. Tout est passé de façon transparente d'une appli à l'autre et cette transparence a un coût : elle ne sensibilise pas l'utilisateur à la nature des objets informatiques sous-jacents, ni, par ricochet, aux questions centrales de qui a la donnée et qu'est-ce qu'il peut en faire.

    J'ai par exemple sur mon téléphone une application qui fait calculatrice scientifique, avec des fonctions usuelles comme log, sin, cos, élévation à une puissance quelconque et évaluation d'expression complexes comme 5^{\frac{2}{ln 3}}. Cette application n'a aucun besoin de se connecter à Internet, tout est calculé en local. Mon premier réflexe a donc été de lui couper l'accès au réseau via l'OS, par sécurité. Mais pour être capable de tenir ce raisonnement, encore faut-il être capable de raisonner en termes de qui a quelles données et que peut faire un programme sans l'afficher. Et ça, aucune appli moderne pour téléphone ne permet de le comprendre si on ne l'a pas appris par ailleurs.

    Ça, ce sont les sources. Le mouton que tu veux est dedans.

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