Sommaire
- Le parc réel des gens, vu de l'intérieur
- Les trois réponses honnêtes possibles
- Ce que j'installe, et pourquoi
- Ce qui marche sans discussion
- Ce qui coince vraiment (parce qu'il faut le dire aussi)
- Une fenêtre qui ne restera pas ouverte longtemps
Bonjour à tous,
Je suis dépanneur informatique indépendant au Mans (FIX72) : j'interviens à domicile chez des particuliers — beaucoup de retraités — et dans de petites entreprises de Sarthe. Depuis la fin du support de Windows 10, je vois passer chaque semaine des machines parfaitement fonctionnelles que leurs propriétaires pensent bonnes à jeter. Ce journal est un retour d'expérience sur ce que je constate sur le terrain, et sur la place que Linux y prend (ou pas). Je ne prétends à aucune vérité générale : c'est du vécu, avec ses biais.
Le parc réel des gens, vu de l'intérieur
Ce qui arrive sur mon établi ou que je vois dans les salons, ce sont surtout des machines de 2012 à 2017 : des Core i3/i5 de génération 3 à 7, 4 à 8 Go de RAM, très souvent encore sur disque dur mécanique. Des tours de marque, des portables 15 pouces achetés en grande surface. Rien d'exotique.
Presque toutes ont un point commun : Windows 11 les refuse, officiellement pour une histoire de TPM 2.0 ou de processeur non supporté. Et leurs propriétaires ont vu la notification de fin de support, sans toujours comprendre ce qu'elle implique. La question qu'on me pose est toujours la même : « je suis obligé d'en racheter un ? »
Les trois réponses honnêtes possibles
Quand on me pose la question, je présente trois options, avec leurs inconvénients :
- Rester sous Windows 10 en connaissance de cause. C'est ce que beaucoup font par défaut. Sans mises à jour de sécurité, pour quelqu'un qui fait sa banque en ligne dessus, ça me met mal à l'aise, et je le dis clairement.
- Racheter une machine. Parfois c'est la bonne réponse (portable en fin de vie mécanique, besoin réel de Windows récent). Mais pour un usage web + mail + bureautique + photos, remplacer un i5 avec SSD qui fonctionne, c'est du gâchis pur.
- Passer sous Linux. C'est l'option que je propose de plus en plus souvent, et c'est de ça que je veux parler ici.
Ce que j'installe, et pourquoi
Après pas mal d'essais, je me suis stabilisé sur Linux Mint (Cinnamon quand la machine suit, XFCE en dessous de 8 Go ou sur les CPU les plus modestes). Les raisons sont prosaïques :
- le bureau ressemble à ce que les gens connaissent : menu en bas à gauche, icônes, fenêtres. Pour quelqu'un de 75 ans qui a mis dix ans à apprivoiser Windows 7 puis 10, c'est décisif ;
- le gestionnaire de mises à jour est compréhensible par un non-informaticien ;
- la base Ubuntu LTS me garantit du support long et une doc francophone abondante quand le client (ou son petit-fils) cherche une réponse.
Couplé à un SSD si la machine n'en a pas encore (c'est la transformation la plus spectaculaire, quel que soit l'OS), le résultat est une machine réactive, silencieuse, qui redémarre en trente secondes. Les gens n'en reviennent pas que ce soit « le même ordinateur ».
Ce qui marche sans discussion
Sur l'usage réel de mes clients — navigation, mail, visio avec les petits-enfants, LibreOffice, photos, impression standard — ça fonctionne, tout simplement. Firefox est Firefox. La visio passe dans le navigateur. LibreOffice ouvre les fichiers Word qu'on leur envoie. Les imprimantes récentes des grandes marques s'installent souvent plus facilement que sous Windows.
Le retour que j'ai après quelques semaines est presque toujours le même : « je ne vois plus la différence », ce qui est, à mon sens, le plus beau compliment qu'un système puisse recevoir de ce public.
Ce qui coince vraiment (parce qu'il faut le dire aussi)
Je ne veux pas vendre du rêve, ce journal n'aurait aucun intérêt :
- le matériel marginal : certains combos wifi Broadcom sur de vieux portables, des multifonctions un peu anciennes dont le pilote constructeur n'existe qu'en .exe, des scanners de plus de dix ans. Ça se contourne souvent, mais pas toujours, et il faut le vérifier avant de formater ;
- les logiciels métier ou de niche : le logiciel de comptabilité Windows-only, le jeu du petit dernier, la vieille suite de généalogie. Wine dépanne parfois, mais je ne le propose jamais à quelqu'un qui ne saura pas se dépanner ensuite ;
- les habitudes, plus que la technique. Le vrai risque d'échec n'est presque jamais dans le matériel : il est dans l'accompagnement. Une migration réussie chez un senior, c'est une heure d'installation et deux heures de pédagogie — refaire ensemble les gestes du quotidien, recréer les raccourcis, réexpliquer où sont « ses » photos. Quand cette partie est bâclée, la machine revient sous Windows dans le mois.
Une fenêtre qui ne restera pas ouverte longtemps
Ce que je retiens de ces derniers mois : la fin de Windows 10 est probablement la plus grosse occasion de faire découvrir le libre au grand public depuis longtemps. Des millions de machines fonctionnelles, un blocage artificiel côté éditeur, et des utilisateurs qui, pour la première fois, sont demandeurs d'une alternative — non par militantisme, mais par bon sens économique et écologique.
Mais cette fenêtre suppose des relais humains de proximité : associations locales, repair cafés, ateliers d'initiation, famille… et, oui, des professionnels. Un utilisateur seul devant un ISO ne franchira pas le pas ; accompagné, il le franchit sans drame dans la grande majorité des cas que je rencontre.
Je suis curieux d'avoir vos retours : ceux qui accompagnent aussi ce public (en asso, en famille, en pro), observez-vous la même vague depuis la fin du support ? Et vous stabilisez-vous aussi sur Mint, ou d'autres choix (Debian + GNOME simplifié, Zorin, autre) tiennent-ils mieux la route chez vous sur la durée ?
# La facture ?
Posté par martoni (site web personnel, Mastodon) . Évalué à 4 (+2/-0).
Merci pour ce super journal rafraîchissant :
Oui Linux est prêt pour le Desktop \o/
Par contre passer 1 à 3 heures avec un client ça a un coût. Par curiosité tu factures combien ce genre de prestation ? Est-ce que tu as droit au bonus réparation ?
J'ai plus qu'une balle
# mon expérience
Posté par jseb . Évalué à 2 (+0/-0).
Mon père s'était installé une Ubuntu sur son ancien portable suite à des problèmes avec windows 10. Il en était content, et s'est même amusé à scripter un peu.
Son portable a fini par claquer pour de bon. Il en a racheté un autre et a laissé Windows 11 dessus (la vente liée, cette misère).
Bien que tout a fait compétent en informatique, ce n'est clairement pas une passion. Je dirais même qu'il n'aime pas ça: tant que ça fonctionne, ça lui convient.
J'ai installé il y a 15 ans une archlinux pour ma mère, avec lxde comme bureau.
Il y avait le strict minimum: firefox pour la banque, thunderbird pour le mail, et une icone « AU SECOURS ! » qui établissait une liaison avec moi pour la dépanner (ça a dû servir une fois).
Elle en était très contente, elle trouvait ça bien mieux que windows et ses mises à jour qui bloquaient le PC quand elle voulait aller se coucher (PC utilisé surtout le soir).
Elle s'en servirait encore si elle le pouvait.
Le reste de la famille est soit passé sous Mac, soit reste sous Windows, soit a racheté du nouveau matériel et remisé/jeté l'ancien. Linux ? Pouah ! Si c'est gratuit, c'est que c'est pourri. Bien entendu, je ne dépanne pas ces gens là :)
Discussions en français sur la création de jeux videos : IRC libera / #gamedev-fr
[^] # Re: mon expérience
Posté par Falq . Évalué à 1 (+1/-0). Dernière modification le 06 juillet 2026 à 16:06.
Installer Arch pour maman, j'aurai pas osé !
Mais je plussoie le comportement type que je vois aussi des gens quand ils changent leur PC ensuite.
Même si leur expérience sous Linux a été bonne, j'entends systématiquement le classique "Oui, mais la flemme, ça marche bien comme ça aussi, sans rien faire" avec le tout nouveau PC Windows 11.
Finalement, Linux, c'est peut-être leur roue de secour maintenant, mais rien de plus.
# Retour perso
Posté par Falq . Évalué à 1 (+1/-0).
D'abord, merci pour ce journal simple et efficace.
Mon petit retour perso en temps qu'"expert" désigné de mon entourage dès qu'un bidule a un écran et des boutons…
Je préconise aussi Linux Mint aux non initiés pour les même raisons. Ça "marche" juste, avec plein de docs. Quelqu'un de légèrement débrouillard est capable de se s'en sortir seul.
Pour Debian, même si perso, pour un petit serveur, j'aime bien, j'ai déjà tenté (LMDE en fait) pour un laptop non compatible Windows 11 de quelqu'un qui joue un peu et finalement, je ne le ferai plus. Le problème était juste la version du driver GPU (NVIDIA) fourni par les dépôts trop ancienne, un jeu ne voulais pas ce lancer… Rien d'insurmontable, mais je veux pas avoir à faire du sav tous les week-end pour des trucs du genre. Après, même s'il y a du mieux aujourd'hui, les jeux nécessites parfois des bidouilles voir sont totalement non fonctionnel (merci les anti-cheats).
Au final, pour Mr/Mme tout le monde, une Linux Mint (Ubuntu) a des dépôts bien fournis et assez à jour avec un WM plutôt classique. Ça répond à presque tout le monde.
Envoyer un commentaire
Suivre le flux des commentaires
Note : les commentaires appartiennent à celles et ceux qui les ont postés. Nous n’en sommes pas responsables.