Journal Roman - Entre les mailles

Posté par (page perso) . Licence CC by-sa.
19
30
nov.
2018

Bonjour à tous,

Je vous présente un roman qui pour moi est assez particulier. Je l’ai écrit…

Assez logiquement ici, c’est un roman de science-fiction. Ce n’est pas du hard-science, mais j’ai tout de même cherché à être au moins cohérent. Le principe de base a été d’étudier une société post-apocalyptique, mais qui ne soit pas non plus une dictature, un monde mort ou toutes ces situations extrêmes. L’histoire commence quand l’humanité a rebâti une société différente. Et c’est ce qui m’intéressait. Voir comment la différence influait sur les personnages.

Ça a été un processus long. Je l’ai commencé il y a 15 ans, puis abandonné complètement et repris en 2017. Le voici maintenant finalisé.
Cette grande période rend certains points d’informatique un peu surprenants dans le contexte d’aujourd’hui, comme le programme REX qui date d’il y a 15 ans. Mais à mon sens, et à celui des quelques lecteurs que j’ai déjà eu, ça ne perturbe pas la lecture.

Le synoptique :

Pendant des siècles, l’humanité a subi les coups de boutoir d’une météo déréglée par le changement climatique. La société s’est transformée face à l’évidence. Certains se sont enfoncés sous les flots pour se soustraire à la fureur des éléments, créant une civilisation des profondeurs. Mais les mauvaises habitudes persistent au-delà des générations et certains veulent de nouveau exploiter les ressources sans retenue. Une enquête commence alors tant dans le monde des Nautiques que chez les Atmosphériques, pour éviter que l’avidité ne reprenne le dessus.

Les outils :

Pour l’écriture du roman, j’ai utilisé divers traitements de texte, mais depuis 2017 uniquement LYX. Étonnamment, il n’y a pas de classe de document EPUB facilement accessible avec LYX. J’ai peut-être mal cherché. Du coup, j’ai exporté le résultat en HTML, puis j’ai généré un format EPUB avec Calibre. Le résultat nécessite quelques essais/erreur, car l’export en HTML fait disparaitre quelques subtilités de mise en page. Ensuite, il faut encore retourner avec en éditeur de texte dans le fichier epub car celui généré par Calibre n’est pas parfaitement respectueux du standard. Il y a des noms de class à modifier.
Pour la couverture, Gimp a été mon ami, mais clairement ce n’est pas ma force.

La diffusion :

J’ai diffusé le format epub sur Kobo (et Fnac aussi du coup). Normalement il est sans DRM. C’est l’option que j’ai choisie. Mais je n’ai pas vérifié ce qui a réellement été fait au final.

Certains de mes amis voulaient bien sûr du Kindle, du coup il est aussi sur Kindle, mais là il est passé dans la moulinette Amazon et je pense qu’il est plein de DRM…

Je voulais qu’il soit disponible en impression à la demande. J’ai donc obtenu les numéros ISBN nécessaires (c’est en fait assez simple et gratuit). Mais, oh surprise, sur plusieurs sites que j’ai essayés, si on n’achète pas le numéro ISBN chez eux, le livre n’est plus disponible à tous, mais uniquement à l’écrivain… Seul Amazon accepte les ISBN qu’il ne vend pas. Du coup, la version papier est aussi passée chez Amazon. Je ne suis pas trop fier, mais je voulais faire une diffusion vaste et aisée, même pour des gens sans aucune compétence informatique (autant dire via un site qu'ils connaissent).

Si certains sont curieux l’epub est accessible ici ou encore là

Si d’autres préfèrent le papier ou qu’ils veulent faire un cadeau de Noël c’est ici

Conclusion :

C’est bien sur vos commentaires, qui me feront le plus plaisir, et que me motiveront pour le deuxième roman commencé il y a quelques mois.

  • # Un apreçu peut-être ?

    Posté par (page perso) . Évalué à 1 (+0/-0).

    Je n'ai peut-être pas assez cherché, mais existe-t-il un "aperçu" de ton livre, par exemple le premier chapitre seulement, histoire de savoir si ton style d'écriture nous plaît avant d'acheter le livre ?

  • # Quel est le public cible ?

    Posté par (page perso) . Évalué à 4 (+2/-0).

    J'ai trouvé l'aperçu (« extrait » ici https://www.kobo.com/fr/fr/ebook/entre-les-mailles par exemple).

    La première question qui me vient à l'esprit, c'est : quel est le public cible ? Ce qui me fait poser cette question, c'est que dans le seul début du premier paragraphe (qui est très long), tu enchaînes une histoire de vent laminaire, de molécules et d'effet venturi – c'est très technique, surtout pour un incipit.

    La connaissance libre : https://zestedesavoir.com

    • [^] # Re: Quel est le public cible ?

      Posté par (page perso) . Évalué à 2 (+1/-0).

      Comme il n’a pas été écrit avec une idée de cible au démarrage, c’est délicat à dire, mais il a été lu par des adultes, dont plusieurs, sans aucun background technologique et ils ont apprécié. Ils ont juste eu un ou deux passages un peu ardus sur lesquels ils sont passés rapidement, ne cherchant pas à intégrer tous les détails.
      Ce n’est donc pas un livre à destination de techniciens, plutôt général.
      D’autres lecteurs étaient des lycéens (1ere) et ils ont apprécié aussi. Je maintiens donc que c’est en fait assez facile d’accès, sans être formaté pour une cible particulière.

  • # Griffon Bleu

    Posté par . Évalué à 2 (+0/-0).

    As tu déjà essayé BlueGriffon ?

  • # Défaut de relecture avant publication

    Posté par . Évalué à 7 (+5/-0).

    C'est trop tard pour ce roman mais pour le prochain, penser à faire relire avant commercialisation/publication si possible par un spécialiste ou par un œil avisé. J'ai relevé sur les premières pages quelques fautes et des constructions de phrases discutables, position de l'adjectif par exemple.

    "…se courbant jusqu’à ce que ces mains touchent presque le sol…"

    ces mains sont les siennes, non ?

    • [^] # Re: Défaut de relecture avant publication

      Posté par (page perso) . Évalué à 3 (+1/-0).

      Je plusseoie fortement. Pour rester dans les informations purement factuelles, tu as beaucoup de répétitions et il te manque pas mal d'accents circonflexes.

      La connaissance libre : https://zestedesavoir.com

    • [^] # Re: Défaut de relecture avant publication

      Posté par (page perso) . Évalué à 2 (+1/-0).

      Merci d’avoir pris le temps…

      J’y ai bien sûr songé. Faire appel à un relecteur professionnel a un cout financier important que je n’ai pas voulu faire pour le moment. Peut-être pour le deuxième s’il apparaît que l’orthographe est un frein majeur.

      Pour le moment, je connaissais tous mes lecteurs, et aucun ne m’a dit avoir été gêné par ce point, ce qui ne m’a pas motivé pour cet investissement. Ce n’est donc pas par manque de respect de mes futurs lecteurs. Mais peut-être me suis-je trompé.

      • [^] # Re: Défaut de relecture avant publication

        Posté par (page perso) . Évalué à 9 (+7/-0).

        S'il ne remplace évidemment pas un être humain, un logiciel comme Druide Antidote est déjà une aide précieuse, pour l'orthographe, la grammaire et dans une certaine mesure le style (répétitions, verbes ternes, etc).

        D'autre part, à la fois d'expérience et de retours tiers, l'immense majorité des retours faits par des lecteurs que tu connais sont complètement biaisés – que lesdits lecteurs en soient conscients ou non. Les deux phénomènes qui rentrent en jeu sont :

        • La plus grande tolérance parce que c'est un proche, surtout si tu écris en amateur : tu ne seras pas jugé du tout sur les mêmes critères que si c'est un inconnu qui te lit (consciemment ou non)1 ;
        • La peur de décevoir ou l'envie de faire plaisir, qui fait que des remarques peuvent ne pas t'être faites.

        Trouver un bon bêta-lecteur, c'est quelque chose de très précieux, parce que ça implique à la fois pas mal de boulot (il faut tout annoter, pas se contenter d'impressions générales) et, si l'auteur et le relecteur se connaissent d'avant, ils doivent être capables de mettre en pause leurs relations et leurs égos pendant la relecture.

        Comme c'est beaucoup plus simple de relire des textes d'inconnus, il y a des forums pour ça, comme par exemple Cocyclics dans le style que tu pratiques.


        1. L'exemple typique est le suivant : je connais bien Bidule, il a écrit un texte / dessiné / sculpté / peint / etc. Je connais son niveau habituel dans cet activité (ou alors je découvre qu'il la pratique), et donc je sais que pour lui, ce qu'il a produit est objectivement bon compte tenu de ce que je sais de ses capacités. C'est très loin d'être parfait, mais j'ai apprécié l'œuvre de Bidule, et l'encourage sincèrement à continuer. Par contre, ce qu'il a fait reste très moyen par rapport à tout ce qu'on trouve sur le marché. C'est normal, Bidule est un amateur (dans le bon sens du terme). Mais du coup, présenter l'œuvre de Bidule à quelqu'un qui ne connait pas cette personne, c'est aller au-devant de grosses déceptions pour tout le monde : le tiers va s'attendre à quelque chose d'un niveau minimal élevé (parce que la « concurrence » est rude) ; Bidule va s'attendre à être jugé comme l'ont jugé ses proches. Et tout le monde va être déçu. 

        La connaissance libre : https://zestedesavoir.com

        • [^] # Re: Défaut de relecture avant publication

          Posté par (page perso) . Évalué à 1 (+0/-0). Dernière modification le 02/12/18 à 12:01.

          J'utilise Druide depuis une dizaine d'années. Très utile.

          Je suis tout à fait conscient du biais des lecteurs/amis. Il faut parfois les pousser pour dire quelques choses. Heureusement, j'en ai deux qui écrivent aussi, dans un domaine différent (poésie, polard). Du coup c'est plus facile pour échanger.

        • [^] # Re: Défaut de relecture avant publication

          Posté par . Évalué à 2 (+1/-0). Dernière modification le 03/12/18 à 09:47.

          Comme le propose SpaceFox ci-dessus tu pourrais, FDF, proposer ton roman (au moins en partie) sur des sites « littéraires ». par exemple sur Scribay, qui est pas mal pour son système d’annotations (le lecteur peut mettre un commentaire directement sur un mot ou un groupe de mots pour signaler par exemple une faute d’orthographe).
          J’ai juste jeter un coup d’oeil à l’extrait, et ça ne me donne pas envie : le texte n’est pas justifié, les paragraphes n’ont pas d’alinéas (ou au moins d’espacement entre les paragraphes), et j’ai vu un truc « horrible » :
          — « Je déclenche la procédure de compression.

          Un tiret cadratin suivi d’un guillemet (plus un espacement bizarre sur la suite du paragraphe)… ça n’existe pas, et c’est moche;-)

          PS après ce genre de sites, il faut aussi lire et commenter, ce qui prend du temps, mais c'est le jeu

          • [^] # Re: Défaut de relecture avant publication

            Posté par (page perso) . Évalué à 3 (+1/-0). Dernière modification le 03/12/18 à 10:07.

            Note que la présentation de l'extrait par le site (justification, alinéas, espaces entre les paragraphes) n'est pas forcément représentative du produit final, surtout si c'est un extrait d'ebook. Ça dépend de comment il est généré.

            La connaissance libre : https://zestedesavoir.com

          • [^] # Re: Défaut de relecture avant publication

            Posté par (page perso) . Évalué à 1 (+0/-0).

            Il y a en effet quelques règles et des tolérances sur la rédaction des dialogues, avec ou sans guillemets.
            La stratégie que j’avais utilisée pourrait être qualifiée de « ceinture et bretelles » et est donc lourde. Il aurait été plus naturel de se passer des guillemets, je suppose.

            Pour la justification, je suis d’accord sur l’aspect esthétique des pages justifiées, mais sur un fichier EPUB, la justification n’est pas maîtrisée et finalement nuit au confort et à la rapidité de lecture avec une variabilité importante de l’écart entre les lettres/mots.

            • [^] # Re: Défaut de relecture avant publication

              Posté par . Évalué à 1 (+0/-0).

              tu peux mettre des guillemets (c'est d'ailleurs classique même si ce n'est pas obligatoire) mais alors c'est comme ça : un guillemet ouvrant avant le début des répliques (qui contiennent des tirets) et un guillemet à la fin des répliques, mais tiret suivi de guillemet je n'ai vu ça nulle part (ou alors c'est des guillemets pour une citation mais dans ton cas ce n'est pas ça). (Je pensais te mettre quelques exemples, et des liens mais bon tu peux faire une recherche aussi bien que moi ou ouvrir des bouquins ;-))

              et il n'y a pas une marge pour les dialogues comme tu fais : si une réplique prend plusieurs lignes il y a juste un alinéa sur la première ligne (qui contient le tiret) comme pour n'importe quel paragraphe en fait.

              franchement comme tu fais moi ça dérangerait ma lecture.

              pour la justification, moi je lis beaucoup sur la liseuse, et tous les textes sont justifiés (il est vrai que parfois c'est pas hyper bien gérés), aligné à gauche ça me gêne vraiment. après il est vrai que je n'ai pas vérifié si les textes étaient justifiés dans l'epub ou s'ils sont justifiés parce que par défaut j'ai choisi de les lire justifiés

              • [^] # Re: Défaut de relecture avant publication

                Posté par . Évalué à 1 (+0/-0).

                il y a juste un alinéa sur la première ligne (qui contient le tiret) comme pour n'importe quel paragraphe en fait

                une précision, parce que c'est pas clair: l'alinéa c'est par rapport au premier mot du paragraphe mais le tiret lui est aligné à gauche avec le reste du texte, ce n'est pas un tiret de liste à puces.

              • [^] # Re: Défaut de relecture avant publication

                Posté par (page perso) . Évalué à 4 (+2/-0).

                Les dialogues traditionnels, c'est :

                • Ouverture par des guillemets ouvrant «
                • Nouvelle ligne avec un tiret cadratin —
                • Ligne de dialogue multiparagraphe : chaque paragraphe commence par un guillemet ouvrant « (mais le cas est devenu rare)
                • Dernière ligne qui finit par un guillemet fermant »

                Les dialogues modernes, c'est :

                • Toutes les lignes de dialogue commencent par un tiret cadratin —

                Les dialogues modernes sont parfois plus clairs et parfois moins clairs que les dialogues traditionnels, mais infiniment moins chiants à taper. Note quel le choix d'utiliser tel ou tel dialogue type de est un choix d'éditeur plus que d'auteur.

                Dans tous les cas, un dialogue est un paragraphe normal et n'est jamais une liste à puce, même avec des puces en forme de tirets cadratin. Si vous faites ça, à l'édition du fichier pour avoir un rendu propre, la personne qui édite devra repasser sur tous vos dialogues…

                Note que tout l'avantage de la liseuse, c'est de laisser le lecteur avoir la mise en forme qu'il préfère… c'est pour ça que je ne comprends jamais les éditeurs qui essaient de forcer les paramètres le leurs ebooks.

                La connaissance libre : https://zestedesavoir.com

  • # Commentaire supprimé

    Posté par . Évalué à 1 (+2/-1). Dernière modification le 03/12/18 à 21:28.

    Ce commentaire a été supprimé par l'équipe de modération.

  • # Le premier chapitre

    Posté par (page perso) . Évalué à 2 (+1/-0). Dernière modification le 04/12/18 à 04:50.

    Sommaire

    Voici le premier chapitre, ce sera peut-être plus clair pour les discussions. Car en fait, ce qui est visible sur les sites, ce n'est que le prologue.

    Ici, il est difficile de respecter la mise en page originale. C'est donc un simple copier-coller du fichier brut.

    Chapitre 1

    Nathalie et Vincent étaient partis 5 jours plus tôt de Aït Keflavik. Leur équipe venait de terminer une mission de forage de six mois pour installer des usines thermiques sur la fracture atlantique. Le principe était simple. Il suffisait de canaliser les remontées d’eau chaude pour en exploiter l’énergie. Pour cela, le groupe avait percé une multitude de petits puits le long des effleurements magmatiques de la dorsale au sud de l’Islande. Construire des usines thermiques sur les failles était une méthode éprouvée pour obtenir de l’énergie facilement et économiquement. La dimension du chantier par contre était exceptionnelle. Il s’était étalé sur plus de cinquante kilomètres. À l’échelle sous-marine, cette distance était déjà importante. Même avec les scaphes rapides de liaison il fallait plusieurs heures pour relier toutes les stations du chantier. Ainsi, le travail avait souvent été solitaire ou par petit groupe. La plupart des échanges s’étant déroulés plus par les systèmes com qu’en face à face. Pourtant, chaque quart se réunissait en fin de semaine pour passer agréablement la période de détente.

    Un dimanche après midi, Vincent avait découvert sur une base de données historique l’origine des techniques employés. Un peu plus tard, il l’avait expliqué lors du repas, et ça n’avait pas amélioré ses relations avec l’équipe du chantier. L’un des premiers concepteurs des usines thermiques avait une femme biologiste. Elle avait en particulier étudié les termites et leur formidable capacité à faire circuler les calories d’un endroit à l’autre de leur immense réseau de galeries. Il s’était beaucoup inspiré des recherches de son épouse pour développer les systèmes forés permettant une transmission optimum des flux d’eau chaude. Vincent n’aurait vraiment pas du comparer l’équipe travaux aux thermites ouvrières, surtout quand il avait montré des photos de ces dites thermites. En définitive, la difficulté principale du chantier d’Aït Keflavik venait plus de son ampleur phénoménale que du principe qui était bien maîtrisé depuis l’installation des premiers Nautiques.

    En acceptant cette mission, Nathalie et Vincent avaient dû différer leur voyage de noces qui avait été offert par leurs amis, chacun ayant contribuer par un don personnel sur leur compte d'impact. Ils étaient restés toute la durée des travaux directement sur le chantier par plus de 3000 mètres de fonds. Impossible dans ces conditions de profiter de la semaine de vacances que leurs amis leur avaient offerte. Ils avaient donc décalé le voyage aux Antilles dans un hôtel mi-surface mi-immergé. Une interface comme tout le monde les appelaient. On y trouvait aussi bien des Nautiques que des atmosphériques. L’endroit idéal pour un lieu cosmopolite et les échanges culturels. Ils n’étaient pas pressés de retrouver l’air libre. Rester toute leur vie sous l’eau ne leur posait pas problème. Ils y étaient nés et y avaient grandi. Vincent se souvenait sans peine de sa première véritable incursion en surface, en dehors bien sûr de sa Présentation au Soleil faite alors qu’il n’avait pas un an. C’était quelque temps après ses dix-huit ans. Il venait de réussir ses examens avec brio et avait ainsi obtenu une bourse d’études à l’université des Açores. Ce jour-là, ses parents l’avaient accompagné au port de Corum pour prendre un billet pour la navette qui devait le conduire directement jusqu’aux Açores. Il devait s’y installer pour la rentrée universitaire. Le premier jour du voyage s’était déroulé confortablement. Les espaces communautaires et la cabine étaient suffisamment vastes selon ses critères de nautique. Mais les jours passants, une tension montait en lui. Son cœur se nouait, ses mains devenaient moites et de lancinants maux de tête lui vrillaient le crâne. Peu de temps avant son arrivée aux Açores il avait même fini par aller voir le médecin du bord pour s’assurer qu’il n’était pas victime d’une inadaptation à la surface. Il avait lu récemment que quelques natifs des profondeurs n’avaient jamais pu se réaccoutumer à la pression atmosphérique. Le praticien, un homme grand et sec l’avait tout d’abord écouté. Bien vite, il avait repéré l’origine du mal. L’inquiétude pour sa nouvelle vie suffisait amplement à expliquer tous ces symptômes. Il pratiqua alors l’une de ses pharmacopées préférées. Il prépara soigneusement deux tasses de café d’algue, sortit quelques biscuits et commanda à Vincent de s’installer dans le fauteuil de sa cabine. Pendant qu’ils buvaient leur café, il raconta à Vincent sa propre histoire lorsqu’il avait quitté la ferme de ses parents pour partir faire ses études de médecine. Avec force détails, il expliqua comment cette rupture l’avait marqué et l’avait nourri pour être au final un merveilleux souvenir. Tout cela était faux, mais la recette fit son effet et Vincent commença bientôt à voir l’expérience sous un jour nouveau et se détendit rapidement. Le stress des passagers était monnaie courante pour le médecin. Les Nautiques voyageaient peu alors le plus souvent, s’ils étaient dans la navette c’est que des raisons importantes les y obligeaient. Il s’inventait alors une expérience à même de réconforter ses patients.

    Les premiers Nautiques s’étaient installés en profondeur pour éviter la « GT », la « Grande Tornade ». Les bouleversements climatiques causés par le réchauffement planétaire avaient commencé progressivement. Les phénomènes météorologiques étaient devenus graduellement plus marqués et de plus en plus violents. Les bulletins météo signalaient le vent jusqu’à force 18 sur l’échelle de Beaufort. Mais bien souvent, au cœur de la saison des tempêtes, l’échelle était insuffisante. Les hommes s’étaient petit à petit terrés dans des abris plus solides. Des villes entières avaient été rayées de la carte. Les constructions millénaires s’étaient effondrées. La géographie des cotes avait été largement refondue. Les ancêtres de Nathalie et Vincent avaient décidé de vivre sous l’eau pour se protéger des éléments déchaînés lorsque les grandes pyramides avaient été entraînées dans les crues du Nil. Peu de monde les avait suivis, car les contraintes étaient fortes. L’espace vital était extrêmement limité et le confort très rudimentaire. Mais c’est surtout le sentiment d’exil qui avait rebuté la plupart des prétendants à cette nouvelle vie, à cette conquête des fonds. Vivant par 100 mètres ou par 1000 mètres de profondeur, la colonie était complètement isolée. Les quelques décamètres d’eau qui les protégeaient des tempêtes représentaient plusieurs semaines de transit pour revoir la surface. Par la suite, ils avaient nettement amélioré les procédures de décompressions. L’installation réelle des hommes sous la mer avait pu se faire lorsqu’on avait découvert les propriétés de certaines molécules organiques sur le corps humain à forte pression. Il ne leur restait plus qu’à gérer correctement les phases de compression et de décompression. Ils avaient largement optimisé le processus depuis, mais il fallait tout de même pas loin d’une semaine pour passer de –3000 à la surface. Les nouveaux mélanges utilisés à grande profondeur avaient compliqué la procédure de compression. Mais le temps perdu à la descente était amplement compensé par celui gagné à la remontée.

    À la fin de leur mission à Aït Keflavik, Nathalie et Vincent auraient normalement dû passer en décompression à la station de Reykjavík. Le poste hyperbare ressemblait à un empilement de tubes de grands diamètres reliés entre eux par des échelles de coupée et des écoutilles. Il pouvait accueillir jusqu’à cinquante personnes et une dizaine de pressions différentes. Les cylindres étaient alors hermétiquement séparés les uns des autres et chacun suivait sa procédure de changement virtuel de profondeur indépendamment. Nathalie se souvenait de sa première mission à Kerouet, en mer des Sargasses. La colonie d’aquaculteurs n’avait qu’une seule station de compression/décompression. Son contrat se terminant, elle avait dû patienter plus d’une semaine que le poste se libère. C’était la fin des vacances et un groupe d’enfants était en remontée pour partir à leur internat des Açores. Elle-même était arrivée une journée après le début de la « remontée » et avait dû ronger son frein en attendant son tour. La station de Reykjavik était dotée d’équipement de sport et était reliée aux réseaux. Mais même avec tout le luxe des nouveaux caissons, ce n’était pas l’idéal pour l’intimité. Alors, quand Thomas, le chef d’équipe, avait cherché un volontaire pour convoyer le foreuscaphe aux Açores, Nathalie s’était tout de suite présentée.

    Nathalie n’était pas pilote, mais responsable de maintenance, et la présence à bord de Vincent n’était pas très conforme à la procédure. Thomas n’avait pas le choix et puis de toute façon les pachas qui se doraient la pilule aux Açores n’avaient rien à dire. Faire convoyer un scaphe de travaux par un équipage n’était absolument pas réglementaire. Et en particulier une unité autonome de forage. Ce genre de scaphe n’était vraiment pas fait pour faire de grandes distances. Comme tous les engins de travaux, ils étaient fiables, robustes, mais aussi hydrodynamiques qu’un oursin. Alors, normalement on ne les déplaçait pas, et quand on devait tout de même le faire, ils étaient transportés en cargoscaphe. Ils avaient été obligés de rajouter des ballasts et des réserves rien que pour ce voyage. Les scaphes de travaux étaient tous plus ou moins conçus sur le même modèle. L’unité opérationnelle était surmontée d’une bulle de pilotage pressurisée et d’une seconde pour la conduite de la foreuse. Le foreuscaphe ressemblait à une chenille de 45 mètres de long et près de 20 mètres carrés de section. Seuls les deux bulles, les bras d’ancrage et les propulseurs dépassaient de ce grand tuyau. Le trépan sortait de l’avant de la chenille pendant qu’à l’autre extrémité les boues étaient évacuées. On insérait également par l’arrière les tubes nécessaires à l’avancement du percement. Ce foreuscaphe géant permettait d’obtenir des tunnels de plus d’un mètre de diamètre. Nathalie avait conservé la bulle de pilotage en l’état, mais avait aménagé celle de supervision du forage, en lieux de vie avec une vague couchette et une petite cuisine. Ils avaient entreposé leurs vivres dans le couloir de liaison des deux bulles, et une douche exiguë dans le sas principal. Le tout n’était ni pratique ni esthétique, mais ils étaient sûrs de pouvoir y profiter d’une grande tranquillité.

    Ce qui gênait le plus Vincent c’était d’être à ce point coupé du réseau. Assez grand et très pâle, surtout après six mois passés dans une station de travaux par 3000 mètres de fond, il portait son métier sur son visage. Ses yeux noirs profondément enfoncés dans ses orbites donnaient une impression maladive. Ses mains démesurément grandes et maigres ressemblaient à des araignées. Elles pouvaient très bien être parfaitement immobiles quand il était concentré comme, si véloce que ses doigts formaient une image floue sur le clavier. Vincent était normalement en liaison quasi permanente avec le réseau. Il souffrait de ne pas avoir accès à toutes les bases de données auxquelles il était abonné. Impossible d’avoir immédiatement une réponse à chaque question. Il avait l’impression d’être amnésique.

    — « Je n’ai jamais vu des émetteurs aussi faiblards ! » s’exclama-t-il. « Nous sommes à moins de cent miles des cotes et l’autopilote du port ne nous a toujours pas pris en charge. Rien à faire, je n’arrive pas à me connecter. Je reçois bien la porteuse de la balise du port, mais elle ne capte la mienne que par intermittence ».

    — « C’est bien un des facteurs qui m’a tant plu dans ce convoyage » répondit Nathalie. « Aucun moyen d’être joint ; pas de réseaux ; Vincent pour moi toute seule ».

    Elle s’avança langoureusement, réenclencha le pilot de bord en même temps qu’elle coupait les consoles. Contrairement à Vincent, Nathalie avait une peau un peu plus mate, mais cela restait très relatif. Si les Nautiques qui vivaient sous les eaux toute leur vie la considéraient ainsi, partout ailleurs sur la planète, elle serait néanmoins perçue comme pâle. De longs cheveux noirs encadraient son visage aux pommettes hautes et colorées. Ses yeux en amandes, légèrement étirés vers les tempes, renforçaient son sourire quasi perpétuel. Vincent se renversa sur son fauteuil pour lui faire une place où se blottir.

    — «  Il ne nous reste qu’une quinzaine d’heures de tranquillité… »

    Après un petit repas à base de plancton de culture Vincent questionna l’ordinateur de bord pour voir où en était la prise en charge par l’autopilote.

    — «  Toujours rien. À croire qu’ils nous ont oubliés et qu’ils vont nous laisser entrer en manuel. Tu vas pouvoir nous montrer tes autres talents, ma chérie ».

    Inquiet, il lança une routine de contrôle des antennes et consulta les messages entrants. La BAL du bord contenait un message provenant de Di Cohelo. La bonne nouvelle c’était donc que le module de communication ne semblait pas mort. Par-dessus son épaule Nathalie lui dit :

    — «  c’est probablement le support de l’antenne d’émission qui s’est déréglé. Ce scaphe n’est pas fait pour nager 1800 miles d’une traite. Qu’est-ce qu’il veut, Di Cohelo ? Tu sais que c’est le patron de la logistique ? »

    Le message s’afficha :

    « Bonjour, nous avons des problèmes d’encombrement du port. Comme vous n’êtes pas des pilotes, je vous propose un rendez-vous au large avec une navette. Vous n’aurez pas à faire surface avec ce bahut. Un pilot à bord prendra en charge le foreuscaphe, et vous pourrez atterrir avec la navette. Les coordonnées et la carte du point de rendez-vous sont jointes en annexe. Le pilote vous attendra entre 12 et 13 GMT.

    Merci pour le convoyage et bonnes vacances. »

    — « Nathalie, dépêche-toi de te mettre aux commandes. Il ne nous reste que deux heures pour arriver en position et ce n’est pas tout près ! Ils ne se sont pas améliorés depuis la fac ! Et dire qu’Erwan se plaignait tout le temps de la capitainerie. Il serait content de pouvoir médire une fois de plus. »

    — « C’est quand même étrange que Di Cohelo nous envoie lui-même un message. C’est le patron de la logistique. Pour un email de ce type, le chef de quart de la capitainerie, ça aurait été plus logique. Après le convoyage bizarre, l’arrivée discrète… »

    — « Comme l’autopilote ne nous a pas pris en charge, nous pourrions tout aussi bien être restés à forer sur la faille ou avoir disparu en mer. Personne ne ferait la différence, il n’y a aucune trace sur le réseau. Même notre départ n’a pas été correctement enregistré. Le convoyage ne faisant pas partie des options de mission on a juste basculé en indisponible ».

    Nathalie commença sa manœuvre d’approche. C’était une bonne chose ce rendez-vous au large. Il était facile d’amener le foreuscaphe jusqu’aux Açores. Un cap sur le pilot automatique… Par contre, rentrer manuellement les 900 tonnes et les 45 mètres d’envergure dans le port grouillant d’hydrobulles, et de scaphes rapides… elle préférait ne pas essayer. Cela aurait été comme d’entrer un scaphe en panne dans la piscine communautaire un samedi après-midi.

    La difficulté de la manœuvre accaparait toute son attention. Ses sourcils arqués par la concentration faisaient contraste avec sa peau lisse et pâle. Il faut normalement plusieurs années d’expérience pour piloter convenablement cet engin. Le plus dur venait de la petitesse ridicule des moteurs de correction latérale par rapport à l’inertie. Pendant ce temps-là Vincent préparait le sas secondaire adapté à la navette. Alors qu’il traînait leurs bagages dans les coursives sinueuses, il sentit le contact avec le sol. Avec un pincement au cœur, il attendit un autre choc. Pour un nautique comme lui qui ne quittait presque jamais les sphères de suspension, un heurt est toujours signe d’une catastrophe. Il n’y en eut pas de deuxième.

    — « Bravo, » s’écria-t-il. « Rappelle-moi de faire confiance à tes mains dans les années à venir ! »

    — « Dépêche-toi plutôt de passer à la console. J’ai déjà la navette en visuel. »

    — « Encore faudrait-il qu’on arrive à communiquer en émission. Pour la réception, pas de problème. Mais je te rappelle que le module de télécommunication semble en rade. Je vais mettre nos feux de position en mode attente ».

    Quelques minutes plus tard, ils se tenaient tous les deux à l’entrée du sas à attendre l’arrivée du pilote. Celui-ci entra. Il était très petit, trapu et musclé. C’était l’archétype du pilot de scaphe en tous genres, et en particulier les plus sportifs. Ses yeux et sa tête étaient toujours en mouvement comme pour appréhender tout le volume autour de lui. Ses mains et ses pieds semblaient eux aussi animés de leur volonté propre. Seul un large sourire montrait sa sensibilité profonde.

    — « Erwan ! Que fais-tu là ? On parlait de toi à l’instant. Comment vas-tu ? »

    — « Et toi Vincent ! Tu t’es enfin décidé à faire un vrai métier… Convoyer un scaphe je ne m’attendais pas à ça de toi ! »

    Après un café d’algue pris dans le cockpit, Nathalie et les deux amis se séparèrent en se promettant de rester en contact.

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