Journal Networks 2032 - Chapitre 3: Interfaces

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mar.
2007
Suite de mon petit essai d'anticipation. Les épisodes précédents sont ici:
Chapitre 1: http://linuxfr.org/~_p4_/23874.html
Chapitre 2: http://linuxfr.org/~_p4_/23885.html

Des centaines de guerriers en armes convergeaient vers le château. Une troupe hétéroclite, fatiguée, trainant avec elle ses blessés. Les paladins montés sur des chevaux blancs, les elfes, les cavaliers, les archers et toute la piétaille marchaient tels des zombies, épuisés par la bataille. Les villageois des bourgs environnants les regardaient passer dans un silence lourd, l'air grave. Tandis qu'à perte de vue s'étendaient les terres du domaine, une forteresse du Xème siècle dominait depuis la plus haute colline. Avec son donjon, ses meurtrières et ses murs en pierre de 8m d'épaisseur elle semblait quasiment imprenable. Tout en haut de la tour de guet un drapeau claquait dans le vent, aux armes de Puffy.

La réunion avait lieu sur un serveur privé en accès restreint, le tout fortement crypté. Le rendez-vous irl avec les gars d'Open-bsd s'était mué en une rencontre online. La 3W était là pour ça. Ripley n'était pas spécialement fan, mais la navigation dans un univers en 3D permettait quand même de communiquer plus d'émotions. Depuis le Second Life du début du siècle, ce type d'interfaces s'était standardisé. Les gens créaient des mondes selon leur état d'esprit, à l'aide de langages de script et de balisage rappelant un peu l'antique VRML. Malgré tout on discutait toujours par chat, comme au bon vieux temps d'irc.

Passant le pont-levis gardé par une paire hallebardiers, Ripley aka Domino traversa un groupe de paysans et de gueux loqueteux avant de déboucher sur la place d'armes. Au centre l'attendait un homme de forte stature en armure, à côté duquel se tenait un moine, capuche relevée.
- "Je suis Dopley, le chef de la garde." Un coup de Ctrl-Alt I fit poper immédiatement toutes les infos sur cette entité. Dopley était un bot de défense multifonctions, connecté à l'ids du serveur. Un hobbit poli les conduisit dans la grande salle du château, où devait avoir lieu la réunion. Une grande table en bois ancien trônait au centre de la pièce, où allaient s'installer les entités participantes.
Tout en pénétrant dans la pièce, Ripley se repassait les moindres détails, il fouillait sans répit le passé à la recherche d'indices, de signes. Machinalement, il pensa au concept d'entités. Celui-ci commença à émerger au début de la guerre, avec la sophistication des bots de combat. L'entité: un être purement numérique, abstrait, doté d'un ghost. Il s'agit d'un individu, d'un bot, ou d'un groupe mixte. Watson, l'entité de l'agence de détectives de Ripley, était une entité de type GHB (Group:Humans,Bots), composée de Domino, l'entité de Ripley, Droopy, celle de Lars, et de 9PO, un bot de gestion-communication. Son ghost: courtois, perfectionniste et calculateur. Chaque entité se représente par un ghost, partie de l'être qui renferme l'identité. Il s'agit essentiellement de paramètres d'apparence (pseudo,avatar/forme) et de caractères (réactions, réflexes, capacités). Une entité de type G (Group) agit soit en mode connecté, quand un pourcentage suffisant de membres de l'entité est online, soit en mode déconnecté, se reposant sur des modèles comportementaux, enregistrant des tickets à traiter en mode connecté. Les humains comme les programmes vivaient désormais au travers d'identités multiples. Ceci généra une forme de schizophrénie collective due à un fort impact sur la personnalité de l'usage d'entités. La disparition de Spachovsky, son évaporation il y a deux ans était peut-être aussi lié à ça. L'impact de la multi-identité sur son moi n'était pas à négliger. A la dose ou il communiquait, ces personnalités multiples l'avaient certainement affecté, changeant peu à peu la forme de son esprit.

Ripley ne tira pas grand chose de cette réunion. A ses multiples questions sur Spachovsky et le groupe G, ses interlocuteurs répondirent de manière évasive, quant ils ne se muraient pas dans un mutisme lourd de sens. Une impression de mal à l'aise se dégageait. Visiblement, ils se méfiaient. C'était dans la nature des choses en cette année 2032. Pour rester vivant - connecté - sur Unet, il fallait de la vigilance. Le simple fait d'être online était déjà dangereux. Tout ce que Ripley obtint fut un rendez-vous. Des gens voulaient le voir. Qui? Il n'en avait pas la moindre idée. Une invitation lui fut transmise par l'équipe de développement: il devait se rendre à Djakarta pour rencontrer des personnes détenant des infos sur ce qu'il cherche. On lui proposait un rendez-vous irl. Toute cette affaire devenait de plus en plus trouble. Poussé par une curiosité un rien malsaine, aiguillé par son naturel pugnace, Ripley se prenait de plus en plus au jeu. Qui cherchait Spachovsky? Pourquoi voulaient-ils autant le trouver? Il avait accepté l'enquête sans se poser de questions. Les clients allongeaient un max de monnaie, et ça lui suffisait. Pour toute religion, Ripley n'avait retenu qu'un seul principe: "Aide toi toi-même".

Depuis la fenêtre de son bureau, le privé regardait la masse grouillante de la rue, perdu dans ses pensées. Lagos était totalement surpeuplée. Le boom économique avait amené une croissance anarchique, incontrôlée de la ville. Ripley se dit qu'il tournait en rond. Il fallait du neuf. Ce rendez-vous mystérieux sentait l'embrouille, mais c'est une occasion de dénouer les fils. Lars l'avait pressé d'y aller. Selon lui il devait pouvoir se fier aux gens d'OpenBSD. Au moins on sait dans quel camp ils sont. De toute façon il n'avait guère le choix: il fallait leur faire confiance pour suivre la piste jusqu'au bout. Cette histoire commençai à sérieusement l'intriguer. Plus que jamais, il avait envie d'en savoir plus.

La Malaisie était une terre sauvage, un far-west moderne. Cinq ans après que le pays eut sombré dans le chaos les affaires marchaient très fort, mais les règles n'avaient pas changé: elles étaient inexistantes. Une jungle où les audacieux pouvaient faire fortune puis mordre la poussière dans la même semaine. La moiteur du soir tombait au milieu des gratte-ciels du quartier des affaires de Jakarta. Par habitude, Ripley arriva en avance au bar du Ritz, histoire de repérer les lieux. Alors qu'il attendait son contact devant un scotch, sa tête se remit à en marche. Qu'est ce qu'il foutait là? Il allait sans doute droit au traquenard. Quelque chose clochait, et il le savait. Il se dit que de toute façon maintenant il fallait y aller. Et puis jusqu'ici son instinct ne l'avait jamais trompé.
Il apparut à l'heure pile: costard impeccable, sourire vissé, relationnel parfait. Le genre classique de poisson carnassier qui croise dans ces eaux huppées. Après un échange de paroles rapides, ils sortirent tout de suite rejoindre la voiture. La berline de luxe japonaise stationnait devant l'entrée du Ritz, le chauffeur tenant la porte arrière ouverte. Le trajet dura une bonne demi-heure à travers les rues surpeuplées de Jakarta, au milieu des pouce-pouces côtoyant les gros 4x4 et des bidonvilles jouxtant les immeubles ultramodernes. L'endroit où ils furent menés n'avait rien d'engageant: un immeuble d'habitation dans un quartier tranquille. Ripley n'était pas spécialement rassuré en montant les marches menant au porche. Mais il entra. Dix secondes seulement après avoir passé la porte, il reçu un message prioritaire de Lars sur son vidphone: leur réseau était attaqué. Ca devait être sérieux si Lars prenait la peine de l'informer. Le doute submergea violemment Ripley. Il n'eut cependant pas le temps de cogiter: une poigne ferme le saisit et le poussa dans une pièce sur la droite. La lourde porte refermée, Ripley n'avait même pas eu le temps de comprendre ce qu'il lui arrivait. Il y avait une table et une chaise. Il s'assit, désorienté. Immédiatement, le petit golden boy entra, suivi d'une espèce de molosse en débardeur.
- "Je m'appelle Jerry. Vous allez nous aider Mr Ripley". A l'évidence, ce n'était pas une question.
Sans se démonter, Ripley joua le jeu: "Appellez-moi Jack".
Au même moment, il sentit vibrer le vidphone dans sa poche. Il lut rapidement le message en mode texte envoyé par Lars: 'Toutes coms externes coupées. Réseau interne non affecté.' Ca bourdonnait dans la tête de Ripley: on l'avait coupé du monde, neutralisant d'un coup toutes les passerelles qui nous relayaient vers Unet. L'attaquant, ce type ou cette chose avait de la puissance de feu. Apparement Lars avait limité les dégâts.
- "Jack, vous êtes invités à rester un moment parmi nous. Cet appartement est à votre disposition. Sam veillera sur vous. Vous en saurez plus très bientôt. Bonsoir."
Laconique mais limpide: le golden boy policé avait bien fait passer le message. A coté, le gorille placide ne soufflait mot. Ripley compris qu'il était fait comme un rat. Seule restait la chance pour guider son destin. Contre bonnes et mauvaises fortunes, il avait exagérément confiance en elle.

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D'un ton plus descriptif, je commence ici à développer une intrigue, tout en continuant à dépeindre l'ambiance générale de l'époque, et préciser le personnage principal. Par opposition aux deux premiers, très historiques, ce chapitre s'attache à décrire le plan logiciel, spécifiquement les interfaces homme-programmes. Je manque de connaissances pour être en mesure d'anticiper certaines évolutions techniques dans des beaucoup de domaines. C'est pourquoi j'ai ouvert un forum pour jetter les idées en vrac: http://www.patrainet.com/forum
- Suggestions et réflexions à caractère technologique
- Propositions et idées concernant l'intrigue, les personnages et le scénario
- Projet de développement d'une d'application servant à écrire des livres collaborativement
(On doit être inscrit pour poster sur le forum, à cause du spam.)
  • # Correction

    Posté par . Évalué à 1.

    Jakarta est en Indonésie, pas en malaisie!
  • # Sinon...

    Posté par (page perso) . Évalué à 1.

    Tu peux aussi visiter ce lien et t'inscrire http://www.blogger.com/start?hl=fr ;)
    • [^] # Re: Sinon...

      Posté par . Évalué à 1.

      Ok message reçu: je vais arrêter de pourir dlfp avec ça.

      Au départ j'ai posté le premier chapitre ici surtout pour avoir quelques réactions. Suite à des commentaires plutot positifs, j'ai écris le deuxième puis le troisième chapitre. Mais bon c vrai que c'est pas un endroit pour écrire un livre de sf.
      • [^] # Re: Sinon...

        Posté par (page perso) . Évalué à 2.

        Mais non, continue à publier en journal privé tes chapitres.
        C'est trés sympa de lire une fictions entre 2 journals apocalypthique.
        • [^] # Re: Sinon...

          Posté par . Évalué à 1.

          Je plussoie pour que tu continues à publier ici en journal interne. Et surtout continue, j'ai quelques critiques sur ton travail mais les défauts que je trouve (purement de forme littéraire et non de contenu) ne m'empeche nullement de continuer à te lire. Merci beaucoup, tu donnes envie d'ouvrir son éditeur et de se mettre à taper :)

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