Journal Le libre et les développeurs

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20
avr.
2004
Cher journal,

Je recherchais ce qui ce fait dans le monde de l'émulation console sous Linux, quand je tombe sur le site de Dolphin, un émulateur GameCube pour Windows.

Je me dis que c'est pour Windows, mais je recherche au moins si le soft est libre, par curiosité. Une petite recherche avec "GPL" en mot clé sur le forum, et je tombe sur ce thread :
http://www.emutalk.net/showthread.php?t=19276(...)
et sa suite de commentaires (moins intéressants) :
http://www.emutalk.net/showthread.php?t=19500(...)

En gros, je résume pour les feignants ou les anglophobes, tout part d'un post pour demander un portage sous Linux et ça dérive en flame war entre OpenSource et soft proprio [1].

Je ne pensais pas que des développeurs pourraient être obtus, mais apparemment, ils ne veulent pas libérer le code pour des raisons qui me semblent plus appartenir au domaine des ragots que de l'expérience :
  • gérer les modifications des utilisateurs est dangereux pour la santé du code,

  • une fois qu'on leur a expliqué que personne ne les oblige à accepeter les patchs, ils retorquent que les contributions prennent trop de temps à gérer,

  • ils ont peur qu'on leur "vole" leur code pour sortir une version concurrente (un fork) avec juste une petite feature qui fera que tout le monde délaisse leur version,

  • le projet n'est pas assez mûr pour être libéré...


Je suis assez peu habitué au forum de développeurs, ce thread m'a choqué par la quatité de FUD qu'on peut voir en si peu d'espace...

J'admets que le posteur pro-"OpenSource" a peut-être été un peu virulent, et plus important que tout, le choix appartient aux développeurs du projet... mais je ne comprend pas leur réticence, après tant d'explications.

J'aimerais vos réactions et/ou vos expériences similaires...

[1] Comment ça mes Majuscules marquent une préférence... Meuh non !
  • # Re: Le libre et les développeurs

    Posté par  . Évalué à 0.

    ils ont peur qu'on leur "vole" leur code pour sortir une version concurrente (un fork) avec juste une petite feature qui fera que tout le monde délaisse leur version,

    Prenons mon cas personnel parce que j'aime bien parler de moi et que ptet ca aidera à comprendre ce genre de remarque.
    Je suis developpeur pro ( comprendre par là que je suis payé pour developper, pas que je suis un gourou ). Quand je developpe un truc dans le cadre de mon boulot, je sais que ca ne m'appartient pas et je m'y investis avec modération. Si je developpais un truc chez moi dans mon coin en investissant des nuits blanches, eventuellement de l'argent ( softs, hebergement etc ), et qu'en plus je fournis le logiciel gratuitement aux gens qui en ont besoin, j'aurai un peu de mal à le liberer à cause du coté sentimental.
    Bien entendu mon soft deviendrait libre dès que je m'en désinterressai. Mais tant que je m'y consacre, je dois avouer que ca ferait plus que m'enerver de voir des inconnus le recuperer et se l'approprier ( voir eventuellement faire de l'argent sur mon boulot benevole ).
    Par exemple j'ai pas tout suivi sur l'affaire inkscape/sodipodi, mais j'ai comme l'impression que cette affaire n'est pas tres loyale ( corrigez moi si je me trompe, je suis pas infaillible ) ; Il me semble que parce l'auteur de sodipodi à refusé d'integrer des changements, il y'a eu un fork. Tout l'investissement de l'auteur pour developper, faire connaitre son soft etc est balayé. Sur la page principale d'inkscape on ne trouve pas mention du terme "sodipodi". Faut aller chercher dans la FAQ : belle reconnaissance du travail de l'auteur du projet initial ...
    • [^] # Re: Le libre et les développeurs

      Posté par  . Évalué à 1.

      Par exemple j'ai pas tout suivi sur l'affaire inkscape/sodipodi, mais j'ai comme l'impression que cette affaire n'est pas tres loyale

      Dans ce cas là, on peut aussi parler de l'affaire amule/xmule, avec les dérapages que l'on connaît (voir http://www.amule.org/amule/thread.php?threadid=977&sid=(...) sinon).

      Mais dans ces 2 cas, le problème vient d'une différence de philosophie sur le logiciel. Les développeurs rechignaient à accepter des patchs pour xMule, et Inkscape ne va pas dans la même voie que Sodipodi pour le support du format SVG...

      Le principal est que les logiciels augmentent en efficacité et en possibilités, non ?

      Mais tant que je m'y consacre, je dois avouer que ca ferait plus que m'enerver de voir des inconnus le recuperer et se l'approprier ( voir eventuellement faire de l'argent sur mon boulot benevole ).

      Donc, tu fait partie (sans vouloir être arrogant) des gens qui sont fiers de leur travail et qui veulent le garder pour eux ? Et quand à faire de l'argent avec, ça reste difficile si tu continues à distribuer ton soft gratuitement et sous GPL...
      • [^] # Re: Le libre et les développeurs

        Posté par  . Évalué à 0.

        [ pour que ca prete pas à confusion : je ne distribue aucun soft tout court ]
        "Le garder pour eux" : c'est pas tout à fait le cas de qqn qui distribue son boulot en freeware non ?

        C'est un peu comme si un type se pointait le jour de mon mariage et qu'il se marie à ma femme. Tu pourrai me dire "l'essentiel c'est qu'elle soit heureuse", je serai d'accord avec toi, mais ca m'empecherait pas d'avoir mal au coeur.

        Bref je suis plutot d'accord avec les arguments pour liberer un soft gratuit, mais je comprends aussi les réticences des types qui ne sont pas prets à le faire.
        • [^] # Re: Le libre et les développeurs

          Posté par  . Évalué à 3.

          En fait, quand je disais "fiers de leur travail", je ne parlais pas tant du binaire, qui est pour moi le résulat du travail, mais plutot du code, qui est la réflexion... Tu ne penses pas que ton travail puisse apporter aux autres gens, sans qu'il te soit dérobé ?

          C'est un peu comme si un type se pointait le jour de mon mariage et qu'il se marie à ma femme.

          Désolé, mais je ne trouve pas ta comparaison juste... Une femme ne peut avoir qu'un seul mari (dans notre type de société), mais un programme peut avoir un infinité de contributeurs, non ? Et pour ce qui est de l'attachement sentimental, ce que je comprends tout à fait, tu restes le mainteneur et le dirigeant du projet, même si d'autres que toi y participe...

          Un exemple dans ton style mais dans l'autre sens. Ne pas libérer le code d'un freeware comme celui-ci me fait plutôt penser à quelqu'un qui refuse d'envoyer son enfant à l'école parce qu'il désire tout lui apprendre lui-même. C'est légal, mais est-ce que c'est ce qu'il y a de mieux pour ton enfant ? Il loupe plein de choses que les autres pourraient lui apporter, et chose importante, tu restes son "papa"...
          • [^] # Re: Le libre et les développeurs

            Posté par  . Évalué à 1.

            Dans le cas inkscape/sodipodi, l'auteur initial reste peut etre le papa, mais il va finir par etre le seul à le savoir. Alors effectivement il peut se rejouir de la belle vie que vont connaitre ses lignes de code, mais je me demande si ca suffit à lui faire aimer les types d'inkscape.
            • [^] # Re: Le libre et les développeurs

              Posté par  . Évalué à 2.

              [bilbo@heimdall tmp]$ cd inkscape-20040419/
              [bilbo@heimdall inkscape-20040419]$ egrep -ri "Lauris Kaplinski" ./* | wc -l
              1006

              Lauris Kaplinski est le développeur principal de Sodipodi, le grep a lieu sur les sources de Inkscape.

              Dans la page de man d'Inkscape :

              AUTHORS

              This codebase owes its existance to a large number of contributors throughout its various incarnations. The following list is certainly incomplete, but serves to recognize the many shoulders on which this application sits:

              Alexander Clausen, John Bintz, Arpad Biro, Daniel Borgmann, Hans Breuer, Bulia Byak, Chema Celorio, Johan Ceuppens, Zbigniew Chyla, John Cliff, Kees Cook, Robert Crosbie, Jon Cruz, Danilo Egan, Frank Felfe, Fred, Ted Gould, Bryce Harrington, Carl Hetherington, Nathan Hurst, Thomas Ingham, Bob Jamison, Lauris Kaplinski, Lynn Kerby, Petr Kovar, Raph Levien, Vitaly Lipatov, Dmitry G. Mastrukov, Michael Meeks, Federico Mena, MenTaLguY, Peter Moulder, Yukihiro Nakai, Christian Neumair, Mitsuru Oka, Jon Phillips, Christian Schaller, Tom von Schwerdtner, Pat Suwalski, Adib Taraben, Daniel Yacob, Masatake Yamato


              Comme tu peux le deviner, les noms en gras sont les gens de Sodipodi. Enfin, je n'ai pas pu trouver une page avec les noms des auteurs d'Inkscape (à part cette page de man), alors qu'il y a un lien direct de la page d'accueil sur le site de Sodipodi, qui ne contien que 4 noms... Peut-être une différence d'interprétation de la "communauté" ?
        • [^] # Re: Le libre et les développeurs

          Posté par  . Évalué à 2.

          Sauf que "une femme" n'est pas TA création ni TON objet et encore moins TA propriété.
          Libre à elle d'épouser qui lui chante.

          c'était la minute : retour sur les comparaisons tendancieuses...

          Je trolle dès quand ça parle business, sécurité et sciences sociales

      • [^] # Re: Le libre et les développeurs

        Posté par  . Évalué à 1.

        Dans ce cas là, on peut aussi parler de l'affaire amule/xmule, avec les dérapages que l'on connaît (voir http://www.amule.org/amule/thread.php?threadid=977&sid=(...(...)) sinon).

        Au fait, autant pour moi, ai gourré dans l'URL : http://tinyurl.com/2nvhg(...) sera plus mieux et moins pire que le lien d'au-dessus
    • [^] # Re: Le libre et les développeurs

      Posté par  (site Web personnel) . Évalué à 4.

      Tu mets le point sur un aspect important : est-ce que tu veux développer le logiciel pour toi ou pour les utilisateurs ?

      Dans le logiciel propriétaire, les utilisateurs ne prennent généralement pas le meilleur logiciel mais le moins pire. On dit "acheter ce qui convient le mieux" et pas "ce qui convient" tout court...
      Le créateur d'un logiciel proprio impose de facto ses concepts et ses choix aux utilisateurs.

      Dans le logiciel libre, il y'a une interaction plus forte et les patches sont justement là pour permettre de prendre en compte les gouts et besoin des utilisateurs, même si l'auteur original n'y avait pas pensé ou n'en avait pas vu l'utilité.

      Le problème de xmule et de sodipodi est que les auteurs respectifs ont choisi de ne pas écouter les avis des contributeurs et utilisateurs respectifs. C'est un choix. Et les messages de ces deux auteurs montrent bien, à un degré différent, un certain dégré de paranoïa et d'arrogance.

      En effet, xmule et sodipodi ont joui pendant un moment d'une situation de monopole. Les amateurs de Emule n'avaient que xmule pour linux et les amateurs de vectoriel n'avaient que Sodipodi (rappelons que Sodipodi lui-même est issu d'un fork).
      Ces logiciels ont donc eu du succès mais ne répondaient pas réellement aux besoins des utilisateurs.
      Il est donc logique qu'un fork advienne et rencontre du succès. Il en est de même avec les forks de Xfree86... De beep-media-player avec xmms.
      C'est la libre concurrence qui joue.

      Personnellement, n'ayant jamais fait de dessin vectoriel, j'ai essayé inkscape et sodipodi. Y'a pas photo, tout simplement.. Je n'ai rien compris à sodipodi. Inkscape m'a permis de bien jouer !

      Est-ce le lot de tous les programmes ? Bien sur que non, il s'agit au contraire de l'exception !
      Y'a t'il un fork de Gimp qui a du succès ? Ou du noyau Linux ? Ou de OpenOffice ? de Abiword ? de Mozilla ?
      Et bien non car ces logiciels sont à l'écoute des utilisateurs ! Et je pense que c'est justement ce concept révolutionnaire (non pas en mot mais en pratique) qui fait que les logiciels commerciaux libres ont beaucoup d'avenir à mes yeux.
      • [^] # Re: Le libre et les développeurs

        Posté par  . Évalué à 1.

        En fait, je ne comprends pas les gens qui développent un freeware "pour eux". Quel est le véritable intérêt de tout ça, mise à part l'orgueil d'avoir tout fait "tout seul" [1] ?

        Je ne développe pas (plus), mais je pense pouvoir faire un rapprochement avec mon activité informatique principale : l'administration. Si j'agissais comme ça, après avoir galérer pour installer une Debian [2] sur une machine un peu hétéroclyte et que quelqu'un me demande de l'aide ou même juste mes fichiers de conf, je l'enverrais balader, pour pas qu'il ait "exactement" la même conf que moi ! Quel intérêt ?


        [1] Cette notion est mentionné par Kethinov (le posteur pro-libre) dans le forum, et c'est le seul argument auquel personne n'a donné de réponse... Coïncidence, coïncidence, quand tu nous tient...

        [2] Allez, avouez-le, on a tous galérer à installer notre 1ère distrib ;-)
        • [^] # Re: Le libre et les développeurs

          Posté par  . Évalué à 1.

          bah tu as la réponse c'est l'orgueil. Faut pas chercher plus loin.

          Il y a ceux qui font ca par conviction (LL, GPL) et ceux qui font ça pour la gloire, l'auto-satisfaction, ou pour montrer/prouver leur talent. Ils font ça parce qu'ils veulent prouver quelque chose aux autres (la frime quoi), et non pas simplement contribuer à la société en général. C'est la dualité individu/société.

          Si le code est une preuve de ton talent, tu n'as pas toujours envie que quelqu'un touche à "l'intégrité" de ton oeuvre, que quelqu'un détourne ton oeuvre en quelque chose que tu n'apprécies pas, etc... Plus simplement, qu'on utilise ton talent sans te demander. Mais que les gens puissent admirer ton oeuvre (freeware) ça t'apportes quelque chose (satisfaction, gloriole, etc).

          Quant à ton exemple sur les fichiers de conf c'est simple, tu partages pour aider, ou tu partages pour te la péter (la frime quoi). Dans les 2 cas tu partages, mais pas avec la même intention. Ou sinon tu balances un RTFM. Là tu te la pètes sans partager, c'est moins bien :).
      • [^] # Re: Le libre et les développeurs

        Posté par  (site Web personnel) . Évalué à 1.

        Le créateur d'un logiciel proprio impose de facto ses concepts et ses choix aux utilisateurs.

        Mouais. Pas convaincu. Les projets sérieux de logiciels proprio se lance rarement tête baissée sans penser au client final... Ils sont pas cons non plus, ils savent qu'ils vont vendrent leurs softs, autant que les clients y trouve ce qu'ils cherchent... Et puis faut se démarquer de la concurrence qui a les même objectifs... Bref, y'a en général une sérieuse étude préalable, y'a des enjeux derrière...

        A l'inverse la plupart des projets "libres" sont initiés par un petit nombre de personne qui ne prête pas beaucoup d'intérêt aux enquêtes auprès des consommateurs en dehors de leurs proches geeks ou de leur seule expérience professionnelle... Heuresement il y a des solutions comme Mozilla (mais bon on peut voir tous les naviguateur basé sur le moteur gecko comme des forks, bien que le principe soit différent, mais on retrouve l'idée de refaire l'interface utilisateur pour faire mieux que l'autre)... Et OpenOffice ça serait pas une sorte de fork de StarOffice ? Enfin ta remarque reste heuresement vraie pour le noyau Linux ;)
      • [^] # Re: Le libre et les développeurs

        Posté par  . Évalué à 1.

        Tu mets le point sur un aspect important : est-ce que tu veux développer le logiciel pour toi ou pour les utilisateurs ?

        Ca dépend. Quand je suis payé, je developpe pour les utilisateurs. Quand je suis pas payé, je developpe aussi pour moi ; j'espere en retirer des connaissances, de la satisfaction ( orgueuil disent les médisants qui ne savent pas faire la différence ;-) ) etc.

        Quand j'utilise un logiciel libre et que je vois que je peux contribuer en retour, je le fais.
        Je ne suis pas avare de partage de connaissances non plus en général. Il m'arrive de trainer sur des forums ou des chans et de répondre à des ames en detresse ( et je parle pas d'un "RTFM", partage de connaissance si répandu chez bon nombre de partisants du libre ).
        Et la seule fois où j'ai filé un petit soft de ma conception à mon entourage parce qu'il en valait la peine, j'ai filé les sources à LA personne qui me les a demandé.
        <troll caché>
        Mais pourtant dans certains cas, j'hésiterai quand meme à liberer : elle est sympa la GPL, mais j'ai pourtant l'impression qu'elle file plus de droit à l'utilisateur qu'à l'auteur. C'est normal quand tu es utilisateur et que tu payes pour avoir qqch. Mais quand tu es auteur et que tu fais le benevolle, ca peut amener à des situations qui me feraient mal au coeur. Et dans certains cas, j'aimerai qqch de plus equilibré.
        </troll caché>
    • [^] # Re: Le libre et les développeurs

      Posté par  . Évalué à 1.

      Mais tant que je m'y consacre, je dois avouer que ca ferait plus que m'enerver de voir des inconnus le recuperer et se l'approprier
      Il faut faire attention à ne pas confondre libre et domaine public. Avec un logiciel libre tu gardes les droits d'auteur. Tu donnes beaucoup de droits aux autres mais le programme reste le tien (y compris d'un point de vue juridique).

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