L’économie du logiciel est-elle morte ?

37
13
mar.
2026
Presse

Dan Blanchard vient de publier une nouvelle version de Chardet, une bibliothèque Python largement utilisée, sous licence MIT permissive, alors que les versions précédentes étaient sous licence GNU LGPL. Comment est-ce possible, étant donné que Dan est le responsable de cette bibliothèque, mais qu’il n’en est ni l’auteur originel ni le seul contributeur ? La réponse est très simple et d’actualité : cette version est une réécriture complète du projet, réalisée par l’IA Claude en cinq jours. Elle n’emprunte aucun fragment de code aux versions antérieures. Plus précisément, les quelques correspondances identifiées (1,3 % du code) ne sont pas spécifiques à Chardet. Elles correspondent à des idiomatismes dans les projets en Python.

Après avoir mené ses propres expériences, tout aussi convaincantes, Bruce Perens a récemment déclaré :

Je brise la vitre et déclenche l’alarme incendie ! Toute l’économie du développement logiciel est morte, disparue, finie, kaput !

Comme le souligne Bruce Perens, ce problème n’est pas spécifique aux logiciels libres. Les éditeurs de logiciels indépendants et leur modèle économique sont également ubérisés par les IA génératives. Et, bien sûr, cette question existentielle concerne également les ESN (i.e. les sociétés de service).

NdM: des infos complémentaires en provenance du lien ayant déjà généré quelques commentaires : d’abord l’auteur originel de Chardet demande d’annuler ce changement de licence qu’il considère comme une violation des droits ; et déjà au moins un ticket considérant un risque juridique « v7.0.0 presents unacceptable legal risk to users due to copyright controversy ». Sont aussi mentionnés un article LWN (accès réservé aux abonnés jusqu’au 19 mars et accès libre ensuite), et un autre cas de réécriture d’une application dans un autre langage et une autre licence, mais faite d’une toute autre manière avec GNU Coreutils (C, GPL) et uutils (Rust, MIT). Encore d’autres articles via Phoronix ou Slashdot ou LinkedIn ou…

Aller plus loin

  • # Parasitisme

    Posté par  . Évalué à 10 (+15/-1).

    Ce n'est pas un changement de licence. Ce n'est pas un fork. C'est tout simplement une nouvelle lib.

    Parce que là, la question qui va se poser, c'est : que va-t-il se passer quand quelqu'un fera un import chardet ?

    En R, j'ai la réponse. R ira sur le CRAN, téléchargera la lib nommée chardet, l'installera.
    En Rust, c'est à peu près identique.
    En Python… C'est le bordel.

    Donc en R et en Rust, si tu forkes une lib, tu es obligé de la renommer. Tout simplement parce que le CRAN (en R) ne te laissera pas uploader une lib dont le nom existe déjà, sauf si tu en es l'auteur. Par sécurité.

    Et là, toute l'ambiguïté disparaît. Il ne s'agit pas d'un fork hostile, ou d'un changement de licence imposé, ou je ne sais quelle absurdité. Il s'agit juste d'un type qui a écrit sa lib dans son coin, dont il se trouve qu'elle copie la fonctionnalité d'une lib déjà existante, et qui a voulu tabler sur la popularité de la lib préexistante en squattant son nom. Si le nom de la lib avait été une marque déposée, ça serait la définition du délit de parasitisme. Mais évidemment, on ne va pas déposer aux INPI de tous les pays du monde les noms des libs. Ça n'empêche que c'est exactement ça. L'IA n'y change rien.

    Comme souvent, on fait porter à la tech un chapeau trop grand pour elle. Quand on fait quelque chose d'illégal, ou d'amoral, en mettant de la tech dedans, ce n'est pas pour autant que ça devient légal et moral. Ici, il aurait pu réécrire chardet à la main et le problème aurait été rigoureusement identique : il aurait eu une lib qui fait la même chose, d'un auteur différent de l'auteur original et qui squatte le nom de la lib originelle en se parant d'un numéro de version supérieur.

    Ça, ce sont les sources. Le mouton que tu veux est dedans.

    • [^] # Re: Parasitisme

      Posté par  (site web personnel) . Évalué à 10 (+14/-1).

      Le quelqu'un en question est Dan Blanchard, le mainteneur principal de la bibliothèque Chardet depuis 2011. Ce n'est donc pas du parasitisme. Il a juste décidé de faire table rase du passé comme nous le faisons au quotidien dans les projets (libres ou propriétaires), lorsque nous décidons de jeter un vieux code et de le remplacer par une nouvelle version plus performante ou plus moderne. Là, il l'a fait avec une IA et à une échelle jamais vue, sur un projet dont il assure bénévolement le développement depuis 15 ans. Cela lui donne une certaine légitimité, n'en déplaise à Mark Pilgrim, l'auteur originel de Chardet, qui a quitté le navire il y a 15 ans.

      • [^] # Re: Parasitisme

        Posté par  (site web personnel) . Évalué à 10 (+12/-3).

        Et chose impressionnante, non mentionnée dans le journal, c'est que la réécriture n'est pas juste une reimplementation à l'identique. Elle corrige des bugs, supporte plus de cas de tests et améliore les performances.

        Aujourd'hui, nier que les IAs qont capables de choses impressionnantes c'est se plonger la tête dans le sable.

    • [^] # Re: Parasitisme

      Posté par  (site web personnel) . Évalué à 7 (+6/-0).

      Cette histoire met en scène plusieurs choses qui se passent en même temps.

      • Comme tu l'as identifié, il y a la réécriture d'un logiciel en un clone utilisant la même interface. L'histoire de l'écriture de clone et les procès malheureusement connus comme SCO vs Linux et Java vs J# montrent que c'est loin d'être une zone toute blanche ou tout noire. Mais ici il y a d'autres éléments qui se rajoutent:

      • En tant que mainteneur de la version précédente de l'appli, il a remplacé de manière unilatérale l'ancienne version par sa nouvelle, de qualité inconnue. Il en a peut-être le droit mais je comprends que les anciens contributeurs, auteurs et utilisateurs grincent des dents.

      • Mais surtout la réécriture par une IA porte un très gros problème de licence. Comment peut-on affirmer que le nouveau code n'est pas un travail dérivé de l'ancien ? Claude a forcément eu accès à des parties du code source, test cases, documentation etc. et ça c'est en laissant le bénéfice du doute sur l'accès qu'il aurait eu au code source en runtime. Mais on ne peut pas affirmer que Claude n'a pas eu accès au code original lors de l'entraînement. C'est un problème commun à tous les projets IA et tant qu'on a pas de transparence complète sur les sources utilisées pour entraîner les modèles, on peut difficilement affirmer que ça ne brèche aucune licence.

      Au sujet du codegen et en tant que dev F/OSS, je ne sais pas sur quel pied danser. J'ai fait un peu de vibe programming cette semaine et les résultats sont tellement bons que je ne peux plus ignorer que cette tech existe et que la manière de programmer est en train de changer. Mais d'un autre côté les effets directs et indirects de toute l'industrie de l'IA sont là aussi. Par ex. Curl n'est pas le seul projet inondé par des rapports de vulnérabilité bidon.

      • [^] # Re: Parasitisme

        Posté par  (site web personnel) . Évalué à 10 (+7/-0).

        « Mais on ne peut pas affirmer que Claude n'a pas eu accès au code original lors de l'entraînement. »

        Vu que 1) le logiciel original est sous LGPL, 2) les entraîneurs d'IA semblent sauter sur tout ce qui bouge pour nourrir leurs modèles, j'avais compris qu'on était plutôt absolument certains que l'IA a eu accès à l'original. Me tromperais-je ?

        « IRAFURORBREVISESTANIMUMREGEQUINISIPARETIMPERAT » — Odes — Horace

      • [^] # Re: Parasitisme

        Posté par  . Évalué à 5 (+4/-0).

        Claude a forcément eu accès à des parties du code source, test cases, documentation etc. et ça c'est en laissant le bénéfice du doute sur l'accès qu'il aurait eu au code source en runtime. Mais on ne peut pas affirmer que Claude n'a pas eu accès au code original lors de l'entraînement. C'est un problème commun à tous les projets IA et tant qu'on a pas de transparence complète sur les sources utilisées pour entraîner les modèles, on peut difficilement affirmer que ça ne brèche aucune licence.

        A mon avis ce n'est pas important. La question est: en regardant le code géneré, peut-on voir un lien avéré entre les 2 ?

        Si la réponse est non, perso je me fiches de savoir si Claude a eu accès à quoi que ce soit.

        • [^] # Re: Parasitisme

          Posté par  (site web personnel) . Évalué à 9 (+6/-0).

          Ca ressemble à un meurtre en chambre close non?

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          • [^] # Re: Parasitisme

            Posté par  . Évalué à 2 (+1/-0).

            Pas compris, c'est quoi un meurtre en chambre close ?

            • [^] # Re: Parasitisme

              Posté par  (site web personnel) . Évalué à 6 (+3/-0). Dernière modification le 14 mars 2026 à 10:56.

              Un meurtre en apparence impossible: une personne est retrouvée morte dans une pièce fermée de l'intérieur, aucune trace de violence, elle était en bonne santé, pas suicidaire…

              C'est un grand classique de la littérature policière.

              Par extension, cela designe une situation où on sait qu'il y a un coupable/responsable de quelquechose mais on ne peut pas le prouver.

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              • [^] # Re: Parasitisme

                Posté par  . Évalué à 2 (+1/-0).

                Je te dirais que non, si tu implémentes un soft qui au niveau interface fait la même chose mais est implémenté diffèrement, je ne vois pas quel délit ou crime il y aurait.

                Que le modèle ait 'vu' le code du soft copié n'est en soi pas une preuve de quoi que ce soit, la violation doit être liée au code géneré, il faut prouvé qu'il y a une inspiration claire entre le code géneré et l'original, pas à ce que l'auteur du code aurait vu par le passé.

        • [^] # Re: Parasitisme

          Posté par  (site web personnel) . Évalué à 3 (+2/-0).

          Ce qui est intéressant c'est qu'on pourra tester cette théorie le jour où Haiku décidera de réimplémenter Windows 11 en 6 mois à coup de LLM. Ça arrivera forcément à un moment ou un autre.

          • [^] # Re: Parasitisme

            Posté par  . Évalué à 2 (+1/-0).

            Il y a Wine déjà, et ils n'ont pas de problème.

            Au final, un juge va demander quelles parties du code ont été copiées. Le fait d'avoir vu le code à un moment ou un autre c'est très faible comme accusation si le code ne se ressemble pas.

    • [^] # Re: Parasitisme

      Posté par  . Évalué à 7 (+5/-0).

      On pourrait aussi dire la même chose pour les coreutils réécrits en Rust, et qui changent de licence au passage (GPL à MIT me semble-t-il), ou encore sudo-rs qui n'a pas exactement la même licence que le sudo d'origine.

      Dans les deux cas, bien sûr que les personnes qui développent les nouveaux projets ont eu accès à l'original.

      L'histoire de la licence, ici, pourrait être plus problématique si on considère que le code issu d'un non-humain n'est pas copyrightable (débat chaud aux US en ce moment).

    • [^] # Re: Parasitisme

      Posté par  (site web personnel, Mastodon) . Évalué à 0 (+0/-0).

      Euh non, en python tu va sur pypi.org chercher tes modules. Si tu l'as installé depuis ailleurs et est en train de vérifier les mises à jour, ca a retenu l'url (même de la forme git+https://github.com/$user/$repo.git) ou le chemin local.

  • # Svp arrêter de dire ce genre de chose.

    Posté par  . Évalué à 1 (+6/-6). Dernière modification le 13 mars 2026 à 16:14.

    « L’économie du logiciel est-elle morte ? »
    Désolé, J’en ai marre de lire ce genre de reaction.
    En fait, je suis encore plus choqué de lire ce genre de réaction sur LFR.
    Dire que l’économie du logiciel est morte car on peut créer un logiciel from scratch avec un LLM.
    C’est aussi ridicule que de dire les logiciels libres, c’est le cancer des éditeurs de logiciels.
    Que tu demandes un code source à un SFTP d’un repo officiel ou que tu la fasses générer par un LLM d’un point boite de noir. C’est la même chose.
    C’est comme dire Red Hat ne peut pas faire de l’argent avec Linux qui est issue des super LLM que sont « Linus Torvald, et les autres contributeurs du noyaux ».
    Red Hat, Ubuntu exploite la production de logiciel depuis des années. Leur savoir faire n’est pas dans un logiciel privateur mais dans leur capacité à organiser, former & déployer un logiciel libre.
    Donc tu vois, j’ai le point de vue inverse. Les LLM montrent ce qu’on sait tous depuis des années. La vraie valeur d’un logiciel n’est pas dans sa création mais dans la capacité des sociétés à le déployer et à l’accompagner au quotidien.

    PS: Désolé pour le démarrage un peu sec :) Joli troll pour un Vendredi

    • [^] # Re: Svp arrêter de dire ce genre de chose.

      Posté par  . Évalué à 4 (+2/-0).

      Comment tu finances le dév derrière ?

      • [^] # Re: Svp arrêter de dire ce genre de chose.

        Posté par  . Évalué à 4 (+4/-1).

        Comme pour les logiciels libres :-)

        • [^] # Re: Svp arrêter de dire ce genre de chose.

          Posté par  . Évalué à 5 (+3/-0).

          La vraie valeur d’un logiciel n’est pas dans sa création mais dans la capacité des sociétés à le déployer et à l’accompagner au quotidien.

          Comment tu finances le développement ? Ce qui selon toi n'a pas de valeur.

          En fait, même dans le logiciel libre il y a des humains qui ont besoin d'un salaire.
          Une grande partie du logiciel libre est financée par des entreprises ou par des employés qui travaillent en temps masqué (tu dis qu'une tâche va te prendre 3 jours et pendant 2 jours tu fais des patchs dans des libs open-source).

          Si demain on diminue énormément le nombre de développeur pro car on ne souhaite plus les financer, même le logiciel libre va perdre beaucoup de vitesse.

          • [^] # Re: Svp arrêter de dire ce genre de chose.

            Posté par  . Évalué à 2 (+2/-1).

            Comment tu finances le développement ?

            On peut espérer qu'un jour finira par arriver où le salaire à vie se généralisera.

            Avant même l'avènement de cette situation, en prenant exemple sur la Sécurité Sociale classique, se dessinent d'autres applications du même principe dans l'alimentaire ou la Culture. Pourquoi pas dans l'informatique ?

            « Y a même des gens qui ont l’air vivant, mais ils sont morts depuis longtemps ! »

      • [^] # Re: Svp arrêter de dire ce genre de chose.

        Posté par  (site web personnel) . Évalué à 8 (+5/-0).

        Comme aujourd'hui : l'écriture de code n'est qu'une activité des développeurs, on a un nouvel outil pour en écrire plus, ça va augmenter la charge de travail contrairement à ce que les gens qui n'ont jamais fait de développement pensent…

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    • [^] # Re: Svp arrêter de dire ce genre de chose.

      Posté par  (site web personnel) . Évalué à 10 (+9/-0).

      Dire que l’économie du logiciel est morte car on peut créer un logiciel from scratch avec un LLM.
      C’est aussi ridicule que de dire les logiciels libres, c’est le cancer des éditeurs de logiciels.

      Désolé, en toute honnêteté, je ne vois pas le parallèle et en quoi il serait ridicule de s'inquiéter du fait qu'un LLM abatte en quelques jours un travail réalisé autrefois par des développeurs compétents en quelques mois ou années.

      Les premières victimes de cette révolution vont être les ESN. Rappelons leur modèle :
      * Le client rédige les spécifications du logiciel.
      * Il confie le développement à l'ESN, qui active une cohorte de développeurs.
      * Il valide le logiciel livré via un cahier de recette fonctionnelle.
      * Il confie à l'ESN la maintenance corrective et évolutive du logiciel.

      Avec les IA, le scénario change un peu :

      Au mieux (pour l'ESN) :
      * Le client rédige les spécifications du logiciel.
      * Il confie le développement à l'ESN, qui active une IA et un « prompt engineer/ reviewer »
      * Il valide le logiciel livré via un cahier de recette fonctionnelle.
      * Il confie à l'ESN la maintenance corrective et évolutive du logiciel, qui réactive la même IA et le même « prompt engineer / reviewer »

      Au pire (pour l'ESN) :
      * Le client rédige les spécifications du logiciel.
      * Il embauche un « prompt engineer/ reviewer »
      * Il lui confie le développement du logiciel via l'IA.
      * Il valide le logiciel livré via un cahier de recette fonctionnelle.
      * Il confie à l'IA la maintenance corrective et évolutive du logiciel.

      Quelles sont les évolutions dans le détail ?
      * L'ESN est soit évincée, soit marginalisée (ce n'est plus vraiment elle qui détient le savoir).
      * L'ESN, si elle existe encore, aura besoin de beaucoup moins de développeurs.

      Suis-je bien trop pessimiste ou naïf ? Je l'ignore, mais une amie développeuse junior qui se retrouve sur le marché du travail m'a appris récemment que le nombre d'emplois proposés aux juniors en Occitanie avait chuté de 80 % entre 2024 et 2025. Et si les seniors se croient à l'abri, ils se fourrent le doigt dans l'œil, car au rythme d'obsolescence des technologies en informatique, tout senior se retrouve junior au quotidien dans une partie de ses activités.

      Les éditeurs de logiciels (libres ou non) peuvent aussi s'inquiéter si une IA arrive à régénérer un logiciel sur la seule base de ses spécifications et de son API.

      Vous me direz que Chardet n'est qu'une modeste bibliothèque et que nous n'en sommes pas encore au point de pouvoir régénérer en quelques jours un logiciel bien plus complexe et c'est vrai. Mais rappelez-vous où nous en étions en mars 2023 (il y a seulement 3 ans), alors que tout le monde s'amusait encore des énormités générées par ChatGPT. Moi, je me demande où nous en serons dans 5 ans. Je sais que c'est l'une des questions que commencent à se poser les directions des ESN. Auront-elles encore besoin de 100 % de leurs effectifs actuels ou de seulement 20 %, voire 10 % ?

      • [^] # Re: Svp arrêter de dire ce genre de chose.

        Posté par  . Évalué à 5 (+4/-0).

        désolé, en toute honnêteté, je ne vois pas le parallèle et en quoi il serait ridicule de s'inquiéter du fait qu'un LLM abatte en quelques jours un travail réalisé autrefois par des développeurs compétents en quelques mois ou années.

        Simplement parce que par construction, un LLM est incapable de créer du neuf. Pour le moment, tout ceux qui déploient l'IA en entreprise et se gargarisent des « gains » permis par « l'IA » (100 % du temps des LMM) sont grisés par des effet en trompe l'œil (l'effet Waouh !).

        Or il suffit de quelques test pour se rendre compte que dès qu'on confronte lesdit LLM à du neuf, ça part en cacahuète.

        De mon côté je fais ça avec la syntaxe du SYMNAMES de DFSORT : je pars d'une description de fichier COBOL, j'en demande une description pour SYMNAMES. Les LLM arrivent à peu près à me donner une syntaxe correcte (et encore, je n'ai pas poussé le vice en incluant des redéfinition), mais toujours en positionnement absolu.

        Pour le moment, aucun LLM n'est capable de me sortir une syntaxe en positionnement relatif , et ça risque de durer longtemps simplement parce que ça n'existe pas sur Internet (je pense que cette page est l'unique exemple disponible avec du positionnement relatif).

        Il est urgent d'attendre : le soufflé finira fatalement par retomber, même si j'ai bien conscience qu'en attendant, les dégâts peuvent être considérables, sans oublier les dégâts supplémentaires liés à l'effondrement lui-même.

        « Y a même des gens qui ont l’air vivant, mais ils sont morts depuis longtemps ! »

        • [^] # Re: Svp arrêter de dire ce genre de chose.

          Posté par  (site web personnel) . Évalué à 4 (+3/-0).

          Je conviens volontiers de trois choses :

          1. Si le corpus d'entrainement n'existe pas, il est difficile d'entrainer une IA.

          2. Le travail créé par une IA reste perfectible et peut nécessiter des reprises importantes par un humain.

          3. Les IA semblent ne savoir créer que par interpolation, pas par extrapolation (par conception, elles restent dans leur cadre de référence que constitue leur jeu de données d'apprentissage ; si cela leur assure une certaine pertinence, cela les enferme aussi).

          Mais aucun de ces éléments ne me semble invalider mon inquiétude (et non mon affirmation, puisque, je le rappelle, le titre de ma dépêche était une question) :

          1. Les entreprises et les établissements publics se dotent de plus en plus d'IA privées, qu'ils alimentent par des corpus qui leur sont propres et ne sont pas sur la place publique. Si le commun des mortels n'a pas accès à un gros volume de code COBOL, il en va différemment pour une banque.

          2. Étant développeur à la base, je suis bien placé pour savoir que la compétence la mieux partagée par l'ensemble des développeurs est la création de bogues et de code perfectible. Tout comme une IA. Et nous avons tous vu notre code repris ou réécrit par un collègue ou contributeur plus expérimenté, quand celui-ci ne nous a tout simplement pas demandé de revoir notre copie, en nous fournissant des instructions plus précises. On a repris mon code, puis j'ai repris le code d'autres personnes, et il arrive encore que des collègues reprennent les rares fragments de code que j'écris aujourd'hui. C'est le travail quotidien. La seule différence avec l'IA, c'est que les derniers LLM publiés (par exemple Claude Opus 4.6) le font à une vitesse fulgurante et qu'ils « apprennent » très vite. L'itération se fait à un rythme bien plus rapide et même si OpenAI ou Anthropic multipliaient leurs tarifs par 5, ils resteraient compétitifs par rapport au cout des développeurs occidentaux. Tout le monde ne peut pas encore se payer l'infra de Stripe, mais quand je lis des articles tels que ceux-ci, je suis pris de vertige (et de gros doutes) :

          3. Sans doute aurons-nous toujours besoin d'humains pour terminer le travail et prendre en charge les aspects les plus exploratoires, mais ces humains seront à coup sûr bien moins nombreux qu'ils ne le sont aujourd'hui.

          Bref, la rédaction de spécifications fonctionnelles solides et non ambigües me semble être une compétence promise à un meilleur avenir que le développement.

          • [^] # Re: Svp arrêter de dire ce genre de chose.

            Posté par  . Évalué à 6 (+5/-0).

            Tout ça corrobore ce que j'ai écrit : il est possible que l'IA les LLM puissent aider à la maintenance de l'existant, mais je ne vois pas en comment ils pourraient aider à créer du neuf. Ceux qui n'ont que le mot innovation à la bouche risque d'être (très) déçus.

            J'ai eu à réécrire un pan entier d'un applicatif, et je l'ai fait d'une manière complètement différente de ce qui existait même si ça m'a beaucoup inspiré en négatif : je savais ce que je ne voulais pas : comme vous l'avez vous-même écrit, ça dépasse de loin ce que les LLM sont capables de faire.

            « Y a même des gens qui ont l’air vivant, mais ils sont morts depuis longtemps ! »

            • [^] # Re: Svp arrêter de dire ce genre de chose.

              Posté par  (site web personnel) . Évalué à 9 (+7/-0).

              Tu passes à côté d'un point très important: la très très grande majorité des développeurs n'écrivent pas du code innovant ou des applications innovantes. Notre métier est bien plus un métier d'intégration, dans une logique business spécifique, que de l'innovation.

              Je travaille dans une multinationale à la pointe de la technologie du chiffrage et de la carte à puce, dans le centre de R&D qui héberge notre ingénierie de pointe. Sur les 40 personnes que compte notre site, il y en a environ 10 qui font de l'innovation. Et sur les 10, je dirais qu'un quart ne fait de l'innovation que à temps partiel.

              Une grosse partie du travail de développeur, c'est de transformer un truc qui marchote en un truc qui marche complètement: ajouter des tests, corriger des bugs, rendre le code déployable / publiable, adoucir l'interface utilisateur, mettre à jour vers des libs récentes, proposer des améliorations.

              Pour en revenir à ma boite, que font ceux qui n'innovent pas ? Ils améliorent de l'existant: ils passent de la spec Visa 1.4.1 à la spec 1.4.2 . Ils portent un code existant sur un nouveau composant. Ils adaptent un code existant pour un nouveau marché. Ils sont un prototype pour un nouveau concept en utilisant des technologies récentes. Ils intègrent le travail d'innovation de nos collègues chercheur dans un produit lambda. J'ai apporté une très grosse innovation à ma boite l'an dernier, qui va lui générer des gains de production assez important en R&D: j'ai écrit un site web en python pour archiver des documents et pouvoir facilement les retrouver.

              Tout ça pour dire que toutes ces tâches sont en grande partie substituables à un agent IA supervisé par un senior. Sénior qui va se faire chier à mourir, a relire des millier de lignes pissées par l'IA et qui partira en dépression dans quelques années.

              On a toutes les raisons de s'inquiéter.

              Surtout qu'à long terme, plus personne ne saura relire du code, car c'est une compétence qui s'acquiert en écrivant du code à mon sens.

              • [^] # Re: Svp arrêter de dire ce genre de chose.

                Posté par  . Évalué à 2 (+1/-0).

                Je pense qu’on a écrit la même chose : l’usage des LLM sera pour un certain temps indolore voire « bénéfique », s’agissant de ne faire que « vivoter » l’existant. Ça va se corser dans quelques années (5, 10 ?) quand il s’agira de faire du neuf.

                Et comme précisé en dernière phrase : au final, qui saura coder ?

                On pourrait se dire que le code en lui-même n’est pas si important, et que ce qui importe c’est l’architecture, mais je ne suis pas sûr qu’on forme réellement plus à l’architecture désormais qu’on ne formait au code.

                Mais comme écrit par ailleurs, en vérité, le code est bien plus que des lignes de texte dans un langage donné…

                « Y a même des gens qui ont l’air vivant, mais ils sont morts depuis longtemps ! »

              • [^] # Re: Svp arrêter de dire ce genre de chose.

                Posté par  (site web personnel, Mastodon) . Évalué à 5 (+3/-0).

                Tout ça pour dire que toutes ces tâches sont en grande partie substituables à un agent IA supervisé par un senior. Sénior qui va se faire chier à mourir, a relire des millier de lignes pissées par l'IA et qui partira en dépression dans quelques années.

                You're using AI to be more productive. So why are you more exhausted than ever? The paradox every engineer needs to confront. I shipped more code last quarter than any quarter in my career. I also felt more drained than any quarter in my career.

                Et la suite qui raconte l'expérience d'un professionnel de l'IA.

        • [^] # Re: Svp arrêter de dire ce genre de chose.

          Posté par  (site web personnel) . Évalué à 3 (+2/-0).

          Beaucoup de ces choses sont juste une question d'apprentissage et de Corpus. J'ai pu apprendre à ChatGPT, il y a déjà 2 ans, à programmer dans des langages d'assemblage fictifs ou a écrire des phrases dans une langue d'un jeu vidéo qu'il ne connaissait pas. Pour le langage, des spécifications et quelques corrections au suffit, pour la langue j'ai du lui donner beaucoup d'exemples mais à la fin il maîtrisait mieux la langue que moi.

          Pour les langages qui manquent, je n'ai aucun doute que les AI bros aient les moyens d'acheter l'accès à des codebases en n'importe quel langage qui sera demandé par leurs clients pour améliorer leurs modèles, c'est juste une évidence et une question de temps. Les IA modernes peuvent aussi faire une forme d'auto-apprentissage:
          - On lit les specs, livres d'introduction, etc.
          - On implémente un programme qui fait X ou Y
          - On compile, exécute, on regarde les erreurs
          - En boucle jusqu'à ce que ça marche
          - Quand ça marche, on commit et on rajoute le bout de code au corpus.
          - Quand le corpus est assez grand, on réentraine le modèle sur ce qui a été écrit et validé.

          Ça sera probablement pas le meilleur des codes mais ça fonctionnera. La différence entre cette approche et le minage de Github c'est que le code Opensource est déjà de bonne qualité et écrit par des humains pour la plus grande partie.

      • [^] # Re: Svp arrêter de dire ce genre de chose.

        Posté par  . Évalué à 4 (+2/-0).

        Les premières victimes de cette révolution vont être les ESN. Rappelons leur modèle :
        * Le client rédige les spécifications du logiciel.
        * Il confie le développement à l'ESN, qui active une cohorte de développeurs.

        Bon, durant ma carrière (je suis à la retraite depuis une quinzaine d'années) que j'ai effectué dans une ESN (Sema puis Atos), le modèle des projets sur lesquels j'ai travaillé était plutôt :

        • le client rédige (ou fait rédiger) un cahier des charges
        • il confie la réalisation à une ESN qui
          • active des gens avec profil informatique ET des connaissances du métier du client
          • active des gens pour concevoir l'architecture informatique nécessaire
          • active des gens pour réaliser le projet

        Il y a des étapes que je vois mal remplacées par une IA en l'état actuel mais il est évident que l'IA aurait considérablement réduit l'effectif des projets dont je parle.

        Je viens moi-même de faire du vibe coding sur une appli Python à usage personnel que j'ai fait il y a une dizaine d'années afin de la moderniser et la rendre éventuellement "publiable" et je dois dire que je suis extrêmement impressionné : découverte de bugs très subtils, génération de la documentation sur la seule base du code avec une "compréhension" profonde du pourquoi du comment, génération de suite de tests, suggestions pertinentes d'amélioration, … Après, je parle d'une appli d'environ 3500 lignes de Python (hors codes de test), rien à voir avec une vraie appli métier réelle.

    • [^] # Re: Svp arrêter de dire ce genre de chose.

      Posté par  . Évalué à 5 (+4/-0).

      Il me semble qu'il ne s'agit pas uniquement d'un sujet de production du logiciel.
      Il y a aussi ici un problème de gestion de la licence du logiciel. Le LLM a permis un changement de licence, exit la GPL, et sans demander leurs avis aux différents contributeurs.
      Si la même méthode est appliquée, petit à petit, à tous les composants d'une distrib, ce sera la mort du logiciel libre au profit de l'open-source, pour le plus grand plaisir de nos chers profiteurs entrepreneurs.

  • # Réécrire curl en trois jours ?

    Posté par  . Évalué à 4 (+2/-0).

    En 2021, Daniel Steinberg s'amusait que quelqu'un clame pouvoir réécrire curl en trois jours.

    Dans un an, deux ans, trois ans, peut-être ?

    Extrait d'un message disant "I could rewrite curl in a 3 days week-end

  • # Peut-être pas disparaitre mais ce réduire fortement oui

    Posté par  (Mastodon) . Évalué à 4 (+1/-0). Dernière modification le 15 mars 2026 à 11:08.

    Les chaudronniers ou maréchaux ferrands n'ont pas disparu mais le marché s'est clairement rétréci par rapport à un siècle.

    Il n'est pas difficile de s'imaginer que celui du développement logiciel se réduira à long terme aussi.

    Truc bête: il y a quelques années quand quelqu'un voulait un retouche photo les gens demandaient à un professionnel, le cousin de la famille qui a tous les logiciels piratés dont photoshop, ou via un post sur reddit. Maintenant le tout un chacun demande à chatgpt de supprimé oncle Jean Paul qui a fait un photobomb sur son selfie directement depuis leur smartphone, avec zéro compétence en informatique. Beaucoup d'images promotionelles sont maintenant créés via des systèmes génératifs. Quelle part vont avoir la suite Adobe et ses concurrents dans 10ans, 20ans? Ça peut s'appliquer à plein de trucs, des statistiques pour lesquelles tu aurais pu utiliser excel il y a quelques années, tu peux les demander directement à un agent LLM. On va me dire oui mais hallucinations blah blah on n'est pas sûr d'avoir le bon résultat. Mais au final c'est déjà le cas dans plein d'applis dont excel dès qu'il y a manipulation de nombre à virgule flottante et les gens se font toujours avoir assez régulièrement. La question n'est pas de savoir si les résultats son parfaits mais s'ils sont jugés assez bien par leurs utilisateurs, et ça va dépendre si c'est un besoin privé ou professionnel, et de quel corps de métiers.

    À mon boulot on est assez restreint sur les applis qu'on peut installer sur nos machines, par contre on a accès à copilot et windsurf. Quand j'ai voulu demander un outil spécifique nécessitant l'aval de plusieurs niveaux hiérarchiques pour l'obtenir, il a fallu tellement de temps pour obtenir les différentes aprobations que j'ai au final vibecodé un truc avec les 3 seuls fonctionnalités qui me sont nécessaire en quelques heures plutôt que d'attendre. Au final l'application a été installée mais je continue à utiliser mes outils dont l'interface est bien plus pratique pour mon usage quel'application en question dont je n'utiliserais que 5% des fonctionnalités au final. La majorité du temps, c'est pareil on n'utilise même professionnellement qu'un sous ensemble très réduit des fonctionnalités d'un logiciel. Ce qui fait qu'au final tout le monde pourrait développer beaucoup plus facilement en interne les quelques fonctionnalités nécessaire avec un coût de maintenance bien plus réduit que celles des entreprises qui éditent des logiciels couvrant les besoin de milliers d'entreprises.

    Ça fait des années que j'entends quelques développeurs dire que parfois si on prenait la peine d'avoir les specs bien documentées et maintenues ce serait bien plus simple et rapide de réécrire régulièrement une appli de zéro avec l'expérience des erreurs passées que de maintenir un vieux code logiciel avec toute une dette technique. Ce n'était pas une idée populaire et les développeurs disant cela étaient une minorité. Mais avec les LLMs ça semble maintenant bien plus atteignable même si ça a un coût non négligeable tant en terme financier qu'environnemental.

    Au final l'IA c'est comme la ruée vers l'or. Ce ne sont pas les mineurs développeurs qui s'enrichissent mais les marchands de pelles, tamis et pantalons les vendeurs de services LLM.

  • # Quelle reconversion ?

    Posté par  . Évalué à 1 (+1/-0).

    Je travaille dans une petite entreprise dont le travail actuel peut en grande partie être effectué par une IA. Je réfléchis donc à des reconversions.
    Entre autres je pense à devenir :
    * Agriculteur
    * Enseignant

    Et vous ?

    • [^] # Re: Quelle reconversion ?

      Posté par  (site web personnel) . Évalué à 7 (+4/-0).

      Tu peux faire un métier qui consiste à critiquer le travail des autres comme manager, product owner, expert ux/ui, RSSI… Il y a beaucoup de choix en informatique !

      Ce post est offensant ? Prévenez moi sur https://linuxfr.org/board

    • [^] # Re: Quelle reconversion ?

      Posté par  (site web personnel) . Évalué à 7 (+6/-0).

      Lorsqu'on part d'une formation générale, scientifique ou informatique, le métier d'enseignant me semble bien plus accessible que le métier d'agriculteur, qui demande une somme de savoirs et de savoir-faire qu'imagine mal le commun des mortels.

      Dans la même veine, mon beau-père était ébéniste d'art. Ce métier demande de l'habileté et de la créativité, il me semble noble. Cela le rend très attractif à mes yeux. Cerise sur le gâteau, il n'est même pas nécessaire d'avoir le bac pour l'exercer. Pour autant, si mon beau-père, qui était ébéniste d'art, a commencé à travailler alors qu'il n'avait pas encore 14 ans, il lui a fallu de longues années d'apprentissage et d'expérience avant de devenir l'ébéniste accompli et recherché qu'il était. On ne s'improvise pas plus ébéniste d'art qu'agriculteur.

      Par contre, détail confortable pour un informaticien, les ciseaux et gouges qu'il utilisait à la fin de sa carrière étaient en tous points semblables à ceux qu'il utilisait au début de sa carrière. Ses outils étaient stables, seules son expérience et son savoir-faire se sont affinés au fil des ans. Quel bonheur que de ne pas connaitre la version moderne du mythe de Sisyphe qu'est le métier d'informaticien : devoir jeter ses outils sitôt ceux-ci maitrisés pour apprendre à en utiliser de nouveaux…

      • [^] # Re: Quelle reconversion ?

        Posté par  (site web personnel) . Évalué à 1 (+1/-0).

        C'est sur que niveau accessibilité, professeur c'est effectivement meilleur. Vu la paie et la reconnaissance du métier, il y plusieurs branches où il y a plus de postes ouverts que d'inscrits aux concours.

        • [^] # Re: Quelle reconversion ?

          Posté par  . Évalué à 0 (+0/-0).

          Enseignant c'est le plus abordable, mais en soit une IA est sûrement meilleur qu'un humain. L'avantage d'un humain c'est surtout d'avoir de l'autorité.

          Le problème avec ébéniste, c'est que les potentiels clients risquent de perdre leur travail à cause de l'IA. Mais, c'est vrai qu'on risque pas d'être remplacer par une machine.

          L'avantage d'agriculteur, c'est de pouvoir utiliser/manger directement sa production.

          Comme pour tout le mieux c'est d'avoir plusieurs cordes à son arc.

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