Dan Blanchard vient de publier une nouvelle version de Chardet, une bibliothèque Python largement utilisée, sous licence MIT permissive, alors que les versions précédentes étaient sous licence GNU LGPL. Comment est-ce possible, étant donné que Dan est le responsable de cette bibliothèque, mais qu’il n’en est ni l’auteur originel ni le seul contributeur ? La réponse est très simple et d’actualité : cette version est une réécriture complète du projet, réalisée par l’IA Claude en cinq jours. Elle n’emprunte aucun fragment de code aux versions antérieures. Plus précisément, les quelques correspondances identifiées (1,3 % du code) ne sont pas spécifiques à Chardet. Elles correspondent à des idiomatismes dans les projets en Python.
Après avoir mené ses propres expériences, tout aussi convaincantes, Bruce Perens a récemment déclaré :
Je brise la vitre et déclenche l’alarme incendie ! Toute l’économie du développement logiciel est morte, disparue, finie, kaput !
Comme le souligne Bruce Perens, ce problème n’est pas spécifique aux logiciels libres. Les éditeurs de logiciels indépendants et leur modèle économique sont également ubérisés par les IA génératives. Et, bien sûr, cette question existentielle concerne également les ESN (i.e. les sociétés de service).
NdM: des infos complémentaires en provenance du lien ayant déjà généré quelques commentaires : d’abord l’auteur originel de Chardet demande d’annuler ce changement de licence qu’il considère comme une violation des droits ; et déjà au moins un ticket considérant un risque juridique « v7.0.0 presents unacceptable legal risk to users due to copyright controversy ». Sont aussi mentionnés un article LWN (accès réservé aux abonnés jusqu’au 19 mars et accès libre ensuite), et un autre cas de réécriture d’une application dans un autre langage et une autre licence, mais faite d’une toute autre manière avec GNU Coreutils (C, GPL) et uutils (Rust, MIT). Encore d’autres articles via Phoronix ou Slashdot ou LinkedIn ou…
Aller plus loin
- Article détaillé sur The Register (29 clics)
- Article plus sommaire sur Korben.info (21 clics)

# Parasitisme
Posté par Liorel . Évalué à 4 (+3/-1).
Ce n'est pas un changement de licence. Ce n'est pas un fork. C'est tout simplement une nouvelle lib.
Parce que là, la question qui va se poser, c'est : que va-t-il se passer quand quelqu'un fera un
import chardet?En R, j'ai la réponse. R ira sur le CRAN, téléchargera la lib nommée
chardet, l'installera.En Rust, c'est à peu près identique.
En Python… C'est le bordel.
Donc en R et en Rust, si tu forkes une lib, tu es obligé de la renommer. Tout simplement parce que le CRAN (en R) ne te laissera pas uploader une lib dont le nom existe déjà, sauf si tu en es l'auteur. Par sécurité.
Et là, toute l'ambiguïté disparaît. Il ne s'agit pas d'un fork hostile, ou d'un changement de licence imposé, ou je ne sais quelle absurdité. Il s'agit juste d'un type qui a écrit sa lib dans son coin, dont il se trouve qu'elle copie la fonctionnalité d'une lib déjà existante, et qui a voulu tabler sur la popularité de la lib préexistante en squattant son nom. Si le nom de la lib avait été une marque déposée, ça serait la définition du délit de parasitisme. Mais évidemment, on ne va pas déposer aux INPI de tous les pays du monde les noms des libs. Ça n'empêche que c'est exactement ça. L'IA n'y change rien.
Comme souvent, on fait porter à la tech un chapeau trop grand pour elle. Quand on fait quelque chose d'illégal, ou d'amoral, en mettant de la tech dedans, ce n'est pas pour autant que ça devient légal et moral. Ici, il aurait pu réécrire chardet à la main et le problème aurait été rigoureusement identique : il aurait eu une lib qui fait la même chose, d'un auteur différent de l'auteur original et qui squatte le nom de la lib originelle en se parant d'un numéro de version supérieur.
Ça, ce sont les sources. Le mouton que tu veux est dedans.
[^] # Re: Parasitisme
Posté par Sébastien Dinot (site web personnel) . Évalué à 3 (+2/-0).
Le quelqu'un en question est Dan Blanchard, le mainteneur principal de la bibliothèque Chardet depuis 2011. Ce n'est donc pas du parasitisme. Il a juste décidé de faire table rase du passé comme nous le faisons au quotidien dans les projets (libres ou propriétaires), lorsque nous décidons de jeter un vieux code et de le remplacer par une nouvelle version plus performante ou plus moderne. Là, il l'a fait avec une IA et à une échelle jamais vue, sur un projet dont il assure bénévolement le développement depuis 15 ans. Cela lui donne une certaine légitimité, n'en déplaise à Mark Pilgrim, l'auteur originel de Chardet, qui a quitté le navire il y a 15 ans.
[^] # Re: Parasitisme
Posté par Aris Adamantiadis (site web personnel) . Évalué à 1 (+0/-0).
Cette histoire met en scène plusieurs choses qui se passent en même temps.
Comme tu l'as identifié, il y a la réécriture d'un logiciel en un clone utilisant la même interface. L'histoire de l'écriture de clone et les procès malheureusement connus comme SCO vs Linux et Java vs J# montrent que c'est loin d'être une zone toute blanche ou tout noire. Mais ici il y a d'autres éléments qui se rajoutent:
En tant que mainteneur de la version précédente de l'appli, il a remplacé de manière unilatérale l'ancienne version par sa nouvelle, de qualité inconnue. Il en a peut-être le droit mais je comprends que les anciens contributeurs, auteurs et utilisateurs grincent des dents.
Mais surtout la réécriture par une IA porte un très gros problème de licence. Comment peut-on affirmer que le nouveau code n'est pas un travail dérivé de l'ancien ? Claude a forcément eu accès à des parties du code source, test cases, documentation etc. et ça c'est en laissant le bénéfice du doute sur l'accès qu'il aurait eu au code source en runtime. Mais on ne peut pas affirmer que Claude n'a pas eu accès au code original lors de l'entraînement. C'est un problème commun à tous les projets IA et tant qu'on a pas de transparence complète sur les sources utilisées pour entraîner les modèles, on peut difficilement affirmer que ça ne brèche aucune licence.
Au sujet du codegen et en tant que dev F/OSS, je ne sais pas sur quel pied danser. J'ai fait un peu de vibe programming cette semaine et les résultats sont tellement bons que je ne peux plus ignorer que cette tech existe et que la manière de programmer est en train de changer. Mais d'un autre côté les effets directs et indirects de toute l'industrie de l'IA sont là aussi. Par ex. Curl n'est pas le seul projet inondé par des rapports de vulnérabilité bidon.
# Svp arrêter de dire ce genre de chose.
Posté par syj . Évalué à 1 (+0/-0). Dernière modification le 13 mars 2026 à 16:14.
« L’économie du logiciel est-elle morte ? »
Désolé, J’en ai marre de lire ce genre de reaction.
En fait, je suis encore plus choqué de lire ce genre de réaction sur LFR.
Dire que l’économie du logiciel est morte car on peut créer un logiciel from scratch avec un LLM.
C’est aussi ridicule que de dire les logiciels libres, c’est le cancer des éditeurs de logiciels.
Que tu demandes un code source à un SFTP d’un repo officiel ou que tu la fasses générer par un LLM d’un point boite de noir. C’est la même chose.
C’est comme dire Red Hat ne peut pas faire de l’argent avec Linux qui est issue des super LLM que sont « Linus Torvald, et les autres contributeurs du noyaux ».
Red Hat, Ubuntu exploite la production de logiciel depuis des années. Leur savoir faire n’est pas dans un logiciel privateur mais dans leur capacité à organiser, former & déployer un logiciel libre.
Donc tu vois, j’ai le point de vue inverse. Les LLM montrent ce qu’on sait tous depuis des années. La vraie valeur d’un logiciel n’est pas dans sa création mais dans la capacité des sociétés à le déployer et à l’accompagner au quotidien.
PS: Désolé pour le démarrage un peu sec :) Joli troll pour un Vendredi
[^] # Re: Svp arrêter de dire ce genre de chose.
Posté par alkino . Évalué à 2 (+0/-0).
Comment tu finances le dév derrière ?
[^] # Re: Svp arrêter de dire ce genre de chose.
Posté par syj . Évalué à 1 (+0/-0).
Comme pour les logiciels libres :-)
[^] # Re: Svp arrêter de dire ce genre de chose.
Posté par Sébastien Dinot (site web personnel) . Évalué à 1 (+0/-0).
Désolé, en toute honnêteté, je ne vois pas le parallèle et en quoi il serait ridicule de s'inquiéter du fait qu'un LLM abatte en quelques jours un travail réalisé autrefois par des développeurs compétents en quelques mois ou années.
Les premières victimes de cette révolution vont être les ESN. Rappelons leur modèle :
* Le client rédige les spécifications du logiciel.
* Il confie le développement à l'ESN, qui active une cohorte de développeurs.
* Il valide le logiciel livré via un cahier de recette fonctionnelle.
* Il confie à l'ESN la maintenance corrective et évolutive du logiciel.
Avec les IA, le scénario change un peu :
Au mieux (pour l'ESN) :
* Le client rédige les spécifications du logiciel.
* Il confie le développement à l'ESN, qui active une IA et un « prompt engineer/ reviewer »
* Il valide le logiciel livré via un cahier de recette fonctionnelle.
* Il confie à l'ESN la maintenance corrective et évolutive du logiciel, qui réactive la même IA et le même « prompt engineer / reviewer »
Au pire (pour l'ESN) :
* Le client rédige les spécifications du logiciel.
* Il embauche un « prompt engineer/ reviewer »
* Il lui confie le développement du logiciel via l'IA.
* Il valide le logiciel livré via un cahier de recette fonctionnelle.
* Il confie à l'IA la maintenance corrective et évolutive du logiciel.
Quelles sont les évolutions dans le détail ?
* L'ESN est soit évincée, soit marginalisée (ce n'est plus vraiment elle qui détient le savoir).
* L'ESN, si elle existe encore, aura besoin de beaucoup moins de développeurs.
Suis-je bien trop pessimiste ou naïf ? Je l'ignore, mais une amie développeuse junior qui se retrouve sur le marché du travail m'a appris récemment que le nombre d'emplois proposés aux juniors en Occitanie avait chuté de 80 % entre 2024 et 2025. Et si les seniors se croient à l'abri, ils se fourrent le doigt dans l'œil, car au rythme d'obsolescence des technologies en informatique, tout senior se retrouve junior au quotidien dans une partie de ses activités.
Les éditeurs de logiciels (libres ou non) peuvent aussi s'inquiéter si une IA arrive à régénérer un logiciel sur la seule base de ses spécifications et de son API.
Vous me direz que Chardet n'est qu'une modeste bibliothèque et que nous n'en sommes pas encore au point de pouvoir régénérer en quelques jours un logiciel bien plus complexe et c'est vrai. Mais rappelez-vous où nous en étions en mars 2023 (il y a seulement 3 ans), alors que tout le monde s'amusait encore des énormités générées par ChatGPT. Moi, je me demande où nous en serons dans 5 ans. Je sais que c'est l'une des questions que commencent à se poser les directions des ESN. Auront-elles encore besoin de 100 % de leurs effectifs actuels ou de seulement 20 %, voire 10 % ?
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