Journal Avis sur le livre "Richard Stallman et la révolution du logiciel libre"

38
27
mai
2026

Salut les moules organiques !

Hier, j'ai terminé la lecture du livre Richard Stallman et la révolution du logiciel libre sorti il y a 16 ans…
Tu serais une IA, tu me dirais que je suis quelqu'un d'exceptionnel car j'essaie de rattraper avec un rare courage tout le retard de lecture que j'ai accumulé au fil des années ; perso, je préfère assumer les railleries qui pourraient ponctuer (inonder ?) les commentaires de ce journal.
Bref, j'ai appris plein de trucs sympa dans ce livre :

  • le poids considérable que le terme free (et sa double signification en anglais "gratuit" et "libre") a eu sur le travail d'évangélisation pour les libertés logicielles mené par Richard Stallman. Aujourd'hui, l'usage du mot français libre me semble relativement admis (merci LibreOffice, LibreELEC, LibreCAD, etc.), levant ainsi toute ambiguïté. Ah, si Richard Stallman y avait pensé dans les années 80 !

  • le schisme qu'ont créé Tim O'Reilly (fondateur de la maison d'édition) et Eric Raymond (que je ne connaissais que pour La Cathédrale et le Bazar) en proposant le terme open source à un parterre d'entrepreneurs moins intéressés par l'éthique du mouvement du logiciel libre que par le monde des affaires (à noter que c'est ce dernier qui est également à l'origine de l'OSI)

  • les échanges entre Ian Murdock (fondateur du projet Debian) et Richard Stallman qui ont débouchés sur le terme GNU/Linux, tout cela à cause du retard du projet GNU Hurd

  • une interview de Linus Torvalds qui a impulsé Robert Young, alors éditeur du Linux Journal, dans la création de l'empire Red Hat

  • une anecdote qui a peu de chance de faire mouche en soirée : bien que Linus Torvalds soit finlandais, sa langue maternelle est le suédois (à priori, 6% de la population finlandaise parle suédois)

  • le travail de publication très pro de feu Framabook

Finalement, je suis ressorti de cette lecture sans trop savoir si Linus Torvald était un réel défenseur du logiciel libre ou non.
Je pense que je vais enchaîner sur un bouquin retraçant son parcours.
J'aime bien les biographies.

  • # Linus Torvalds et le logiciel libre

    Posté par  (site web personnel) . Évalué à 10 (+20/-0).

    Finalement, je suis ressorti de cette lecture sans trop savoir si Linus Torvalds était un réel défenseur du logiciel libre ou non

    Il fait de l'open source. Il me semble qu'il est plus intéressé par l'aspect développement coopératif et les dynamiques que permettent la GPLv2 que réel défenseur du logiciel libre. Je pense qu'il voit simplement l'open source comme un modèle efficace et supérieur.

    Il n'hésite pas à adopter des solutions propriétaires quand il pense qu'elles sont plus efficaces (par exemple BitKeeper avant le chaos causé par le dev de Samba, Andrew Tridgell, qui a conduit BitKeeper à ne plus autoriser son utilisation gratuite pour le noyau Linux et à la création de git).

    Il est explicitement pour que les constructeurs matériels puissent faire de la Tivoisation (et donc puissent limiter les droits des utilisateurs finaux, alors que les droits des utilisateurs finaux c'est la base du logiciel libre). D'ailleurs, il déteste la GPLv3, il considère que ça n'aurait pas dû être la suite de la GPLv2.

    On peut le voir comme un allié "technique" du logiciel libre (de fait, il a créé et dirige un des projets libres les plus importants) mais n'en est à ma connaissance pas un fervent défenseur, encore moins militant pour le logiciel libre.

    • [^] # Re: Linus Torvalds et le logiciel libre

      Posté par  . Évalué à 10 (+11/-1).

      Je pense que c'est le sous-titre de Just For Fun, le livre de Linus (traduit chez nous en « Il était une fois Linux ») qui résume le mieux la chose : « l'extraordinaire histoire d'une révolution accidentelle ».

      Et ironie de la chose, j'y retrouve un marque-page ouvrant le chapitre sur « la propriété intellectuelle », dans lequel on peut lire :

      La schizophrénie m'a d'ailleurs guetté à ce propos, comme je l'explique plus loin.

      Je ne veux pas dire que je n'ai pas d'opinion. J'ai de très fortes convictions en ce qui concerne la propriété intellectuelle, mais elles se partagent en arguments tant pour que contre. À vrai dire, c'est assez confondant car je trouve des arguments valables des deux côtés. Je pense que c'est lié au fait que la propriété intellectuelle offre véritablement deux côtés qui n'ont de commun que le nom.

      Linus a toujours été un « hippie pragmatique », ce qui se confirme quand on lit le livre et quand on regarde les vidéos ou il apparaît mais il faut également se souvenir qu'au départ, en 1991 mais également dans les années 1980 (pour les générations huit bits), nos plateformes n'étaient pas verrouillées, mais elles étaient pour ainsi dire toutes propriétaires quand même. À ce stade, il s'agissait surtout de lancer un projet participatif comme on l'avait tous fait à cette époque, puis, plus tard, de faire en sorte qu'il prospère et ne meure pas de causes naturelles comme c'était le cas pour 90 % des initiatives amateur.

      C'est le fait d'avoir mis en place une infrastructure libre et solide qui a permis ensuite à tout le mouvement de croître dessus, avec tous les bienfaits que l'on peut en tirer aujourd'hui tant c'est devenu aujourd'hui un enjeu au niveau international. Rétrospectivement, je trouve cela comparable au fait d'avoir déployé le réseau électrique en France dans les années 60 et 70.

      Parallèlement, le projet Linux a toujours été perméable à la contribution extérieure et cela a été une prouesse d'arriver à le faire à la fois sans se « perdre » et sans imposer une idéologie propre qui aurait fini par enfermer le projet et le conduire dans une impasse.

      En ce sens, on peut dire sans trop se mouiller je pense que Linus est d'une façon générale favorable à tout ce qui permet au projet d'avancer, quoi que ce soit, tant que ça reste dans la mesure de l'admissible. Et c'est précisément ce qui a permis au noyau d'aller si loin.

  • # Biographie de Linus

    Posté par  (site web personnel, Mastodon) . Évalué à 10 (+10/-0).

    Un livre que j'ai adoré : "Il était une fois Linux" de Linus Torvalds avec David Diamond, éditions Osman eyrolles multimedia (sorti en 2001). En anglais, le titre est "Just for fun".

    Cela raconte l'enfance de Linus et sa passion pour l'informatique, la naissance de Linux dans sa chambre et ses échanges avec Andrew Tanenbaum, l'auteur de Minix, etc..

    Très intéressant et plutôt drôle. D'ailleurs je suis en train de le relire :)

  • # L'éthique des Hackers

    Posté par  . Évalué à 10 (+10/-0).

    Pour continuer si tu n'as pas eu l'occasion de le lire, il y à l'"éthique des hackers".

    C'est assez ancien (1ère édition en 1984, oui, oui !), et toutes les partis ne sont pas d'intérêt égal (j'avoue ne pas être spécialement passionné par la partie sur les jeux vidéos et sierra), certaine post-face font sourire jaune (avec mark pain de sucre notamment).

    Cependant, le livre permet une compréhension plus claire du monde dans lequel l'informatique et le mouvement hackers et du logiciel libre est apparu, j'ai beaucoup aimé en particulier partie sur le MIT. Il y à d'ailleurs un chapitre, il me semble sur Stallman (le dernier des hackers ou un nom comme ça).

    Ça fait un moment que je l'ai lu donc je ne m'en rappelle pas super bien, mais ce bouquin m'a vachement marqué.

  • # victoire de l'open source

    Posté par  . Évalué à 6 (+6/-0). Dernière modification le 27 mai 2026 à 16:42.

    J'ai eut le livre a mon anniversaire

    Le lisant longtemps après sa parution et en même temps que ma lecture de "utopie du logiciel libre" le je dirais qu'en France, le libre a gagné sur l'open source (avec l'april ou framasoft qui soutiennent la fsf) mais au niveau mondial, notamment a cause de microsoft et son github centré sur l'open source, "open source" à largement gagné:

    1. Les trucs sous licence libre les plus utilisé (ex: android) sont en fait open source puisque qu'il n'y a aucune idéologie derrière (autre que le capitalisme)
    2. Mes amis disent "libre" 2 fois puis retombe sur "open source"
    3. Selon les vidéos des commissions d'enquête, nos parlementaires n'ont toujours pas connaissance de l’existence du libre (Ils disent: "open source")
    4. Quand je demande a copilot si telle logiciel est libre, il me répond toujours "oui oui, ce logiciel est open source !"

    Le problème, c'est que les gens ne voient pas l’intérêt de l'open source puisque pour eux open source = source ouverte = on peut lire le code source = aucun intérêt, puisque je ne sais pas lire du code informatique.

    • [^] # Re: victoire de l'open source

      Posté par  (site web personnel) . Évalué à 10 (+12/-0).

      Même si je ne sais pas lire des plans techniques dans le domaine du bâtiment, je suis bien content de les avoir pour faire intervenir des artisans chez moi.

      Ce post est offensant ? Prévenez moi sur https://linuxfr.org/board

      • [^] # Re: victoire de l'open source

        Posté par  (site web personnel) . Évalué à 8 (+7/-2). Dernière modification le 27 mai 2026 à 19:26.

        Évidemment, mais là on parle de choses qui impliquent des écrans, un truc devant lequel la plupart des gens passent leur cerveau dans un mode d'économie avancé.

        Genre : vous diriez quoi si pour voter pour la prochaine présidentielle, l'urne était opaque et le dépouillement secret ? Et si l'urne était une machine avec un écran et que le dépouillement était fait en appuyant sur un bouton et en lisant les résultats ?

        Ou encore : vous diriez quoi si en achetant votre chocolatine, la boulangère vous informait qu'il allait enregistrer votre CB pour pouvoir vous débiter sans que vous ayez à la sortir la prochaine fois, à moins que vous ne vous y opposiez ? Et si la boulangère s'appelait Amazon ?

        • [^] # Re: victoire de l'open source

          Posté par  (site web personnel) . Évalué à 4 (+2/-0).

          Genre : vous diriez quoi si pour voter pour la prochaine présidentielle, l'urne était opaque et le dépouillement secret ?

          Ça dépend, ça fait des confettis ou des feux d'artifices quand on vote pour nous récompenser ?

        • [^] # Re: victoire de l'open source

          Posté par  (site web personnel) . Évalué à 6 (+3/-0).

          Genre : vous diriez quoi si pour voter pour la prochaine présidentielle, l'urne était opaque et le dépouillement secret ? Et si l'urne était une machine avec un écran et que le dépouillement était fait en appuyant sur un bouton et en lisant les résultats ?

          kof kof… depuis 2007 par ici… (remarque, la présidentielle étant nationale, ça touche de fait tous les scrutins depuis 2007)

          • [^] # Re: victoire de l'open source

            Posté par  (site web personnel) . Évalué à 7 (+4/-0).

            Je sais bien, et ça ne choque pas grand monde, contrairement à ce qui se passerait avec des urnes opaques à dépouillement secret. C'est un de mes arguments dans le sens de ma maxime : face à un écran, les gens éteignent leur cerveau.

            • [^] # Re: victoire de l'open source

              Posté par  (site web personnel) . Évalué à 5 (+2/-0). Dernière modification le 28 mai 2026 à 09:41.

              J'ai bien compris, mais mon point était de dire que ça touche aussi les gens qui ne sont pas face à un écran en l'occurrence (les personnes votant encore en papier), mais qui dépendent de ceux qui eux le sont (les personnes votant sur machines à voter). Ce n'est donc pas littéralement « face à un écran » mais « là où un écran est impliqué » (ce qui est "pire"). Comme si tu étais fan d'IA sans jamais utiliser un ordi quoi, ou appelons ça techno-béat.

      • [^] # Re: victoire de l'open source

        Posté par  (Mastodon) . Évalué à 10 (+7/-0).

        Même si je ne sais pas lire des plans techniques dans le domaine du bâtiment, je suis bien content de les avoir pour faire intervenir des artisans chez moi.

        L'exemple est excellent, je le garde.

        En théorie, la théorie et la pratique c'est pareil. En pratique c'est pas vrai.

        • [^] # Re: victoire de l'open source

          Posté par  . Évalué à 10 (+9/-1).

          Même si mes patients sont incapables de lire un compte-rendu d'examen médical, il ne me viendrait pas à l'idée de les en priver.

          Ça, ce sont les sources. Le mouton que tu veux est dedans.

          • [^] # Re: victoire de l'open source

            Posté par  (Mastodon) . Évalué à 5 (+2/-0).

            Et de deux !

            Merci :)

            En théorie, la théorie et la pratique c'est pareil. En pratique c'est pas vrai.

            • [^] # Re: victoire de l'open source

              Posté par  . Évalué à 5 (+4/-0).

              bon, je me lance dans le florilège :
              … Même si je ne suis pas en capacité de les fabriquer moi-même, je préfère connaître la composition des aliments que j'ingère, y compris les boissons, et connaître les recettes de ce que je mange, afin de les déléguer à autrui si cela me chante, ou peut-être d'apprendre à les refaire, à mon rythme.

  • # Libre, français ou espagnol ?

    Posté par  . Évalué à 4 (+3/-0).

    Aujourd'hui, l'usage du mot français libre me semble relativement admis

    Je pensais que ça venait du français avant (Révolution française et toussa) mais je suis un peu plus convaincu que ça viendrait de l’espagnol, la LV2 des États-Unis.

    • [^] # Re: Libre, français ou espagnol ?

      Posté par  . Évalué à 7 (+5/-0).

      Richard Stallman parle très bien français, donc pas si sûr.

    • [^] # Re: Libre, français ou espagnol ?

      Posté par  (site web personnel) . Évalué à 6 (+5/-0).

      J’ai fait un peu de recherches. Jusque mars 2006 il existait un article « libre software » sur la wikipedia anglophone. L’article précisait que l’expression avait été inventée en 2000 par la commission européenne, sans citer la source de l’information.
      Il existe bien un document de 2000 (Free Software / Open Source: Information Society Opportunities for Europe?) écrit pour la commission européenne par un groupe d’européens, qui explique ainsi l’avantage de l’expression « libre software » :

      In Spanish and French, there is no ambiguity in the use of ‘libre’ (as opposed to ‘gratis’), and therefore this kind of software is some times referred to as ‘libre software’ (even when speaking in English).

      La référence à l’espagnol et au français est donc conjointe, dès 2000. Certes les auteurs du document, dont quelques Français et Espagnols, ne se présentent pas comme les inventeurs de l’expression « libre software », mais on peut quand même supposer que celle-ci est née en Europe, où le besoin et l’habitude de traduire sont forts, plutôt qu’aux États-Unis. En 2000, dans leurs langues respectives, les Espagnols et les Français utilisaient depuis quelques années déjà les expressions software libre et logiciel libre.

  • # Autre passage sympa, le cours de maths intensives qu'il a suivi à Harvard

    Posté par  (site web personnel, Mastodon) . Évalué à 9 (+7/-0).

    J'ai aussi lu le livre il y a quelques années.

    Un truc dont je me souviens c'est son cours de maths intensives à Harvard.

    J'ai retrouvé le passage dans le chapitre 4 « Destituer Dieu » (j'ai mis le TL;DR en gras) :

    […] il réussit aisément l’examen de qualification à Math 55, le légendaire cours de type « camp d’entraînement » pour les nouveaux étudiants en majeure de mathématiques à Harvard. […] l’équivalent de quatre ans de mathématiques en deux semestres, et qui favorisait les vrais passionnés.

    « C’était un cours extraordinaire », raconte David Harbater, ancien membre de la « mafia des maths », aujourd’hui professeur de mathématiques à l’université de Pennsylvanie. « On peut affirmer sans crainte qu’il n’y a jamais eu de cours d’entrée d’université aussi intensif et avancé. Pour que les gens s’en rendent compte, je précise d’habitude que dès le deuxième semestre, entre autres choses, nous discutions la géométrie différentielle des espaces de Banach. C’est là que les yeux s’écarquillent, car la plupart des gens ne commencent à en parler qu’en troisième cycle. »

    De soixante-quinze étudiants, la classe s’est rapidement réduite à vingt vers la fin du second semestre. De ces vingt, raconte Harbater, « seulement dix savaient réellement ce qu’ils faisaient ». De ces dix, huit deviendraient professeurs de mathématiques, et un enseignerait la physique. « Le dernier, conclut Harbater, était Richard Stallman. »

    Seth Breidbart, lui aussi vétéran du SHP et de Math 55, se souvient que même alors, Stallman se distinguait de ses collègues : « Il était étrangement pointilleux, poursuit Breidbart. En mathématiques, il y a une technique standard que tout le monde fait de travers. C’est un abus de notation où vous devez définir une fonction, et ce que vous faites, c’est la définir et ensuite prouver qu’elle est bien définie. Sauf que la première fois qu’il l’a faite et présentée, il a défini une relation et prouvé ensuite que c’était une fonction. C’est exactement la même preuve, mais il a utilisé la bonne terminologie, ce que personne d’autre ne faisait. Voilà, c’était Richard tout craché. »

    Ce fut en Math 55 que Richard Stallman commença à cultiver sa réputation de génie. Breidbart en convint, mais Chess, à la fibre plus compétitive, mit du temps à l’accepter. Il dit n’avoir réalisé l’éventualité que Stallman soit le meilleur mathématicien de la classe que l’année suivante. Chess, aujourd’hui professeur de mathématiques à Hunter College, s’en souvient : « C’était pendant le cours d’Analyse réelle. Je me souviens effectivement que, dans une démonstration sur les mesures de nombres complexes, Richard proposa une idée qui était une métaphore de l’équation différentielle. C’était la première fois que je voyais quelqu’un résoudre un problème d’une manière originale et brillante à la fois. »

    Ce fut pour Chess un moment troublant. Tel un oiseau heurtant une fenêtre en plein vol, il allait lui falloir quelque temps pour réaliser que certains niveaux d’intuition étaient tout simplement hors de sa portée.

    « C’est ainsi avec les mathématiques, reprend Chess. Vous n’avez pas besoin d’être un mathématicien de haut niveau pour reconnaître un grand talent mathématique. Je savais que j’étais un bon mathématicien, mais je pouvais aussi voir que je n’occupais pas le premier rang. Si Richard l’avait voulu, il serait devenu un mathématicien hors pair. »

    • [^] # Re: Autre passage sympa, le cours de maths intensives qu'il a suivi à Harvard

      Posté par  (site web personnel) . Évalué à 2 (+1/-0).

      Sauf que la première fois qu’il l’a faite et présentée, il a défini une relation et prouvé ensuite que c’était une fonction. C’est exactement la même preuve, mais il a utilisé la bonne terminologie, ce que personne d’autre ne faisait.

      Que je sache les relations et les fonctions sont définies de manières ad-hoc et très artificielle au sein de ZFC. Son intuition se généralise en fait dans le cadre de la théorie des catégories pour définir de manière universelle et très élégante les fonctions à partir des relations : ce sont des relations qui commutent avec l'égalité — qui n'est qu'une relation, d'équivalence, parmi d'autres — et donc la conserve.

      Je n'ai vu ce résultat nul part dans la littérature à ma disposition, c'est probablement pour ça que son raisonnement a pu être qualifié d'original.

      • [^] # Re: Autre passage sympa, le cours de maths intensives qu'il a suivi à Harvard

        Posté par  (site web personnel, Mastodon) . Évalué à 4 (+2/-0). Dernière modification le 30 mai 2026 à 13:58.

        J'ai plutôt compris ce paragraphe comme le fait que RMS soit perfectionniste, scrupuleux dans les moindres détails.

        Ce n'est pas ça en particulier qui fait son génie et son intuition, pcq c'est un truc assez basique en math. J'en ai un vague souvenir, ayant été en math fortes pendant mes humanités : genre le prof explique qu'idéalement il faut faire « comme ci », mais que tout le monde fait plutôt « comme ça » avec l'abus de notation, pour se simplifier la vie. Puis mon prof, dans la suite du cours, utilise à chaque fois la méthode plus simple, « impure ».

        C'est là qu'RMS préfère rester un puriste. Et c'est son choix bien entendu, il faut respecter tout un chacun.

      • [^] # Re: Autre passage sympa, le cours de maths intensives qu'il a suivi à Harvard

        Posté par  (site web personnel) . Évalué à 4 (+1/-0).

        Que je sache les relations et les fonctions sont définies de manières ad-hoc et très artificielle au sein de ZFC. Son intuition se généralise en fait dans le cadre de la théorie des catégories pour définir de manière universelle et très élégante les fonctions à partir des relations : ce sont des relations qui commutent avec l'égalité — qui n'est qu'une relation, d'équivalence, parmi d'autres — et donc la conserve.

        J'ai eu du mal à comprendre ça, donc précision : on parle de commutativité avec l'égalité de la gauche vers la droite. C'est à dire  a F b, a F b' \implies b = b', autrement dit l'image est unique. La commutativité avec l'égalité de la droite vers la gauche, ça définit l'injectivité, qui n'est qu'une propriété supplémentaire de certaines fonctions.

        • [^] # Re: Autre passage sympa, le cours de maths intensives qu'il a suivi à Harvard

          Posté par  (site web personnel) . Évalué à 2 (+1/-0).

          La commutativité est à comprendre au sens de la catégorie des relations. (Wikipedia utilise la notation ensembliste, mais je préfère et garde comme toi la notation infixe.)

          Si je note i la relation égalité pour plus de clarté :

          Et f une relation quelconque. Par définition les composées sont les relations g=if et h=fi telles que

          La commutativité signifie g = if = fi = h, autrement dit,

          Ensuite il faut jouer avec le fait que l’égalité est une relation d’équivalence (transitive et symétrique), en réinjectant dans (1) car :

          Pour l’existence de l’image, il suffit de définir un domaine dans lequel la relation est valable (la réflexivité de i faisant le reste) et ce sera le domaine de la fonction.

          Ça permet de définir la catégorie des ensembles comme une sous-catégorie des relations. Tout se passe comme si les ensemble était des structure algébrique munis de la relation d’équivalence « = » et que les fonctions sont des homomorphismes des “classes d’équivalences” de l’égalité.

          • [^] # Re: Autre passage sympa, le cours de maths intensives qu'il a suivi à Harvard

            Posté par  (site web personnel) . Évalué à 5 (+2/-0). Dernière modification le 01 juin 2026 à 16:43.

            Je comprends à la fois mieux et beaucoup moins bien.

            Si je lis bien, la composée de deux relations est la relation indirecte formée entre tout couple d'éléments pour lesquels il existe un intermédiaire lié à gauche au premier élément selon la première relation et à droite au second élément selon la seconde relation.

            Avec ça, il y a une chose qui me semble évidente et qui rend le reste tout à fait dénué d'intérêt : composer à gauche ou à droite avec l'égalité ne devrait rien changer du tout à une relation.

            En effet, pour la composée à gauche (désolé, l'intégration de LaTeX au sein d'une ligne est trop moche à mon goût) :

            • étant donnés x et y tels que (x f y), il existe un élément intermédiaire trivial qui est x lui-même et qui respecte évidemment (x i x) et (x f y) ;
            • étant donnés x et y tels que (x if y), on sait qu'il existe un élément intermédiaire a tel que (x i a) et (a f y), et vu la définition de la relation i, cet élément a n'est autre que x, en conséquence de quoi (x f y) ;
            • en somme, (x f y) ⟺ (x if y).

            Je laisse évidemment la composée à droite au lecteur. À partir de là, toute relation commute avec l'égalité, puisque la composer avec l'égalité par la gauche comme par la droite la laisse juste inchangée. Bref, j'ai à l'évidence dû louper un détail.

            Quoi qu'il en soit, un truc plus théorique me chiffonne au point de douter sérieusement de cette histoire de définition d'une fonction comme une relation qui commute avec l'égalité. Pour une relation, la gauche et la droite jouent des rôles symétriques. Pour la notion de commutation, idem. En revanche, pour une fonction, et c'est en fait ce qui la différencie d'une relation, la gauche et la droite ne sont absolument par symétriques, il y a un antécédent et une image qui jouent un rôle tout à fait différent, sauf dans le cas des bijections évidemment.

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