L’intervention de Virginie Despentes sur l’intrusion de l’IA dans l’écriture a marqué les esprits :
« Les écrivains vont se servir de l’IA, parce que l’IA est entrée de force dans nos vies. »
Son constat, aussi éclairant que symptomatique, révèle une résignation face à des outils comme Word ou Google, perçus comme indissociables de leur écosystème propriétaire. Pourtant, son refuge — « Moi j’écris sur un cahier maintenant » — semble ignorer l’existence de solutions libératrices, comme si le choix se limitait à l’acceptation ou au rejet pur et simple.
Un workflow hybride
En tant qu’auteur, j’ai adopté une approche mi-numérique, mi-analogique qui me convient. Pas question de jeter la pierre à ceux qui optent pour le cahier : sécurisé, infalsifiable, et sans batterie à recharger, ce choix a ses vertus.
Mon processus commence souvent par Logseq, où j’aligne, triture et croise mes idées jusqu’à obtenir un plan acceptable (synchronisé via SyncThing à mon smartphone). Puis vient l’étape d’écriture : le plan reste posé sur mon bureau (physique), et je tape à la machine à écrire.
Pourquoi ce choix ?
- Sécurité absolue des documents.
- Le cliquetis rythmé des touches, apaisant et sans distraction.
- Aucune mise à jour intrusive, aucune batterie à surveiller.
- Plusieurs machines à disposition : Hermès Baby pour les déplacements, Hermès 3000 ou Ambassador pour le bureau.
- Pas de retour en arrière possible, ce qui m’oblige à réfléchir chaque phrase avant de l’écrire, et à ignorer les coquilles en cours de route.
- Bonus écologique : réutilisation de vieux rouleaux de fax pour 30 mètres de papier (côté pile), sans gaspillage.
Numérisation et finition
Une fois le texte tapé, place à la numérisation. Tesseract, mon allié, transforme mes pages en texte brut. Ghostwriter prend alors le relais, avec son mode Hemingway (interdisant les retours en arrière, pour ceux qui n’auraient pas de machine à écrire). Je corrige les fautes et coquilles jusqu’à obtenir un document Markdown propre, sans me soucier de la mise en page. Avant livraison, un passage par LibreOffice pour un export en .odt ou .pdf, et le travail est terminé.
Le problème de visibilité des alternatives
Revenons à Virginie Despentes. LibreOffice Writer (ou équivalent) aurait pu lui suffire, mais visiblement, elle n’en a jamais entendu parler. Son cas est révélateur : nous avons affaire à une autrice professionnelle, dont le métier dépend de l’écriture, et pourtant, elle ignore l’existence d’outils libres et dépourvus d’IA. Cela soulève une question cruciale : le monde ignore-t-il délibérément les alternatives ?
Plusieurs raisons expliquent cette méconnaissance :
- Manque de formation et de communication sur les logiciels libres.
- Les ordinateurs sont trop souvent vendus avec des systèmes propriétaires et des suites logicielles fermées.
- Les habitudes ont la vie dure.
- Peu d’utilisateurs remettent en question la sécurité de leur vie numérique.
- La transition d’un produit acheté à un service loué passe souvent inaperçue.
Quand Virginie Despentes critique Word et Google, sa solution est d’éteindre son PC. Sur le plateau de C ce soir, aucune objection, aucune alternative n’est proposée, comme pour valider sa théorie par défaut.
L’IA, le cahier et l’open source
Mon workflow me garantit-il à 100 % de ne pas être accusé d’utiliser une IA ? Non. Je pourrais très bien générer un texte et le recopier à la machine pour simuler une écriture initiale humaine. Mais l’effort requis pour recopier un texte est tel que je m’en passe volontiers. Cela dit, ce n’est pas le cœur du débat.
Auteurices, revenez au cahier, aux tablettes de cire ou à ce qui vous chante, mais ouvrez les yeux sur les outils qui s’offrent à nous, et qui manquent cruellement de visibilité. Le véritable enjeu, c’est de parler d’open source, partout, tout le temps, à tout le monde. Si répétition est mère d’apprentissage : répétons sans cesse que des alternatives existent. Gratuites, souveraines, respectueuses de la vie privée.
# Si j'étais écrivain
Posté par François Chaix (Mastodon) . Évalué à 5 (+3/-0). Dernière modification le 29 septembre 2026 à 09:52.
Si j'étais écrivain, tout en gardant mon background de geek bien-sûr (on est sur linuxfr, ça n'aurait pas de sens de faire abstraction de ça), je pense que mon stack de travail, ce serait un (neo)vim configuré aux petits oignons, dans un terminal en plein écran sans aucune distraction donc, avec une interface minimale.
Peut-être même que je me mettrai à emacs, pourquoi pas, je ne suis pas sectaire, org-mode a vraiment l'air chouette pour celleux qui ont à bosser sur du texte qui n'est pas du code.
La machine à écrire sur du papier, je pense que le pas est trop grand pour moi. Je suis trop habitué à mon clavier mécanique chéri, avec sa disposition aux petits oignons qui ne correspond qu'à moi. Au moins on a en commun l'amour du cliquetis des touches :)
Mis à part ça, je partage ton sentiment concernant le fait qu'encore pour beaucoup de gens, c'est Google/Microsoft/Apple ou pas d'ordinateur du tout. Quelle tristesse !
[^] # Re: Si j'étais écrivain
Posté par jepostesurlatribune . Évalué à 1 (+1/-0).
complètement d'accord; le meilleur outils c'est celui que tu peux utiliser.
sans parler des claviers ergonomiques et de la disposition bépo pour le français.
désolé j'ai pas cliqué répondre. mais j'ai mis un commentaire.
tchuss.
# j'ai failli développer un truc, du xml, du markdown, du gsl gen,du python, puis
Posté par jepostesurlatribune . Évalué à 2 (+3/-1).
Puis j'ai découvert Hammer en moulant sur le site de korben.info.
C'est du java, je l'ai vu en migrant un projet dans son format.
un outils pour résoudre un problème.
c'est pratique, c'est local, mode concentration, le texte, le contexte.
je vous laisse découvrir le site du projet :
https://hammer.ink/
ça pourrai même servir à faire des spécifications ou des CCTP si on allait plus loin.
je retourne sur mon rocher.
tchuss.
# Quand on a un marteau...
Posté par amden (site web personnel) . Évalué à 5 (+6/-2).
…Tout ressemble à un clou
Je ne vois pas le problème avec la méthode de production de Despentes.Elle me semble tout aussi raisonnable (ou insensée) que la tienne. Si je devais choisir, je ferai, comme elle, ça semble même plus simple et pratique étant donné ses moyens : elle a probablement qqun pour lui faire le travail de retranscription / correction.
C'est un peu réducteur de penser qu'elle ne s'est posé aucune question. Elle est peut-être tout simplement arrivée à la conclusion qu'elle n'avait besoin de rien de plus.
[^] # Re: Quand on a un marteau...
Posté par 🚲 Tanguy Ortolo (site web personnel) . Évalué à 10 (+10/-1).
Intrinsèquement, l'usage d'un cahier et d'un crayon n'a rien d'absure. En ajoutant un contexte, à savoir le passage au numérique à un moment du processus de production de livres imprimés, ça devient un peu sous-optimal.
Mais surtout, en ajoutant la justification, à savoir : elle en n'a pas supporté que Microsoft Word et Google Office lui proposent de façon plus ou moins insistante des services d'IA, ça devient carrément absurde.
C'est comme si, parce que l'essence coûte de plus en plus cher, habitant à deux kilomètres de la boulangerie, je m'étais mis à faire moi-même mon pain.
C'est gentil comme justification, mais dans les deux cas c'est juste faux en fait. Si Mme Despentes écrit désormais sur un cahier, c'est parce que ce mode d'écriture lui plaît, et ne lui coûte pas trop : sinon elle aurait cherché un logiciel pour écrire sans être dérangé par des propositions d'IA. Si je me suis mis à faire du pain, c'est parce que j'aime bien cuisiner, sinon je serais monté en selle pour aller à la boulangerie.
# Une règle d'or quand on veut des informations sérieuses.
Posté par volts (Mastodon) . Évalué à 2 (+1/-1).
Ne jamais se reposer sur la
zombocaissetélévision seule pour se renseigner de manière fiable.Voilà, ça, c'est dit pour la réponse trollesque bien courte et sans nuance. J'ai la flemme de développer une réponse plus longue et argumentée dans les règles de l'art concernant ce média particulier, mais vous pouvez prendre le temps de lire "Distraire à en mourir" du feu spécialiste américain Neil Postman qui explique mieux que moi sur les raisons de ne pas s'appuyer sur la télévision pour être un citoyen éclairé.
[^] # Re: Une règle d'or quand on veut des informations sérieuses.
Posté par Voltairine . Évalué à 4 (+2/-0). Dernière modification le 29 septembre 2026 à 17:57.
Je ne serais pas tout à fait aussi radicale. Sans doute y-a-t-il une exception européenne et française dans ce domaine…
Du même auteur je recommande Technopoly
Disponible en français aux éditions L'Échapée
# Pour la défense du stylo-bille
Posté par serol (site web personnel) . Évalué à 6 (+5/-0).
Chaque auteur a ses petites habitudes individuelles d’écriture dans lesquelles tout n’est pas rationnel, loin de là, et où intervient souvent un peu de fétichisme et de superstition (marque de stylo-plume préférée, albums de musique à écouter pendant l’écriture, boissons qui accompagnent l’écriture, etc.).
Personnellement j’ai gardé l’habitude d’écrire au stylo-bille dans des cahiers d’écoliers et sur des feuilles a4 pliées que je garde dans mon porte-feuille… Je trouve que c’est en faisant ainsi que je me concentre le mieux (pas d’écran, peu de déconcentrations, lenteur à tracer les lettres qui me donne l’impression de mieux choisir les mots). J’ai aussi l’impression que l’écriture bénéficie de la phase de recopiage sur un support numérique (en recopiant on se relit, on élague…). C’est lent mais la lenteur a parfois certains avantages.
L’achat d’un smartphone il y a quelques années a un peu modifié mes habitudes (c’est pratique de pouvoir noter des idées en marchant, et de pouvoir retrouver ces idées sur l’ordinateur…), mais à part cela je reste fidèle à mes vieilles habitudes analogiques.
[^] # Re: Pour la défense du stylo-bille
Posté par Maderios . Évalué à 3 (+2/-1).
Exact, il existe autant de manières d'écrire que d'homo sapiens sur la planète. Et en plus, les besoins de chaque sapiens sont multipliables à l'infini. Par contre, les techniques sont inégales. Noter une idée sur un papier sorti de sa poche (ou sur un mouchoir ou une feuille de PQ) avant qu'elle ne s'échappe de la tête prend moins de 5 secondes, raturer/corriger 1/2 s, ce qui n'est pas le cas avec les supports numériques qu'il faut d'abord activer. La rapidité, la simplicité du geste c'est très important pour transmettre les messages du cerveau sans perdre le fil des idées.
Cela me rappelle les concours de fauchage, faux vs débroussailleuse: c'est le faucheur à main qui gagne.
https://www.dailymotion.com/video/x2myck1
[^] # Re: Pour la défense du stylo-bille
Posté par Pol' uX (site web personnel) . Évalué à 3 (+1/-0).
Peut être même un peu plus car chaque personne a le droit à plusieurs manières d'écrire.
Adhérer à l'April, ça vous tente ?
[^] # Re: Pour la défense du stylo-bille
Posté par Benoit Sibaud (site web personnel) . Évalué à 3 (+0/-0).
Y a un paquet de sapiens qui bavent et qui sucent leur pied aussi. Et après y a encore un peu de marge avant d'écrire (à la louche 5%?). Plus les personnes n'ayant jamais appris (7%? 10%?). Ça baisse un peu les stats.
[^] # Re: Pour la défense du stylo-bille
Posté par Maderios . Évalué à 2 (+0/-0).
Rectificatif: potentiellement parlant, il existe autant de manières d'écrire que d'homo sapiens sur la planète.
[^] # Re: Pour la défense du stylo-bille
Posté par Voltairine . Évalué à 1 (+0/-1). Dernière modification le 29 septembre 2026 à 20:15.
Si on exclut les 700 à 800 millions d'illettrées.
[^] # Re: Pour la défense du stylo-bille
Posté par Pol' uX (site web personnel) . Évalué à 2 (+1/-1).
Et si on tient compte que l’illettrisme n'est pas l'analphabétisme ?
Adhérer à l'April, ça vous tente ?
[^] # Re: Pour la défense du stylo-bille
Posté par Ysabeau 🧶 (site web personnel, Mastodon) . Évalué à 2 (+1/-2).
Et que les hommes peuvent être illettrés.
Je n’ai aucun avis sur systemd
[^] # Re: Pour la défense du stylo-bille
Posté par Pol' uX (site web personnel) . Évalué à 6 (+4/-0).
D'ailleurs, est-ce qu'une personne lettrée ayant vécu complètement en dehors de l'influence du latin/grec ne serait pas un peu analphabète sur les bords ?
Adhérer à l'April, ça vous tente ?
[^] # Re: Pour la défense du stylo-bille
Posté par Ysabeau 🧶 (site web personnel, Mastodon) . Évalué à 3 (+1/-1).
En fait si tu pars du principe que l'analphabétisme est le fait de ne pas avoir appris à lire, écrire dans un système d'écriture, quel qu'il soit, qu'il soit alphabétique ou non. Nous sommes tous et toutes des analphabètes. C'est très exactement ma position. Avoir travaillé et vivre dans un milieu multiculturel, avoir travaillé dans un milieu ou la question de l’illettrisme et de l'analphabétisme, ça t'incline à voir les choses dans ce sens.
Je n’ai aucun avis sur systemd
[^] # Re: Pour la défense du stylo-bille
Posté par Voltairine . Évalué à 3 (+3/-2). Dernière modification le 30 septembre 2026 à 07:13.
Le féminin était volontaire puisque 2/3 des « illettrées » sont des femmes.
Le titre de l'article est erroné (mauvaise traduction de l'anglais) et j'aurais du modifier, il s'agit bien d'analphabétisme.
# J'ai une meilleure façon de faire que Despentes :
Posté par Tanouky . Évalué à -6 (+1/-7).
J'ai du talent et des idées originales.
Tout le reste est superflu. Même le logiciel libre.
[^] # Re: J'ai une meilleure façon de faire que Despentes :
Posté par aiolos . Évalué à 9 (+7/-0).
Eh ben, y’a pas à dire, c’est beau à observer l’humilité.
# Affligeant
Posté par fork_bomb . Évalué à 2 (+4/-3).
Sans aller jusqu'à LibreOffice Writer, il semble que les fonctionnalités IA peuvent être désactivées dans Word.
Pour moi l'explication est plutôt que Virginie Despentes a une attitude réactionnaire.
Plus globalement, j'ai trouvé le niveau du débat affligeant. Le seul intervenant pertinent dans l'extrait que j'ai regardé était Raphaël Doan, qui soutient que 1) on ne peut jamais être sûr à 100% qu'un texte est écrit par IA 2) Pangram est un outil fiable comme en témoignent des études scientifiques 3) Le livre utilise une telle quantité d'IA qu'une personne familière avec l'IA est capable de dire avec certitude que c'en est.
L'interlocutrice suivante a rebondi sur le fait que les auteurs parlant une langue issue de l'oralité sont ciblés à tort car les outils sont habitués à une langue standard, point qui aurait pu être intéressant, mais elle s'en tient à des généralités plutôt que de rebondir sur l'affirmation 3) de l'interlocuteur précédent, en regardant par exemple si des passages du roman pouvaient être expliqués par ça plutôt que le recours à un LLM.
Ensuite on passe sur des arguments grotesques sur le fonctionnement de l'IA, que je pourrais résumer à "ils utilisent des tokens, ils ne connaissent pas la littérature" alors que d'une part des outils statistiques bien plus rudimentaires que les LLMs ont fait leurs preuves dans la détection de la fraude, et que d'autre part il est clair que les réseaux neuronaux suffisamment complexes ont des comportements émergents.
Il y avait tellement de sujets intéressants à aborder que je trouve ça triste de lire ça.
# Pas la meme conclusion
Posté par nox . Évalué à 4 (+4/-1).
Salut, merci pour ce journal qui nourrit mes reflexions actuelles.
Cependant, je suis obligé de constater que je n'ai pas du tout la même conclusion que son auteur.
Je trouve que cette anecdote avec V.D. est criante de vérité. Le monde du libre est absolument inexistant en dehors d'une niche minuscule de passionné.es et de convaincu.es. C'est un combat complètement perdu. Si une personnalité de gauche radicale comme V.D. n'a aucune connaissance des alternatives libres (parce que de toutes évidence le logiciel libre est clairement fondé sur des valeurs politiques de gauche radicale quand on y réfléchis 2s de façon non hypocrite), et que personne d'autre sur le plateau n'est capable d'aller dans cette direction… Je pense que c'est un signe explicite que c'est perdu.
Perdu d'autant plus qu'avec la connerie qu'est l'IA, le neo-feodalisme des GAFAM et le fascisme qui vient, ce n'est clairement pas un combat qui pourra être renversé.
Abandonner les technologies numériques me semble être peut-être la seule et dernière bonne voie à prendre…
# motivation
Posté par Krunch (courriel, site web personnel) . Évalué à 2 (+0/-0).
Une autre justification pour écrire à la main par un auteur qui publie des pavés de 800+ pages à intervalle régulier https://nealstephenson.substack.com/p/writing-by-hand-is-good-for-your
pertinent adj. Approprié : qui se rapporte exactement à ce dont il est question.
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