Cyrielle Chatelain nous dévoile un résumé de la commission d'enquête sur le numérique, nos dépendances et vulnérabilités.
https://video.tedomum.net/w/vzF9Y7pp6ERs2rHe1LyN19
En deux mots :
- La commission semble avoir bien fonctionné de manière transpartisane.
- 80% de nos dépenses dans le numérique vont vers les GAFAM.
- La construction de nouveaux datacenters ne va bénéficier en très grande majorité qu'aux GAFAM et aggraver notre dépendance du fait de la captation des ressources (25% de l'électricité du pays). Un moratoire est demandé.
- La solution est dans l'open source.
- La clé est de recruter plutôt que de faire appel à des prestataires, ce qui est bon pour la souveraineté et plus économique en prime.
Je l'ai trouvé d'une clarté remarquable dont on n'a pas l'habitude venant des politiques !
Autant c'est très pessimiste sur la situation actuelle, autant c'est très optimiste sur les solutions immédiates et concrètes déjà à notre portée.
Elle écrit et répond sur mastodon

# Quelques citations en vrac (du résumé)
Posté par jch . Évalué à 10 (+22/-0).
« La généralisation de solutions propriétaires entraîne le paiement de frais de licences aux sociétés qui les proposent. Les dépenses logicielles du périmètre État strict sont évaluées à 361 millions d’euros, dont 268 millions d’euros auprès de fournisseurs extraeuropéens (74 %). […] Parmi les dépenses réalisées, les principales solutions concernées disposent d’alternatives en open source (pour la bureautique, LibreOffice ou les produits de la Dinum ; pour les systèmes d’exploitation, Linux ; pour la virtualisation, Openstack, Proxmox ou Kubernetes ; pour la gestion de bases de données PostgreSQL, Tomca. »
« En 2025, dix entreprises ont dépensé 49 millions d’euros en lobbying auprès des institutions européennes, dont 35 millions pour les seuls GAFAM, dépassant les montants investis par les secteurs de la pharmacie, de la finance ou de l’automobile. Ces entreprises mobilisent un réseau dense de 210 lobbyistes, ce qui se traduit par plus d’une réunion par jour ouvré avec la Commission et de nombreux contacts avec le Parlement. »
« Les États-Unis interviennent aussi directement pour défendre les intérêts de leurs entreprises : les pressions de l’administration américaine ont fort probablement contribué à l’abandon des critères d’immunité aux lois extraterritoriales dans le projet européen de certification cloud EUCS. »
« La Commission européenne a présenté, en novembre 2025, un paquet législatif de « simplification » des normes numériques, comprenant une proposition de règlement dit omnibus numérique, qui modifie notamment le RGPD et le droit des données. […] l’omnibus fragilise plusieurs droits clés : la définition de la « recherche scientifique » est étendue de manière très large, y compris pour des travaux poursuivant un intérêt commercial, ce qui augmenterait les possibilités de déroger aux droits d’accès, d’information, d’opposition et d’effacement des personnes. »
[^] # Re: Quelques citations en vrac (du résumé)
Posté par antistress (site web personnel) . Évalué à 8 (+5/-0).
C'est fou
# oui c'est fou !
Posté par Bernie . Évalué à 2 (+2/-0).
Le lobbyisme a donc encore de beaux jours devant lui. Et je me demande pourquoi les décideurs politiques sont toujours aussi vulnérables vis à vis de ces gens que j'assimile plus à des bateleurs de foire (voire des menteurs professionnels…) ?
Je ne veux pas penser que nos chers élus y trouvent des intérêts personnels :/
Et s'ils sont conscients qu'ils se font manipuler, ils devraient de toute urgence se former un peu mieux aux arcanes du numérique et aux enjeux induits pour pouvoir jouer dans la même cour.
Quant aux agissements de l'administration US pour contrer les lois européennes et françaises (augmentation des droits de douane, tout ça), j'ose espérer que nos gouvernants européens et français ne s'en laisseront pas compter (ou, plus grossièrement dit, ne baisseront pas le pantalon comme ça a hélas déjà été fait par le passé)
[^] # Re: oui c'est fou !
Posté par wilk (site web personnel, Mastodon) . Évalué à 8 (+7/-1).
Ils ne sont pas vulnérables ils sont complices.
C'est comme les guerres. Tout ce qui met la pression sur la population venant de l'extérieur entraîne une demande de protection qui justifie la délégation de pouvoir et ainsi de suite.
Avec de l'autonomie et des communs, comme proposé, aucune raison d'avoir peur, aucune raison de déléguer notre pouvoir.
Je ne pense pas qu'il faille compter sur nos gouvernants mais plutôt sur nos communs, en particulier dans le numérique où on peut agir seuls sans attendre, dans une certaine mesure.
[^] # Re: oui c'est fou !
Posté par zakharov . Évalué à 6 (+6/-0).
Je pense qu'on surestime le pouvoir d'un-e élu-e local-e [1], sur un mandat de quelques années, les élu·e·s n'ont pas la main sur tout l'écosystème d'une institution (région, département, commune, interco, etc.). Ils et elles peuvent exprimer une tendance politique, c'est leur rôle d'élu·e. Mais la mise en œuvre doit se faire en association avec les services dans lesquels bossent les agents, sinon ça ne tiendra pas.
En gros, si le ou la DSI est partant·e, qu'un plan sur la durée est prévu pour adapter les usages, étudier les points de blocage (genre des applis avec un éditeur qui impose un OS), les contrats avec les prestataires (imprimantes et tant d'autres choses), et qu'il y a une volonté politique appuyée sur une connaissance en plus de la prise de conscience, alors dans ce cas les planètes sont alignées et c'est le moment qu'il faut saisir. Si ce n'est pas le cas, on doit chercher à les aligner, et ce n'est pas forcément par manque de volonté, mais la priorisation vient souvent de problèmes beaucoup plus « terre à terre » (rénovation de voirie, arbitrage sur des budgets de plus en plus contraints pour financer la culture locale, l'entretien des parcs, la liste est sans fin). Les agents sont aussi débordé·e·s par de multiples sujets, et souvent en effectif insuffisant.
Ça nous semble incompréhensible à nous, féru·e·s de logiciels libres, que tout le monde n'ait pas la facilité, l'envie ou même le besoin de se libérer des GAFAM et autres hyperscalers, mais c'est aussi une réalité. Pour moi, imposer de modifier un outil de travail à des dizaines, voire des centaines, de travailleurs et travailleuses ce n'est pas un sujet anodin qui se discute sur le bord d'un blog ou d'un forum, avec du yakafocon ou autres dénigrements, et surtout sans les concerné·e·s
Là dessus, des costard-cravatés débarquent en renouvelant un parc logiciel que les agents connaissent déjà (ou sont prêts à s'adapter à ses nouveautés magiques), et tu gagnes des heures de discussions avec les services. Je ne connais pas d'élu·e qui ne soit pas conscient·e de gâcher de la thune en payant des licences pour des OS et applications dont ils et elles connaissent les alternatives vertueuses, avec même les solutions de support associées et locales, mais les ressources disponibles pour faire la transition ne sont pas perceptibles immédiatement, et rapidement un autre sujet de canalisation d'eau qui pète, ou de club de foot qui se scinde vient prendre le dessus.
Élu·e, ce n'est pas un boulot à plein temps pour 99,99% d'entre eux, c'est un engagement pour faire que la volonté des urnes s'applique et que tout le monde vive au mieux, et le sujet du numérique aussi important soit-il, n'est pas encore perçu — à tort on sait — comme essentiel (sauf par moi qui ne suis plus élu, mais bon je continue de militer :))
[1] lesquel·le·s représentent l'immense majorité des élu·e·s. Et au passage, les ministres ne sont pas élu·e·s, mais sont nommé·e·s.
# La facilité
Posté par piratebab2 . Évalué à 8 (+8/-1).
Pour un dirigeant d'entreprise qui n'y connaît rien en informatique, passer par un GAFAM (souvent microsoft), offre une apparence de simplicité, un type de sous traitance, voire de délégation. L'informatique interne est une ligne de cout, ils n'ont pas envie de réfléchir trop longtemps sur le sujet. On paye (cher), et ça marche. Et quand ça marche pas, on passe un coup de fil (et on re-paye), et c'est réparé.
Pas d'informatique interne qui se plaint tout le temps, qui met des limitations partout à cause de la cyber sécurité (les GAFAM font pire, mais si c'est le GAFAM qui le dit, on paye et on prends).
[^] # Re: La facilité
Posté par Bruno (Mastodon) . Évalué à 5 (+4/-0).
Tout à fait mais là on parle des services de l’État.
[^] # Re: La facilité
Posté par piratebab2 . Évalué à 5 (+4/-0).
C'est exactement pareil voire pire! Un élu ne se séparera jamais de son iphone même si on lui propose un appareil sécurisé (c'est du vécu).
[^] # Re: La facilité
Posté par jch . Évalué à 10 (+16/-1).
Les élus sont une goutte d'eau. Il y a près de 6 millions de fonctionnaires en France. Tu en côtoies des dizaines : le facteur qui t'a amené le courrier ce matin, l'instit qui apprend la table de multiplication à ta fille, le flic qui t'a fait payer 35€ parce que tu t'es mal garé, la dame au guichet de la mairie qui t'a dit qu'elle n'y pouvait rien, et qu'il fallait que tu fasses ta démarche en ligne.
En ce moment, le directeur du bureau de poste fait son planning dans Google docs, l'instit participe au conseil de classe en Zoom quand elle ne peut pas venir, le flic utilise Word pour écrire son rapport, et la dame au guichet consulte un serveur basé sur Oracle. Si l'on remplace une partie raisonnable de ces applications par du logiciel libre, c'est 200M€ par an qui vont dans notre poche collective au lieu de celle de l'actionnaire américain. Et cela sans même parler du fait que si Trump décide, sur un coup de tête, de nous interdire d'utiliser Google docs, on veut une alternative sur laquelle on peut basculer rapidement. Sans ça, t'auras pas ton courrier à temps.
[^] # Re: La facilité
Posté par cévhé . Évalué à 3 (+3/-2). Dernière modification le 27 juillet 2026 à 23:38.
Les fonctionnaires et assimilés n’ont malheureusement aucun ou presque pouvoir là dessus… dans la plupart des cas que tu cites, ils font avec ce qu’ils ont et qui a été choisi par d’autres.
Ces « autres » ne sont effectivement pas toujours des « élus » mais cela ne change pas grand chose
[^] # Re: La facilité
Posté par jch . Évalué à 4 (+3/-0).
On parle d'un rapport parlementaire, qui est justement destiné à ces « autres ».
# président d'honneur
Posté par vev (Mastodon) . Évalué à 2 (+2/-1).
On peut encourager les assos et entreprises libre/open source à nommer Trump président d'honneur. Il le mérite.
[^] # Re: président d'honneur
Posté par vev (Mastodon) . Évalué à 4 (+3/-0).
Cela fera bientôt vingt ans qu'on se bat et on a l'impression que la prise de conscience n'a jamais été aussi forte !
Et vraiment j'insiste; j'ai l'impression qu'il a été le catalyseur.
[^] # Re: président d'honneur
Posté par cévhé . Évalué à 6 (+4/-0).
Impression partagée pour certaines collectivités et le milieu éducatif. Mais c’est loin d’être gagné entre autres à cause de la multiplicité des interlocuteurs et des couches de décision.
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