Tout se joue sur la définition que tu donnes à une prédiction.
Mouais, jouer sur les mots et les définitions n'est pas ce qui me passionne le plus. Le Robert dit:
Annoncer (un évènement) comme devant se produire, sans preuves ni indices rationnels.
Annoncer (une chose probable) comme devant se produire, par raisonnement ou intuition.
Si tu n'admets que la première définition, alors une prédiction est nécessairement "magique" et irrationnelle. Je dirais, "fin de la discussion", non? Il n'y a rien à creuser là-dedans. Il me semble évident qu'on ne parle que de la deuxième définition.
Si tu entends par prédiction avoir la certitude qu'un événement va se produire, le débat philosophique sur la nature probabiliste de l'univers prends tout son sens : tu ne deviens pas l'équivalent de dieu par le progrès de la science si l'univers est probabiliste.
Même là-dessus, je ne suis pas sûr d'être d'accord. Tu peux avoir la certitude qu'un atome radioactif va se désintégrer par exemple. Tu ne sais pas quand, mais tu sais que ça va se produire. C'est le même genre de raisonnement que prouver qu'une fonction continue a au moins une racine entre 0 et 1 quand f(0) < 0 et f(1) > 0. Tu ne sais pas où, mais tu as la certitude que ça va arriver.
Bon, bref, prédire, prévoir, ou projeter, c'est kif-kif : tu es capable de dire quelque chose de non-trivial sur un évènement futur. Ça peut être par magie, par un raisonnement probabiliste, par un raisonnement mathématique, ou par intuition. Tu peux quantifier l'incertitude ou non, ça ne change pas grand chose (quand tu quantifies l'incertitude, c'est juste que tu apportes une information supplémentaire sur ton ignorance). La qualité de telles prévisions/prédictions/projections est indépendante de la nature déterministe de l'univers, puisque c'est la qualité du modèle et des données qui vont influencer la qualité de la prédiction.
Et pour le coup d'être l'équivalent de Dieu, la très grande majorité des croyants semble convaincus de l'existence d'un Dieu interventionniste (dans le cas contraire, la religion n'aurait pas beaucoup de sens, et les prières encore moins), ce qui me semble fondamentalement opposé au déterminisme. Du coup je ne comprends pas trop où ça peut mener de comparer un modèle théorique parfait dans un monde déterministe avec Dieu, sauf à imaginer que Dieu n'a pas de libre arbitre et que ses interventions sont également déterministes.
Je pense que c'est impossible sans tricher avec un dé cubique. Les rebonds sur les angles du dé sont chaotiques, donc la précision des conditions intitiales n'est pas corrélée au résultat final. Il faudrait les rendre moins chaotiques (ce que j'appelle "tricher"): lancer le dé à plat, le faire arriver sur un truc très mou pour qu'il ne rebondisse pas, ou très doucement pour que son chemin soit très court, arrondir beaucoup les coins du dé…
Paradoxalement, un D20 doit être moins chaotique, puisque plus on se rapproche d'une sphère et plus le mouvement sera bien décrit par la mécanique classique.
Je pense que conceptuellement, le principe de chaos déterministe est assez clair. La discussion ne porte pas sur si l'univers est expérimentalement chaotique (ce qui est indubitablement vrai), mais sur s'il est théoriquement déterministe. La question métaphysique existe, parce qu'elle s'enracine dans des siècles de discussions philosophiques et qu'elle a intéressé tous les philosophes de l'histoire, mais en pratique, je doute qu'elle soit encore énormément débattue. À part quelques intérprétations très marginales de la mécanique quantique, les lois de la physique semble indiquer que le comportement de la matière est aussi fondamentalement probabiliste qu'on peut l'imaginer.
Après, sur cette histoire de "prédire" le futur, je suis surpris du nombre de collègues scientifiques qui semblent associer la prédictibilité au déterminisme. Pour moi c'est évident que ça n'a rien à voir, mais ça n'a pas du tout l'air intuitif : un système chaotique est déterministe et imprévisible, alors qu'un système probabiliste peut être parfaitement prévisible. Par exemple, je peux prédire avec une précision de 0.1% que parmi les naissances en France 2025 il y aura 51.2% de garçons.
Du coup, cette discussion sur "prédire le futur" se heurte à cette incompréhension. Certains disent que c'est impossible parce que le futur n'est pas déterministe, mais c'est juste parce qu'ils refusent par principe qu'une prédiction puisse être probabiliste (ce qui me semble équivalent à refuser tout simplement le principe d'une prédiction).
En ce qui concerne les modèles de langage, on peut dire qu'ils prédisent raisonnablement les discours creux
Si le modèle prédit 99% des conversations, ça veut dire que 99% de ce qu'on dit est "creux", poncifs, tout ça tout ça.
Peut-être un outil à développer pour savoir rapidement si un texte vaut la peine d'être lu ou entendu.
L'idée me semble très pertinente. Il va de toutes manières falloir mettre au point ce genre d'outils avec la quantité de textes et de vidéos qui vont être produites par les systèmes automatiques.
Quant aux expériences… l'activité commence avant la prise de décision… Pardon, mais si le cerveau s'active, il est déjà en mode prise de décision; surtout que leur prédiction se plante 60% du temps; ma prédiction météorologique est meilleur; ou en d'autre terme, en observant l'IRM, on fait une prédiction, sur la prise de décision postérieur.
Je pense que tu n'as pas compris ce que ces expériences sous-entendaient : l'IRM indique que la décision est prise avant que tu n'aies pris conscience d'avoir pris une décision. Évidemment que quelque chose s'est passé dans le cerveau, c'est juste que ça s'est passé sans que tu n'en aies eu conscience. Par exemple, l'expérimentateur demande de lever un bras, soit le gauche, soit le droit, et enclenche un chronomètre. Le sujet décide, puis lève un bras. Il dit à l'expérimentateur où en était le chronomètre quand il a pris sa décision. L'IRM indique alors que la zone correspondant à la mobilité du bras droit ou gauche s'est activée avant que le sujet n'ai eu conscience de prendre une décision. En gros, le libre arbitre pourrait n'être qu'une illusion: le cerveau décide de manière inconsciente, puis te fait connaitre sa décision, tout en te laissant l'illusion que tu la prends.
L'effet n'a pas l'air d'être très fort, mais il a l'air d'être bien présent
Je ne sais pas ce que tu appelles "très fort", mais c'est de l'ordre du simple au double, ou un peu moins. C'est un des facteurs les plus importants de l'étude. Mais encore une fois, on n'a pas la causalité. C'est peut-être les études qui immunisent contre les théories du complot, c'est peut-être une tendance à l'esprit critique qui favorise les études longues, ou c'est peut-être un déterminant social qui cause les deux (tu nais dans une famille aisée -> études longues et confiance envers les autorités).
Je ne sais pas comment ont été posées les questions
Il faudrait lire la méthodologie, mais le rapport est super long. Il me semble que la vraie question était plus longue, du style "le gouvernement est de mèche avec l'industrie pharmaceutique pour cacher la nocivité des vaccins", j'ai la flemme d'aller relire le rapport. En particulier, chaque question vient en deux parties : 1) avez-vous déja entendu parler de la théorie qui veut que…, et 2) êtes-vous d'accord. Est-ce que les % de "d'accord" ne sont que sur la sous-partie qui connait la théorie, ou est-ce que c'est sur tout l'échantillon?
Mais bon, il faut se remettre dans le contexte d'une telle enquête : tu n'as pas 30 minutes pour réfléchir au sens de la question. Elle est très factuelle : est-ce que tu penses que le gouvernement cache la nocivité des vaccins. Il ne me semble pas y avoir d’ambigüité : si tu réponds "d'accord", tu penses deux choses : 1) les vaccins (ou tout du moins une partie d'entre eux) sont nocifs, et 2) le gouvernement le sait et le cache.
Si c'était "Le gouvernement minimise les effets secondaires des vaccins dont la balance bénéfice-risque est positive", je serais plus d'accord, mais ça n'était pas la question. Bon, c'est peut-être comme ça qu'elle a été comprise ou interprétée, mais factuellement, ça n'était pas la question.
Non mais on est d'accord, le RN est un parti d'extrême droite, on ne va pas discuter de ça. Ce que je trouve anormal, c'est le fait que la préfecture puisse attribuer des étiquettes sur lesquelles les partis sont en désaccord.
On pourrait par exemple imaginer une liste limitée dans laquelle le parti doit cocher une case. Si "extrême droite" ne leur va pas, ils pourraient cocher autre chose. Ensuite, les journalistes sont libres d'annoncer les résultats avec les "vraies" étiquettes, et pas les étiquettes officielles. Mais en attendant, l'administration n'a pas catégorisé les partis contre leur gré.
Alors c'est curieux mais à l'époque où on parlait plus des sectes à la télé
On me reproche de ne pas donner de sources, mais celles des autres ça n'est pas mieux…
La meilleure source disponible que je connaisse pour la France c'est l'enquête IPSOS de 2018 sur le complotisme https://www.ifop.com/publication/enquete-sur-le-complotisme/ Malheureusement, il n'y a pas la stratification sur le type d'études (scientifique vs littéraire par exemple), mais il y a la durée des études.
Le rapport est long et détaillé, il sépare la notoriété des théories du complot et l'adhésion. Le patron est très répétable, quelle que soit la théorie (du coup, il n'y a pas des gens qui ne sont que anti-vaccins, et d'autres qui ne sont que climatosceptiques, ça a l'air d'être un grand ensemble bien corrélé.
Quelques exemples:
Le gouvernement cache la nocivité des vaccins
moyenne: 55% d'accord (!!!)
Etudes supérieures: 42%, sans diplôme: 58%
Paris: 46%, zones rurales: 60%
Gauche 58%, LREM 34%, Droite 52%, RN 70%
Consultent l'horoscope tous les jours: 71% (jamais: 51%)
Les meilleurs prédicteurs à l'adhésion aux théories du complot sont:
- l'âge (les vieux sont beaucoup moins sensibles que les jeunes)
- l'orientation politique (LFI et surtout RN)
- le niveau d'études
- l'assimilation des médias avec de la propagande
Ça varie en général du simple au double, mais ça dépend des "théories". Certains critères n'ont quasiment aucun effet (comme la religion par exemple), c'est un peu surprenant. De manière intéressante, l'enquête comporte une auto-évaluation du niveau de crédulité (de 0 à 10), et ce niveau n'a quasiment aucun effet sur la croyance aux théories du complot (donc les gens qui s'auto-qualifient de "rationnels" ne sont pas plus ou moins rationnels que les autres).
Évidemment, tous ces indicateurs sont corrélés, et il est difficile d'inférer des causalités. En gros, un Parisien diplômé de 60 ans vote au centre, ne consulte pas l'horoscope, et est insensible aux théories du complot. Un rural non-diplômé de 25 ans vote RN, lit l'horoscope, et croit à un large panel de théories du complot.
Ce qui est marrant, c'est que la seule théorie qui ne suit pas la tendance générale, c'est l'implication de la CIA dans l'assassinat de Kennedy. C'est peut-être la seule qui a une chance d'être vraie :-) Ça prouve au moins que les gens ne répondent pas n'importe quoi, ça pourrait même être un contrôle positif.
Mais sur le fond, est-ce que c'est ce qu'on leur demande? Après tout, ils ont tout un tas de moyens pour consulter tous les experts qu'ils souhaitent avant de prendre une décision. C'est ça qu'ils doivent savoir faire, non? Collecter les avis d'experts, et prendre une décision éclairée basée sur les connaissances des autres (et pas sur leur propre culture).
J'ai déja entendu ça, mais je ne suis pas sûr que ça soit vrai. Je ne vois pas vraiment en quoi la droite est garante de la liberté; en général, la droite et l'extrême droite aiment bien mettre l'accent sur la sécurité (plus de police, plus de prison), sur l'immigration (moins de liberté de mouvement, plus de contrôles), sur des valeurs morales conservatrices (limitation du mariage pour tous, du droit à l'avortement…).
Pour moi, la liberté évoque le libéralisme, qui n'est pas intrinsèquement de droite. Sur le plan sociétal, le libéralisme s'aligne plutôt à gauche, avec la défense des droits individuels (d'ailleurs, ça n'est pas un hasard si aux US "liberal" désigne les gauchistes). Sur le plan économique, le libéralisme est largement compatible avec le capitalisme, et comme en France les "libéraux" sont souvent des conservateurs de droite qui sont libéraux seulement quand ça les arrange, ils sont plutôt classés à droite.
Pour en revenir au point de départ, la liberté et l'égalité sont compatibles, mais seulement avec une version très théorique de l'égalité (égalité devant la loi, etc). La discrimination positive, les quotas, et en général les tentatives de "rétablissement" des inégalités sociales ne sont pas très compatibles avec le libéralisme. C'est une faiblesse qui est connue depuis très longtemps (probablement d'ailleurs même avant la révolution et les lumières); on se doute bien que naitre "libres et égaux en droits" dans un HLM de quartier pourri ou dans un appartement de 150m2 à Neuilly, ça n'est pas vraiment satisfaisant.
Si tu pouvais arrêter de sortir cet argument qui est totalement faux.
J'aime bien quand une discussion commence comme ça. On sent que ça va être bien constructif et agréable.
sortent des âneries énormes sur des domaines qu’ils ne connaissent pas.
La culture scientifique n'est pas une parade contre les problèmes psychiques ou psychiatriques, c'est clair. Mais là, on ne parle pas du quidam qui aurait une culture scientifique, on parle de scientifiques qui ont été exposés publiquement et médiatiquement, et qui l'ont mal géré.
ni même anti-croyances plus ou moins idiotes.
Ça, si, c'est vrai. Il y a moins de complotistes parmi les gens qui ont une culture scientifique, et moins de risques d'être embrigadés dans un mouvement sectaire ou religieux. C'est évidemment une question de probabilités, ça n'est pas une protection absolue.
Il y a évidemment un contre-argument (je veux dire un vrai, pas juste une saillie désagréable), c'est que le raisonnement doit peut-être être inversé: une personnalité qui a tendance à l'introspection sur son ignorance de divers phénomènes va peut-être être plus amené à suivre des études scientifiques. Auquel cas, en effet, il n'y aurait pas de causalité entre la formation scientifique et l'aversion à raconter n'importe quoi.
OK, mais il y a des dizaines de droits là-dedans, c'est assez redondant et certains droits sont définis de manière négative (on a le droit de ne pas se faire torturer ni d'être réduit en esclavage par exemple). Je ne pense pas qu'on puisse l'utiliser pour interpréter un positionnement politique.
Au passage, je n'ai pas du tout la même interprétation que toi de l'article 25. L'article parle de "niveau de vie suffisant", il fait donc référence à des ressources financières. Il n'évoque pas un droit à bénéficier d'un environnement sain, par exemple.
Ça serait absurde de lui reprocher d'être incompétent sur un sujet hyper-technique. Moi ce que je lui reproche, c'est d'être incompétent, et de se comporter comme s'il était spécialiste. Soit il sait qu'il est incompétent, et il fait le beau parce qu'il se doute que dans la salle c'est pire que lui, ce qui est assez laid, soit il n'a aucune idée de ce qu'il raconte mais qu'il a une tellement haute estime de lui-même qu'il imagine que son Verbe a par défaut une valeur de vérité.
Dans tous les cas, on ne peut pas lui faire confiance. Là, on le voit, parce qu'on sait qu'il dit de la m*. Mais sur un autre sujet, comme le commerce extérieur du Maroc ou les règles fiscales des entreprises Françaises installées aux Comores, on pourrait bien tomber dans l'entourloupe et croire qu'il n'est pas en train de raconter n'importe quoi.
En tout cas, à partir de la vidéo seule, ce Monsieur semble n'avoir aucune idée de ce dont il parle, mais il le fait très doctement. On dirait qu'il essaye vaguement de deviner ce qu'est une clé publique juste à partir du nom "clé publique", ce qui est absurde. Et il ne pose aucune question. Et son intervention dérive vers des histoires de banques centrales qui ne semblent avoir aucun sens.
Après notre président qui est devenu épidémiologiste en 3 jours, voici quelqu'un qui est devenu spécialiste en cryptographie après avoir lu un article de 2 colonnes dans un journal grand public. En fait, ces gens ont une tellement haute opinion de leur intelligence qu'ils croient être capables de tout comprendre sans rien devoir apprendre. Je pense que ce type-là pourrait sans problème tenter de débattre de pair-à-pair avec un expert qu'il inviterait à une session du Sénat, par exemple, il est juste totalement incapable de se rendre compte qu'il est ridicule et que n'importe qui d'autre à sa place fermerait sa tronche.
Contrairement à ce qui a été écrit plus haut, s'il avait un peu de culture scientifique ou technique, ça lui permettrait de se situer sur l'échelle des savoirs. Là au contraire, c'est son manque flagrant de culture générale qui lui donne la sensation de "flotter": il distribue ses "pensées" à qui veut l'entendre, comme un pilier de comptoir un peu bourré, sans se rendre compte qu'il ne connait rien à rien.
Dans la déclaration des droits de l'Homme, l'article 2 dit "Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression.".
Si on met la liberté devant les autres on est libéral? Si on met la propriété, on est capitaliste? Si on met la sûreté, on est autoritariste? Et du coup, la résistance à l'oppression, c'est du gauchisme?
Ça fait 4 dimensions, donc deux de trop par rapport à la distinction gauche droite, mais je trouve que ça fait apparaitre le libéralisme (qui n'est pas classifiable sur l'axe gauche/droite), et la sûreté fait exister l'extrême droite (en gros).
Par contre, la déclaration des droits de l'Homme ne fait pas mention du droit à vivre en bonne santé par exemple, qui est lié à l'environnement. Si on le met dans la sûreté, pour le coup ça ne cadre plus du tout avec l'axe droite-gauche.
J'y ai peut-être été fort avec "fondamentalement", parce que je veux bien admettre qu'il puisse y avoir des variantes de la décroissance qui ne sont pas intrinsèquement réactionnaires (par exemple les versions compatibles avec le libéralisme). Mais bon, d'une manière générale, la décroissance reste un concept créé et inspiré par la frange réactionnaire de l'écologie politique, avec des affinités très troubles avec le contrôle des naissances, voire avec des analyses de différences démographiques entre les continents.
C'est ça qui est toujours complexe avec les courants politiques, ils sont sans cesse redéfinis et manipulés, leur origine est réécrite pour coller avec les évolutions des lignes des partis, et il y a toujours des exemples qui pourraient montrer ceci ou cela… cf la récente (et quand même assez pathétique) tentative du RN à se prétendre compatible avec les valeurs du Gaullisme. Prétendre que la décroissance est progressiste, c'est une forme de détournement de l'histoire du courant. Bien sûr, il est possible de rendre une forme de décroissance compatible avec des objectifs de progrès sociaux, personne ne dit le contraire. Mais ça ne nécessite pas de travestir l'histoire de ce qu'est la décroissance. Ça n'est jamais très vendeur de dire "moui OK c'est un concept compatible avec une forme de fascisme réactionnaire mais je vous assure qu'une fois adapté, c'est moins pire que ce qu'on pourrait penser", mais ça aurait le mérite d'être honnête. Au passage, on voit bien que la décroissance est un concept problématique, c'est jamais assumé très clairement, c'est rarement défini, et quand ça l'est, c'est par rapport à ce que ça n'est pas (style "la décroissance ça n'est pas la récession", etc). Ça ressemble quand même politiquement à un bâton merdeux, la décroissance.
Mais c'est justement la raison pour laquelle on ne laisse pas les partis s'étiqueter eux-mêmes.
Certes, mais là, l'étiquetage est fait par la préfecture, je trouve que ça ne va pas. Évidemment que les partis d'extrême droite sont d'extrême droite, mais ça n'est pas une information administrative.
Objectivement, c'est vrai que l'appellation officielle "extrême-droite" est problématique, parce que de nombreux partis d'extrême-droite la refusent. Un problème analogue arrive avec les listes "apolitiques" pour les municipales, que les préfectures ont tendance à catégoriser "divers gauche" ou "divers droite" en fonction de critères assez obscurs. Quand il y a autant de partis candidats, une classification est nécessaire, mais les modalités pourraient être un peu mieux discutées.
Pour l'axe de classification, gauche-droite est traditionnel et la plupart des partis se définissent par rapport à ça. Ça ne veut pas dire que c'est le seul axe, ni qu'il est linéaire. Par exemple, beaucoup de partis "pro-européens" sont plutôt centristes, alors que les partis anti-européens sont plutôt sur les (deux) bords.
J'ai un peu (beaucoup?) de mal avec l'association progressisme=gauche et conservatisme=droite. Typiquement, l'idéologie de la décroissance est fondamentalement conservatrice, voire réactionnaire, et il faut des cabrioles rhétoriques (du style: "revenir en arrière est une politique d'avenir…") pour rester dans la grille de lecture traditionnelle. En parallèle, le libéralisme est un mouvement intrinsèquement progressiste, et il faut exploiter le même genre de pirouettes acrobatiques pour expliquer que la compatibilité du libéralisme avec le capitalisme implique une forme de conservatisme. L'axe gauche-droite semble au final bien plus opérationnel qu'un axe "convervatisme-progressisme" qui soit mélange tout, soit se contorsionne pour rentrer au forceps dans le moule gauche-droite.
Je crois que le point important est de réaliser que diminuer nos rejets de manière significative sur tous les fronts est nécessaire si on veut limiter la casse.
C'est là où je ne suis pas d'accord. C'est une vision idéologique, qui se défend dans une certaine mesure, mais qui n'est en rien la seule vision possible. Son principal défaut est qu'elle ne permet pas de prioriser les efforts en fonction de leur efficacité, et qu'elle peut même être contre-productive.
L'urgence pour diminuer les rejets de CO2, c'est d'être efficaces. Et pour être efficaces, il faut se concentrer sur les mesures qui diminuent les rejets absolus de CO2, et pas les rejets relatifs. Ça ne sert à rien de diminuer de 100% des rejets d'une activité qui correspond à 0.1% des émissions totales. C'est beaucoup plus efficace de baisser de quelques % les rejets d'une activité très émettrice.
Le passage à la voiture électrique, c'est très efficace (environ 50% de gains sur les émissions des voitures individuelles, qui représentent 60% des émissions liées aux transports, qui représentent 40% des émissions totales. Soit 0.5*0.6*0.4 = 12% du total des émissions). La transformation d'une centrale à charbon chinoise en centrale nucléaire, c'est très efficace. Le cloud, c'est 20% de 2.5% = 0.5%. Même si l'IA devient 50°% du cloud, ça sera toujours que dalle.
Pire en fait, ça peut donner aux gens le sentiment qu'ils font quelque chose, qu'ils se privent pour le bien de la planète ou quelque chose comme ça. Mais en fait, ils se privent juste pour rien du tout. Si ça se trouve, le non-recours aux services numériques augmente même leur empreinte carbone (déplacements à la place de visio, achats dans les centres commerciaux plutôt qu'en ligne, etc). La sortie du carbone ne peut se faire qu'avec des solutions d'ingénieurs, et pas avec de la bonne volonté.
Les deux sources de données ne collent pas. Selon l'Ademe l'empreinte numérique c'est 2.5% des émissions de CO2 en France, donc 250kg / an tout compris (matériel, y compris smartphone/tablette, data centers, réseau). 75% des émissions de CO2 sont liées à la fabrication.
Après, ces estimations semblent difficiles à faire. Pour un moniteur, on lit parfois des estimations autout de 700kg, d'autres à moins de 200. Une partie substantielle de ces émissions sont dûes à des sources d'électricité très carbonnées dans les pays où ces machines sont fabriquées.
Pour remettre les choses dans leur contexte, fabriquer un ordinateur c'est environ 10% d'une voiture électrique en terme de bilan carbone (si on ne compte que la fabrication, pas l'utilisation). Et une maison neuve de 100m2, c'est environ 300 ordinateurs.
Si on se fixe l'objectif de diminuer nos émissions de CO2 de 5% par an, décider de se priver pour toujours de tout objet numérique, ça nous fait gagner 6 mois, à peu près pareil que de télétravailler un jour toutes les 2 semaines.
Il faut quand même comparer ce qui est comparable, la masse de matériaux impliqués dans le matériel informatique est réduite. Bien sûr, certains composants sont (très) polluants à extraire, mais qu'est-ce que ça représente par rapport aux industries du pétrole, du BTP, de l'automobile, ou des batteries? Par exemple, une batterie de laptop est certes polluante à produire, mais elle pèse 1000 fois moins lourd qu'une batterie d'automobile.
En tout cas, il faudrait des données un peu chiffrées pour qu'une telle comparaison soit pertinente, parce qu'à force de tout mettre au même niveau, on peut être amenés à mener des combats énergivores mais totalement inutiles.
Je ne crois pas non plus à la possibilité d'un journalisme "neutre", mais il a quand même une nuance entre le pseudo-neutre (à la BBC ou France-Info) et les blagues sur le zizi d'un premier ministre étranger. C'était assez drôle, hein, je ne dis pas le contraire, mais c'était clairement de la provocation, à plein de niveaux (blague sur la religion, assimilation d'un Juif à un nazi, blague sur une mutilation sexuelle traditionnelle, et provcation vis-à-vis de ses supérieurs hiérarchiques). Le but de la provocation étant de provoquer, ça a marché.
Le "pire", c'est que la liberté d'expression se porte bien, puisque la justice n'a pas donné suite. On a donc le droit de faire ce genre de blagues à la radio sans risquer de finir en prison. Par contre, c'est sûr, si ça ne plait pas à la station de radio (soit parce que les actionnaires—en l'occurrence, l'État—ne sont pas contents, soit parce que les auditeurs ne sont pas contents, soit parce que les annonceurs ne sont pas contents), bah la liberté d'expression n'y peut pas grand chose.
Comme je l'avais écris plus haut, je trouve ça très étrange que ça doive être à l'État de financer la possibilité d'insulter des dirigeants étrangers à l'antenne (indépendemment du fait que ça n'était pas forcément faux). Cette liberté d'expression, on s'attendrait plutôt à la voir s'exercer sur des radios libres, pas sur une radio financée par la redevance. Ça ne veut pas dire que les radios d'État doivent forcément servir la soupe au gouvernement, mais on peut s'attendre à ce qu'elles fassent preuve d'un peu de réserve, notamment quand il est question de politique étrangère: nos amis dictateurs dont on a bien besoin pour faire tourner notre économie ne goûtent pas forcément la critique et l'exercice de la liberté d'expression de la même manière que les forums de linuxfr.
je trouve que s'en servir comme planche de travail humoristique est d'assez mauvais gout..
C'est difficile de reprocher à des chroniqueurs humoristes de chercher de la profondeur et du sens à leur travail. L'humour joue avec les limites: avec le politiquement correct, avec la vulgarité, avec le respect des personnes… C'est aussi pour ça que parfois, l'humour veillit mal; quand la société a bougé (sur l'homosexualité, sur le sexisme, sur le racisme…), quelque chose qui passait bien il y a 20 ans peut sembler terriblement de mauvais goût maintenant. Ce n'est donc pas parce que c'est de mauvais gout que ça n'est pas drôle, ni que ça n'est pas efficace.
Faire de l'humour sur une situation humanitaire sordide, ça n'a rien à voir avec le fait de la trouver drôle.
Bon, dans l'ensemble, la question tient plutôt de l'humour sur une chaine du service public. Je trouve ça étrange sur le principe d'avoir des chroniques ou du journalisme "engagé" sur le service public; la liberté d'expression est une liberté privée, mais elle semble si peu utilisée sur les stations privées (sauf pour promouvoir une liberté d'expression d'extrême droite) que ça donne l'impression qu'il faut que l'État auto-finance la dérision contre lui-même juste pour maintenir une sorte de pluralité.
Factuellement, le premier ministre Israëlien se fait traiter de «nazi sans prépuce» sur une radio appartenant à l'État français, il est en droit de se demander si le gouvernement est d'accord avec ça. Sur le fond, je n'ai toujours pas compris le problème (il a un prépuce, en fait?), mais je comprends pourquoi c'est bizarre, et comment les affaires étrangères peuvent être mises en difficulté dans ce genre de situation ("Dites, ça vient de la com du gouvernement ce truc?" "Non non, on n'est pas du tout d'accord, mais que voulez-vous, c'est la liberté d'expression" "Mais c'est une radio d'État ou pas", "Oui oui, en quelque sorte, mais on n'aime pas trop intervenir" "Mais si vous le vouliez pour pourriez le virer" "Moui moui, si on va par là on pourrait presque" "Donc vous ne voulez pas" "Ah mais si si, on aimerait, mais là, en fait, bah on va voir").
[^] # Re: Objection votre Honneur
Posté par arnaudus . En réponse au journal L’IA permet-elle de voir ou entendre le futur proche ? et notre cerveaux, le peut-il ?. Évalué à 3.
Mouais, jouer sur les mots et les définitions n'est pas ce qui me passionne le plus. Le Robert dit:
Si tu n'admets que la première définition, alors une prédiction est nécessairement "magique" et irrationnelle. Je dirais, "fin de la discussion", non? Il n'y a rien à creuser là-dedans. Il me semble évident qu'on ne parle que de la deuxième définition.
Même là-dessus, je ne suis pas sûr d'être d'accord. Tu peux avoir la certitude qu'un atome radioactif va se désintégrer par exemple. Tu ne sais pas quand, mais tu sais que ça va se produire. C'est le même genre de raisonnement que prouver qu'une fonction continue a au moins une racine entre 0 et 1 quand f(0) < 0 et f(1) > 0. Tu ne sais pas où, mais tu as la certitude que ça va arriver.
Bon, bref, prédire, prévoir, ou projeter, c'est kif-kif : tu es capable de dire quelque chose de non-trivial sur un évènement futur. Ça peut être par magie, par un raisonnement probabiliste, par un raisonnement mathématique, ou par intuition. Tu peux quantifier l'incertitude ou non, ça ne change pas grand chose (quand tu quantifies l'incertitude, c'est juste que tu apportes une information supplémentaire sur ton ignorance). La qualité de telles prévisions/prédictions/projections est indépendante de la nature déterministe de l'univers, puisque c'est la qualité du modèle et des données qui vont influencer la qualité de la prédiction.
Et pour le coup d'être l'équivalent de Dieu, la très grande majorité des croyants semble convaincus de l'existence d'un Dieu interventionniste (dans le cas contraire, la religion n'aurait pas beaucoup de sens, et les prières encore moins), ce qui me semble fondamentalement opposé au déterminisme. Du coup je ne comprends pas trop où ça peut mener de comparer un modèle théorique parfait dans un monde déterministe avec Dieu, sauf à imaginer que Dieu n'a pas de libre arbitre et que ses interventions sont également déterministes.
[^] # Re: Objection votre Honneur
Posté par arnaudus . En réponse au journal L’IA permet-elle de voir ou entendre le futur proche ? et notre cerveaux, le peut-il ?. Évalué à 3. Dernière modification le 29 mai 2024 à 14:01.
Je pense que c'est impossible sans tricher avec un dé cubique. Les rebonds sur les angles du dé sont chaotiques, donc la précision des conditions intitiales n'est pas corrélée au résultat final. Il faudrait les rendre moins chaotiques (ce que j'appelle "tricher"): lancer le dé à plat, le faire arriver sur un truc très mou pour qu'il ne rebondisse pas, ou très doucement pour que son chemin soit très court, arrondir beaucoup les coins du dé…
Paradoxalement, un D20 doit être moins chaotique, puisque plus on se rapproche d'une sphère et plus le mouvement sera bien décrit par la mécanique classique.
[^] # Re: Objection votre Honneur
Posté par arnaudus . En réponse au journal L’IA permet-elle de voir ou entendre le futur proche ? et notre cerveaux, le peut-il ?. Évalué à 7.
Je pense que conceptuellement, le principe de chaos déterministe est assez clair. La discussion ne porte pas sur si l'univers est expérimentalement chaotique (ce qui est indubitablement vrai), mais sur s'il est théoriquement déterministe. La question métaphysique existe, parce qu'elle s'enracine dans des siècles de discussions philosophiques et qu'elle a intéressé tous les philosophes de l'histoire, mais en pratique, je doute qu'elle soit encore énormément débattue. À part quelques intérprétations très marginales de la mécanique quantique, les lois de la physique semble indiquer que le comportement de la matière est aussi fondamentalement probabiliste qu'on peut l'imaginer.
Après, sur cette histoire de "prédire" le futur, je suis surpris du nombre de collègues scientifiques qui semblent associer la prédictibilité au déterminisme. Pour moi c'est évident que ça n'a rien à voir, mais ça n'a pas du tout l'air intuitif : un système chaotique est déterministe et imprévisible, alors qu'un système probabiliste peut être parfaitement prévisible. Par exemple, je peux prédire avec une précision de 0.1% que parmi les naissances en France 2025 il y aura 51.2% de garçons.
Du coup, cette discussion sur "prédire le futur" se heurte à cette incompréhension. Certains disent que c'est impossible parce que le futur n'est pas déterministe, mais c'est juste parce qu'ils refusent par principe qu'une prédiction puisse être probabiliste (ce qui me semble équivalent à refuser tout simplement le principe d'une prédiction).
[^] # Re: Pipotron
Posté par arnaudus . En réponse au journal L’IA permet-elle de voir ou entendre le futur proche ? et notre cerveaux, le peut-il ?. Évalué à 3.
Si le modèle prédit 99% des conversations, ça veut dire que 99% de ce qu'on dit est "creux", poncifs, tout ça tout ça.
L'idée me semble très pertinente. Il va de toutes manières falloir mettre au point ce genre d'outils avec la quantité de textes et de vidéos qui vont être produites par les systèmes automatiques.
[^] # Re: Non.
Posté par arnaudus . En réponse au journal L’IA permet-elle de voir ou entendre le futur proche ? et notre cerveaux, le peut-il ?. Évalué à 4.
Je pense que tu n'as pas compris ce que ces expériences sous-entendaient : l'IRM indique que la décision est prise avant que tu n'aies pris conscience d'avoir pris une décision. Évidemment que quelque chose s'est passé dans le cerveau, c'est juste que ça s'est passé sans que tu n'en aies eu conscience. Par exemple, l'expérimentateur demande de lever un bras, soit le gauche, soit le droit, et enclenche un chronomètre. Le sujet décide, puis lève un bras. Il dit à l'expérimentateur où en était le chronomètre quand il a pris sa décision. L'IRM indique alors que la zone correspondant à la mobilité du bras droit ou gauche s'est activée avant que le sujet n'ai eu conscience de prendre une décision. En gros, le libre arbitre pourrait n'être qu'une illusion: le cerveau décide de manière inconsciente, puis te fait connaitre sa décision, tout en te laissant l'illusion que tu la prends.
[^] # Re: Avocat du diable
Posté par arnaudus . En réponse au journal La cryptographie asymétrique expliquée par un sénateur. Évalué à 3.
Je ne sais pas ce que tu appelles "très fort", mais c'est de l'ordre du simple au double, ou un peu moins. C'est un des facteurs les plus importants de l'étude. Mais encore une fois, on n'a pas la causalité. C'est peut-être les études qui immunisent contre les théories du complot, c'est peut-être une tendance à l'esprit critique qui favorise les études longues, ou c'est peut-être un déterminant social qui cause les deux (tu nais dans une famille aisée -> études longues et confiance envers les autorités).
[^] # Re: Avocat du diable
Posté par arnaudus . En réponse au journal La cryptographie asymétrique expliquée par un sénateur. Évalué à 3.
Il faudrait lire la méthodologie, mais le rapport est super long. Il me semble que la vraie question était plus longue, du style "le gouvernement est de mèche avec l'industrie pharmaceutique pour cacher la nocivité des vaccins", j'ai la flemme d'aller relire le rapport. En particulier, chaque question vient en deux parties : 1) avez-vous déja entendu parler de la théorie qui veut que…, et 2) êtes-vous d'accord. Est-ce que les % de "d'accord" ne sont que sur la sous-partie qui connait la théorie, ou est-ce que c'est sur tout l'échantillon?
Mais bon, il faut se remettre dans le contexte d'une telle enquête : tu n'as pas 30 minutes pour réfléchir au sens de la question. Elle est très factuelle : est-ce que tu penses que le gouvernement cache la nocivité des vaccins. Il ne me semble pas y avoir d’ambigüité : si tu réponds "d'accord", tu penses deux choses : 1) les vaccins (ou tout du moins une partie d'entre eux) sont nocifs, et 2) le gouvernement le sait et le cache.
Si c'était "Le gouvernement minimise les effets secondaires des vaccins dont la balance bénéfice-risque est positive", je serais plus d'accord, mais ça n'était pas la question. Bon, c'est peut-être comme ça qu'elle a été comprise ou interprétée, mais factuellement, ça n'était pas la question.
[^] # Re: autres sources d'information
Posté par arnaudus . En réponse à la dépêche Élections européennes de juin 2024 et contenu programmatique. Évalué à 0.
Non mais on est d'accord, le RN est un parti d'extrême droite, on ne va pas discuter de ça. Ce que je trouve anormal, c'est le fait que la préfecture puisse attribuer des étiquettes sur lesquelles les partis sont en désaccord.
On pourrait par exemple imaginer une liste limitée dans laquelle le parti doit cocher une case. Si "extrême droite" ne leur va pas, ils pourraient cocher autre chose. Ensuite, les journalistes sont libres d'annoncer les résultats avec les "vraies" étiquettes, et pas les étiquettes officielles. Mais en attendant, l'administration n'a pas catégorisé les partis contre leur gré.
# Le bon chasseur et le mauvais chasseur
Posté par arnaudus . En réponse au lien Miracles et apparitions surnaturelles: face aux deepfakes, le Vatican s'adapte. Évalué à 4.
Je leur conseille de ne pas être trop rigoureux non plus :-)
De toutes manières, les fidèles n'en ont jamais rien eu à faire ni de la crédibilité des phénomènes, ni des analyses du Vatican.
[^] # Re: Avocat du diable
Posté par arnaudus . En réponse au journal La cryptographie asymétrique expliquée par un sénateur. Évalué à 8.
On me reproche de ne pas donner de sources, mais celles des autres ça n'est pas mieux…
La meilleure source disponible que je connaisse pour la France c'est l'enquête IPSOS de 2018 sur le complotisme https://www.ifop.com/publication/enquete-sur-le-complotisme/ Malheureusement, il n'y a pas la stratification sur le type d'études (scientifique vs littéraire par exemple), mais il y a la durée des études.
Le rapport est long et détaillé, il sépare la notoriété des théories du complot et l'adhésion. Le patron est très répétable, quelle que soit la théorie (du coup, il n'y a pas des gens qui ne sont que anti-vaccins, et d'autres qui ne sont que climatosceptiques, ça a l'air d'être un grand ensemble bien corrélé.
Quelques exemples:
Le gouvernement cache la nocivité des vaccins
moyenne: 55% d'accord (!!!)
Etudes supérieures: 42%, sans diplôme: 58%
Paris: 46%, zones rurales: 60%
Gauche 58%, LREM 34%, Droite 52%, RN 70%
Consultent l'horoscope tous les jours: 71% (jamais: 51%)
les Chemtrails
moyenne 20%
Etudes sup: 10%, sans diplome: 28%
Paris: 14%, campagne 20%
Gauche 21%, LREM 9%, RN 34%
Horoscope: 40% (jamais: 17%).
Les meilleurs prédicteurs à l'adhésion aux théories du complot sont:
- l'âge (les vieux sont beaucoup moins sensibles que les jeunes)
- l'orientation politique (LFI et surtout RN)
- le niveau d'études
- l'assimilation des médias avec de la propagande
Ça varie en général du simple au double, mais ça dépend des "théories". Certains critères n'ont quasiment aucun effet (comme la religion par exemple), c'est un peu surprenant. De manière intéressante, l'enquête comporte une auto-évaluation du niveau de crédulité (de 0 à 10), et ce niveau n'a quasiment aucun effet sur la croyance aux théories du complot (donc les gens qui s'auto-qualifient de "rationnels" ne sont pas plus ou moins rationnels que les autres).
Évidemment, tous ces indicateurs sont corrélés, et il est difficile d'inférer des causalités. En gros, un Parisien diplômé de 60 ans vote au centre, ne consulte pas l'horoscope, et est insensible aux théories du complot. Un rural non-diplômé de 25 ans vote RN, lit l'horoscope, et croit à un large panel de théories du complot.
Ce qui est marrant, c'est que la seule théorie qui ne suit pas la tendance générale, c'est l'implication de la CIA dans l'assassinat de Kennedy. C'est peut-être la seule qui a une chance d'être vraie :-) Ça prouve au moins que les gens ne répondent pas n'importe quoi, ça pourrait même être un contrôle positif.
[^] # Re: Ne pas généraliser à partir d'un seul cas
Posté par arnaudus . En réponse au journal La cryptographie asymétrique expliquée par un sénateur. Évalué à 5.
Mais sur le fond, est-ce que c'est ce qu'on leur demande? Après tout, ils ont tout un tas de moyens pour consulter tous les experts qu'ils souhaitent avant de prendre une décision. C'est ça qu'ils doivent savoir faire, non? Collecter les avis d'experts, et prendre une décision éclairée basée sur les connaissances des autres (et pas sur leur propre culture).
[^] # Re: autres sources d'information
Posté par arnaudus . En réponse à la dépêche Élections européennes de juin 2024 et contenu programmatique. Évalué à 3.
J'ai déja entendu ça, mais je ne suis pas sûr que ça soit vrai. Je ne vois pas vraiment en quoi la droite est garante de la liberté; en général, la droite et l'extrême droite aiment bien mettre l'accent sur la sécurité (plus de police, plus de prison), sur l'immigration (moins de liberté de mouvement, plus de contrôles), sur des valeurs morales conservatrices (limitation du mariage pour tous, du droit à l'avortement…).
Pour moi, la liberté évoque le libéralisme, qui n'est pas intrinsèquement de droite. Sur le plan sociétal, le libéralisme s'aligne plutôt à gauche, avec la défense des droits individuels (d'ailleurs, ça n'est pas un hasard si aux US "liberal" désigne les gauchistes). Sur le plan économique, le libéralisme est largement compatible avec le capitalisme, et comme en France les "libéraux" sont souvent des conservateurs de droite qui sont libéraux seulement quand ça les arrange, ils sont plutôt classés à droite.
Pour en revenir au point de départ, la liberté et l'égalité sont compatibles, mais seulement avec une version très théorique de l'égalité (égalité devant la loi, etc). La discrimination positive, les quotas, et en général les tentatives de "rétablissement" des inégalités sociales ne sont pas très compatibles avec le libéralisme. C'est une faiblesse qui est connue depuis très longtemps (probablement d'ailleurs même avant la révolution et les lumières); on se doute bien que naitre "libres et égaux en droits" dans un HLM de quartier pourri ou dans un appartement de 150m2 à Neuilly, ça n'est pas vraiment satisfaisant.
[^] # Re: Avocat du diable
Posté par arnaudus . En réponse au journal La cryptographie asymétrique expliquée par un sénateur. Évalué à 2.
J'aime bien quand une discussion commence comme ça. On sent que ça va être bien constructif et agréable.
La culture scientifique n'est pas une parade contre les problèmes psychiques ou psychiatriques, c'est clair. Mais là, on ne parle pas du quidam qui aurait une culture scientifique, on parle de scientifiques qui ont été exposés publiquement et médiatiquement, et qui l'ont mal géré.
Ça, si, c'est vrai. Il y a moins de complotistes parmi les gens qui ont une culture scientifique, et moins de risques d'être embrigadés dans un mouvement sectaire ou religieux. C'est évidemment une question de probabilités, ça n'est pas une protection absolue.
Il y a évidemment un contre-argument (je veux dire un vrai, pas juste une saillie désagréable), c'est que le raisonnement doit peut-être être inversé: une personnalité qui a tendance à l'introspection sur son ignorance de divers phénomènes va peut-être être plus amené à suivre des études scientifiques. Auquel cas, en effet, il n'y aurait pas de causalité entre la formation scientifique et l'aversion à raconter n'importe quoi.
[^] # Re: autres sources d'information
Posté par arnaudus . En réponse à la dépêche Élections européennes de juin 2024 et contenu programmatique. Évalué à 2.
OK, mais il y a des dizaines de droits là-dedans, c'est assez redondant et certains droits sont définis de manière négative (on a le droit de ne pas se faire torturer ni d'être réduit en esclavage par exemple). Je ne pense pas qu'on puisse l'utiliser pour interpréter un positionnement politique.
Au passage, je n'ai pas du tout la même interprétation que toi de l'article 25. L'article parle de "niveau de vie suffisant", il fait donc référence à des ressources financières. Il n'évoque pas un droit à bénéficier d'un environnement sain, par exemple.
[^] # Re: Doute ?
Posté par arnaudus . En réponse au journal La cryptographie asymétrique expliquée par un sénateur. Évalué à 9.
Ça serait absurde de lui reprocher d'être incompétent sur un sujet hyper-technique. Moi ce que je lui reproche, c'est d'être incompétent, et de se comporter comme s'il était spécialiste. Soit il sait qu'il est incompétent, et il fait le beau parce qu'il se doute que dans la salle c'est pire que lui, ce qui est assez laid, soit il n'a aucune idée de ce qu'il raconte mais qu'il a une tellement haute estime de lui-même qu'il imagine que son Verbe a par défaut une valeur de vérité.
Dans tous les cas, on ne peut pas lui faire confiance. Là, on le voit, parce qu'on sait qu'il dit de la m*. Mais sur un autre sujet, comme le commerce extérieur du Maroc ou les règles fiscales des entreprises Françaises installées aux Comores, on pourrait bien tomber dans l'entourloupe et croire qu'il n'est pas en train de raconter n'importe quoi.
[^] # Re: Avocat du diable
Posté par arnaudus . En réponse au journal La cryptographie asymétrique expliquée par un sénateur. Évalué à 10.
En tout cas, à partir de la vidéo seule, ce Monsieur semble n'avoir aucune idée de ce dont il parle, mais il le fait très doctement. On dirait qu'il essaye vaguement de deviner ce qu'est une clé publique juste à partir du nom "clé publique", ce qui est absurde. Et il ne pose aucune question. Et son intervention dérive vers des histoires de banques centrales qui ne semblent avoir aucun sens.
Après notre président qui est devenu épidémiologiste en 3 jours, voici quelqu'un qui est devenu spécialiste en cryptographie après avoir lu un article de 2 colonnes dans un journal grand public. En fait, ces gens ont une tellement haute opinion de leur intelligence qu'ils croient être capables de tout comprendre sans rien devoir apprendre. Je pense que ce type-là pourrait sans problème tenter de débattre de pair-à-pair avec un expert qu'il inviterait à une session du Sénat, par exemple, il est juste totalement incapable de se rendre compte qu'il est ridicule et que n'importe qui d'autre à sa place fermerait sa tronche.
Contrairement à ce qui a été écrit plus haut, s'il avait un peu de culture scientifique ou technique, ça lui permettrait de se situer sur l'échelle des savoirs. Là au contraire, c'est son manque flagrant de culture générale qui lui donne la sensation de "flotter": il distribue ses "pensées" à qui veut l'entendre, comme un pilier de comptoir un peu bourré, sans se rendre compte qu'il ne connait rien à rien.
[^] # Re: autres sources d'information
Posté par arnaudus . En réponse à la dépêche Élections européennes de juin 2024 et contenu programmatique. Évalué à 6.
Dans la déclaration des droits de l'Homme, l'article 2 dit "Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression.".
Si on met la liberté devant les autres on est libéral? Si on met la propriété, on est capitaliste? Si on met la sûreté, on est autoritariste? Et du coup, la résistance à l'oppression, c'est du gauchisme?
Ça fait 4 dimensions, donc deux de trop par rapport à la distinction gauche droite, mais je trouve que ça fait apparaitre le libéralisme (qui n'est pas classifiable sur l'axe gauche/droite), et la sûreté fait exister l'extrême droite (en gros).
Par contre, la déclaration des droits de l'Homme ne fait pas mention du droit à vivre en bonne santé par exemple, qui est lié à l'environnement. Si on le met dans la sûreté, pour le coup ça ne cadre plus du tout avec l'axe droite-gauche.
[^] # Re: autres sources d'information
Posté par arnaudus . En réponse à la dépêche Élections européennes de juin 2024 et contenu programmatique. Évalué à 0.
J'y ai peut-être été fort avec "fondamentalement", parce que je veux bien admettre qu'il puisse y avoir des variantes de la décroissance qui ne sont pas intrinsèquement réactionnaires (par exemple les versions compatibles avec le libéralisme). Mais bon, d'une manière générale, la décroissance reste un concept créé et inspiré par la frange réactionnaire de l'écologie politique, avec des affinités très troubles avec le contrôle des naissances, voire avec des analyses de différences démographiques entre les continents.
C'est ça qui est toujours complexe avec les courants politiques, ils sont sans cesse redéfinis et manipulés, leur origine est réécrite pour coller avec les évolutions des lignes des partis, et il y a toujours des exemples qui pourraient montrer ceci ou cela… cf la récente (et quand même assez pathétique) tentative du RN à se prétendre compatible avec les valeurs du Gaullisme. Prétendre que la décroissance est progressiste, c'est une forme de détournement de l'histoire du courant. Bien sûr, il est possible de rendre une forme de décroissance compatible avec des objectifs de progrès sociaux, personne ne dit le contraire. Mais ça ne nécessite pas de travestir l'histoire de ce qu'est la décroissance. Ça n'est jamais très vendeur de dire "moui OK c'est un concept compatible avec une forme de fascisme réactionnaire mais je vous assure qu'une fois adapté, c'est moins pire que ce qu'on pourrait penser", mais ça aurait le mérite d'être honnête. Au passage, on voit bien que la décroissance est un concept problématique, c'est jamais assumé très clairement, c'est rarement défini, et quand ça l'est, c'est par rapport à ce que ça n'est pas (style "la décroissance ça n'est pas la récession", etc). Ça ressemble quand même politiquement à un bâton merdeux, la décroissance.
[^] # Re: autres sources d'information
Posté par arnaudus . En réponse à la dépêche Élections européennes de juin 2024 et contenu programmatique. Évalué à 4.
Certes, mais là, l'étiquetage est fait par la préfecture, je trouve que ça ne va pas. Évidemment que les partis d'extrême droite sont d'extrême droite, mais ça n'est pas une information administrative.
[^] # Re: autres sources d'information
Posté par arnaudus . En réponse à la dépêche Élections européennes de juin 2024 et contenu programmatique. Évalué à 5.
Objectivement, c'est vrai que l'appellation officielle "extrême-droite" est problématique, parce que de nombreux partis d'extrême-droite la refusent. Un problème analogue arrive avec les listes "apolitiques" pour les municipales, que les préfectures ont tendance à catégoriser "divers gauche" ou "divers droite" en fonction de critères assez obscurs. Quand il y a autant de partis candidats, une classification est nécessaire, mais les modalités pourraient être un peu mieux discutées.
Pour l'axe de classification, gauche-droite est traditionnel et la plupart des partis se définissent par rapport à ça. Ça ne veut pas dire que c'est le seul axe, ni qu'il est linéaire. Par exemple, beaucoup de partis "pro-européens" sont plutôt centristes, alors que les partis anti-européens sont plutôt sur les (deux) bords.
J'ai un peu (beaucoup?) de mal avec l'association progressisme=gauche et conservatisme=droite. Typiquement, l'idéologie de la décroissance est fondamentalement conservatrice, voire réactionnaire, et il faut des cabrioles rhétoriques (du style: "revenir en arrière est une politique d'avenir…") pour rester dans la grille de lecture traditionnelle. En parallèle, le libéralisme est un mouvement intrinsèquement progressiste, et il faut exploiter le même genre de pirouettes acrobatiques pour expliquer que la compatibilité du libéralisme avec le capitalisme implique une forme de conservatisme. L'axe gauche-droite semble au final bien plus opérationnel qu'un axe "convervatisme-progressisme" qui soit mélange tout, soit se contorsionne pour rentrer au forceps dans le moule gauche-droite.
[^] # Re: bazouka pour une mouche
Posté par arnaudus . En réponse au journal j'aime bien l'auto-complétion par IA (Github Copilot). Évalué à 3.
C'est là où je ne suis pas d'accord. C'est une vision idéologique, qui se défend dans une certaine mesure, mais qui n'est en rien la seule vision possible. Son principal défaut est qu'elle ne permet pas de prioriser les efforts en fonction de leur efficacité, et qu'elle peut même être contre-productive.
L'urgence pour diminuer les rejets de CO2, c'est d'être efficaces. Et pour être efficaces, il faut se concentrer sur les mesures qui diminuent les rejets absolus de CO2, et pas les rejets relatifs. Ça ne sert à rien de diminuer de 100% des rejets d'une activité qui correspond à 0.1% des émissions totales. C'est beaucoup plus efficace de baisser de quelques % les rejets d'une activité très émettrice.
Le passage à la voiture électrique, c'est très efficace (environ 50% de gains sur les émissions des voitures individuelles, qui représentent 60% des émissions liées aux transports, qui représentent 40% des émissions totales. Soit 0.5*0.6*0.4 = 12% du total des émissions). La transformation d'une centrale à charbon chinoise en centrale nucléaire, c'est très efficace. Le cloud, c'est 20% de 2.5% = 0.5%. Même si l'IA devient 50°% du cloud, ça sera toujours que dalle.
Pire en fait, ça peut donner aux gens le sentiment qu'ils font quelque chose, qu'ils se privent pour le bien de la planète ou quelque chose comme ça. Mais en fait, ils se privent juste pour rien du tout. Si ça se trouve, le non-recours aux services numériques augmente même leur empreinte carbone (déplacements à la place de visio, achats dans les centres commerciaux plutôt qu'en ligne, etc). La sortie du carbone ne peut se faire qu'avec des solutions d'ingénieurs, et pas avec de la bonne volonté.
[^] # Re: bazouka pour une mouche
Posté par arnaudus . En réponse au journal j'aime bien l'auto-complétion par IA (Github Copilot). Évalué à 4.
Les deux sources de données ne collent pas. Selon l'Ademe l'empreinte numérique c'est 2.5% des émissions de CO2 en France, donc 250kg / an tout compris (matériel, y compris smartphone/tablette, data centers, réseau). 75% des émissions de CO2 sont liées à la fabrication.
Pour un ordinateur de bureau, le chiffre le plus courant est dans les 400kg CO2, donc loin des 1.5 tonnes (exemple: https://www.greenit.fr/2011/02/10/quelle-est-l-empreinte-carbone-d-un-ordinateur/). Ce qui est intéressant, c'est qu'on a le détail: 90kg pour la carte mère, 30 kg pour la carte graphique, etc.
Après, ces estimations semblent difficiles à faire. Pour un moniteur, on lit parfois des estimations autout de 700kg, d'autres à moins de 200. Une partie substantielle de ces émissions sont dûes à des sources d'électricité très carbonnées dans les pays où ces machines sont fabriquées.
Pour remettre les choses dans leur contexte, fabriquer un ordinateur c'est environ 10% d'une voiture électrique en terme de bilan carbone (si on ne compte que la fabrication, pas l'utilisation). Et une maison neuve de 100m2, c'est environ 300 ordinateurs.
Si on se fixe l'objectif de diminuer nos émissions de CO2 de 5% par an, décider de se priver pour toujours de tout objet numérique, ça nous fait gagner 6 mois, à peu près pareil que de télétravailler un jour toutes les 2 semaines.
[^] # Re: bazouka pour une mouche
Posté par arnaudus . En réponse au journal j'aime bien l'auto-complétion par IA (Github Copilot). Évalué à 3.
Il faut quand même comparer ce qui est comparable, la masse de matériaux impliqués dans le matériel informatique est réduite. Bien sûr, certains composants sont (très) polluants à extraire, mais qu'est-ce que ça représente par rapport aux industries du pétrole, du BTP, de l'automobile, ou des batteries? Par exemple, une batterie de laptop est certes polluante à produire, mais elle pèse 1000 fois moins lourd qu'une batterie d'automobile.
En tout cas, il faudrait des données un peu chiffrées pour qu'une telle comparaison soit pertinente, parce qu'à force de tout mettre au même niveau, on peut être amenés à mener des combats énergivores mais totalement inutiles.
[^] # Re: pour moi,
Posté par arnaudus . En réponse au lien HS : l’heure est grave. Évalué à -1.
Je ne crois pas non plus à la possibilité d'un journalisme "neutre", mais il a quand même une nuance entre le pseudo-neutre (à la BBC ou France-Info) et les blagues sur le zizi d'un premier ministre étranger. C'était assez drôle, hein, je ne dis pas le contraire, mais c'était clairement de la provocation, à plein de niveaux (blague sur la religion, assimilation d'un Juif à un nazi, blague sur une mutilation sexuelle traditionnelle, et provcation vis-à-vis de ses supérieurs hiérarchiques). Le but de la provocation étant de provoquer, ça a marché.
Le "pire", c'est que la liberté d'expression se porte bien, puisque la justice n'a pas donné suite. On a donc le droit de faire ce genre de blagues à la radio sans risquer de finir en prison. Par contre, c'est sûr, si ça ne plait pas à la station de radio (soit parce que les actionnaires—en l'occurrence, l'État—ne sont pas contents, soit parce que les auditeurs ne sont pas contents, soit parce que les annonceurs ne sont pas contents), bah la liberté d'expression n'y peut pas grand chose.
Comme je l'avais écris plus haut, je trouve ça très étrange que ça doive être à l'État de financer la possibilité d'insulter des dirigeants étrangers à l'antenne (indépendemment du fait que ça n'était pas forcément faux). Cette liberté d'expression, on s'attendrait plutôt à la voir s'exercer sur des radios libres, pas sur une radio financée par la redevance. Ça ne veut pas dire que les radios d'État doivent forcément servir la soupe au gouvernement, mais on peut s'attendre à ce qu'elles fassent preuve d'un peu de réserve, notamment quand il est question de politique étrangère: nos amis dictateurs dont on a bien besoin pour faire tourner notre économie ne goûtent pas forcément la critique et l'exercice de la liberté d'expression de la même manière que les forums de linuxfr.
[^] # Re: pour moi,
Posté par arnaudus . En réponse au lien HS : l’heure est grave. Évalué à 3.
C'est difficile de reprocher à des chroniqueurs humoristes de chercher de la profondeur et du sens à leur travail. L'humour joue avec les limites: avec le politiquement correct, avec la vulgarité, avec le respect des personnes… C'est aussi pour ça que parfois, l'humour veillit mal; quand la société a bougé (sur l'homosexualité, sur le sexisme, sur le racisme…), quelque chose qui passait bien il y a 20 ans peut sembler terriblement de mauvais goût maintenant. Ce n'est donc pas parce que c'est de mauvais gout que ça n'est pas drôle, ni que ça n'est pas efficace.
Faire de l'humour sur une situation humanitaire sordide, ça n'a rien à voir avec le fait de la trouver drôle.
Bon, dans l'ensemble, la question tient plutôt de l'humour sur une chaine du service public. Je trouve ça étrange sur le principe d'avoir des chroniques ou du journalisme "engagé" sur le service public; la liberté d'expression est une liberté privée, mais elle semble si peu utilisée sur les stations privées (sauf pour promouvoir une liberté d'expression d'extrême droite) que ça donne l'impression qu'il faut que l'État auto-finance la dérision contre lui-même juste pour maintenir une sorte de pluralité.
Factuellement, le premier ministre Israëlien se fait traiter de «nazi sans prépuce» sur une radio appartenant à l'État français, il est en droit de se demander si le gouvernement est d'accord avec ça. Sur le fond, je n'ai toujours pas compris le problème (il a un prépuce, en fait?), mais je comprends pourquoi c'est bizarre, et comment les affaires étrangères peuvent être mises en difficulté dans ce genre de situation ("Dites, ça vient de la com du gouvernement ce truc?" "Non non, on n'est pas du tout d'accord, mais que voulez-vous, c'est la liberté d'expression" "Mais c'est une radio d'État ou pas", "Oui oui, en quelque sorte, mais on n'aime pas trop intervenir" "Mais si vous le vouliez pour pourriez le virer" "Moui moui, si on va par là on pourrait presque" "Donc vous ne voulez pas" "Ah mais si si, on aimerait, mais là, en fait, bah on va voir").