Tu devrais aussi penser qu'il y'a des solution plutôt que décréter que "c'est pas possible";
Mais si c'est possible, je dis depuis le début que c'est possible, et c'est même le système qui est mis en place dans les grandes métropoles : c'est possible en déportant les activités polluantes, désagréables, bruyantes, et dévoreuses d'espaces logistiques en périphérie des villes, avec les gens qui y travaillent et qui assurent les flux avec le centre-ville. C'est même le principe d'une ville : tu concentres certaines activités dans une zone de forte densité, et tu organises un système de flux vers le centre (denrées, travailleurs, eau potable, énergie…). Tu peux bénéficier de services spécifiques aux zones denses au centre (transports en commun, activité économique, culturelle, etc), et gérer la "logistique" (quartiers résidentiels, industries, flux de marchandises en transit…) en périphérie. Dans les zones périphériques, la densité devient trop faible et les distances à parcourir trop grandes pour assurer les mêmes services qu'au centre, et les modes de transport sont modifiés. Il n'y a pas de "solution" à ça, puisque si tu répartis les activités de manière homogène, c'est ton centre qui va devenir moins dense et tout ce dont on parle (pistes cyclables, transports en commun) ne seront plus adaptés.
En France, le taux d'équipement des foyers est de 80%, donc c'est quand même très délicat de prétendre que seuls les bourgeois ont des voitures.
bourgeois de la ville / pauvre de la campagne c'est complètement réducteur
C'est pas du tout mon commentaire. J'ai juste dit que les centre-villes sans voiture n'étaient qu'à l'avantage des bourgeois des villes, et que les ruraux (pauvres ou riches) avaient besoin de voitures.
Et ce n'est pas parce que quelqu'un vit à la campagne qu'il n'a pas une vie bourgeoise
C'est pas mon commentaire. J'ai juste écrit que les bourgeois des centre-villes qui se promènent à vélo vivent en dépendant d'une armée d'esclaves de l'ombre pour qui ce mode de vie apporte plus de contraintes que d'avantages, en partie parce qu'ils sont exclus des villes et qu'ils ne peuvent même plus venir y travailler en voiture.
Mais moi aussi j'aime bien les centre-villes cyclistes et végétalisés, tout le monde trouve ça bien, ça n'est pas la question. Mais je n'ai pas la prétention d'affirmer que c'est bien pour tout le monde : c'est bien pour ceux qui y vivent, c'est à dire un groupe social déja très privilégié. Pour le type qui te livre tes rutabagas bio à vélo l'hiver, il préfèrerait peut-être venir en kangoo jusqu'en bas de chez toi et pas se faire 50km dans des zones 30 avec des ralentisseurs tous les 15 mètres.
Mais bon, j'ai l'impression qu'on a une énième discussion sur la "cité du futur" qui n'a jamais existé. Un centre-ville moderne a besoin d'un flux entrant gigantesque, que ce soit en fret, en denrées, et en main-d'oeuvre. Même à forte densité, une ville ne peut pas exister sans mouvements concentriques, ne serait-ce que parce qu'aucune ville n'héberge en son centre ses éboueurs, livreurs de pizzas, ou réparateurs de velibs, qui n'ont pas assez de revenus pour y vivre. Les flux entrants reposent sur des véhicules motorisés, donc des infrastructures (voies rapides, autoroutes, périphériques…) qui vont déporter en périphérie du centre le bruit, la pollution, les industries, et les populations qui ne peuvent pas vivre ailleurs que dans ces zones moins agréables. Derrière le mode de vie idéal du centre-ville, il y a toute une logistique déportée plus loin, où les densités et les contraintes de l'infrastructure rendent la vie "sans voiture" impossible; il faut juste le savoir et l'assumer, plutôt que de prétendre que tout le monde devrait vivre en centre ville.
Dans mon quartier, peu de personnes ont une voiture.
En France, le taux d'équipement des foyers pour les voitures est supérieur à 80%. Tu peux donc réaliser à quel point vivre dans un quartier où "peu de personnes ont une voiture" est une situation complètement marginale pour laquelle toute tentative de généralisation est absurde.
Comme dit plus haut, en Europe, l'équipement en transports en commun est explicable principalement par la densité de la population. Le taux de remplissage des bus par exemple ne dépend quasiment pas de leur fréquence, de leur confort, du prix des tickets, etc. Si tu augmentes la fréquence ou la qualité de service, tu vas dérouter une partie du trafic des autres lignes, mais tu ne vas pas changer les usages. Dans les villes qui ont opté pour la gratuité des transports, la fréquentation a augmenté seulement à cause du report modal de ceux qui ne prenaient déja pas la voiture (cyclistes et piétons).
En fait, il y a une contrainte physique quasi-incontournable : plus la densité est faible et plus il est difficile de mettre en place des transports en commun utiles et efficaces, par contre, en parallèle, plus l'usage de la voiture est facilité (vitesses moyennes plus élevées, parking plus facile, recharge des voitures électriques plus facile, distances à parcourir plus grandes, etc). C'est globalement assez insoluble.
Communiste ou pas, le problème n'est pas la culture de l'argent mais l'attribution des ressources dans un monde où les ressources sont limitées. Si tu mets plus de bus à la campagne tu en mettras moins en ville, où l'utilité sociale et écologique est beaucoup plus favorable : ça n'a pas de sens. Si tu augmentes le budget transport, ça sera au détriment de la santé, de la police, ou de l'éducation : tu préfères retirer un prof pour faire circuler un bus à vide en Ardèche?
L'argent c'est une abstraction des ressources. Si c'était autre chose on ne pourrait pas échanger de l'argent contre un bien ou un service. Donc quand on dit "ça coûte de l'argent", on ne parle que d'arbitrage d'allocations de ressources. Le travail du chauffeur pourrait servir à quelque chose de plus utile, même la ferraille qui sert à construire les bus pourrait servir à construire des logements pour les sans-abris, des bateaux pour importer des merdouilles fabriquées en Asie, des accélérateurs de particule, ou des fusées pour aller sur la Lune. Donc faire circuler des bus dans des zones où ça n'a aucun sens de mettre des bus, c'est simplement prôner une allocation des ressources irrationnelle pour atteindre un objectif symbolique. Ah oui en fait je crois que je vois le point commun avec le communisme :-)
Ah mais j'en suis parfaitement conscient, mais ça reste hypocrite et égoïste, parce qu'on parle du confort des bourgeois sédentaires des centre villes sans considérer les conséquences sur les 90% restants: (i) les ruraux, (ii) ceux qui travaillent en ville sans y habiter, (iii) les 'esclaves' des bourgeois qui rendent cette vie non-motorisée confortable (livreurs à vélo, chauffeurs VTC, services municipaux qui contrôlent les accès, les bornes automatiques, qui entretiennent les espaces verts, etc …), (iv) tous ceux qui n'en sont pas au même stade social et qui n'ont pas eu le temps de profiter de la surconsommation avant de s'en passer, (v) les beaufs et les vroumvroum pouet pouet (qui votent et qui ont un pouvoir de nuisance), (vi) ceux qui n'ont pas les moyens d'accepter les surcoûts liés à ce mode de vie (parking privé au lieu de parking dans la rue, immobilier plus cher, coût de la vie plus élevé à cause de la logistique d'approvisionnement plus complexe et des marges plus élevées des commerces plus petits…), (vii) ceux pour qui les véhicules individuels restent indispensables et qui sont socialement ejectés des centre villes (service à la personne, travail de nuit…), (viii) ceux pour qui le véhicule personnel reste un facteur d'émancipation (pour gérer une vie personnelle ou professionnelle compliquée…).
Si l'argument, c'est "il est quand même bien plus agréable de vivre dans une ville sans voiture", on est 100% d'accord, pas la peine de mettre des photos pour illustrer un point qu'il n'y a pas besoin de discuter. Mon argument, c'est juste que si tu es personnellement dans un cas où tu vois un avantage à vivre dans une ville sans voiture, alors tu as la chance de faire partie d'une catégorie très privilégiée de Français. Tu peux bien sûr argumenter sur le fait que cette catégorie devrait être plus nombreuse, ou même qu'il est possible d'adapter son mode de vie pour se rapprocher de cette catégorie, alors pourquoi pas. Mais mon problème, c'est qu'on en revient vite à nier qu'on est en train d'imposer une solution de bourgeois à un problème de bourgeois, sans même s'apercevoir que ça revient à écraser encore plus la partie de la société qui est la moins privilégiée, avec même parfois un cynisme à peine déguisé (dans le genre "en plus le vélo c'est bon pour la santé, ils devraient être contents").
Non mais de toutes manières, cette discussion est absurde depuis le début.
Soit tu pars sur une hypothèse de décroissance subie (à la Jancovici), auquel cas troquer une voiture contre un vélo participe à cette décroissance : c'est une dégradation de ton mode de vie que tu acceptes ou que tu es obligé de subir parce que tu n'as plus les moyens de te payer une voiture ou son essence. Dans ce cas, l'argumentation ne porte pas sur si tu as envie ou pas de te passer de voiture, puisque c'est acté, que tu aies envie ou pas, tu seras forcé. Dans ton cas, la question serait de fournir des droits particulier (par des subventions publiques ou autres) pour les gens qui n'ont pas d'alternatives.
L'alternative, c'est l'argument de l'écolo heureux qui est content de perdre en mobilité (ça rapproche les gens, ça fait moins de vroum vroum pouet pouet, etc). Là, c'est présenté comme un choix politique : ça fait du bien de faire du vélo, ton mode de vie est amélioré, etc. Cet argument du choix implique que le choix de ne pas le faire existe également. Et c'est là que ça se corse, parce que les écolos heureux sont bizarrement très très en colère contre ceux qui ne souhaitent pas faire le même choix qu'eux.
Pour être honnête, je trouve que le deuxième argument n'a aucune portée. Il revient à nier le rôle évident de la mobilité individuelle sur le bien-être personnel, social, culturel, familial, et professionnel, ce qui permet de manière artificielle d'esquiver le problème de son remplacement. Il est au profit d'une minorité (les gens aisés en bonne santé, disposant d'une situation professionnelle stable, vivant en centre ville, dans une cellule familiale stable, et sans fortes contraintes personnelles ou professionnelles) et condamne la majorité au mormonisme, à l'isolement, ou à une vie de labeur.
Densité de population à Paris: 20 000 hab/km2
Densité de population en Martinique: 320 hab/km2
Toute la démonstration tient sur ce seul argument. L'infrastructure (site propre, voies ferrées, tunnels de métro…), la fréquence, la régularité, le coût réel par voyageur, la densité du maillage, les itinéraires alternatifs, le nombre et la durée des correspondances, tout ne dépend quasiment que de la densité de population.
Train lourd (TGV): > 10000 hab/km2
Train léger (train de banlieue): > 5000 hab / km2
Bus cadencé sur voie dédiée/tramway: > 3000 hab / km2
Bus "symbolique" (seulement aux heures pleines, transport à la demande): > 1000 hab / km2
En dessous : rien.
Le coût d'une ligne de bus est de l'ordre de 3-5€/km. Si tu veux faire passer 3 bus par heure entre des villages de 1000 habitants situés à 10km de distance, maillé dans les 4 directions Nord/Sud/est/ouest, ça va te coûter 1200k€/an par village, soit 1200€/habitant. Avec des foyers de plus de 2 personnes, tu commences à retomber sur l'ordre de grandeur du coût d'une voiture! En densité faible, il n'existe aucun moyen d'avoir des transports en commun efficaces.
De toutes manières, l'équation n'a pas de solutions. La fréquence et la densité des transports en commun dépendent principalement de la densité de population; dans les zones hyper-denses tu as un bon maillage, et plus tu t'en éloignes plus les infrastructures de transport en commun disparaissent. Ça n'est pas que politique, c'est juste physique, tu ne peux pas desservir un hameau de 20 personnes avec un bus à haute capacité toutes les 10 minutes, sauf à avoir des ressources illimitées et aucune considération pour l'écologie (puisque ton bus va tourner à vide). À partir du moment où tu admets que c'est la densité qui détermine la qualité et la redondance des transports, tu vas générer un état de fait; dans les zones denses il sera possible de vivre sans voiture, dans les zones peu denses il sera impossible de vivre normalement sans voiture (sans renoncement majeur et/ou dépendance à des tiers qui ont une voiture). La mobilité individuelle conditionne la taille du bassin d'emploi (donc, ses chances de travailler, ses possibilités d'évolution professionnelles, etc), l'accès aux soins médicaux, l'accès à des conditions de vie agréables (verdure, silence, faune et flore sauvage), l'accès aux services publics et non-publics) (garde d'enfants, relais colis), l'accès à une offre de commerces diversifiés, l'accès à la culture (cinéma, musée), aux équipements sportifs, et globalement à tout un tas d'activités et de possibilités plus ou moins indispensables qui sont corrélées au mode de vie moderne (pouvoir passer voir mamie à l'Ehpad en allant faire les courses, pouvoir acheter du pain frais, résoudre facilement des situations imprévues, comme une panne de PQ le dimanche matin…). La situation est bloquée: tout le monde a une voiture, et la vie publique et privée est organisée autour de cet état de fait.
Je ne suis pas sûr de te suivre. La clause 7e autorise:
Declining to grant rights under trademark law for use of some trade names, trademarks, or service marks;
Or, la version de l'AGPL publiée par Only Office mentionne:
Pursuant to Section 7(b) of the License you must retain the original
Product logo when distributing the program. Pursuant to Section 7(e) we
decline to grant you any rights under trademark law for use of our
trademarks.
Je ne vois pas comment tu peux dire qu'OnlyOffice ne rentre pas dans la 7(e), ils reprennent mot pour mot la formulation de la clause autorisée par l'AGPL.
Ce qui est terrible, c'est que la clause 7 est exactement celle de la GPLv3. Donc ça n'est pas seulement un problème avec l'AGPL, c'est un problème avec toutes les licences dérivées de la GPLv3.
Le problème de la clause 7 est qu'elle permet de dériver des licences avec des conditions particulières, ce qui fait que même quand l'auteur est de bonne foi, dire "ce logiciel est distribué sous GPLv3" ne suffit pas pour comprendre les conditions dans lesquelles il peut être utilisé ou redistribué. Les 6 items autorisés par la clause 7 sont assez obscurs, et on ne peut pas juste dire "GPLv3 avec l'item 7b" par exemple. Il faut rédiger cette clause supplémentaire soi-même (ou en concertation avec les juristes de la FSF, ce que j'ai du mal à imaginer comme une option gratuite). C'est infernal, ça met à la fois l'auteur et l'utilisateur dans une situation d'insécurité juridique : est-ce que la clause est bien rédigée, est-ce qu'on l'a bien comprise, etc.
J'imagine que l'intention des auteurs de la licence était d'éviter la dispersion et l'écriture de licences dérivées à cause d'un détail dans une clause; tous les logiciels peuvent être distribués selon des petites variantes de la GPLv3, en gardant le nom "GPLv3". Sauf que là, on voit bien à quel point c'est problématique.
En tout cas, je pense que l'interprétation de la FSF est assez claire : c'est une licence libre, c'est expliqué dans le préambule, et il est aussi clair que l'esprit de la licence est que toutes les clauses sont destinées à rendre ou maintenir le logiciel librement modifiable, distribuable, etc. Par conséquent, une clause de la licence ne peut pas être intérprétée (selon la SFS) d'une manière qui rendrait le logiciel non-libre.
L'interprétation d'OnlyOffice c'est que la licence est uniquement ce qui est écrit dedans, et que si les rédacteurs de la licence l'ont rendue suffisamment ambigüe pour qu'on puisse y inclure des clauses supplémentaires autorisées qui, une fois combinées, peuvent rendre le logiciel non-libre, la licence reste valide.
Une fois qu'on a dit ça, le reste c'est de la discussion de juriste. Les deux points de vue sont défendables, et il y a des arguments valables de part et d'autre. J'ai lu des analyses qui viennent de l'extérieur du milieu du logiciel libre qui tendent à donner raison à OnlyOffice, tu ne peux pas en théorie évoquer l'"esprit" d'un contrat pour faire valoir des clauses qui n'y sont pas. Dans les analyses dont on discute, il y a un petit conflit d'intérêt quand même, c'est que c'est la FSF qui a rédigé cette fameuse clause 7, et la clause 7 est dans la GPLv3, et peut donc potentiellement concerner des milliers de logiciels—ils n'ont absolument aucun intérêt à dire "ah oui en effet, on ne l'avait pas vu comme ça mais on s'est peut-être bien troués là quand on a mis ça dans la licence". Je ne sais pas si on peut réellement leur en vouloir de n'avoir pas prévu que certains utiliseraient le texte d'une licence libre en l'interprétant d'une manière à rendre le logiciel non-libre, parce que c'est quand même paradoxal, mais s'il y a une chose qui me semble claire, c'est justement que la situation n'est pas claire et que ça n'est pas dans un forum de discussion que ça peut être tranché.
En tout état de cause, il y a des éléments assez évidents qui montreraient qu'EuroOffice avait de toutes manières l'intention non-équivoque de se torcher avec la licence d'OnlyOffice, et que la clause 7b n'est qu'une excuse. Il y a notamment la clause 7e qu'ils ont fait sauter sans aucune raison, et les notices d'attribution du code aux auteurs qui avaient disparu en même temps que le changement de licence. Ça, ça risque de rendre les choses compliquées au tribunal.
C'est pas du tout le "législateur", c'est l'équipe qui a écrit la licence. Il explique juste qu'il pense que l'interprétation d'OnlyOffice n'est pas dans l'esprit du logiciel libre, ce que personne ne conteste. Il part également du principe que le texte de la licence interdit un peu "magiquement" tout ce que les auteurs de la licence ne voudraient pas, et ça c'est quand même sacrément présomptueux. Est-ce que la clause 7 est suffisamment bien rédigée pour protéger toutes les tentatives de "fermeture" de la licence? D'après la FSF, oui, d'après OnlyOffice, non.
Moi je comprends que la FSF considère clairement que la licence "à la sauce" OnlyOffice n'est pas libre, et je suis complètement d'accord avec eux. Je comprends aussi qu'ils prétendent que l'AGPL est rédigée avec l'idée que ce que fait OnlyOffice ne devrait pas être possible, et je suis aussi d'accord : c'est clair que la stratégie d'OnlyOffice n'avait pas été prévue par les rédacteurs de la licence. Maintenant qu'on a listé ce sur quoi tout le monde était d'accord, il y a deux points qui me semblent moins consensuels:
this kind of license modification has requirements to make sure the resulting license is never confused with any of the FSF's licenses.
Ça, ça me semble présomptueux : il faut partir du principe que l'intention des auteurs de la licence a été parfaitement exprimée, et que tous les juges du monde tomberaient automatiquement d'accord. La licence, je l'ai lue, et en particulier la clause 7, et elle m'a semblé au contraire terriblement confuse et ouverte à interprétation. La clause 7 (la même que dans la GPLv3, si je ne m'abuse) permet d'ajouter 6 clauses restrictives, et donc d'assaisonner l'AGPL à sa sauce, rendant la mention "distribué sous AGPL" vague et soumise à une analyse au cas par cas des clauses supplémentaires et obligatoires autorisées par la licence. Rien n'a obligé les rédacteurs de la licence à autoriser cette clause qui permet une infinité de variantes, et donc assume complètement que la mention "distribué sous GPLv3" ne suffise pas à indiquer clairement les conditions de redistribution du logiciel. It's not a bug, it's a feature.
Confusing users by attaching further restrictions to any of the FSF's family of GNU General Public Licenses is not in line with free software.
Non, mais la licence d'OnlyOffice n'est pas alignée avec le logiciel libre, tout le monde est d'accord, c'est de l'enfonçage de porte ouverte. Le problème c'est qu'avec un peu d'imagination il a été possible de bricoler l'AGPL pour la rendre non-libre, et c'est bien les juristes de la FSF qui sont responsables: ils auraient pu ne pas inclure cette clause 7 et d'expliquer que l'AGPL ou la GPLv3, c'est cette licence et c'est tout.
This obligation to "retain the original Product logo" is not included in Sec. 7(b) of the (A)GPLv3, nor in any other parts, as an (A)GPL-compliant additional term,
Voici ce que dit la clause 7b: b) Requiring preservation of specified reasonable legal notices or author attributions in that material or in the Appropriate Legal Notices displayed by works containing it;
C'est parfaitement clair plus haut que "Material" fait référence au logiciel, et pas à la licence: la clause 7b autorise d'imposer de conserver des indications de propriété intellectuelle dans le logiciel. Et du coup, il faudrait admettre qu'il est évident qu'un logo n'est pas un "reasonable legal notice". Pourtant, les logos sont très souvent utilisés justement en tant que notification légale d'attribution d'une licence—par exemple, Disney applique son logo sous les figurines de Dark Vador en plastique produites sous licence par une usine en Chine; cette usine n'a pas le droit de retirer le logo, et le logo a valeur de notice de copyright. Il ne me semble donc absolument pas absurde qu'un logo puisse avoir une telle valeur d'attribution des droits d'auteurs à une personne morale.
J'ai l'impression qu'il va falloir qu'un juge tranche sur "reasonable". La FSF considère que "reasonable" doit s'interpréter dans le cadre du logiciel libre, et qu'une clause qui rendrait le logiciel non-libre serait par essence "non-raisonnable". Or, il existe une autre interprétation, c'est celle des pratiques commerciales dans le monde du non-libre. Une pratique commune (préserver le logo dans les versions redistribuées, ce qu'impose d'autres logiciels libres comme les produits Mozilla par exemple) est donc par définition "raisonnable", même si elle a pour conséquence de modifier les conditions de redistibution du logiciel—c'est d'ailleurs exactement le but de cette section 7b : imposer des contraintes supplémentaires au redistributeur à propos de l'attribution des auteurs du code.
Bon, après, on a tellement tourné autour de la question qu'il va bien falloir admettre que sans décision de justice, on ne fait que brasser du vent. Moi je comprends que la FSF a un gros seum que la clause 7 ait pu être interprétée comme ça, mais qu'est-ce que ça dit de la légalité de la licence? "*We urge OnlyOffice to clarify the situation by making it unambiguous that OnlyOffice is licensed under the AGPLv3, and that users who already received copies of the software are allowed to remove any further restrictions. *": c'est pas la peine, OnlyOffice a été très très clair : pour eux, leur code est distribué sous AGPL + 2 restrictions autorisées par la clause 7, et il n'est pas du tout autorisé de retirer ces restrictions parce que la clause 7 ne le permet pas. Ça interdit le fork, et OnlyOffice le sait, l'assume, et renvoie la FSF à sa responsabilité d'avoir rédigé la lcience de manière à ce que ça soit possible. "Ah oui mais non c'était pas l'idée", ça on avait compris. Mais bon courage au tribunal pour aller expliquer au juge que ce qui compte, c'est l'idée, et pas ce qui est écrit dans le contrat.
Une clé d'interprétation au fameux "il y a de plus en plus de diplomés mais les diplomes valent de moins en moins" que j'ai apprise récemment est que les diplomes sont structurellement soumis à de l'inflation ( Inflation_des_diplômes ). C'est documenté, analysé, et il n'y a aucun mystère là-dessus, même s'il n'y a pas de solution évidente.
Si on regarde la version amendée du texte, il n'y a plus rien, à part l'interdiction d'appeler à la destruction d'un État reconnu par la France. Donc je pense que ça pourrait passer le CC, après, le texte ne sera probablement jamais mis en application, il n'y a pas besoin de décret, ça me semble essentiellement redondant avec ce qui existe déja.
Ça ne fait qu'épaissir le code pénal sans aucune justification, ces gens se foutent totalement de la maintenance à long terme, ils veulent juste aller de coup médiatique en coup médiatique, charge aux générations futures de gérer les redondances et les textes obsolètes.
Du coup, j'ai parcouru le document en lien, et je ne pense pas qu'on discute de la bonne version du texte. La rapporteure Caroline Yadan répète à plusieurs reprises que le texte a été modifié conformément aux recommandations du conseil d'État, et que le terme de "négation" n'y apparait plus, par exemple. De nombreux amendements ont été adoptés par la commission des lois, il faudrait donc discuter de la version modifée…
Est-ce qu'il y a la moindre chance que ce texte puisse passer le conseil constitutionnel? La destruction, éventuellement, mais la négation? Ça voudrait dire que dès lors qu'un État est reconnu par la France, il devient illégal de discuter de la légitimité de cette reconnaissance? C'est quand même assez étrange.
La loi est d'interprétation stricte; le problème est lorsqu'on a des termes comme 'raisonnable' qui traînent dans un contrat, et ça y'a que les tribunaux qui peuvent trancher.
Je suis assez d'accord. Mais ça veut aussi dire que c'est un geste soit stupide soit agressif de forker un logiciel "probablement non-libre", dont les auteurs expliquent qu'ils le considère comme non-forkable selon les termes de la licence. Et que tout ça va se finir au tribunal, comme prévu, en créant de l'insécurité juridique sur les utilisateurs du logiciel forké.
De toutes manières, si le soft avait été redistribué sous la même licence en changeant le le logo, l'argument de "l'inclusion du logo n'est pas une demande raisonnable" aurait pu tenir. Là ils ont juste tout relicencié comme si aucune clause additionnelle n'était présente, donc j'ai l'impression qu'il n'y a pas grand chose à argumenter à part qu'ils cherchaient le clash.
Sur le fond, de toutes manières, le "probablement non-libre" dans le billet de blog auquel je pensais venait du fait qu'il était clair que la licence empêchait le fork, mais que l'incertitude venait de si oui on non un logiciel non-forkable pouvait être qualifié de "libre".
Ça te fait rire si tu veux mais soit t'es dans un contexte et ta fonction s'inscrit dans un code donc tu en sait plus. Soit non et ce que tu veux c'est un programme complet.
Il y a juste une opposition entre deux démarches. Je ne dis pas que les deux démarches ne sont pas légitimes dans des contextes appropriés, je dis juste que le fait même de demander des détails te fait entrer dans une démarche que l'utilisateur ne souhaite probablement pas, ce qui paradoxalement rend le choix du LLM grand public encore plus légitime.
Le LLM va simplement inférer les informations manquantes à partir des informations qu'il a sur toi (prompt, historique, et données d'entrainement) pour te fournir une réponse qui est probablement acceptable. D'ailleurs, en général, il termine toujours par quelque chose comme "n'hésitez pas à me donner des détails si votre requête est plus spécifique que ça".
Prend un analogie si tu veux. Va dans un resto et dis au sommelier "donnez-moi un vin qui correspond au plat que j'ai choisi". Le sommelier peut demander "quel est votre budget? en général, vous préférez plutôt le Bordeaux ou le Bourgogne? vous aimez bien les vins doux? avez-vous déja essayé de champagne sec avec les fruits de mer? vous aimez plutôt les surprises ou bien préférez-vous les associations classiques?". Toutes ces questions sont parfaitement légitimes et lui permettront probablement de te conseiller mieux, mais selon le contexte, il me semblerait tout à fait possible que ces questions t'importunent, et que le sommelier fasse mal son métier en te les posant. À vouloir trop en faire, ça devient un mauvais conseiller. Tu as envie de lui arracher la carte des mains et de lui dire "Filez-moi le premier là, n'importe quoi, et lâchez-moi la grappe". Bah là c'est pareil. Tu veux une réponse rapide, parce que peut-être que tu t'en fous, c'est du code jetable, c'est pour comparer avec du code que tu as fait, c'est pour faire un benchmark, c'est pour un exemple dans une présentation pédagogique, c'est pour tester le genre de réponse que les étudiants te donneront s'ils font appel à un LLM pour un devoir maison, bref, plein de raisons possibles de vouloir une réponse et c'est tout, comme pour le vin. Et du coup, à la première question, tu élimines toute la pertinence potentielle de l'expert humain.
Le modèle capitaliste n'interdit pas les externalités positives, mais il ne les encourage pas non plus. Et en pratique, l'expérience nous montre bien que les externalités positives ne restent pas longtemps dans le paradis des externalités positives, le fonctionnement de toute entreprise bien gérée est d'essayer d'en tirer profit, et donc de l'intégrer dans le business model.
Il existe quand même des entreprises à mission, et je trouve ça étrange que ça n'est pas plus mis en avant. Les statuts de l'entreprise intègrent des éléments éthiques, et en théorie ces éléments sont incontournables. Ça peut être "tout le code est sous copyleft" pour une entreprise d'informatique, ou des engagements environnementaux pour une entreprise agricole. C'est beaucoup plus crédible et stable qu'une boîte où le patron prend des engagements, sur lesquels il peut revenir quand il veut (en général, dès que les comptes vont moins bien ou qu'il a l'intention de vendre).
Je n'y connais rien en GPU pour réseaux de neurones, mais une carte A100 coûte environ 30k€ à l'achat et consomme 400W, donc à 15cts du kWh ça fait ~ 500€/an d'électricité; il faut littéralement 60 ans pour qu'elle coûte en énergie ce qu'elle a coûté à l'achat. J'ai du mal à imaginer que les variations du prix de l'énergie puissent passer ton modèle de rentable à non-rentable quand tu investis des 100 de Mrds de $ en hardware qui s'amortit en quelques années…
Il faudrait aussi distinguer ce qui est lié à l'entrainement des modèles (coût fixe) et à leur utilisation (qui est proportionnelle au nombre de clients). Normalement, l'entrainement est beaucoup, beaucoup plus coûteux, donc au contraire, plus tu as de clients et plus tu rentabilises tes coûts fixes. Pour moi le plus probable c'est que tu aimerais avoir plus de bande passante, de serveurs, de GPU, et de datacenters, et d'énergie, mais que le monde physique t'en empêche. Ça n'est pas une question d'argent, c'est une question de physique et de logistique.
C'est quand même documenté qu'il n'est pas très facile pour l'instant d'empêcher le passage à la concurrence pour les LLM; d'ailleurs c'est même dit dans l'article qu'AMD a changé de crèmerie.
Il y a un côté un peu schizophrène à la critique de la gratuité. On a été shootés à la gratuité du web 1 et du web 2, pour la plupart d'entre nous il est inconcevable de devoir payer pour accéder à Wikipédia à un site de streaming, ou un réseau social; pourtant, c'est exactement le genre de modèle de fausse gratuité qu'on dénonce sur d'autres services.
Pour moi, c'est évident que le chatbot gratuit sur lequel tu tombes quand tu arrives sur la page d'accueil de n'importe quelle boite d'AI est un échantillon gratuit. Les coûts sous-jacents sont tellement gros qu'un accès gratuit à toutes les capacités du modèle (y compris la génération d'images, de vidéos, de gros pavés de texte, etc) que même la revente d'informations personnelles ou la publicité ne peuvent pas tout couvrir.
Par contre, merdifier les sorties des abonnements / accès pro, c'est suicidaire, et s'ils en sont amenés à ça c'est que derrière ils ont de réels problèmes de ressources (pas forcément d'investissement, mais les $ n'achètent pas tout). J'ai l'impression qu'ils auraient plutôt intérêt à ne plus accepter de nouveaux clients, mais les règles du business du XXIe siècle sont impénétrables…
En même temps, tout dépend de si tu veux faire un benchmark scientifique ou un retour de cas d'usage. Être capable de fournir une réponse appropriée à une requête unique pas forcément bien formulée est un cas d'usage typique.
On peut se demander aussi quelles seraient les perfs avec un prompt plus spécifique, ou avec des instructions générales plus précises (les trucs que l'on configure dans son compte, du style "privilégie la lisibilité aux performances, utilise des dépendances récentes", etc). Il n'est pas impossible que les plus gros modèles soient plus flexibles sur le style, mais moins performants sur leur première réponse.
Au passage, ça me fait marrer les remarques du style "déja, un humain, il aurait répondu avec une liste de 52 trucs à préciser, un devis, un diagramme de Gantt, un mail avec le responsable hiérarchique en copie, un doodle pour planifier une visio la semaine du 12 mai, un lien vers un formulaire à remplir avec son nom et la date de naissance de sa grand-mère paternelle, les specs du matériel sur lequel ça va tourner, le nombre et la taille des fichiers à lire, et là on aurait pu commencer à discuter". J'ai peur que ça soit exactement pour cette raison que les gens préfèrent le code sans saveur des LLM au code des experts humains; c'est la même raison qui fait préférer une pizza industrielle à un repas à la Tour d'Argent: le rapport qualité prix dans la plupart des contextes est largement au bénéfice de la solution simple.
Je suis assez d'accord, mais la stratégie d'OnlyOffice reste particulièrement perverse. 1) rien ne l'obligeait à utiliser le cadre d'une licence libre pour combiner les clauses d'une manière "astucieuse", ils auraient pu utiliser une licence "open source" explicite au lieu de détourner une licence libre en gardant son nom; 2) ils assument parfaitement une forme de mauvaise foi qui ressemble à du chantage ("sisi, c'est pas interdit de forker, viens discuter et on va te faire un petit tarif imbattable"). Ce qu'ils font est à mon avis assez anormal et c'est bien de ne pas banaliser : ils font du "libre-washing", ils créent de l'insécurité juridique, ils "salissent" le logiciel libre. La question n'est pas réellement si c'est moral (en tout cas, pour moi, c'est clairement immoral), la question c'est si c'est légal (et là c'est un problème pour les juristes).
C'est là où nos avis diffèrent, l'esprit de la LGPL
Mouais, alors bon courage. Tu vas devant le juge, l'argument de l'avocat d'en face c'est que la licence est légale, l'AGPL permet des clauses restrictives supplémentaires, les deux clauses sont conformes, et que c'est toi qui a repris le logiciel sans respecter la licence, et ton argument, c'est que "c'est pas dans l'esprit de l'AGPL"? Ce n'est pas le travail du juge d'évaluer l'esprit de l'AGPL, le droit c'est ce qu'il y a écrit dans la licence, pas ce que les auteurs de la licence ont peut-être voulu dire. Ce n'est pas de la faute du juge si les auteurs de la licence ont permis de transformer l'AGPL en une licence non-libre en combinant des clauses autorisées.
Depuis le début, l'argument d'OnlyOffice, c'est pas que la licence est libre, c'est que la licence est légale, et qu'il n'y avait aucun secret sur les clauses à respecter. C'est un bourbier, ta seule option est d'argumenter sur le fait que l'inclusion du logo ne serait pas "raisonnable", sauf que cette clause existe dans de nombreux logiciels libres, il n'y a rien d'évident.
Dans cette histoire, il n'y a pas de gentils. Il y a les juristes de la FSF qui n'ont pas réussi à assurer une quelconque sécurité juridique aux réutilisateurs de ces licences à clause 7, puisque ça permet le cas par cas, il y a OnlyOffice qui a détourné l'esprit d'une licence libre pour la rendre "Open Source" (code disponible mais fork interdit), et il y a EuroOffice qui font semblant de ne pas savoir lire une licence et qui se débarrassent des clauses qui ne leurs conviennent pas sans justification (et s'ils pouvaient même ne rien attribuer à personne ça les arrangerait). Prendre parti me semble particulièrement risqué, et en tout cas je n'ai jamais considéré qu'il pouvait être sain de s'affranchir des termes des licences au nom de l'"esprit du libre".
[^] # Re: de toute facon
Posté par arnaudus . En réponse au lien Oui, la France peut vivre sans voiture (cette étude le prouve). Évalué à 4 (+1/-0).
Mais si c'est possible, je dis depuis le début que c'est possible, et c'est même le système qui est mis en place dans les grandes métropoles : c'est possible en déportant les activités polluantes, désagréables, bruyantes, et dévoreuses d'espaces logistiques en périphérie des villes, avec les gens qui y travaillent et qui assurent les flux avec le centre-ville. C'est même le principe d'une ville : tu concentres certaines activités dans une zone de forte densité, et tu organises un système de flux vers le centre (denrées, travailleurs, eau potable, énergie…). Tu peux bénéficier de services spécifiques aux zones denses au centre (transports en commun, activité économique, culturelle, etc), et gérer la "logistique" (quartiers résidentiels, industries, flux de marchandises en transit…) en périphérie. Dans les zones périphériques, la densité devient trop faible et les distances à parcourir trop grandes pour assurer les mêmes services qu'au centre, et les modes de transport sont modifiés. Il n'y a pas de "solution" à ça, puisque si tu répartis les activités de manière homogène, c'est ton centre qui va devenir moins dense et tout ce dont on parle (pistes cyclables, transports en commun) ne seront plus adaptés.
[^] # Re: de toute facon
Posté par arnaudus . En réponse au lien Oui, la France peut vivre sans voiture (cette étude le prouve). Évalué à 2 (+2/-3).
En France, le taux d'équipement des foyers est de 80%, donc c'est quand même très délicat de prétendre que seuls les bourgeois ont des voitures.
C'est pas du tout mon commentaire. J'ai juste dit que les centre-villes sans voiture n'étaient qu'à l'avantage des bourgeois des villes, et que les ruraux (pauvres ou riches) avaient besoin de voitures.
C'est pas mon commentaire. J'ai juste écrit que les bourgeois des centre-villes qui se promènent à vélo vivent en dépendant d'une armée d'esclaves de l'ombre pour qui ce mode de vie apporte plus de contraintes que d'avantages, en partie parce qu'ils sont exclus des villes et qu'ils ne peuvent même plus venir y travailler en voiture.
Mais moi aussi j'aime bien les centre-villes cyclistes et végétalisés, tout le monde trouve ça bien, ça n'est pas la question. Mais je n'ai pas la prétention d'affirmer que c'est bien pour tout le monde : c'est bien pour ceux qui y vivent, c'est à dire un groupe social déja très privilégié. Pour le type qui te livre tes rutabagas bio à vélo l'hiver, il préfèrerait peut-être venir en kangoo jusqu'en bas de chez toi et pas se faire 50km dans des zones 30 avec des ralentisseurs tous les 15 mètres.
Mais bon, j'ai l'impression qu'on a une énième discussion sur la "cité du futur" qui n'a jamais existé. Un centre-ville moderne a besoin d'un flux entrant gigantesque, que ce soit en fret, en denrées, et en main-d'oeuvre. Même à forte densité, une ville ne peut pas exister sans mouvements concentriques, ne serait-ce que parce qu'aucune ville n'héberge en son centre ses éboueurs, livreurs de pizzas, ou réparateurs de velibs, qui n'ont pas assez de revenus pour y vivre. Les flux entrants reposent sur des véhicules motorisés, donc des infrastructures (voies rapides, autoroutes, périphériques…) qui vont déporter en périphérie du centre le bruit, la pollution, les industries, et les populations qui ne peuvent pas vivre ailleurs que dans ces zones moins agréables. Derrière le mode de vie idéal du centre-ville, il y a toute une logistique déportée plus loin, où les densités et les contraintes de l'infrastructure rendent la vie "sans voiture" impossible; il faut juste le savoir et l'assumer, plutôt que de prétendre que tout le monde devrait vivre en centre ville.
[^] # Re: article de 2025 sur une "étude" de 2023 à 2025
Posté par arnaudus . En réponse au lien Oui, la France peut vivre sans voiture (cette étude le prouve). Évalué à 3 (+1/-1).
En France, le taux d'équipement des foyers pour les voitures est supérieur à 80%. Tu peux donc réaliser à quel point vivre dans un quartier où "peu de personnes ont une voiture" est une situation complètement marginale pour laquelle toute tentative de généralisation est absurde.
Comme dit plus haut, en Europe, l'équipement en transports en commun est explicable principalement par la densité de la population. Le taux de remplissage des bus par exemple ne dépend quasiment pas de leur fréquence, de leur confort, du prix des tickets, etc. Si tu augmentes la fréquence ou la qualité de service, tu vas dérouter une partie du trafic des autres lignes, mais tu ne vas pas changer les usages. Dans les villes qui ont opté pour la gratuité des transports, la fréquentation a augmenté seulement à cause du report modal de ceux qui ne prenaient déja pas la voiture (cyclistes et piétons).
En fait, il y a une contrainte physique quasi-incontournable : plus la densité est faible et plus il est difficile de mettre en place des transports en commun utiles et efficaces, par contre, en parallèle, plus l'usage de la voiture est facilité (vitesses moyennes plus élevées, parking plus facile, recharge des voitures électriques plus facile, distances à parcourir plus grandes, etc). C'est globalement assez insoluble.
[^] # Re: de toute facon
Posté par arnaudus . En réponse au lien Oui, la France peut vivre sans voiture (cette étude le prouve). Évalué à 2 (+1/-2).
Communiste ou pas, le problème n'est pas la culture de l'argent mais l'attribution des ressources dans un monde où les ressources sont limitées. Si tu mets plus de bus à la campagne tu en mettras moins en ville, où l'utilité sociale et écologique est beaucoup plus favorable : ça n'a pas de sens. Si tu augmentes le budget transport, ça sera au détriment de la santé, de la police, ou de l'éducation : tu préfères retirer un prof pour faire circuler un bus à vide en Ardèche?
L'argent c'est une abstraction des ressources. Si c'était autre chose on ne pourrait pas échanger de l'argent contre un bien ou un service. Donc quand on dit "ça coûte de l'argent", on ne parle que d'arbitrage d'allocations de ressources. Le travail du chauffeur pourrait servir à quelque chose de plus utile, même la ferraille qui sert à construire les bus pourrait servir à construire des logements pour les sans-abris, des bateaux pour importer des merdouilles fabriquées en Asie, des accélérateurs de particule, ou des fusées pour aller sur la Lune. Donc faire circuler des bus dans des zones où ça n'a aucun sens de mettre des bus, c'est simplement prôner une allocation des ressources irrationnelle pour atteindre un objectif symbolique. Ah oui en fait je crois que je vois le point commun avec le communisme :-)
[^] # Re: de toute facon
Posté par arnaudus . En réponse au lien Oui, la France peut vivre sans voiture (cette étude le prouve). Évalué à 4 (+4/-3).
Ah mais j'en suis parfaitement conscient, mais ça reste hypocrite et égoïste, parce qu'on parle du confort des bourgeois sédentaires des centre villes sans considérer les conséquences sur les 90% restants: (i) les ruraux, (ii) ceux qui travaillent en ville sans y habiter, (iii) les 'esclaves' des bourgeois qui rendent cette vie non-motorisée confortable (livreurs à vélo, chauffeurs VTC, services municipaux qui contrôlent les accès, les bornes automatiques, qui entretiennent les espaces verts, etc …), (iv) tous ceux qui n'en sont pas au même stade social et qui n'ont pas eu le temps de profiter de la surconsommation avant de s'en passer, (v) les beaufs et les vroumvroum pouet pouet (qui votent et qui ont un pouvoir de nuisance), (vi) ceux qui n'ont pas les moyens d'accepter les surcoûts liés à ce mode de vie (parking privé au lieu de parking dans la rue, immobilier plus cher, coût de la vie plus élevé à cause de la logistique d'approvisionnement plus complexe et des marges plus élevées des commerces plus petits…), (vii) ceux pour qui les véhicules individuels restent indispensables et qui sont socialement ejectés des centre villes (service à la personne, travail de nuit…), (viii) ceux pour qui le véhicule personnel reste un facteur d'émancipation (pour gérer une vie personnelle ou professionnelle compliquée…).
Si l'argument, c'est "il est quand même bien plus agréable de vivre dans une ville sans voiture", on est 100% d'accord, pas la peine de mettre des photos pour illustrer un point qu'il n'y a pas besoin de discuter. Mon argument, c'est juste que si tu es personnellement dans un cas où tu vois un avantage à vivre dans une ville sans voiture, alors tu as la chance de faire partie d'une catégorie très privilégiée de Français. Tu peux bien sûr argumenter sur le fait que cette catégorie devrait être plus nombreuse, ou même qu'il est possible d'adapter son mode de vie pour se rapprocher de cette catégorie, alors pourquoi pas. Mais mon problème, c'est qu'on en revient vite à nier qu'on est en train d'imposer une solution de bourgeois à un problème de bourgeois, sans même s'apercevoir que ça revient à écraser encore plus la partie de la société qui est la moins privilégiée, avec même parfois un cynisme à peine déguisé (dans le genre "en plus le vélo c'est bon pour la santé, ils devraient être contents").
[^] # Re: de toute facon
Posté par arnaudus . En réponse au lien Oui, la France peut vivre sans voiture (cette étude le prouve). Évalué à 2 (+4/-5).
Non mais de toutes manières, cette discussion est absurde depuis le début.
Soit tu pars sur une hypothèse de décroissance subie (à la Jancovici), auquel cas troquer une voiture contre un vélo participe à cette décroissance : c'est une dégradation de ton mode de vie que tu acceptes ou que tu es obligé de subir parce que tu n'as plus les moyens de te payer une voiture ou son essence. Dans ce cas, l'argumentation ne porte pas sur si tu as envie ou pas de te passer de voiture, puisque c'est acté, que tu aies envie ou pas, tu seras forcé. Dans ton cas, la question serait de fournir des droits particulier (par des subventions publiques ou autres) pour les gens qui n'ont pas d'alternatives.
L'alternative, c'est l'argument de l'écolo heureux qui est content de perdre en mobilité (ça rapproche les gens, ça fait moins de vroum vroum pouet pouet, etc). Là, c'est présenté comme un choix politique : ça fait du bien de faire du vélo, ton mode de vie est amélioré, etc. Cet argument du choix implique que le choix de ne pas le faire existe également. Et c'est là que ça se corse, parce que les écolos heureux sont bizarrement très très en colère contre ceux qui ne souhaitent pas faire le même choix qu'eux.
Pour être honnête, je trouve que le deuxième argument n'a aucune portée. Il revient à nier le rôle évident de la mobilité individuelle sur le bien-être personnel, social, culturel, familial, et professionnel, ce qui permet de manière artificielle d'esquiver le problème de son remplacement. Il est au profit d'une minorité (les gens aisés en bonne santé, disposant d'une situation professionnelle stable, vivant en centre ville, dans une cellule familiale stable, et sans fortes contraintes personnelles ou professionnelles) et condamne la majorité au mormonisme, à l'isolement, ou à une vie de labeur.
[^] # Re: de toute facon
Posté par arnaudus . En réponse au lien Oui, la France peut vivre sans voiture (cette étude le prouve). Évalué à 9 (+7/-1).
Densité de population à Paris: 20 000 hab/km2
Densité de population en Martinique: 320 hab/km2
Toute la démonstration tient sur ce seul argument. L'infrastructure (site propre, voies ferrées, tunnels de métro…), la fréquence, la régularité, le coût réel par voyageur, la densité du maillage, les itinéraires alternatifs, le nombre et la durée des correspondances, tout ne dépend quasiment que de la densité de population.
Train lourd (TGV): > 10000 hab/km2
Train léger (train de banlieue): > 5000 hab / km2
Bus cadencé sur voie dédiée/tramway: > 3000 hab / km2
Bus "symbolique" (seulement aux heures pleines, transport à la demande): > 1000 hab / km2
En dessous : rien.
Le coût d'une ligne de bus est de l'ordre de 3-5€/km. Si tu veux faire passer 3 bus par heure entre des villages de 1000 habitants situés à 10km de distance, maillé dans les 4 directions Nord/Sud/est/ouest, ça va te coûter 1200k€/an par village, soit 1200€/habitant. Avec des foyers de plus de 2 personnes, tu commences à retomber sur l'ordre de grandeur du coût d'une voiture! En densité faible, il n'existe aucun moyen d'avoir des transports en commun efficaces.
[^] # Re: article de 2025 sur une "étude" de 2023 à 2025
Posté par arnaudus . En réponse au lien Oui, la France peut vivre sans voiture (cette étude le prouve). Évalué à 6 (+3/-0).
De toutes manières, l'équation n'a pas de solutions. La fréquence et la densité des transports en commun dépendent principalement de la densité de population; dans les zones hyper-denses tu as un bon maillage, et plus tu t'en éloignes plus les infrastructures de transport en commun disparaissent. Ça n'est pas que politique, c'est juste physique, tu ne peux pas desservir un hameau de 20 personnes avec un bus à haute capacité toutes les 10 minutes, sauf à avoir des ressources illimitées et aucune considération pour l'écologie (puisque ton bus va tourner à vide). À partir du moment où tu admets que c'est la densité qui détermine la qualité et la redondance des transports, tu vas générer un état de fait; dans les zones denses il sera possible de vivre sans voiture, dans les zones peu denses il sera impossible de vivre normalement sans voiture (sans renoncement majeur et/ou dépendance à des tiers qui ont une voiture). La mobilité individuelle conditionne la taille du bassin d'emploi (donc, ses chances de travailler, ses possibilités d'évolution professionnelles, etc), l'accès aux soins médicaux, l'accès à des conditions de vie agréables (verdure, silence, faune et flore sauvage), l'accès aux services publics et non-publics) (garde d'enfants, relais colis), l'accès à une offre de commerces diversifiés, l'accès à la culture (cinéma, musée), aux équipements sportifs, et globalement à tout un tas d'activités et de possibilités plus ou moins indispensables qui sont corrélées au mode de vie moderne (pouvoir passer voir mamie à l'Ehpad en allant faire les courses, pouvoir acheter du pain frais, résoudre facilement des situations imprévues, comme une panne de PQ le dimanche matin…). La situation est bloquée: tout le monde a une voiture, et la vie publique et privée est organisée autour de cet état de fait.
[^] # Re: Non lié ?
Posté par arnaudus . En réponse à la dépêche Une coalition de neuf entreprises européennes lance Euro-Office, alternative bureautique souveraine et open source. Évalué à 2 (+0/-1).
Je ne suis pas sûr de te suivre. La clause 7e autorise:
Or, la version de l'AGPL publiée par Only Office mentionne:
Je ne vois pas comment tu peux dire qu'OnlyOffice ne rentre pas dans la 7(e), ils reprennent mot pour mot la formulation de la clause autorisée par l'AGPL.
[^] # Re: Non lié ?
Posté par arnaudus . En réponse à la dépêche Une coalition de neuf entreprises européennes lance Euro-Office, alternative bureautique souveraine et open source. Évalué à 5 (+2/-0).
Ce qui est terrible, c'est que la clause 7 est exactement celle de la GPLv3. Donc ça n'est pas seulement un problème avec l'AGPL, c'est un problème avec toutes les licences dérivées de la GPLv3.
Le problème de la clause 7 est qu'elle permet de dériver des licences avec des conditions particulières, ce qui fait que même quand l'auteur est de bonne foi, dire "ce logiciel est distribué sous GPLv3" ne suffit pas pour comprendre les conditions dans lesquelles il peut être utilisé ou redistribué. Les 6 items autorisés par la clause 7 sont assez obscurs, et on ne peut pas juste dire "GPLv3 avec l'item 7b" par exemple. Il faut rédiger cette clause supplémentaire soi-même (ou en concertation avec les juristes de la FSF, ce que j'ai du mal à imaginer comme une option gratuite). C'est infernal, ça met à la fois l'auteur et l'utilisateur dans une situation d'insécurité juridique : est-ce que la clause est bien rédigée, est-ce qu'on l'a bien comprise, etc.
J'imagine que l'intention des auteurs de la licence était d'éviter la dispersion et l'écriture de licences dérivées à cause d'un détail dans une clause; tous les logiciels peuvent être distribués selon des petites variantes de la GPLv3, en gardant le nom "GPLv3". Sauf que là, on voit bien à quel point c'est problématique.
[^] # Re: Non lié ?
Posté par arnaudus . En réponse à la dépêche Une coalition de neuf entreprises européennes lance Euro-Office, alternative bureautique souveraine et open source. Évalué à 3 (+0/-0).
En tout cas, je pense que l'interprétation de la FSF est assez claire : c'est une licence libre, c'est expliqué dans le préambule, et il est aussi clair que l'esprit de la licence est que toutes les clauses sont destinées à rendre ou maintenir le logiciel librement modifiable, distribuable, etc. Par conséquent, une clause de la licence ne peut pas être intérprétée (selon la SFS) d'une manière qui rendrait le logiciel non-libre.
L'interprétation d'OnlyOffice c'est que la licence est uniquement ce qui est écrit dedans, et que si les rédacteurs de la licence l'ont rendue suffisamment ambigüe pour qu'on puisse y inclure des clauses supplémentaires autorisées qui, une fois combinées, peuvent rendre le logiciel non-libre, la licence reste valide.
Une fois qu'on a dit ça, le reste c'est de la discussion de juriste. Les deux points de vue sont défendables, et il y a des arguments valables de part et d'autre. J'ai lu des analyses qui viennent de l'extérieur du milieu du logiciel libre qui tendent à donner raison à OnlyOffice, tu ne peux pas en théorie évoquer l'"esprit" d'un contrat pour faire valoir des clauses qui n'y sont pas. Dans les analyses dont on discute, il y a un petit conflit d'intérêt quand même, c'est que c'est la FSF qui a rédigé cette fameuse clause 7, et la clause 7 est dans la GPLv3, et peut donc potentiellement concerner des milliers de logiciels—ils n'ont absolument aucun intérêt à dire "ah oui en effet, on ne l'avait pas vu comme ça mais on s'est peut-être bien troués là quand on a mis ça dans la licence". Je ne sais pas si on peut réellement leur en vouloir de n'avoir pas prévu que certains utiliseraient le texte d'une licence libre en l'interprétant d'une manière à rendre le logiciel non-libre, parce que c'est quand même paradoxal, mais s'il y a une chose qui me semble claire, c'est justement que la situation n'est pas claire et que ça n'est pas dans un forum de discussion que ça peut être tranché.
En tout état de cause, il y a des éléments assez évidents qui montreraient qu'EuroOffice avait de toutes manières l'intention non-équivoque de se torcher avec la licence d'OnlyOffice, et que la clause 7b n'est qu'une excuse. Il y a notamment la clause 7e qu'ils ont fait sauter sans aucune raison, et les notices d'attribution du code aux auteurs qui avaient disparu en même temps que le changement de licence. Ça, ça risque de rendre les choses compliquées au tribunal.
[^] # Re: Non lié ?
Posté par arnaudus . En réponse à la dépêche Une coalition de neuf entreprises européennes lance Euro-Office, alternative bureautique souveraine et open source. Évalué à 4 (+1/-0).
C'est pas du tout le "législateur", c'est l'équipe qui a écrit la licence. Il explique juste qu'il pense que l'interprétation d'OnlyOffice n'est pas dans l'esprit du logiciel libre, ce que personne ne conteste. Il part également du principe que le texte de la licence interdit un peu "magiquement" tout ce que les auteurs de la licence ne voudraient pas, et ça c'est quand même sacrément présomptueux. Est-ce que la clause 7 est suffisamment bien rédigée pour protéger toutes les tentatives de "fermeture" de la licence? D'après la FSF, oui, d'après OnlyOffice, non.
[^] # Re: Non lié ?
Posté par arnaudus . En réponse à la dépêche Une coalition de neuf entreprises européennes lance Euro-Office, alternative bureautique souveraine et open source. Évalué à 4 (+1/-0).
Moi je comprends que la FSF considère clairement que la licence "à la sauce" OnlyOffice n'est pas libre, et je suis complètement d'accord avec eux. Je comprends aussi qu'ils prétendent que l'AGPL est rédigée avec l'idée que ce que fait OnlyOffice ne devrait pas être possible, et je suis aussi d'accord : c'est clair que la stratégie d'OnlyOffice n'avait pas été prévue par les rédacteurs de la licence. Maintenant qu'on a listé ce sur quoi tout le monde était d'accord, il y a deux points qui me semblent moins consensuels:
Ça, ça me semble présomptueux : il faut partir du principe que l'intention des auteurs de la licence a été parfaitement exprimée, et que tous les juges du monde tomberaient automatiquement d'accord. La licence, je l'ai lue, et en particulier la clause 7, et elle m'a semblé au contraire terriblement confuse et ouverte à interprétation. La clause 7 (la même que dans la GPLv3, si je ne m'abuse) permet d'ajouter 6 clauses restrictives, et donc d'assaisonner l'AGPL à sa sauce, rendant la mention "distribué sous AGPL" vague et soumise à une analyse au cas par cas des clauses supplémentaires et obligatoires autorisées par la licence. Rien n'a obligé les rédacteurs de la licence à autoriser cette clause qui permet une infinité de variantes, et donc assume complètement que la mention "distribué sous GPLv3" ne suffise pas à indiquer clairement les conditions de redistribution du logiciel. It's not a bug, it's a feature.
Non, mais la licence d'OnlyOffice n'est pas alignée avec le logiciel libre, tout le monde est d'accord, c'est de l'enfonçage de porte ouverte. Le problème c'est qu'avec un peu d'imagination il a été possible de bricoler l'AGPL pour la rendre non-libre, et c'est bien les juristes de la FSF qui sont responsables: ils auraient pu ne pas inclure cette clause 7 et d'expliquer que l'AGPL ou la GPLv3, c'est cette licence et c'est tout.
Voici ce que dit la clause 7b: b) Requiring preservation of specified reasonable legal notices or author attributions in that material or in the Appropriate Legal Notices displayed by works containing it;
C'est parfaitement clair plus haut que "Material" fait référence au logiciel, et pas à la licence: la clause 7b autorise d'imposer de conserver des indications de propriété intellectuelle dans le logiciel. Et du coup, il faudrait admettre qu'il est évident qu'un logo n'est pas un "reasonable legal notice". Pourtant, les logos sont très souvent utilisés justement en tant que notification légale d'attribution d'une licence—par exemple, Disney applique son logo sous les figurines de Dark Vador en plastique produites sous licence par une usine en Chine; cette usine n'a pas le droit de retirer le logo, et le logo a valeur de notice de copyright. Il ne me semble donc absolument pas absurde qu'un logo puisse avoir une telle valeur d'attribution des droits d'auteurs à une personne morale.
J'ai l'impression qu'il va falloir qu'un juge tranche sur "reasonable". La FSF considère que "reasonable" doit s'interpréter dans le cadre du logiciel libre, et qu'une clause qui rendrait le logiciel non-libre serait par essence "non-raisonnable". Or, il existe une autre interprétation, c'est celle des pratiques commerciales dans le monde du non-libre. Une pratique commune (préserver le logo dans les versions redistribuées, ce qu'impose d'autres logiciels libres comme les produits Mozilla par exemple) est donc par définition "raisonnable", même si elle a pour conséquence de modifier les conditions de redistibution du logiciel—c'est d'ailleurs exactement le but de cette section 7b : imposer des contraintes supplémentaires au redistributeur à propos de l'attribution des auteurs du code.
Bon, après, on a tellement tourné autour de la question qu'il va bien falloir admettre que sans décision de justice, on ne fait que brasser du vent. Moi je comprends que la FSF a un gros seum que la clause 7 ait pu être interprétée comme ça, mais qu'est-ce que ça dit de la légalité de la licence? "*We urge OnlyOffice to clarify the situation by making it unambiguous that OnlyOffice is licensed under the AGPLv3, and that users who already received copies of the software are allowed to remove any further restrictions. *": c'est pas la peine, OnlyOffice a été très très clair : pour eux, leur code est distribué sous AGPL + 2 restrictions autorisées par la clause 7, et il n'est pas du tout autorisé de retirer ces restrictions parce que la clause 7 ne le permet pas. Ça interdit le fork, et OnlyOffice le sait, l'assume, et renvoie la FSF à sa responsabilité d'avoir rédigé la lcience de manière à ce que ça soit possible. "Ah oui mais non c'était pas l'idée", ça on avait compris. Mais bon courage au tribunal pour aller expliquer au juge que ce qui compte, c'est l'idée, et pas ce qui est écrit dans le contrat.
[^] # Re: lien du lien et commentaires
Posté par arnaudus . En réponse au journal Du rififi à la Document Foundation. Évalué à 5 (+2/-0). Dernière modification le 13 avril 2026 à 10:01.
Est-ce que toute hypothèse ne devrait pas au moins faire semblant de se confronter au réel avant d'être avancée de manière péremptoire?
1) Le niveau de diplômes de cesse d'augmenter en France:
https://www.observationsociete.fr/wp-content/uploads/2024/03/image-3.png
2) Les entreprises financement de moins en moins (en relatif) la formation de leurs employés
https://www.pollen-conseil.fr/wp-content/uploads/2025/11/2-graphiques_d%C3%A9penses_financeurs_FPC2025-1024x613.png
Une clé d'interprétation au fameux "il y a de plus en plus de diplomés mais les diplomes valent de moins en moins" que j'ai apprise récemment est que les diplomes sont structurellement soumis à de l'inflation ( Inflation_des_diplômes ). C'est documenté, analysé, et il n'y a aucun mystère là-dessus, même s'il n'y a pas de solution évidente.
[^] # Re: Article payant, donc on en sait rien…
Posté par arnaudus . En réponse au lien Que contient vraiment la dernière version de la loi Yadan, objet d’une pétition signée plus d’un demi-million de fois ?. Évalué à 4 (+1/-0).
Si on regarde la version amendée du texte, il n'y a plus rien, à part l'interdiction d'appeler à la destruction d'un État reconnu par la France. Donc je pense que ça pourrait passer le CC, après, le texte ne sera probablement jamais mis en application, il n'y a pas besoin de décret, ça me semble essentiellement redondant avec ce qui existe déja.
Ça ne fait qu'épaissir le code pénal sans aucune justification, ces gens se foutent totalement de la maintenance à long terme, ils veulent juste aller de coup médiatique en coup médiatique, charge aux générations futures de gérer les redondances et les textes obsolètes.
[^] # Re: Article payant, donc on en sait rien…
Posté par arnaudus . En réponse au lien Que contient vraiment la dernière version de la loi Yadan, objet d’une pétition signée plus d’un demi-million de fois ?. Évalué à 3 (+0/-0).
Du coup, j'ai parcouru le document en lien, et je ne pense pas qu'on discute de la bonne version du texte. La rapporteure Caroline Yadan répète à plusieurs reprises que le texte a été modifié conformément aux recommandations du conseil d'État, et que le terme de "négation" n'y apparait plus, par exemple. De nombreux amendements ont été adoptés par la commission des lois, il faudrait donc discuter de la version modifée…
[^] # Re: Article payant, donc on en sait rien…
Posté par arnaudus . En réponse au lien Que contient vraiment la dernière version de la loi Yadan, objet d’une pétition signée plus d’un demi-million de fois ?. Évalué à 6 (+3/-0).
Est-ce qu'il y a la moindre chance que ce texte puisse passer le conseil constitutionnel? La destruction, éventuellement, mais la négation? Ça voudrait dire que dès lors qu'un État est reconnu par la France, il devient illégal de discuter de la légitimité de cette reconnaissance? C'est quand même assez étrange.
[^] # Re: Non lié ?
Posté par arnaudus . En réponse à la dépêche Une coalition de neuf entreprises européennes lance Euro-Office, alternative bureautique souveraine et open source. Évalué à 3 (+0/-0).
Je suis assez d'accord. Mais ça veut aussi dire que c'est un geste soit stupide soit agressif de forker un logiciel "probablement non-libre", dont les auteurs expliquent qu'ils le considère comme non-forkable selon les termes de la licence. Et que tout ça va se finir au tribunal, comme prévu, en créant de l'insécurité juridique sur les utilisateurs du logiciel forké.
De toutes manières, si le soft avait été redistribué sous la même licence en changeant le le logo, l'argument de "l'inclusion du logo n'est pas une demande raisonnable" aurait pu tenir. Là ils ont juste tout relicencié comme si aucune clause additionnelle n'était présente, donc j'ai l'impression qu'il n'y a pas grand chose à argumenter à part qu'ils cherchaient le clash.
Sur le fond, de toutes manières, le "probablement non-libre" dans le billet de blog auquel je pensais venait du fait qu'il était clair que la licence empêchait le fork, mais que l'incertitude venait de si oui on non un logiciel non-forkable pouvait être qualifié de "libre".
[^] # Re: Cas d'usage
Posté par arnaudus . En réponse au journal Comparatif : 6 LLMs locaux face à un exercice Python simple. Évalué à 3 (+0/-0).
Il y a juste une opposition entre deux démarches. Je ne dis pas que les deux démarches ne sont pas légitimes dans des contextes appropriés, je dis juste que le fait même de demander des détails te fait entrer dans une démarche que l'utilisateur ne souhaite probablement pas, ce qui paradoxalement rend le choix du LLM grand public encore plus légitime.
Le LLM va simplement inférer les informations manquantes à partir des informations qu'il a sur toi (prompt, historique, et données d'entrainement) pour te fournir une réponse qui est probablement acceptable. D'ailleurs, en général, il termine toujours par quelque chose comme "n'hésitez pas à me donner des détails si votre requête est plus spécifique que ça".
Prend un analogie si tu veux. Va dans un resto et dis au sommelier "donnez-moi un vin qui correspond au plat que j'ai choisi". Le sommelier peut demander "quel est votre budget? en général, vous préférez plutôt le Bordeaux ou le Bourgogne? vous aimez bien les vins doux? avez-vous déja essayé de champagne sec avec les fruits de mer? vous aimez plutôt les surprises ou bien préférez-vous les associations classiques?". Toutes ces questions sont parfaitement légitimes et lui permettront probablement de te conseiller mieux, mais selon le contexte, il me semblerait tout à fait possible que ces questions t'importunent, et que le sommelier fasse mal son métier en te les posant. À vouloir trop en faire, ça devient un mauvais conseiller. Tu as envie de lui arracher la carte des mains et de lui dire "Filez-moi le premier là, n'importe quoi, et lâchez-moi la grappe". Bah là c'est pareil. Tu veux une réponse rapide, parce que peut-être que tu t'en fous, c'est du code jetable, c'est pour comparer avec du code que tu as fait, c'est pour faire un benchmark, c'est pour un exemple dans une présentation pédagogique, c'est pour tester le genre de réponse que les étudiants te donneront s'ils font appel à un LLM pour un devoir maison, bref, plein de raisons possibles de vouloir une réponse et c'est tout, comme pour le vin. Et du coup, à la première question, tu élimines toute la pertinence potentielle de l'expert humain.
[^] # Re: lien du lien et commentaires
Posté par arnaudus . En réponse au journal Du rififi à la Document Foundation. Évalué à 5 (+2/-0).
Le modèle capitaliste n'interdit pas les externalités positives, mais il ne les encourage pas non plus. Et en pratique, l'expérience nous montre bien que les externalités positives ne restent pas longtemps dans le paradis des externalités positives, le fonctionnement de toute entreprise bien gérée est d'essayer d'en tirer profit, et donc de l'intégrer dans le business model.
Il existe quand même des entreprises à mission, et je trouve ça étrange que ça n'est pas plus mis en avant. Les statuts de l'entreprise intègrent des éléments éthiques, et en théorie ces éléments sont incontournables. Ça peut être "tout le code est sous copyleft" pour une entreprise d'informatique, ou des engagements environnementaux pour une entreprise agricole. C'est beaucoup plus crédible et stable qu'une boîte où le patron prend des engagements, sur lesquels il peut revenir quand il veut (en général, dès que les comptes vont moins bien ou qu'il a l'intention de vendre).
[^] # Re: Quand est-ce que ça casse
Posté par arnaudus . En réponse au lien La qualité de Claude Code baisse à cause du trop grand nombre d'utilisateurs. Évalué à 5 (+3/-1).
Je n'y connais rien en GPU pour réseaux de neurones, mais une carte A100 coûte environ 30k€ à l'achat et consomme 400W, donc à 15cts du kWh ça fait ~ 500€/an d'électricité; il faut littéralement 60 ans pour qu'elle coûte en énergie ce qu'elle a coûté à l'achat. J'ai du mal à imaginer que les variations du prix de l'énergie puissent passer ton modèle de rentable à non-rentable quand tu investis des 100 de Mrds de $ en hardware qui s'amortit en quelques années…
Il faudrait aussi distinguer ce qui est lié à l'entrainement des modèles (coût fixe) et à leur utilisation (qui est proportionnelle au nombre de clients). Normalement, l'entrainement est beaucoup, beaucoup plus coûteux, donc au contraire, plus tu as de clients et plus tu rentabilises tes coûts fixes. Pour moi le plus probable c'est que tu aimerais avoir plus de bande passante, de serveurs, de GPU, et de datacenters, et d'énergie, mais que le monde physique t'en empêche. Ça n'est pas une question d'argent, c'est une question de physique et de logistique.
[^] # Re: Quand est-ce que ça casse
Posté par arnaudus . En réponse au lien La qualité de Claude Code baisse à cause du trop grand nombre d'utilisateurs. Évalué à 7 (+6/-2).
C'est quand même documenté qu'il n'est pas très facile pour l'instant d'empêcher le passage à la concurrence pour les LLM; d'ailleurs c'est même dit dans l'article qu'AMD a changé de crèmerie.
Il y a un côté un peu schizophrène à la critique de la gratuité. On a été shootés à la gratuité du web 1 et du web 2, pour la plupart d'entre nous il est inconcevable de devoir payer pour accéder à Wikipédia à un site de streaming, ou un réseau social; pourtant, c'est exactement le genre de modèle de fausse gratuité qu'on dénonce sur d'autres services.
Pour moi, c'est évident que le chatbot gratuit sur lequel tu tombes quand tu arrives sur la page d'accueil de n'importe quelle boite d'AI est un échantillon gratuit. Les coûts sous-jacents sont tellement gros qu'un accès gratuit à toutes les capacités du modèle (y compris la génération d'images, de vidéos, de gros pavés de texte, etc) que même la revente d'informations personnelles ou la publicité ne peuvent pas tout couvrir.
Par contre, merdifier les sorties des abonnements / accès pro, c'est suicidaire, et s'ils en sont amenés à ça c'est que derrière ils ont de réels problèmes de ressources (pas forcément d'investissement, mais les $ n'achètent pas tout). J'ai l'impression qu'ils auraient plutôt intérêt à ne plus accepter de nouveaux clients, mais les règles du business du XXIe siècle sont impénétrables…
[^] # Re: Cas d'usage
Posté par arnaudus . En réponse au journal Comparatif : 6 LLMs locaux face à un exercice Python simple. Évalué à 5 (+2/-0).
En même temps, tout dépend de si tu veux faire un benchmark scientifique ou un retour de cas d'usage. Être capable de fournir une réponse appropriée à une requête unique pas forcément bien formulée est un cas d'usage typique.
On peut se demander aussi quelles seraient les perfs avec un prompt plus spécifique, ou avec des instructions générales plus précises (les trucs que l'on configure dans son compte, du style "privilégie la lisibilité aux performances, utilise des dépendances récentes", etc). Il n'est pas impossible que les plus gros modèles soient plus flexibles sur le style, mais moins performants sur leur première réponse.
Au passage, ça me fait marrer les remarques du style "déja, un humain, il aurait répondu avec une liste de 52 trucs à préciser, un devis, un diagramme de Gantt, un mail avec le responsable hiérarchique en copie, un doodle pour planifier une visio la semaine du 12 mai, un lien vers un formulaire à remplir avec son nom et la date de naissance de sa grand-mère paternelle, les specs du matériel sur lequel ça va tourner, le nombre et la taille des fichiers à lire, et là on aurait pu commencer à discuter". J'ai peur que ça soit exactement pour cette raison que les gens préfèrent le code sans saveur des LLM au code des experts humains; c'est la même raison qui fait préférer une pizza industrielle à un repas à la Tour d'Argent: le rapport qualité prix dans la plupart des contextes est largement au bénéfice de la solution simple.
[^] # Re: Non lié ?
Posté par arnaudus . En réponse à la dépêche Une coalition de neuf entreprises européennes lance Euro-Office, alternative bureautique souveraine et open source. Évalué à 5 (+2/-0).
Je suis assez d'accord, mais la stratégie d'OnlyOffice reste particulièrement perverse. 1) rien ne l'obligeait à utiliser le cadre d'une licence libre pour combiner les clauses d'une manière "astucieuse", ils auraient pu utiliser une licence "open source" explicite au lieu de détourner une licence libre en gardant son nom; 2) ils assument parfaitement une forme de mauvaise foi qui ressemble à du chantage ("sisi, c'est pas interdit de forker, viens discuter et on va te faire un petit tarif imbattable"). Ce qu'ils font est à mon avis assez anormal et c'est bien de ne pas banaliser : ils font du "libre-washing", ils créent de l'insécurité juridique, ils "salissent" le logiciel libre. La question n'est pas réellement si c'est moral (en tout cas, pour moi, c'est clairement immoral), la question c'est si c'est légal (et là c'est un problème pour les juristes).
[^] # Re: Non lié ?
Posté par arnaudus . En réponse à la dépêche Une coalition de neuf entreprises européennes lance Euro-Office, alternative bureautique souveraine et open source. Évalué à 4 (+1/-0).
Mouais, alors bon courage. Tu vas devant le juge, l'argument de l'avocat d'en face c'est que la licence est légale, l'AGPL permet des clauses restrictives supplémentaires, les deux clauses sont conformes, et que c'est toi qui a repris le logiciel sans respecter la licence, et ton argument, c'est que "c'est pas dans l'esprit de l'AGPL"? Ce n'est pas le travail du juge d'évaluer l'esprit de l'AGPL, le droit c'est ce qu'il y a écrit dans la licence, pas ce que les auteurs de la licence ont peut-être voulu dire. Ce n'est pas de la faute du juge si les auteurs de la licence ont permis de transformer l'AGPL en une licence non-libre en combinant des clauses autorisées.
Depuis le début, l'argument d'OnlyOffice, c'est pas que la licence est libre, c'est que la licence est légale, et qu'il n'y avait aucun secret sur les clauses à respecter. C'est un bourbier, ta seule option est d'argumenter sur le fait que l'inclusion du logo ne serait pas "raisonnable", sauf que cette clause existe dans de nombreux logiciels libres, il n'y a rien d'évident.
Dans cette histoire, il n'y a pas de gentils. Il y a les juristes de la FSF qui n'ont pas réussi à assurer une quelconque sécurité juridique aux réutilisateurs de ces licences à clause 7, puisque ça permet le cas par cas, il y a OnlyOffice qui a détourné l'esprit d'une licence libre pour la rendre "Open Source" (code disponible mais fork interdit), et il y a EuroOffice qui font semblant de ne pas savoir lire une licence et qui se débarrassent des clauses qui ne leurs conviennent pas sans justification (et s'ils pouvaient même ne rien attribuer à personne ça les arrangerait). Prendre parti me semble particulièrement risqué, et en tout cas je n'ai jamais considéré qu'il pouvait être sain de s'affranchir des termes des licences au nom de l'"esprit du libre".