Sommaire
Salut les gens et les autres,
Ça fait longtemps que je n’ai pas fait de note de lectures, cette fois-ci je vous propose trois livres, tous absolument passionnants. Plus aucune hésitation entre, disons, « Les Liaisons dangereuses » de Choderlos de Laclos et ce trio d’ouvrages savants. Ils se lisent mieux et sont plus illustrés. Cette fois-ci, pas de notes, sauf de bas de page, ou alors maximale pour tous.
Quand les femmes écrivaient l’histoire
Quand les femmes écrivaient l’histoire : entre la Mésopotamie et l’Anatolie il y a 4 000 ans a fait l’objet d’un lien ici. Je suggère d’ailleurs la lecture, ou la relecture de l’article de CNRS Le journal.
À partir de diverses tablettes d’argile l’assyriologue Cécile Michel raconte la vie de ces femmes ordinaires. Ces échanges épistolaires dans une société où les hommes partaient souvent longtemps pour leur commerce en Anatolie. Dans l’introduction du livre, l’autrice explique que :
Les femmes attestées par les textes du quotidien ont en revanche longtemps été ignorées et leur place dans la société mésopotamienne a été souvent perçue comme secondaire. Cela est dû en partie aux préjugés historiques tenaces influencés par la place qu’ont les femmes ultérieurement dans le monde classique ou dans l’Islam. Une opinion répandue considère que les femmes ont toujours été économiquement dépendantes des hommes.
Ces tablettes prouvent au contraire que les Mésopotamiennes avaient, notamment, la capacité de gérer des entreprises personnelles sans avoir à en demander l’autorisation à leur époux (ce qui les rendait plus libres que les femmes françaises des années 1950). Elles sont donc tisserandes, leur production étant recherchée, financières, éleveuses, propriétaires mais aussi voyageuses de commerce. Elles s’enquièrent du sort des marchandises qu’elles envoient et, bien sûr, gèrent la maisonnée. On est très très loin de l’incapable majeure du Code Napoléon, source du droit civil français.
Après l’introduction (qu’il faut vraiment lire) qui présente le contexte, l’autrice va s’attarder sur une femme par chapitre où elle décortique le contenu des échanges qu’elle cite. Chaque chapitre comporte une reproduction de la lettre ou une transcription de son texte (vive l’Unicode !). Dans le chapitre sur Waqqurum, l’apprentie tisseuse c’est l’occasion d’apprendre comment et sur quels métiers à tisser les femmes confectionnaient les kilims.
Seuil, 2026, existe en version brochée, 400 pages 25 €, EAN : 9782021585025 et numérique avec des mauvaises manières.
PS : si vous voulez tout savoir, j’ai récupéré le bouquin chez ma librairie le jour où, ayant perdu ma carte d’identité, je suis allée, juste après, la chercher chez une voisine qui se trouve avoir travaillé sur ce type de tablettes dans le cadre de son expertise en céramique.
Traduire au futur
Ou « quand la traductologie rencontre la science-fiction » d’Alice Ray. Ce bouquin est édité par Le Bélial et je l’ai immédiatement acheté en pré-commande tellement le sujet me paraissait intéressant, et il l’est, écrit avec une langue très agréable à lire.
Alice Ray est traductologue. La traductologie est
un nouveau champ disciplinaire autonome : la traductologie — ou Translation Studies chez nos voisins anglophones.
Peu connu du grand public, ce domaine de recherche souhaite comprendre les aspects théoriques et pratiques de la traduction dans leur globalité, que cela concerne la traduction orale ou écrite, le processus ou le produit fini. Il ne s’agit pas d’émettre des jugements qui valideraient ou non telle ou telle traduction, mais bien de considérer toutes les spécificités et les contraintes et de remettre la traduction au cœur de son contexte, pour déterminer ce qu’elle dit de nous, en tant qu’êtres humains et en tant que sociétés. La traduction s’avère très révélatrice de notre propre histoire, que ce soit l’histoire culturelle et littéraire, bien entendu, mais également sociale et politique.
Elle nous indique les enjeux et les difficultés dans le cadre de la traduction de la science-fiction (SF), qu’il s’agisse de livres, de bandes dessinées ou de film. Elle explique pourquoi un livre peut faire l’objet d’une nouvelle traduction. Et pourquoi une nouvelle traduction n’est pas forcément meilleure que la précédente, ni pire d’ailleurs. Et, comme il s’agit de SF, il est question de terminologie, de néologisme et de créativité linguistique. Et, bien sûr, tout cela s’appuie sur des exemples.
Son livre est très pédagogique, par exemple à un moment elle cite des passages de livres de SF en anglais, à charge pour le lecteur ou la lectrice d’essayer de trouver comment les traductaires ont réglé le problème. Elle décortique ensuite les solutions.
On apprend beaucoup de choses sur les mécanismes linguistiques et, même si c’est centré sur la SF, sur le travail de traduction en général. D’ailleurs ça m’a fait penser à cette interview de Thierry Couton, traducteur de Terry Pratchett, par Benjamin Benoît (13 mars 2015).
Le Bélial, 2026, existe en version brochée avec rabats, ISBN : 978-2-38163-218-6, 19,90 € et en version EPUB sans DRM, ISBN ePub : 978-2-38163-219-3, 9,99 €.
L’alphabet touareg
Moins récent que les deux précédents, il est paru en 2015, ce livre de Dominique Casajus raconte l’histoire des systèmes d’écriture touaregs ou tifinagh1. Des, car ils varient d’une région à une autre.
Il remonte aux origines de l’alphabet touareg (avant notre ère) avec ses problèmes de déchiffrement pour arriver à nos jours avec l’introduction de nouvelles lettres.
Ce qui est intéressant aussi, dans son questionnement sur les alphabets touaregs, c’est celle concernant les alphabets dont deux :
attestés dans des aires qui se chevauchent en partie, seraient composés des mêmes signes mais leur donneraient des valeurs distinctes. En fait, pour des raisons que je détaille en annexe, la démonstration de René Rebuffat souffre de faiblesses méthodologiques rédhibitoires. De sorte que la question de savoir si les inscriptions contenant <∩+ utilisent ou non un alphabet spécifique doit pour l’instant rester en suspens. Personnellement j’aurais tendance à penser que les signes y ont la même valeur qu’à Dougga, à l’exception peut-être de deux ou trois d’entre eux ; la situation serait comparable à ce qu’il en est chez nous de part et d’autre des Pyrénées, où le J, le X, le Z ont une valeur ici et une autre là. Dira-t-on pour autant que les Français et les Espagnols utilisent deux alphabets distincts ? Lionel Galand est d’avis que oui, ce qui revient à donner un sens très restrictif à « alphabet ». En ce sens-là, il est très probable que l’alphabet des inscriptions à chevrons n’est pas celui de Dougga. En ce sens-là seulement.
Un questionnement que je trouve d’autant plus intéressant qu’Unicode a tranché, en ce qui le concerne, en décidant que tout ça (espagnol, français, allemand, etc.) tenait dans les différents blocs Latin indifféremment des langues et de leurs glyphes spécifiques.
Il évoque aussi une question qui m’intéresse très fortement et qui est celle du lien entre la forme de l’écriture et la nature de ses supports.
CNRS, 2015, version papier EAN : 9782271083395, 25 €, EPUB sans DRM EAN : 9782271085313, 17,99 €.
Soit dit en passant, il y a plein de livres qui ont l’air passionnants aux éditions du CNRS.
Bonnes lectures.
Et si vous en avez d’autres dans le même genre à suggérer, ne vous gênez pas.
-
Je reprends la graphie de l’auteur. ↩

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