Journal Hadopi encore, encore

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43
13
nov.
2018

Journal,

En ce moment, c'est la fête pour les représentants des ayant-droits.

Une directive de l'UE sur le droit d'auteur en cours de préparation qui risque de faire peser un risque financier très lourd pour les intermédiaires techniques et va probablement paralyser leurs activités sur le web dans l'UE.
Lire l'alerte de Susan Wojcicki, présidente de youtube.com à ce sujet :
https://youtube-creators.googleblog.com/2018/11/i-support-goals-of-article-13-i-also.html
C'est une offensive conservatrice qui vise à restreindre la liberté d'expression et à entraver le développement du numérique en Europe.

Et puis il y a eu la nomination de Frank Riester au ministère de la Culture et de la communication, l'ancien rapporteur de la loi qui a créée la Hadopi. Il y a aussi Aurore Bergé qui a publié 40 propositions sur l'audiovisuel dont 11, pas moins, concernent la Hadopi.

Ces deux personnalités politiques fondent leur action au service exclusif des intérêts de l'industrie française du divertissement et de la communication.

Ni l'un ni l'autre n'en font un mystère. Simplement, Franck Riester est plus prudent qu'Aurore Bergé quand il communique, pour autant, il n'hésite pas à s'afficher avec les représentants des ayant-droits et conforter leurs demandes de répression accrue.

Alors qu'Aurore Bergé est volontairement provocante, son discours est approximatif et non exempt d'inexactitude. Elle ne source jamais les références qu'elle emploie sur les modèles à l'étranger qui confortent selon elle ses propositions répressives.
Les aspects techniques semblent lui échapper ou bien elle s'en fout complètement.
Ses propositions officielles, là :
http://www.assemblee-nationale.fr/15/rap-info/i1292.asp

Cependant, si ces propositions n'engagent en rien les décisions gouvernementales, Aurore Bergé communique souvent sur son souhait de donner à la Hadopi une autorité de blocage et de déréférencement des sites par simple décision administrative transmise directement aux FAI et à Google.
Si le blocage des sites par les FAI est possible très rapidement, le déréférencement par les différents moteurs de recherche est beaucoup plus compliqué et demande pas mal de temps pour être effectif.

Or, il existe déjà depuis 2015 une autorité administrative qui permet de bloquer des sites dans le cas de terrorisme et de pédopornographie, l’Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l’information et de la communication (OCLCTIC) contrôlé par la CNIL qui publie des rapports annuels sur son activité.
On ne voit pas quel intérêt il y aurait à multiplier de telles autorités.

Il apparait bien plus urgent d'adapter le droit français aux réalités du numérique afin de permettre à l'autorité judiciaire d'étayer ses jugements en s'adossant à des lois idoines.

Ainsi c'est la cas en Grande Bretagne où il existe une jurisprudence favorable aux ayant-droits. Ainsi un récent jugement de la Haute Cour (2017 et 2018), impose aux FAI britanniques le blocage en temps réel des sites de streaming illégaux.
Il y a également la possibilité d'une réactualisation des sites à bloquer sans qu'il soit nécessaire d'entamer une nouvelle procédure.
Ici : https://torrentfreak.com/premier-league-obtains-piracy-blocking-order-for-2018-19-season-180719/

En Grande Bretagne le Intellectual Property Office (IPO) a négocié avec Google et Bing le déréférencement des sites en tenant compte des redirection 301.
Là : https://www.bbc.com/news/technology-39023950

On le voit le respect du droit et de l'action judiciaire peuvent être très efficaces dans une démocratie pour peu qu'il y ait une volonté politique.
Mais la classe politique française est hostile au judiciaire.

Le gouvernement britannique, conservateur, prévoit cependant de créer, peut-être, une autorité administrative pour imposer aux FAI et à Google blocage et déréférencement. Ce n'est en aucun cas pour accélérer les procédures qui sont déjà effectives en temps réel et renouvelables quasi automatiquement. C'est uniquement pour diminuer les coûts des procédures pour les ayant-droits. Cela a, au moins, le mérite de la franchise.
Voir ici : https://www.express.co.uk/life-style/science-technology/974933/Kodi-add-on-crackdown-movies-TV-shows-online-piracy-UK-Government-laws

Il n'en reste pas moins que la Hadopi, c'est sa grande faiblesse, a été conçu pour réprimer la demande et seulement cela, en clair, rechercher, avertir et punir les utilisateurs d'Internet pour usage illégal de données sous droit de propriété intellectuelle.

On a inventé un délit approximatif, celui de négligence caractérisée protégeant la propriété littéraire et artistique sur internet.
Ici : https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=?cidTexte=JORFTEXT000022392027
Les juges à qui reviennent de décider une contravention après réception d'un dossier de contrevenant envoyé par la CDP (Commission de Protection des Droits) définition ici :
https://www.hadopi.fr/organisation/commission-de-protection-des-droits
ont souvent des difficultés à caractériser l'intention délictueuse (un des fondements du Droit) des fautifs récidivistes alors ils ont recours à un simple rappel à la loi ce qui contrarie beaucoup les représentants des ayant-droits qui veulent beaucoup plus de répression.

Ils sont convaincus, Frank Riester et Aurore Bergé, personnalités de droite, de l'exemplarité de la peine. Une vieille lune des conservateurs qui prônent toujours des punitions sévères et massives pour dissuader d'éventuels délinquants.

Problème, seuls sont concernés ceux qui téléchargent des fichiers en peer to peer. C'est à dire moins de 15 % de ceux qui piratent des œuvres sous droits. Les autres, l'immense majorité, qui s'adonnent au DDL ou au streaming ne sont pas identifiables par des moyens techniques.
Pour ce qui est du piratage, sa proportion, les divers moyens utilisés, statistiques pour 2017, voir ici (attention pdf) : http://www.alpa.paris/wp-content/uploads/2018/06/Etude-Piratage-Internet-Anne%CC%81e-2017.pdf

En conférant à la Hadopi (ou la CPD) un pouvoir de transaction pénale dans le cadre de la procédure de réponse graduée, cela reviendra à ce que la personne poursuivie aura, soit la possibilité de reconnaitre sa culpabilité en échange de quoi elle sera passible d'une amende forfaitaire (montant proposé d'environ 500 €), soit la personne choisira de se défendre devant une juridiction et elle courre le risque d'être pénalisée d'environ 1500 € si sa responsabilité est reconnue.

Il s'agit là d'un très net durcissement de la riposte graduée qui aura alors un versant plus punitif que dissuasif.

Il existait aux USA jusqu'en 2017, un système analogue à la riposte graduée française, Six strikes anti-piracy initiative, faute de résultat probant pour la lutte anti piratage, ce dispositif a été abandonné. Si un nombre significatif de personnes alertées par leur FAI arrêtaient de pirater, comme l'ont reconnu les représentants des ayant-droits, cela n'empêchait pas un noyau dur de continuer à pirater malgré le risque de voir couper sa connexion internet comme souvent ça été le cas.
Sur ce sujet voir : https://www.theverge.com/2017/1/30/14445596/six-strikes-piracy-system-failed-ending

On peut penser qu'en France, la grande majorité des personnes averties par la Hadopi, cessent leur activité de piratage. En ce sens, la riposte graduée fonctionne. Malheureusement, on n'a pas d'information sur la récidive opiniâtre.
Pourtant la Hadopi reconnaît que les deux tiers des personnes averties cessent leur pratique illégale avant le 3ème avertissement, ici (2ème trimestre 2018) : https://www.hadopi.fr/ressources/chiffres-cles-la-reponse-graduee

Je rappelle que la riposte graduée s'applique à moins de 15 % du piratage estimé en France. La grande majorité, particulièrement ceux qui utilisent les sites de streaming illégaux sont indétectables.

La systématisation des sanctions pour une minorité n'aura probablement pas d'effets dissuasifs pour la majorité. L'exemplarité de la punition n'a jamais fonctionné pour diminuer la délinquance.
Orienter la répression du piratage sur la demande est une fausse piste.
La seule manière efficace de lutter contre la contrefaçon et le piratage c'est de réprimer l'offre. Pour le streaming, il n'y a que ça qui donne des résultats. Ni Frank Riester, ni surtout Aurore Bergé, encore moins les ayant-droits ne le reconnaissent mais les propositions d'évolution de la Hadopi oriente celle-ci résolument vers la répression de l'offre.
Mais ce n'est pas clairement énoncé.

On peut parler de déficit du politique, d'un recul de la démocratie, en ce sens que les objectifs des politiques et des ayant-droits, c'est de maintenir la pression sur les utilisateurs d'Internet et d'avancer, peu à peu mais de façon certaine vers la surveillance généralisée et individuelle de ceux-ci.

Aurore Bergé, qui n'en manque pas une, a plusieurs fois énoncé qu'il fallait contraindre les GAFAs par tous les moyens juridiques ou administratifs. Elle prend position contre les acteurs dominants du numérique soi-disant en défense des intérêts des acteurs français.
Voir son tweet qu'elle a épinglé en tête de sa timeline : https://twitter.com/auroreberge

Pas une seule fois, elle a proposé de négocier avec ces acteurs incontournables pour collaborer avec eux afin de réduire la fraude.
Au contraire, elle s'en est pris à chacun d'eux comme s'ils étaient complices des piratages.
Ainsi elle a prétendu qu'on pouvait contraindre Facebook à enlever les liens vers les sites illicites rapidement, comme en Grande Bretagne. Alors que c'est évidemment impossible et qu'il n'existe rien de semblable dans ce pays.

On pourrait penser qu'après tout attaquer les GAFAs, ce n'est pas grave, que c'est même justifié, en regard de leur pratiques intrusives et de leurs abus de domination sur leurs marchés.

C'est en fait, une charge contre le numérique et Internet qui ne présage pas d'une évolution positive en ce qui concerne les activités numériques en France.

Enfin, pour conclure, quelles que soient les contre mesures existantes ou à venir pour lutter contre le piratage, il y a déjà des moyens de les contourner. Et d'autres viendront qui simplifieront le contournement pour les utilisateurs les moins chevronnés.

J'en veux pour preuve le cas des boitiers sous androïd qui sont dédiés au streaming avec l'application Kodi. Ce n'est pas encore très répandu en France. Par contre dans les pays anglo-saxons, particulièrement aux USA et en Grande Bretagne, c'est devenu le principal moyen de piratage.
En soi le dispositif et l'application Kodi sont parfaitement légaux.
Mais on peut installer des extensions dédiées à la connexion vers des sites pirates.
On trouve ainsi des dispositifs pré-installés et paramétrés pour pirater à l'usage des néophytes. Ces ventes sont illégales et sévèrement punies.
Voir ici : https://www.express.co.uk/life-style/science-technology/942492/Kodi-crackdown-add-ons-illegal-streaming-Premier-League-online-piracy

Il est fort à parier qu'on pourra acheter sur Internet dans les années à venir des dispositifs analogues et tout aussi pernicieux sur des sites de revendeurs situés en Russie ou en Asie. Là où sont installés la très grande majorité des serveurs de streaming illégal.

On le voit la lutte contre le piratage est complexe lors qu'on a à faire à des acteurs très organisés qui ont industrialisé ces activités et se financent par différents moyens.
Seuls des coopérations internationales entre états et acteurs majeurs du numériques pourront s'opposer au piratage. Agir à différents niveaux, y compris financiers, c'est la seule piste.

Si on cantonne les mesures au seul territoire national en agissant uniquement sur des mesures de restrictions des usages sur Internet, on va droit dans le mur, l'échec est certain.

Enfin, j'ajoute que je suis respectueux du droit d'auteur, qu'en bon militant du libre, je suis très attentif aux licences. C'est pourquoi, je ne détaille aucun moyen de contournement car je ne souhaite pas faciliter le piratage que je trouve nocif pour mes propres activités sur Internet.
Et je tiens à ma vie privée et à la liberté d'expression et d'activité sur le net.

Voilà, j'en ai gros sur le cœur, c'est pourquoi j'ai rédigé ce journal. j'ai mis un maximum de liens pour sourcer mes informations. j'espère qu'ils vont serviront à mieux comprendre ce qui nous attend dans les mois à venir.

  • # pas le même vécu

    Posté par  . Évalué à 10.

    On peut penser qu'en France, la grande majorité des personnes averties par la Hadopi, cessent leur activité de piratage. En ce sens, la riposte graduée fonctionne. Malheureusement, on n'a pas d'information sur la récidive opiniâtre.

    Décidément on n'a pas le même vécu, les quelques personnes que je connais a avoir reçue une lettre hadopi ce sont abonnées a un VPN…

    • [^] # Re: pas le même vécu

      Posté par  (site web personnel) . Évalué à 10.

      Même ceux qui n'ont rien réçu… ;)

    • [^] # Re: pas le même vécu

      Posté par  (Mastodon) . Évalué à 8.

      J'allais répondre sur la même phrase.
      Il est nettement plus probable qu'ils ont simplement changé de méthode de téléchargement.

      15% cèdent à la solution la plus simple jusqu'à ce qu'on leur donne un coup de pied au cul et qu'ils passent à un peu plus complexe mais moins détectable.

      Bref, d'une efficacité terrifiante la Hadopi, elle permet aux Michus en tout genres de s'impliquer un peu plus dans leur utilisation de la technologie, voire qui sait de se poser leurs premières questions sur leur empreinte numérique, les atteintes à leur vie privée, etc.

      Peut-être bien que certains deviennent plus attentifs aux messages de nos précieuses associations de défense des logiciels libres et des libertés individuelles sur internet !

      On a les statistiques comparées de l'utilisation de TOR-browser en parallèle à la montée en charge d'HADOPI ?

      Yth, bref…

      • [^] # Re: pas le même vécu

        Posté par  . Évalué à 9.

        J'ai évidemment pas plus de statistique que vous pour appuyer mes arguments, mais permettez moi de douter que les Michus se soient rabattus en masse sur des VPN ou sur Tor.

        J'ai plutot l'impression qu'il y a eu migration vers les sites de streaming et vers les offres légales type Spotify/Netflix.

        • [^] # Re: pas le même vécu

          Posté par  . Évalué à 4. Dernière modification le 14 novembre 2018 à 10:54.

          Je suis d'accord que les personnes non averties sur la technique passent sur des abonnements type bouquet xxx ou netflix.
          Il n'en reste pas moins que les autres qui se sentent techniquement aptes ainsi que leurs ami(e)s néophytes -"dis Robert(*) tu peux m'installer le VPN pour xx" - , ont la possibilité de :
          - TOR
          - VPN
          - debrideurs
          - etc

          et deviennent alors invisibles aux stats. Dans ce cas HADOPI n'a eut juste pour effet de faire "migrer" ces utilisateurs sans jamais les obliger à stopper le téléchargement, et de ce que j'en ait constaté : bien au contraire un marché très florissant à émergé.J'ai encore en tête l'arrestation de Zone téléchargement ( 10M€ sur 10ans quand même)

          Reste à savoir quelle proportion ils représentent.

          (*) même si vous ne vous appelez pas Robert ça marche aussi

          • [^] # Re: pas le même vécu

            Posté par  . Évalué à 5. Dernière modification le 14 novembre 2018 à 10:59.

            C'est quand même vrai que de manière totalement indépendante d'Hadopi, les offres légales se sont diversifiées. Au bout d'un moment, si ça coute moins cher de passer par une offre légale avec son moteur de recherche associé, pourquoi un être humain normalement constitué irait-il s'engager dans une démarche masochiste à base de Tor, de VPN ou autre?

            • [^] # Re: pas le même vécu

              Posté par  (site web personnel) . Évalué à 7.

              Au bout d'un moment, si ça coute moins cher de passer par une offre légale avec son moteur de recherche associé

              Il n'y a pas que le prix. Parfois l'offre légale est pleine de DRM et de publicité là où l'offre illégale ne contient que le contenu désiré.

              • [^] # Re: pas le même vécu

                Posté par  . Évalué à 4.

                On peut aussi inversement constater que les offres legales:
                - le contenu est correctement encode (Netflix fait un superbe boulot de ce cote la)
                - la qualite de la video change dynamiquement si la bande passante diminue => marche nickel derrière une connection 4G
                - les sous titres sont correctement fait et synchronises
                - les applis mobiles sont simplissimes et supportent le mode hors ligne
                - le nouveau contenu est mis en avant, les playlist par exemple donnent constamment des nouvelles choses a decouvrir.

                Pour moi, ce que tu dis était vrai dans les années 2000-2010, mais clairement aujourd'hui l'offre legale est bien plus simple et agréable a utiliser que le tipiak.

                • [^] # Re: pas le même vécu

                  Posté par  (site web personnel) . Évalué à 10.

                  'offre legale est bien plus simple et agréable a utiliser que le tipiak.

                  Toujours pas. Est-ce que l'offre légale me donne un bête fichier vidéo que je peux lire comme je veux? La réponse est toujours non.

                  Le post ci-dessus est une grosse connerie, ne le lisez pas sérieusement.

                  • [^] # Re: pas le même vécu

                    Posté par  (site web personnel) . Évalué à 1.

                    Même ressenti.

                    Le fait d'avoir le fichier nu sans DRM est aussi indispensable:

                    • En situation de bas débit : Non, la 4G n'est pas disponible partout, et oui, pour certains le "haut-débit" c'est 1Mbps. Même en 2019.
                    • Pour le choix des appareils de lecture vidéo - pourquoi je n'aurais pas le droit de regarder mes vidéos sur un raspberry pi sous VLC ou kodi !?

                    Il y a aussi le changement des conditions d'usage de la part des sites (dernièrement, le partage de compte familial netflix, qui était pourtant l'un des arguments de vente), ou bien la disparition de contenu lié à des problèmes de droits ou d'autorisation.

                    Moi je pense que la copie de fichier entre particuliers sans autorisation des ayants-droits a de beau jour devant elle, et d'autant plus avec l'article 13 de l'EU, qui va criminaliser encore davantage les plateformes.

            • [^] # Re: pas le même vécu

              Posté par  . Évalué à 2. Dernière modification le 14 novembre 2018 à 11:38.

              ce qui est signe que les fournisseurs de VOD s'adaptent mieux à la demande.
              Cependant, il y à encore des raisons pour que les Netflix, Canal+ etc ne soient pas suffisants :
              - bien que je ne sois pas spécialiste je sais que les licences pour le football ne sont pas concentrés sur une même offre.
              - même chose pour les séries : pouvoir regarder les séries que l'on veut impose de mixer en fonction des licences : Netflix et Amazon premium et Canal+ (j'aime bien le bureau des légendes) … .
              Je connais personne qui accepte ça.

              • [^] # Re: pas le même vécu

                Posté par  . Évalué à 3.

                Effectivement, l'extrême concurrence entre les offres légales entraine la segmentation de l'offre par des accords d'exclusivité.
                C'est particulièrement le cas pour le football, où il faut souscrire à plusieurs offres légales pour suivre une équipe, comme le PSG selon le type de compétition où elle est engagée.
                Cela peut représenter près de 100 €/mois.
                Cette fragmentation de l'offre légale est l'argument le plus mis en avant par les internautes pour justifier l'utilisation de streaming illégal.

                • [^] # Re: pas le même vécu

                  Posté par  . Évalué à 7.

                  Cette fragmentation de l'offre légale est l'argument le plus mis en avant par les internautes pour justifier l'utilisation de streaming illégal.

                  Pour le foot, on s'éloigne quand même de la culture et du droit d'auteur. Le foot est un spectacle, un évènement spécifique, avec toute une économie qui va derrière (salaires mirobolants, organisation des compétitions…). Typiquement, regarder un match de foot en P2P 6 mois après qu'il ait eu lieu, ça n'est pas très courant :-) Le «piratage» du foot, c'est plus des problèmes de diffusion des flux TV.

                  D'ailleurs, pour le foot, c'est difficile d'utiliser l'argument de l'accès à la culture. Un peu de la même manière qu'on trouverait étrange d'avoir un droit d'assister à un match gratuitement…

              • [^] # Re: pas le même vécu

                Posté par  . Évalué à 2.

                Moi je trouve rigolo que, par exemple, pour ceux qui aime le foot il est absolument impossible de regarder de facon legale la Ligue des Champions…

            • [^] # Re: pas le même vécu

              Posté par  . Évalué à 3. Dernière modification le 14 novembre 2018 à 11:58.

              Sauf que comme le dis un article recent, la multiplication des offres incompatibles fait que le download de fichier sans passer par des sites officiels est en train de revenir car entre les contenu dispo uniquement sur Netflix, amazon ou le futur Disney+, les clients potentiels en ont marre et n'ont pas des portefeuilles extensibles a l'infini.

              • [^] # Re: pas le même vécu

                Posté par  . Évalué à 3.

                C'est un peu faux argument je trouve. L'avantage de ces offres, c'est que tu peux facilement les arrêter. Tu peux faire quelques mois sur Netflix, et lorsque tu as épuise le catalogue, tu coupes et tu passes sur Amazon.

                Le souci, c'est plus les séries qui passent sur Canal, et là, pour ma part, le tarif est au dessus du prix que je suis prêt a mettre.

        • [^] # Re: pas le même vécu

          Posté par  . Évalué à 3.

          permettez moi de douter que les Michus se soient rabattus en masse sur des VPN ou sur Tor.

          J'ai plutot l'impression qu'il y a eu migration vers les sites de streaming et vers les offres légales type Spotify/Netflix.

          Ce n'est pas incompatible : je connais des personnes qui sont béotiens en informatique mais ont "un voisin qui s'y connait un peu" qui leur a installé un VPN pour s'abonner à Netflix en Uruguay car "c'est moins cher et tu as accès au catalogue américain"…

          Pour moi, ça semble simplement le pire des deux mondes, mais bon…

      • [^] # Re: pas le même vécu

        Posté par  . Évalué à 1.

        Bien vu.
        En France, il n'y a pas d'information sur les méthodes employées par les utilisateurs pour pirater.
        Dans les pays anglo-saxons, USA, Grande Bretagne et Australie notamment, il y a eu une très forte augmentation de l'utilisation des services de connexions chiffrées (VPN).
        Évidemment il y a eu des tentatives de contre-mesures de ces services par les FAI 'en Australie principalement) mais, bien sûr, elles sont facilement contournables.

        J'avais lu sur un site d'information américain que plus de la moitié des internautes américains utilisaient des connexions chiffrées, malheureusement je n'ai pas retrouvé l'info.
        Sur le site https://torrentfreak.com qui poste pratiquement chaque jour des articles sur l'évolution du piratage dans le monde, remarque cependant : " [USA] Nevertheless, large numbers are also taking precautions, by using anonymization technologies including VPNs."

    • [^] # Re: pas le même vécu

      Posté par  . Évalué à 1.

      Ta remarque est très intéressante. Effectivement, on ne peut pas savoir combien parmi ceux qui ont été avertis sont passés à des modes de piratage indétectables par la Hadopi.
      Ça m'a échappé au moment où j'ai écrit ce journal.
      Les études par Médiamétrie (https://www.mediametrie.fr/internet/) auprès des internautes n'abordent pas du tout cet aspect de l'évolution des méthodes de piratage.

      • [^] # Re: pas le même vécu

        Posté par  . Évalué à 3.

        Pour moi c'est tout l'effet pernicieux: dire que depuis HADOPI il y à eut une baisse du piratage est un détournement bien volontaire pour faussement laisser croire à sa bonne marche. C'est comme dire que 50 % des gens sont d'accord pour utiliser HADOPI quand on à interrogé 5 personnes d'un village du Larzac .

        • [^] # Re: pas le même vécu

          Posté par  . Évalué à 1.

          Je pense qu'il s'agit là d'une limite de la méthode employée par Médiamétrie pour évaluer le piratage par les utilisateurs.
          Ils choisissent d'interroger des volontaires, quelques milliers, sur leurs pratiques. Ils vont même jusqu'à installer un logiciel sur leur ordinateur.

          C'est donc du déclaratif et c'est très dépendant de la composition du panel.

          • [^] # Re: pas le même vécu

            Posté par  . Évalué à 2.

            ET pour rappel le billet de l'excellent site desillusions explique clairement mes propos où volontairement les stats ou les chiffres en général n'engagent que ceux qui les lisent.

            PS:et en passant je ne saurais trop recommander la partie "Zétetique" ou effet cigogne.

    • [^] # Re: pas le même vécu

      Posté par  . Évalué à 8.

      Il est tout à fait possible de faire beaucoup de p2p sans jamais recevoir le bonjour de l'hadopi : il suffit d'exclure les œuvres françaises ou VF.

      • [^] # Re: pas le même vécu

        Posté par  . Évalué à 0.

        Pas mal !

      • [^] # Re: pas le même vécu

        Posté par  (site web personnel) . Évalué à 5.

        Je sais pas si c’était ironique, mais c’est complètement faux, les deux fois où j’ai été flaggué HADOPI c’était pour des trucs américain.
        (La série Hannibal et le film Ant-Man)

        C’est un des trucs les plus tristes à propos de la HAPODI je trouve, ça a été vendu pour protéger la culture française et ils ne surveillent que des trucs américains pleins de fric (La première condamnation était pour des chansons de Rihanna il me semble. Donc l’argument du petit artiste français sans le sou…).

        Par contre ce qui est vrai c’est qu’éviter la culture mainstream permet vraisemblablement d’éviter HADOPI puisqu’ils ne semblent surveiller que les gros trucs du moment.

        • [^] # Re: pas le même vécu

          Posté par  . Évalué à 3.

          Et c'était VF ou VO?

          Je peux appuyer ma remarque précédente par des preuves statistiques sur un grand nombre d'œuvres : uniquement celles françaises ou VF ainsi que récentes ont déclenché un avertissement quasi-immédiat, alors que des gros blockbusters ricains VO, même disponibles juste avant leur sortie cinéma en France passaient sans faire de vague.

          Après il est possible que d'autres paramètres entre en jeux, comme le FAI, le lieu de résidence, le logiciel utilisé et sa configuration, ou d'autres choses, mais cela ne coïncide pas vraiment avec la différence de traitement constatée entre le type d'œuvre.

          • [^] # Re: pas le même vécu

            Posté par  (site web personnel) . Évalué à 2.

            VO pour la série, le film je sais pas c’était pas moi, juste ma connexion.

            Avec cette expérience et en ayant lu que yavait eu condamnation pour du Rihanna je pensais vraiment qu’ils surveillaient que les gros trucs ricains.

            Ça doit juste être les gros trucs tout court alors ^

      • [^] # Re: pas le même vécu

        Posté par  . Évalué à 5. Dernière modification le 14 novembre 2018 à 16:41.

        Il est tout à fait possible de faire beaucoup de p2p sans jamais recevoir le bonjour de l'hadopi : il suffit d'exclure les œuvres françaises ou VF.

        Je télécharge et partage des torrents (films) depuis des années, machine allumée 24/365, aucune protection particulière (pas de VPN, pas de filtrage d'IP), et le seul courrier de la HADOPI mentionnait un truc que je n'ai jamais téléchargé (un navet français avec Kev Adams je crois). Jamais eu de nouvelles.

        Donc c'est vraiment très très variable.

    • [^] # Re: pas le même vécu

      Posté par  (site web personnel) . Évalué à 4.

      Eh oui, les gens sont prêts à payer pour pouvoir télécharger librement..

      Pour rappel (et l'histoire) : https://www.numerama.com/politique/135815-il-y-a-10-ans-les-deputes-votaient-la-licence-globale.html

  • # Super journal

    Posté par  . Évalué à 9.

    Merci d'avoir condensé autant d'infos pour nous. Quelle débauche de moyens pour combattre les pédonazis pirates de l'internet ! Si seulement on consacrait autant d'énergie et d'argent à combattre l'évasion et l'optimisation fiscale, la corruption et les crimes de guerre…

    • [^] # Re: Super journal

      Posté par  . Évalué à 3.

      C'est très sympa !
      Les déclaration de Frank Riester, Aurore Bergé et Mounir Mahjoubi m'ont inquiété. Ces personnalités manquent d'envergure pour les responsabilités qui sont les leurs.

      Bien que je ne sois pas concerné par le piratage, j'ai voulu faire le point sur l'état de ce phénomène en 2018. D'où ce journal.
      Mais le phénomène du piratage a pris un tour inquiétant, pour en mesurer l'ampleur voir ce site qui donnent des statistiques sur l'aspect financier de ces activités devenues très lucratives :
      https://www.thesslstore.com/blog/2018-cybercrime-statistics/

      C'est en anglais, on ne trouve pas d'information aussi complètes et documentées en français.

      • [^] # Re: Super journal

        Posté par  . Évalué à 6. Dernière modification le 14 novembre 2018 à 16:36.

        En même temps, le P2P c’était beaucoup de partage et peu d’organisation et c’est le seul piratage auquel se sont réellement attaqués les industriels du divertissement. Le streaming et dérivés sont la solution technique à disposition du pirate-consommateur pour se cacher. Ça le rend aussi dépendant d’un pirate-hébergeur qui en profite pour rendre la chose lucrative, via de la pub, du minage de cryptomonnaie en javascript ou autre innovation disruptive de la cyber-startup-nation des méchants (celle des gentils développe les outils de filtrage automatisés pour Youtube et Facebook, pour rendre l’offre illégale encore plus attractive).

        C’est l’industrie du divertissement qui a fait la place pour un business model viable sur le piratage.

  • # Le cas suédois: le censeur censuré

    Posté par  . Évalué à 10. Dernière modification le 14 novembre 2018 à 12:29.

    … Ou comment le blocage d'un site par un gros ayant-droit, imposé par la justice, sur une FAI hostile à la censure peut se retourner contre le plaignant et les autorités judiciaires.

    Ici, il s'agit d'Elsevier, notoirement connu pour être une plateforme payant l'accès aux publications scientifiques, qui a gagné un procès contre un FAI Bahnhof.

    D'après TorrentFreak, la FAI a décidé de ne faire pas faire appel du procès intenté par Elsevier car elle n'a pas les ressources financières de faire un second procès.

    La FAI a bien respecté la décision judiciaire de bloquer les sites "pirates". Par contre, elle a pris soin de bloquer l'accès au site de l'ayant-droit pour ses abonnés et de bloquer l'accès à leur propre site aux visiteurs issus de la cour de justice du pays. La page de protestation est publié en suédois, où on peut à la fin de la page prendre un modèle de lettre à envoyer au ministre de la justice Morgan Johansson.

    Notons que pour Elsevier, sa victoire judiciaire est malgré cela une mince consolation car elle a déjà perdu la majeure partie des contrats avec les universités allemandes et suédoises. L'éditeur aura beaucoup de souci à faire à l'avenir avec ses clients restants qui envisagent d'embrasser la vague de l'open access et de s'engager à rendre les publications libre d'accès dans moins de 2ans.

    Pour aller plus loin et inviter les autres ayants-droits à réfléchir à deux fois sur les moyens de répression, j'ai déniché une tribune en anglais sur l'aveu d'échec de lutter contre "le piratage" dans le domaine de la publication scientifique.

    • [^] # Re: Le cas suédois: le censeur censuré

      Posté par  . Évalué à 3.

      Merci pour ce commentaire. C'est un peu différent du piratage mais cela démontre que les abus d'ayant-droits qui font des procès à tour de bras peuvent représenter une menace pour la liberté d'expression.

      C'est pourquoi, l'article 13 de la prochaine directive européenne sur le droit d'auteur est une grave menace pour les intermédiaires techniques qui seront responsables des contenus sous droits publiés par des tiers.

      Une grave entorse à l'accès à l'information.

      • [^] # Re: Le cas suédois: le censeur censuré

        Posté par  . Évalué à 6.

        C'est pire que ça car les scientifiques sont forcés de transférer leur droit (oui oui je sais c'est un choix mais bon jaime bien les critiques de ce style qui ne connaissent pas le milieu) alors qu'ils font 99% du boulot gratuitement du point de vue de elsevier. Du coup la je suis bien content du retour de bâton !

  • # HADOPI n'a pas été créée pour stopper le «piratage»

    Posté par  . Évalué à 2.

    À chaque fois que l'on parle d'HADOPI, on fait des constats sur le «piratage» d'œuvres, comment c'est surveillé, quelles œuvres, pourquoi, comment contourner etc. La loi HADOPI a été écrite par les ayant-droits et commandée au gouvernement de l'époque pour leur éviter de devoir remettre en question leur modèle économique mis à mal par l'arrivée d'Internet. Et quand il s'agit de faire plaisir aux copains, on sort une loi qui ne respecte pas les droits fondamentaux de l'Homme (liberté d'expression), qui met sa petite pierre à l'édifice de surveillance généralisée (par une entreprise privée tant qu'à faire), qui vise à condamner sans preuve (adresse IP) des citoyens qui DOIVENT être des experts en sécurité informatique (faute de pouvoir utiliser le fameux logiciel de sécurisation HADOPI qu'on attend toujours). Bref on peut tourner en rond longtemps sur le sujet si on le prend au premier degré (la lutte contre la contrefaçon des œuvres bla bla bla.), ce qui ne mènera jamais à rien puisque ça n'était pas le but.

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