Journal Bug : Enki Bilal

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12
25
fév.
2026

Sommaire

Le tome 4 de la série Bug est paru le 29 octobre dernier. Dans cet univers cyberpunk teinté de fantastique, l'an 2041 voit la disparition brutale et inexpliquée de la totalité des données numériques de l'humanité, avec les conséquences que l'on imagine. Au même moment, le héros Kameron Obb, de retour d'une mission sur Mars, se retrouve porteur non seulement d'un bug, une bestiole alien bleue, mais également de l'intégralité des mémoires informatiques volatilisées, ainsi que d'une tache bleue qui se répand progressivement sur tout son corps. Un des moteurs de l'intrigue est la poursuite du héros par diverses organisations et groupuscules qui veulent mettre la main sur les données qu'il est désormais seul à détenir. Alors que le héros essaye quant à lui de retrouver sa fille Gemma.

Le thème d'un arrêt brutal de l'univers technique est bien sûr aussi vieux que la science-fiction et me rappelle en particulier La machine s’arrête (The Machine Stops) d'Edward Morgan Forster (1909) et Ravage de Barjavel (1943). Ici, ce n'est pas l'électricité qui disparaît, comme dans Ravage, mais la totalité de l'univers numérique que l'humain « moderne » s'est créé et dans lequel il s'est immergé. Voilà qui permet à Enki Bilal de nous interroger sur notre dépendance au numérique et sur notre humanité. Car, comme si la vie biologique n'était pas déjà suffisamment compliquée, nous voilà bien désormais affublés d'une « vie numérique » à gérer, que nous avons peur de perdre et de nous faire voler. Une seconde vie qui s'ajoute à la précédente.

Bilal a toujours été un sismomètre qui capte les tendances dans l'air du temps. Que toutes nos données disparaissent des serveurs jusqu'à la dernière des clefs USB est une fiction, mais qu'un pays se coupe volontairement de l'internet mondial ou a contrario se voit coupé de certains services numériques étrangers n'en est plus une. Comme l'artiste le répète régulièrement, « la Science-Fiction n’existe plus réellement » puisque nous vivons au sein de l'univers technique que nous avons créé.

Ces histoires de bug et de taches bleus me font vaguement penser à la Couleur tombée du ciel. Et Lovecraft est bien une influence de jeunesse de Bilal. On note également des poissons volants autour du héros, ici essentiellement des murènes bleues, un étrange thème récurrent chez l'artiste, qui doit symboliser entre autres choses le dérèglement des écosystèmes, un thème qu'il a déjà traité. Tout comme la mémoire qui est également un de ses thèmes majeurs.

Comme le souligne Bilal dans ses interviews, ses œuvres ne sont pas dénuées d'humour. En témoigne par exemple la couverture du tome 3 de Bug : « look néo-bug lapin-rose-bonbon et avion de combat », comme dit Gemma lors de leurs retrouvailles. Après tout, voilà Kameron Obb ultime baron de la Tech ; il peut bien se permettre quelques bouffonneries.

Avec Bug, Enki Bilal est au sommet de son art. Les dessins sont superbes. La page de la série sur le site de casterman propose une belle vidéo (mais sur YT) où on le voit au travail : dessin au crayon, peinture acrylique, fixateur, etc. Évidemment, on n'est pas obligé d'aimer son style, les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas. Et pour se lancer dans la lecture d'une BD, aimer le style du dessinateur est essentiel. D'ailleurs, Bilal, j'y suis revenu à différents moments de ma vie et j'avoue que sur le long terme je ne me souviens pas des intrigues, mais plutôt de son univers et de son style graphique.

La difficulté pour suivre cette série Bug est que les quatre tomes sont parus en 2017, 2019, 2022 et 2025. Re-feuilleter les tomes précédents à chaque nouvelle parution ne fait donc pas de mal. Mais à 74 ans, l'artiste a raison de prendre son temps. Et il en faut car il travaille seul : dessin, couleur, scénario, etc. On attend Bug 5, en cours d'élaboration, qui sera le dernier tome : « une sorte de testament provisoire, qui reflétera notamment mon cheminement dans la bande dessinée. »

Je m'arrête là. C'est donc peut-être un peu court et pas aussi bien articulé que je le souhaiterais, mais l'écriture de ce journal est garantie sans usage d'implant neuronal IA. Il est au contraire issu d'une rumination d'origine biologique, au fil de nombreuses semaines. Et il y aura bien quelques Linuxfriens fans de Bilal qui compléteront.

Bibliographie antéchronologique

  • # Thème de l'arrêt brutal de la technologie

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    Le thème d'un arrêt brutal de l'univers technique est bien sûr aussi vieux que la science-fiction et me rappelle en particulier La machine s’arrête (The Machine Stops) d'Edward Morgan Forster (1909) et Ravage de Barjavel (1943).

    On pensera aussi au plus récent Bikepunk de Ploum< !

    (Ploum< tu me dois un Mars !)

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