Sommaire
- Le cœur : le logiciel libre
- Ce dont vous avez réellement besoin
- Un mot rapide sur les options propriétaires
- Pour conclure
En se renseignant sur la vidéosurveillance sous Linux, on peut tomber sur ce journal de 2004. Depuis, bien des choses ont changé, évidemment — la vidéosurveillance s'est largement démocratisée, les outils pour la faire sous Linux se sont multipliés, et beaucoup sont désormais bien connus. On s'est donc dit qu'on allait dresser une liste des solutions d'aujourd'hui, avec leurs avantages et leurs inconvénients.
Cela fait plus de 20 ans que nous développons notre propre logiciel commercial de vidéosurveillance (Xeoma), et chemin faisant nous avons forcément croisé — et fini par réellement apprécier — quantité d'excellentes alternatives open source. Voici donc notre tour d'horizon, plus un aperçu rapide de ce que les solutions commerciales proposent en retour.
Un mot sur l'éthique, parce que ça a sa place ici : une caméra pointée au mauvais endroit est un problème juridique et moral, pas seulement technique. En France, filmer la voie publique, la propriété d'un voisin ou une entrée commune peut vous attirer des ennuis côté RGPD/vie privée — un débat récurrent, et sain, par ici. L'auto-hébergement, c'est en partie ça : garder ces données sous votre propre contrôle.
Le cœur : le logiciel libre
Motion / MotionPlus (+ motionEye)
Le vétéran, et toujours l'option la plus légère. Motion est un petit démon en C qui fait de la détection de mouvement et enregistre de courts extraits depuis des caméras USB ou réseau, en déclenchant des scripts sur évènement. MotionPlus en est l'évolution moderne, et motionEye lui ajoute une interface web. Son grand atout pour ce public : il consomme très peu, donc il tourne sans peine sur un Raspberry Pi ou une vieille machine basse consommation — la fameuse recette « transformer un Pi en caméra ». N'attendez pas de reconnaissance d'objets ; c'est de la détection de mouvement au pixel, et c'est très bien pour beaucoup d'usages. (C'était déjà la réponse toute trouvée dans ce fil de 2004 — et il est toujours là.)
ZoneMinder
Le doyen, de qualité industrielle. ZoneMinder est un logiciel libre (GPL), natif sous Linux, avec des paquets Debian/Ubuntu. Il gère les caméras IP, analogiques et USB, parle ONVIF, dispose d'une véritable API, d'applications Android/iOS, de zones, de rôles utilisateurs et de notifications. Le revers, admis un peu partout y compris par des utilisateurs de longue date : c'est lourd et réputé pénible à régler — une vraie « usine à gaz ». La détection d'objets n'est pas native, mais le serveur d'évènements ZMES lui greffe de la reconnaissance par apprentissage profond. Il tourne sur un Raspberry Pi, mais il est plus à l'aise sur un petit serveur allumé en permanence. Plus de contenu sous le tag zoneminder.
Frigate
Le chouchou actuel des adeptes de l'auto-hébergement, et à juste titre. Frigate (code sous licence MIT) est un NVR entièrement local bâti autour de la détection d'objets en temps réel (TensorFlow/OpenCV), avec une intégration poussée à Home Assistant, du MQTT et du ré-envoi de flux RTSP ; il enregistre en fonction de ce qu'il voit (personne, voiture, animal) plutôt que du mouvement brut. Le hic, c'est le matériel : la détection sur CPU seul n'est pas viable, il vous faut donc un accélérateur — un Coral EdgeTPU de Google, ou un Hailo-8L via le Raspberry Pi AI Kit. Sur un Raspberry Pi 5 avec un tel accélérateur, ça vole ; sur un Pi 4 à 2 Gio, on est très en deçà des prérequis. Des retours de première main ici le jugent d'une facilité déconcertante à configurer face à ZoneMinder — une fois qu'on lui donne un TPU.
Aparté pratique, tiré directement des fils LinuxFr : si vous enregistrez à des fins d'assurance, gardez le stockage caché ou déporté. Lors d'un cambriolage, les premières choses à disparaître sont l'électronique, les bijoux… et l'enregistreur de vidéosurveillance lui-même.
Viseron
Si vous voulez l'IA de Frigate avec en plus la reconnaissance faciale et la classification d'images, Viseron est un NVR open source, strictement local, écrit en Python : détection d'objets (YOLO/OpenCV, TensorFlow, Coral EdgeTPU), détection de mouvement, reconnaissance faciale, intégration HA via MQTT, et des images Docker multi-architectures — dont des builds pour Raspberry Pi 3B+/4 et Jetson Nano. Avertissement du projet lui-même : les fonctions d'IA lourdes ne sont pas vraiment faites pour un Raspberry Pi ; offrez-lui une machine Intel ou un GPU/accélérateur.
Shinobi
Shinobi (Node.js + FFmpeg) est un NVR moderne, web, prenant en charge des milliers de caméras IP et USB. Il existe en deux éditions : Shinobi CE, libre et open source sous GPLv3, et une édition Pro commerciale. Il est multiplateforme — Linux, macOS, Windows et ARM (Raspberry Pi) — et s'installe proprement via Docker.
Kerberos.io
Kerberos Agent est un enregistreur libre et open source, à l'aise sur une seule caméra, doté d'une interface web épurée. Son atout ici : une image Raspberry Pi prête à l'emploi et des conteneurs Docker pour AMD, ARM7 et ARM64, ce qui en fait un choix naturel pour du matériel basse consommation. Attention à la limite : l'Agent est entièrement local et gratuit, mais certaines briques de la plateforme Kerberos plus large (Vault/Hub, visionnage distant facile) penchent vers le cloud/l'entreprise.
go2rtc — le liant
Ce n'est pas un NVR, mais c'est bon à connaître : go2rtc est un multiplexeur de flux minuscule et zéro-configuration (RTSP, WebRTC, HomeKit, RTMP, HLS, MJPEG, FFmpeg…) qui tourne sous Linux/ARM et excelle à normaliser les caméras récalcitrantes, faire le pont entre protocoles, ou servir une vue WebRTC à faible latence. C'est de plus en plus la tuyauterie qui se cache sous d'autres outils.
Mentions honorables croisées ici et là : OS-NVR et feniks (NVR légers en un seul binaire), MediaMTX (serveur RTSP), et le PiNVR de geerlingguy pour les puristes du Pi.
Ce dont vous avez réellement besoin
Trois éléments : une caméra (les yeux), un logiciel de gestion vidéo/NVR (le cerveau, qui tourne sur votre machine Linux), et du stockage + réseau (les nerfs).
Côté caméra, les standards ouverts sont vos amis : la plupart des caméras IP un tant soit peu récentes parlent ONVIF et diffusent en RTSP, ce qu'attendent les logiciels ci-dessus. Une webcam USB ou un vieux téléphone Android font aussi l'affaire. Et il n'est même pas indispensable d'avoir une « caméra » pour commencer — vous pouvez fournir comme source un fichier vidéo enregistré ou un flux de webcam publique le temps de tester ; il existe toute une liste de choses à utiliser à la place d'une caméra pour ça. Un piège vu et revu en pratique : certaines caméras bon marché changent périodiquement l'adresse de leur flux, ce qui casse les outils attendant une adresse fixe — go2rtc ou une requête ONVIF peuvent aider.
Un mot rapide sur les options propriétaires
Parfois, on veut quelque chose de clé en main, avec du support éditeur ou une fonction d'analyse précise, et on accepte de troquer l'ouverture contre ça. L'ennui, c'est que la plupart des logiciels NVR grand public sont Windows uniquement ; ceux qui tournent vraiment sous Linux méritent d'être cités :
- Agent DVR (le successeur d'iSpy) — multiplateforme (Windows, macOS, Linux, Docker, et même Raspberry Pi), gratuit pour un usage personnel local, quoique non open source et avec des paliers payants pour le distant/professionnel.
- Nx Witness — un VMS propriétaire soigné, avec des builds natifs Linux et ARM, plutôt orienté prosommateur/entreprise.
- Xeoma — c'est celui sur lequel nous travaillons, à pondérer en conséquence. Propriétaire, mais réellement multiplateforme : il tourne sous Linux (y compris ARM/Raspberry Pi), macOS, Windows et Android, s'installe en deux minutes, et s'articule autour d'un éditeur visuel en « chaînes ». Il existe une édition gratuite (limitée, sans IA) et des éditions payantes avec la trentaine d'analyses par IA. Il ne satisfera pas un puriste du logiciel libre — c'est du code fermé — mais si vous voulez précisément une option multiplateforme et sans friction qui tourne aussi sur un Pi, elle existe.
Quoi que vous choisissiez dans cette liste, la même règle vaut que pour tout outil propriétaire : vérifiez ce qui « téléphone à la maison », et privilégiez la configuration entièrement locale.
Pour conclure
L'écosystème de la vidéosurveillance auto-hébergée et sans nuage sous Linux a fait beaucoup de chemin depuis ce fil de 2004 : il est mûr, varié, et majoritairement libre. Que vous cherchiez la simplicité poids plume de Motion, la complétude éprouvée de ZoneMinder, ou la détection par IA moderne avec Frigate ou Viseron, vous pouvez monter un vrai système dès aujourd'hui — sur du matériel que vous possédez déjà, sans envoyer une seule image dans le cloud de qui que ce soit. C'est ça, bien plus que tel ou tel produit, l'essentiel. Si on a oublié votre solution favorite (ou dit une bêtise quelque part), les commentaires sont ouverts.
# llm ou pas llm
Posté par passant·e . Évalué à 4 (+2/-0).
Je penche pour un texte LLM
Je trolle dès quand ça parle business, sécurité et sciences sociales
[^] # Re: llm ou pas llm
Posté par Benoît Sibaud (site web personnel) . Évalué à 3 (+0/-0).
C'est une boîte qui fait un logiciel propriétaire et qui vient placer un lien vers son site. C'est dit dans le journal en tout cas.
[^] # Re: llm ou pas llm
Posté par Olivier Esver (site web personnel) . Évalué à 3 (+1/-0). Dernière modification le 01 juillet 2026 à 14:59.
Perso j'ai l'impression que c'est, au moins en partie, écrit par un humain.
C'est juste de la pub pour le logiciel proprio Xeoma, mais c'est pour moi moins sale que les derniers journaux sur la dernière idée vibe-codée "open source".
Ça ne me donne pas envie d'utiliser leur soft car c'est proprio et que SentryShot fonctionne bien chez moi, mais je passerai peut être un jour sur Frigate pour l'intégration Home Assistant.
S'il y a un problème, il y a une solution; s'il n'y a pas de solution, c'est qu'il n'y a pas de problème.
[^] # Re: llm ou pas llm
Posté par Tarnyko (site web personnel) . Évalué à 2 (+0/-0).
Zoneminder (un monstre affreux en 251 modules de Perl) bénéficie bien d'une màj vers Frigate ; SentryShot connais pas, mais ça peut m'intéresser si c'est léger.
Assez d'accord avec ce qui a été dit : le journal a été écrit par LLM mais pas entièrement, il a l'honnêteté de présenter toutes les solutions sans biais choquant.
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