Appel à projet libre pour la campagne de mécénat 2019 de Code Lutin

Posté par (page perso) . Édité par Florent Zara, Davy Defaud, Ysabeau et Julien Jorge. Modéré par ZeroHeure. Licence CC by-sa.
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24
18
juin
2019
Communauté

Tous les ans, Code Lutin soutient financièrement le Libre au travers du mécénat. Pour la première fois en 2019, Code Lutin ouvre le processus de candidature.

Parmi les bénéficiaires du mécénat Code Lutin des années précédentes, nous pouvons citer : Wikimédia France, La Quadrature du Net, OSM France, F-Droid, PostgreSQL France, l’outil de migration Flyway, Ora2Pg, la base de données H2, la forge logicielle Redmine…

Conformément à notre fonctionnement démocratique, le projet bénéficiaire est désigné par un vote « 1 personne = 1 voix », auquel tous les salariés peuvent participer. Nous utiliserons le mode de scrutin Condorcet via Pollen pour déterminer le projet qui suscite le plus d’approbations.

Cette année, nous avons décidé d’ouvrir les candidatures au public. Aussi, si vous avez un projet ou une organisation dont l’objet correspond aux thèmes listés ci‐dessous, n’hésitez pas à candidater :

  • développer un logiciel ou une bibliothèque libre ou open source ou travail de conception d’interface, traduction, documentation, etc. ;
  • initiative en faveur du développement et de l’adoption de standards ouverts ;
  • initiative visant à lutter contre les brevets logiciels ou la surveillance de masse ;
  • initiative visant le développement d’un Internet neutre, indépendant et décentralisé ;
  • initiative visant à proposer des alternatives aux GAFAM ;
  • production de contenus multimédias distribués sous licences libres, reversés dans les communs ;
  • et d’une façon générale, toute initiative visant à promouvoir la production et la culture libres.

Vous pouvez aussi nous aider à relayer notre appel sur le fediverse (ou sur Twitter).

Code Lutin est une entreprise nantaise qui propose du conseil et du développement autour des technologies Java et JavaScript. Nous prévoyons de consacrer 1 % de notre chiffre d’affaires au mécénat.

Aller plus loin

  • # Comment assurer un mécénat de qualité ?

    Posté par (page perso) . Évalué à 10 (+11/-0).

    Bonjour à la communauté et merci à LinuxFR de relayer notre appel.

    Nous serions curieux d'avoir vos avis sur notre démarche. En effet, malgré notre historique, beaucoup de questions se posent encore :

    • faut-il privilégier le versement d'une grosse somme en une seule fois ou privilégier une dilution sur le long terme ? Nous prévoyons aussi de distribuer des fonds via Liberapay.
    • comment s'assurer que les fonds versés financeront du Libre qui le restera ? Faut-il exiger un partage du copyright pour éviter un changement unilatéral de la part du mainteneur vers une licence propriétaire a posteriori ?
    • comment inciter plus d'entreprises à reverser une partie de leur chiffre d'affaire ?

    N'hésitez pas à nous poser vos questions ou à mentionner des projets qui mériteraient notre attention ici-même, nous sommes à l'écoute.

    • [^] # Re: Comment assurer un mécénat de qualité ?

      Posté par (page perso) . Évalué à 5 (+3/-0).

      Bonjour :)

      faut-il privilégier le versement d'une grosse somme en une seule fois ou privilégier une dilution sur le long terme ? Nous prévoyons aussi de distribuer des fonds via Liberapay.

      Je dirais que ça dépend du projet. J'ai l'impression en lisant les commentaires ici que les créateurs préfèrent avoir un flux continu de revenus plutôt qu'un gros paquet puis plus rien. Cf. les échanges avec Jehan. Je ne suis pas sûr que ça change grand-chose pour d'autres organismes qui ont une planification des dépenses à l'année comme Wikimedia ou Mozilla.

      comment s'assurer que les fonds versés financeront du Libre qui le restera ? Faut-il exiger un partage du copyright pour éviter un changement unilatéral de la part du mainteneur vers une licence propriétaire a posteriori ?

      À part le partage de copyright à la manière de VLC par exemple, je ne vois pas d'alternative. Autrement on paye le développement d'un truc libre et il l'est effectivement à la livraison, mais rien ne garantit que les versions suivantes resteront libres. Le seul moyen que je vois pour contrer ça est de devenir décisionnaire sur la licence des versions suivantes ce qui implique de posséder le copyright sur une suffisamment grande partie pour pouvoir bloquer le changement.

      comment inciter plus d'entreprises à reverser une partie de leur chiffre d'affaire ?

      En leur montrant que le libre est bénéfique au business bien sûr :) Au-delà d'une quelconque mission éthique le but d'une entreprise est de faire rentrer des sous au moins pour survivre et éventuellement pour grossir, mais là je ne vous apprends rien :) Sans sous l'entreprise meurt et la question ne se pose plus.

      D'ailleurs vous indiquez sur votre site que vous faites une remise de 10% pour les développements à la fois libres et dont vous partagerez le copyright. Quel est l'intérêt pour votre entreprise ?

      D'autres questions me viennent à l'esprit alors j'en profite :)

      • Quelle proportion de vos développements sont libres ?
      • Pourquoi laisser le choix et ne pas imposer le libre ?
      • Quand vous développez du libre, quelle est votre licence favorite ? Pourquoi ?
      • N'auriez-vous pas de plus gros revenus en faisant du propriétaire ? Vous pourriez alors reverser encore plus d'argent à des projets libres :)
      • [^] # Re: Comment assurer un mécénat de qualité ?

        Posté par (page perso) . Évalué à 3 (+3/-0).

        Bonjour,

        Merci pour vos réponses.

        comment inciter plus d'entreprises à reverser une partie de leur chiffre d'affaire ?

        En leur montrant que le libre est bénéfique au business bien sûr :) Au-delà d'une quelconque mission éthique le but d'une entreprise est de faire rentrer des sous au moins pour survivre et éventuellement pour grossir, mais là je ne vous apprends rien :) Sans sous l'entreprise meurt et la question ne se pose plus.

        D'ailleurs vous indiquez sur votre site que vous faites une remise de 10% pour les développements à la fois libres et dont vous partagerez le copyright. Quel est l'intérêt pour votre entreprise ?

        C'est d'abord dans le but d'inciter les clients considérer cette option. On essaye de faire comprendre que le partage du code peut être utile à d'autres, repris améliorer, et que les améliorations financées par ailleurs peuvent bénéficier au client initial.

        Il n'y a donc pas d'intérêt direct (si ce n'est qu'on peut, nous-même, reprendre le code produit pour un client pour un autre projet) puisque cela nous coûte, et que, le code étant libre, le client peut aller voir ailleurs. Ça reste néanmoins un choix philosophique pour nous.

        Quelle proportion de vos développements sont libres ?

        L'intégralité des logiciels, des bibliothèques et des cadriciels que nous développons en interne sont libres et disponibles sur notre instance Gitlab.

        Pour nos projets clients, on ne saurait mesurer exactement mais clairement, les choix du Libre est minoritaire.

        Pourquoi laisser le choix et ne pas imposer le libre ?

        On ne peut pas imposer le choix : « Qui paye commande ». Si nous nous limitions à n'accepter que des projets libres, nous serions vite en manque de travail.

        Par ailleurs, ces considérations sont parfois fixées avant-même que nous ayons pu proposer cette approche, dès l'appel d'offre (les appels d'offres reprennent souvent des clauses habituelles sur ce sujet).

        Quand vous développez du libre, quelle est votre licence favorite ? Pourquoi ?

        • LGPL pour les bibliothèques et les cadriciels parce que cela nous permet de les utiliser comme dépendances dans nos projets qui doivent rester propriétaires
        • GPL pour les applications qui tournent en local sur la machine de l'utilisateur
        • AGPL pour les applications fonctionnant au travers du réseau

        N'auriez-vous pas de plus gros revenus en faisant du propriétaire ? Vous pourriez alors reverser encore plus d'argent à des projets libres :)

        Comme expliqué, on ne limite pas nos prestations au libre. C'est effectivement ce qui nous fait vivre et nous permet d'avoir de temps pour produire du Libre pour nos besoins. Dans l'idéal, on serait à travailler sur du libre tout au long de l'année mais la demande n'est pas là.

        La quasi-totalité de notre infrastructure est exempte de logiciel propriétaire. Nous avons pu constater que, en comparaison d'autres ESN, nous avons des charges de fonctionnement très réduites : on considère qu'il est normal de rendre à la communauté une partie des économies réalisées grâce à elle.

        D'autres questions me viennent à l'esprit alors j'en profite :)

        Il ne faut pas hésiter ;) On a à cœur de partager autour de notre mode de fonctionnement.

        • [^] # Re: Comment assurer un mécénat de qualité ?

          Posté par (page perso) . Évalué à 4 (+2/-0). Dernière modification le 19/06/19 à 19:59.

          C'est d'abord dans le but d'inciter les clients considérer cette option.

          Perso je fais -33% si libre (en fait je fais le contraire : je propose un prix de 100 disant que je garde le copyright donc que ce sera libre car je libère tout quand j'ai le copyright, et un prix de 150 si ils disent que ça leur pose un problème et que je dois leur filer le copyright). Mes clients y réfléchissent à 2 fois avant de dire "ça me pose un problème", en regardant si vraiment ça leur pose un problème!
          Mais clair que quand l'appel d'offre est déjà verrouillé et sans discussion possible, bon ben on essaye de remplir les conditions, tant pis pour le libre…

          Il n'y a donc pas d'intérêt direct (si ce n'est qu'on peut, nous-même, reprendre le code produit pour un client pour un autre projet)

          Euh… C'est un sacré intérêt quand même…

          le code étant libre, le client peut aller voir ailleurs.

          Pas compris le lien. Le client peut aller voir ailleurs même si ce n'est pas libre (il lui suffit d'avoir le copyright, et tu dis ailleurs qu'il l'a et que c'est pourquoi ce n'est pas libre, ça semble se mordre la queue).

          LGPL pour les bibliothèques et les cadriciels parce que cela nous permet de les utiliser comme dépendances dans nos projets qui doivent rester propriétaires

          Je ne vois pas le lien, puisque comme vous avez le copyright vous pouvez faire du dual licensing GPL pour les autres et non libre quand dépendances dans nos projets qui doivent rester propriétaires. Vous avez des contributions externes et vous refusez de faire signer un CLA?

          Faudrait affiner les explications, il n'y a pas toujours un lien entre le choix fait et l'argument donné pour ce choix ;-).

      • [^] # Re: Comment assurer un mécénat de qualité ?

        Posté par (page perso) . Évalué à 1 (+0/-0).

        À part le partage de copyright à la manière de VLC par exemple, je ne vois pas d'alternative. Autrement on paye le développement d'un truc libre et il l'est effectivement à la livraison, mais rien ne garantit que les versions suivantes resteront libres. Le seul moyen que je vois pour contrer ça est de devenir décisionnaire sur la licence des versions suivantes ce qui implique de posséder le copyright sur une suffisamment grande partie pour pouvoir bloquer le changement.

        Je ne crois pas que cela change quelque chose. Même si le copyright est partagé, rien n'empêche un des détenteurs du copyright de continuer le développement en code fermé, et de forker le logiciel avec une autre licence. Si Code Lutins partage le copyright, le seul avantage est que Code Lutins pourrait lui aussi continuer le développement en code propriétaire. Je parle bien sûr dans le cas où il y a une clause de copyleft (GPL), sinon n'importe qui pourrait également faire cela (Licences MIT, BSD…).

        Une solution pour bloquer le changement de licence serait qu'un acteur (Code Lutins, FSF…) détienne les droits exclusifs sur une partie essentielle du code et refuse le changement de licence.

        Bien sûr je ne suis pas juriste, mais c'est comme ça que je comprend la chose.

        Un LUG en Lorraine : https://enunclic-cappel.fr

        • [^] # Re: Comment assurer un mécénat de qualité ?

          Posté par (page perso) . Évalué à 3 (+1/-0).

          Je ne crois pas que cela change quelque chose. Même si le copyright est partagé, rien n'empêche un des détenteurs du copyright de continuer le développement en code fermé, et de forker le logiciel avec une autre licence. Si Code Lutins partage le copyright, le seul avantage est que Code Lutins pourrait lui aussi continuer le développement en code propriétaire. Je parle bien sûr dans le cas où il y a une clause de copyleft (GPL) […]

          Ben non. S'il y a partage de copyright en GPL, personne ne peut changer la licence. Ça en reviendrait à avoir le droit de décider pour le travail d'autrui.

          Cela n'est possible que si les changements des autres détenteurs de droits sont suffisamment petits pour ne pas être considérés comme une œuvre de l'esprit originale. En gros si les autres contributeurs ont juste contribué des corrections de bugs simples ou des changements vraiment triviaux. Donc ils pourraient ne pas être considérés co-auteurs par un juge.
          Alternativement celui qui voudrait changer la licence devrait soit se débarrasser de fonctionnalités contenant du code d'autrui soit en réécrire l'implémentation.

          C'est bien pour cela que les changements de licence sur les gros projets copyleft (GPL, etc.) sont si complexes (à dessein!) et la raison pour laquelle des organismes développant du Libre demandent parfois de signer des contrats de cession de droits d'auteur (pour pouvoir à tout moment relicensier, notamment pour des entreprises qui voudraient faire du double licence).

          Personnellement je suis un des gros détenteurs de droits sur GIMP (même si c'est juste quelques pourcents en relatif, ça reste beaucoup en absolu) et j'ai absolument aucun droit d'en changer la licence. Même le mainteneur qui détient vraiment plus de droits après plus de 20 ans à développer GIMP ne pourrait relicensier. Et c'est bien!

          Film d'animation libre en CC by-sa/Art Libre, fait avec GIMP et autre logiciels libres: ZeMarmot [ http://film.zemarmot.net ]

    • [^] # Re: Comment assurer un mécénat de qualité ?

      Posté par (page perso) . Évalué à 6 (+4/-0).

      Salut, et merci pour cette initiative. Je pourrais être intéressé, mais le projet (https://salut-a-toi.org) bien qu'il rentre dans plusieurs thèmes est nettement moins connu, visible et utilisé que ceux cités. Est-ce qu'il y a des contreparties à votre proposition (comme ajouter un logo, ce qui serait incompatible avec notre contrat social) ?

      Mon point de vue sur vos questions:

      • faut-il privilégier le versement d'une grosse somme en une seule fois ou privilégier une dilution sur le long terme ? Nous prévoyons aussi de distribuer des fonds via Liberapay.

      C'est à voir au cas par cas avec les projets. Nous sommes sur Liberapay depuis pratiquement le début, mais suite à leurs problèmes avec MangoPay nous n'avons plus d'opérateur de paiement parce que les 2 options proposées ne nous conviennent pas pour diverses raisons, donc le compte n'est actuellement pas utilisable. Aussi cela dépend de comment le projet veut utiliser la somme : payer ou participer au paiement de contributeurs, servir aux déplacements ou à se faire connaître, etc.

      • comment s'assurer que les fonds versés financeront du Libre qui le restera ? Faut-il exiger un partage du copyright pour éviter un changement unilatéral de la part du mainteneur vers une licence propriétaire a posteriori ?

      Est-ce que vous excluez tout ce qui n'est pas copyleft ?

      J'étais partisan à un moment de « diluer » au maximum les contributions pour éviter un changement de licence, et j'en reviens maintenant. D'une part, si le projet reste sur peu de contributeurs⋅trices majeur⋅e⋅s, ils ou elles ont toujours la possibilité de supprimer le code extérieur et éventuellement le réécrire s'ils veulent changer de licence, et d'autre part un changement de licence peut être nécessaire sans pour autant fermer le code.

      Par exemple, nous nous posons actuellement la question de la licence pour un éventuel client iOS (l'AGPL n'étant pas compatible avec l'Apple store), et il semble que Google va imposer une bibliothèque non libre pour les notifications push sur Android (ce qui peut poser problème selon la licence). Nous avons aussi un framework web qui n'était pas forcément prévu à l'origine et qui peut demander un changement de licence. Bref on peut vouloir rester dans du libre mais devoir changer la licence.

      • comment inciter plus d'entreprises à reverser une partie de leur chiffre d'affaire ?

      Il y a clairement un problème de financement et je ne suis pas sûr que le salut vienne des entreprises, mais c'est en tout cas une très bonne chose de faire ce que vous faites, et communiquer dessus est déjà une bonne façon d'inciter d'autres à suivre.

      • [^] # Re: Comment assurer un mécénat de qualité ?

        Posté par (page perso) . Évalué à 1 (+1/-0).

        le projet (https://salut-a-toi.org) bien qu'il rentre dans plusieurs thèmes est nettement moins connu, visible et utilisé que ceux cités.

        C'est aussi pour cette raison que nous avons lancé un appel à candidature. Comme beaucoup, nous suivons l'actualité du logiciel libre et essayons de suivre ce qui sort. Toutefois, un très bon projet aurait pu échapper à notre veille : ouvrir les candidatures nous aidera peut-être à repérer des initiatives qui méritent plus d'attention qu'elles n'en reçoivent.

        Cela ne nous intéresse pas de financer des projets qui attirent déjà des centaines de sponsors.

        Est-ce qu'il y a des contreparties à votre proposition (comme ajouter un logo, ce qui serait incompatible avec notre contrat social) ?

        Cela dépend de la forme exacte que prendra notre contribution. Une candidature au mécénat sans aucune contrepartie n'est pas exclue pour cette seule raison.

        Néanmoins, cet aspect de notre contribution sera fixé entre les parti-prenantes et cela pourra être un facteur dans la décision, quand nous voterons pour les projets qui seront les bénéficiaires effectifs. Le candidat doit donc être explicite vis-à-vis de ces contraintes s'il y en a.

        Nous comprenons tout-à-fait que des projets aient ces contraintes, voire refusent toute forme de contribution de la part d'une entreprise privée afin de préserver le projet de toute influence contraire ou divergente vis-à-vis de l'objet social du projet. C'est un choix que nous respectons.

        Nous sommes sur Liberapay depuis pratiquement le début, mais suite à leurs problèmes avec MangoPay nous n'avons plus d'opérateur de paiement parce que les 2 options proposées ne nous conviennent pas pour diverses raisons, donc le compte n'est actuellement pas utilisable.

        Est-ce que vous pourriez détailler ces raisons ? Ça nous serait utile car nous sommes en train de reprendre notre financement via cette plateforme.

        Est-ce que vous excluez tout ce qui n'est pas copyleft ?

        Non, ces projets peuvent candidater. C'est un critère qui peut jouer dans notre choix parmi les candidats toutefois (on a pas de grille d'évaluation mais chaque lutin à ses critères et ses conviction et vote en conséquence).

        • [^] # Re: Comment assurer un mécénat de qualité ?

          Posté par (page perso) . Évalué à 4 (+2/-0).

          Nous sommes sur Liberapay depuis pratiquement le début, mais suite à leurs problèmes avec MangoPay nous n'avons plus d'opérateur de paiement parce que les 2 options proposées ne nous conviennent pas pour diverses raisons, donc le compte n'est actuellement pas utilisable.

          Est-ce que vous pourriez détailler ces raisons ? Ça nous serait utile car nous sommes en train de reprendre notre financement via cette plateforme.

          Pour Paypal c'est avant tout des raisons politiques : entre autres ils se sont plusieurs fois illustrés par des fermetures et/ou blocages de comptes arbitraires.
          Stripe je ne connais pas, mais dans les 2 cas le siège social est aux États-Unis. Or notre contrat social précise que nous ne faisons aucune discrimination y compris pour une zone géographique. Autrement dit nous sommes ouverts à l'utilisation du projet y compris par des gens dans les pays sur la "liste noire" des États-Unis. Donc si demain nous avons des utilisateurs et/ou soutiens en Iran ou à Cuba, on ne veut pas risquer l'ingérence.

          Évidemment tout n'est pas rose non plus ailleurs, mais au moins en gardant les acteurs dans l'Union européenne, on limite les risques juridiques et on pourra plus facilement se défendre en cas de problème.

    • [^] # Re: Comment assurer un mécénat de qualité ?

      Posté par (page perso) . Évalué à 4 (+2/-0).

      comment s'assurer que les fonds versés financeront du Libre qui le restera ? Faut-il exiger un partage du copyright pour éviter un changement unilatéral de la part du mainteneur vers une licence propriétaire a posteriori ?

      Si tu te poses cette question tu vas rentrer dans le système des subventions, avec dossier nécessaire, critères de choix, étude en commission, etc. Tout bêtement parce que vouloir des garanties va vite devenir compliqué. Autant confier cette tâche à la Fondation de France.
      Un don, lui, est sans contrepartie et te permet de choisir librement sans justification, ce qui semble être votre fonctionnement actuel.

      L'avantage du don aussi c'est qu'un projet peut facilement présenter sa candidature, sans se poser de questions.

      faut-il privilégier le versement d'une grosse somme en une seule fois ou privilégier une dilution sur le long terme ? Nous prévoyons aussi de distribuer des fonds via Liberapay.

      Comme on l'a dit ça dépend des projets. Par exemple certains humains fonctionnent sur un développement continu, d'autres sur le rush. Ceux-là vont se dire « j'ai des sous pour un mois, je bosse un mois à temps plein sur le projet ». Il faut laisser le choix.

      comment inciter plus d'entreprises à reverser une partie de leur chiffre d'affaire ?

      J'ai le même problème avec des assos que j'équipe en libre. Les petits structures sont peut-être plus réceptives que les grosses ? par contre elles ne savent pas comment faire au point de vue fiscal. Je verrai bien un petit site présentant comment ça se passe, sur lequel tous les projets libre pourraient mettre un lien.
      Pour les plus grosses boites, des articles de presse, les conférences dans des salons d'entreprise, …

      "La liberté est à l'homme ce que les ailes sont à l'oiseau" Jean-Pierre Rosnay

      • [^] # Re: Comment assurer un mécénat de qualité ?

        Posté par (page perso) . Évalué à 1 (+1/-0).

        Tout bêtement parce que vouloir des garanties va vite devenir compliqué.

        Oui, ça peut l'être. Et, effectivement, vu les sommes en jeu, il n'est pas question pour nous de passer énormément de temps à vérifier que les sommes ont bien été utilisées. C'est pour ça que nous préférons nous assurer, en amont, qu'il y a un minimum de réflexion et d'engagement sur le projet avant d'y accorder une somme.

        Par ailleurs, pour financer le développement d'une bibliothèque, nous avons, à la demande du développeur principal, opté pour le financement via une prestation de sa société. Dans ce cadre commercial (devis, prestation, facture…), nous aurions pu contractualiser et imposer une livraison détaillant les développements effectués. Nous ne l'avons pas fait, mais si c'était à refaire, ce serait une option à considérer.

        Un don, lui, est sans contrepartie et te permet de choisir librement sans justification, ce qui semble être votre fonctionnement actuel. L'avantage du don aussi c'est qu'un projet peut facilement présenter sa candidature, sans se poser de questions.

        Nous considérons que, quand on revendique gérer un projet qui mérite qu'on y investisse de l'argent, on doit se poser des questions.

        Le formulaire que nous demandons de remplir au candidat est minimaliste, on est très loin d'un processus lourd et bureaucratique de demande de subvention. Ça doit prendre 10 minutes à remplir : si c'est trop compliqué d'expliquer en quelques lignes ce qu'on fait et comment on compte utiliser cet argent, ça interroge sur la capacité à mobiliser correctement les moyens qui seront attribués.

        Nous voulons effectivement que les questions soient posées, qu'elles aient des réponses (pas toutes, bien sûr), et, autant que possible, éviter de faire des chèques en blanc.

        Les petits structures sont peut-être plus réceptives que les grosses ?

        Selon notre expérience, cela ne dépend pas de la taille de la structure. Le plus souvent, c'est plutôt la présence ou l'influence d'un prescripteur en interne. Un libriste déjà là avant qu'on arrive qui incite les acheteurs à opter pour nos solutions.

        • [^] # Re: Comment assurer un mécénat de qualité ?

          Posté par (page perso) . Évalué à 4 (+2/-0).

          Nous considérons que, quand on revendique gérer un projet qui mérite qu'on y investisse de l'argent, on doit se poser des questions.

          Le formulaire que nous demandons de remplir au candidat est minimaliste, on est très loin d'un processus lourd et bureaucratique de demande de subvention. Ça doit prendre 10 minutes à remplir : si c'est trop compliqué d'expliquer en quelques lignes ce qu'on fait et comment on compte utiliser cet argent, ça interroge sur la capacité à mobiliser correctement les moyens qui seront attribués.

          C'est bien ce que je voulais dire : demander des garanties finirait par compliquer le formulaire qui deviendrait "lourd et bureaucratique".

          "La liberté est à l'homme ce que les ailes sont à l'oiseau" Jean-Pierre Rosnay

    • [^] # Re: Comment assurer un mécénat de qualité ?

      Posté par (page perso) . Évalué à 1 (+0/-1).

      faut-il privilégier le versement d'une grosse somme en une seule fois ou privilégier une dilution sur le long terme ?

      Une seule fois, comme ça pas de surprises genre le versement s'arrête quand vous vous décidez.
      Ca permet à celui qui reçoit de décider comment il va faire (il peut diluer sur le long terme si il veut, l'inverse n'est pas possible, bref il est libre de choisir).
      Surtout vu le montant (si j'ai bien compris le tweet… qu'il faut sans doute diviser par x projets?).

      Nous prévoyons aussi de distribuer des fonds via Liberapay.

      C'est utiliser du libre en plus sans aucune valeur ajoutée. Vous discuterez, négocieraient un contrat de mécénat, donc vous demandez juste ses coordonnées bancaires et basta (Transferwise n'est pas libre mais performant pour toutes devises si pas dans votre devise).

      Vouloir absolument du libre même quand pas bon dans un scénario, c'est faire du mal au libre en montrant un intégrisme plus qu'un choix éclairé.

      comment s'assurer que les fonds versés financeront du Libre

      Vous négociez une livraison en libre.
      Cette livraison ne pourra jamais disparaître, ça restera libre.

      Libre qui le restera

      Si je comprend l'idée, tu parles qu'il ne soit pas possible de faire une fork non libre. Rien à voir avec le libre. La, il va falloir sérieusement vous poser la question de savoir si vous faites du mécénat pour du libre (ça englobe du copyfree et du copyleft pas obligé de rester copyleft et du copyleft obligé de rester copyleft, pas de filtre la dessus) ou si vous faites du mécénat pour du copyleft qui doit rester copyleft.

      Faut-il exiger un partage du copyright pour éviter un changement unilatéral de la part du mainteneur vers une licence propriétaire a posteriori ?

      Vous en avez surtout rien à faire, ce que vous aurait aidé sera toujours libre.
      Ou alors il faut clarifier que c'est du "libre pour toujours tout en interdisant le non libre" qui vous intéresse, soit une petite partie du libre (même RMS n'a pas osé faire une licence qui interdise l'upstream de faire un fork non libre, il faut ajouter des contraintes).

      comment inciter plus d'entreprises à reverser une partie de leur chiffre d'affaire ?

      En faisant comprendre aux libristes que vous croisez que le libre n'est pas contre le commercial, et qu'ils faut qu'ils "vendent" leur demande de mécénat, avec des trucs en échange (oui c'est faux-cul car c'est affiché "sans contrepartie", mais en pratique il y a quasi toujours des contreparties pour qui donne, à commencer par la pub de son nom), pas juste se focaliser sur la technique. Ce n'est pas toujours du côté des entreprises qu'il faut militer, et aider les libristes à arrêter de taper sur le commercial pourra mieux faire discuter les gens.

      PS : "mécénat" semble être pour les "arts et des lettres", il vaudrait peut-être mieux parler de "don"?

      • [^] # Re: Comment assurer un mécénat de qualité ?

        Posté par . Évalué à 3 (+3/-1). Dernière modification le 19/06/19 à 18:55.

        PS : "mécénat" semble être pour les "arts et des lettres", il vaudrait peut-être mieux parler de "don"?

        Le code étant soumis au droit d'auteur, ne peut-on pas le considérer comme un art ou une lettre ? ;)

        • [^] # Re: Comment assurer un mécénat de qualité ?

          Posté par (page perso) . Évalué à 2 (+1/-1).

          Il me semble que le code rentre de facto dans la catégorie lettres ; et est même archétypique de la catégorie art. À mon avis, personne ne se poserait la question si les marchés financiers et les pouvoirs publics n'avaient pas gravement déformé la notion d'art par le marché de défiscalisation qu'ils en ont fait.

          « IRAFURORBREVISESTANIMUMREGEQUINISIPARETIMPERAT » — Odes — Horace

    • [^] # Re: Comment assurer un mécénat de qualité ?

      Posté par (page perso) . Évalué à 3 (+1/-0).

      Je vais répondre comme tout le monde "ça dépend du projet". Mais du coup je peux donner un exemple.

      Je suis contributeur de Haiku. Dans notre cas, il y a plusieurs façons de financer le projet:

      En faisant un don à l'association Haiku, inc.

      Dans ce cas, ça ne vous apporte pas vraiment de garanties, pour deux raisons: d'une part, le fait de faire un don ne vous donne aucun droit de regard sur la façon dont l'association va l'utiliser, d'autre part, les status de l'association l'empêchent de prendre des décisions techniques sur la façon dont le projet doit évoluer. Nous avons fait ce choix afin d'éviter que les gens avec de l'argent puisse diriger le projet, en laissant plutôt la main aux gens qui ont les compétence et la vision pour prendre les bonnes décisions.

      Votre seule garantie serait donc de faire confiance dans une association qui finance un projet depuis plus de 15 ans, en faisant des choix qui ont permis au dit projet de vivre jusqu'à présent.

      Habituellement les fonds de l'associations sont utilisés pour organiser des conférences, coding sprints, ou couvrir les frais des développeurs qui se rendent à des évènements comme le FOSDEM. Elle finance également notre infrastructure (noms de domaines, serveurs, etc), et la fabrication de "goodies" (autocollants distribués gratuitement, par exemple). Elle peut également financer et encadrer des contrats avec des développeurs, à l'initiative de ces derniers, pour leur permettre de travailler quelques temps à plein temps sur le projet sans avoir à s'occuper d'un autre emploi en parallèle.

      En payant directement un développeur

      Si vous avez une idée de développement spécifique, il est possible de négocier un contrat directement avec un développeur pour qu'il contribue au projet. Vous pouvez recruter un développeur qui contribue déjà au projet, ou un développeur externe. La mission confiée peut être plus ou moins précise, et définie par vous, ou en concertation avec les développeurs intéressés.

      En contrepartie, vous pouvez éventuellement avoir un mot à dire sur les développements qui sont faits. Mais les changements pourraient être refusés par le projet si vraiment ils s'éloignent trop de la vision des autres développeurs.

      Vous bénéficierez si vous le souhaitez d'une mise en avant sur le site du projet, en annonçant ce partenariat.

      Via Liberapay

      Certains développeurs ont un compte Liberapay, en principe les dons sur cette plateforme sont anonymes et donc vous n'aurez pas vraiment de contrôle sur la façon dont l'argent est utilisé, ni a priori aucune reconnaissance pour des dons à un projet spécifique. Vous pouvez publier votre don mais ça me semble contraire à l'esprit de Liberapay qui est de vraiment pousser le don désintéressé.

      A travers Outreachy

      Outreachy est un programme organisé par la Software Freedom Conservancy avec pour objectif d'améliorer la diversité dans le logiciel libre. Il prend la forme de stages assez similaires au Google Summer of Code qui ont lieu tous les 6 mois. Il est possible de financer spécifiquement un des projets participants. Cela permet de déléguer une partie de l'effort d'organisation et de logistique (facturation, etc) à la SFC. En revanche, a priori les dons sont par paliers (financement d'un participant) et le montant est assez élevé.

      Dons en nature

      Si vous avez un accès à internet rapide et de la place pour héberger un serveur, si vous pouvez héberger un "coding sprint" dans vos locaux (qui peut être l'occasion aussi de rencontrer les développeurs d'un projet et d'avoir plein d'échanges intéressants), ou encore si vous avez du matériel informatique qui ne vous sert plus, il est tout à fait possible que ça intéresse certains projets. De même, si vous pouvez accorder à vos développeurs du temps pour contribuer à des projets open source (éventuellement en dehors de toute mission avec un client), c'est peut être parfois plus efficace qu'un don d'argent.

      En ce qui me concerne, actuellement je suis employé à plein temps dans une entreprise qui ne fait pas que du logiciel libre (mais on essaie d'en faire de plus en plus), et donc, je n'ai pas besoin d'une source de revenus complémentaires. Si mon compte Liberapay me permettait d'assurer ma subsistance (loyer, nourriture, etc), ça serait bien, et je pense que c'est ça qu'on entend quand on parle de dons "étalés dans le temps". L'important n'est pas qu'ils soient étalés, mais plutôt à durée indéterminée. étaler un don sur un an puis l'arrêter ensuite, ça ne permet pas d'assurer plus de pérennité que de faire un seul gros versement. Pour l'instant j'ai donc abandonné l'idée de faire du logiciel libre à plein temps.

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