Du tracteur logiciel non réparable au risque pour la sécurité alimentaire américaine ?

Posté par  (site Web personnel) . Édité par palm123, Pierre Jarillon et Ysabeau. Modéré par Pierre Jarillon. Licence CC By‑SA.
52
27
avr.
2021
Sécurité

Le blogueur, journaliste et auteur de science-fiction canado-britannique Cory Doctorow revient sur le cas du fabricant états-unien de matériel agricole John Deere qui interdit depuis au moins 2015 aux fermiers de réparer leurs propres tracteurs, via la législation sur le copyright (le tracteur est considéré comme un logiciel, loué, avec des parties matérielles, et le DMCA s’appliquerait).

Cette histoire avait été évoquée dans un journal de 2017 sur les « fermiers américains sont obligés de pirater leurs propres tracteurs pour pouvoir les réparer » et dans une dépêche de 2019 sur « L’enjeu de la bataille du Libre : la réappropriation des savoir‐faire », film documentaire qui aborde aussi le sujet.

Cory Doctorow rappelle que John Deere arguait que les agriculteurs n’étaient pas compétents pour réparer, ce qui avait conduit le petit fils d’un ingénieur de John Deere à expliquer que son grand-père aurait défendu le droit de réparer, que John Deere n’inventait pas ce que les fermiers utilisent, que c’était l’inverse, que les fermiers inventaient et que John Deere le commercialisait.

Mais derrière l’attaque contre le droit de réparer, il y a une seconde entourloupe : John Deere collecte via les engins agricoles des données au centimètre près sur la densité du sol et l’humidité, et les revend aux agriculteurs. Et il compte miner ses données via de l’intelligence économique pour plus de profit.

D’où le commentaire de C. Doctorow : « la prochaine fois que quelqu’un dit Si vous ne payez pas le produit, vous êtes le produit., rappelez-vous de John Deere et des fermiers. Les fermiers dépensent des centaines de milliers de dollars en tracteurs et ils sont encore le produit ».

Et il y a plus : John Deere (et d’autres acteurs voulant interdire le droit de réparer comme des constructeurs automobiles) a argué que le verrouillage permettait de protéger les fermiers des cyberattaques. Sauf que cela n’a pas résisté à une analyse rapide qui a permis de montrer des failles dans le site et les API (avec extraction possible des données, et les failles trouvées sont considérées comme triviales). Du coup la question du risque pour la sécurité alimentaire américaine arrive sur la table, si on peut facilement interférer avec ces engins agricoles.

Aller plus loin

  • # Pourquoi se priver !

    Posté par  . Évalué à 7 (+6/-1).

    Ça me fait un peux penser aux FAI qui voulaient (es-ce toujours d'actualité) les internaute d'un coté et les fournisseur de contenue de l'autre … beurre, argent du beurre, c*l de la crémière

  • # Parallèles

    Posté par  (site Web personnel) . Évalué à 6 (+4/-0).

    Voilà qui ne peut manquer de faire penser à ce lien et aux pratiques semi légales d'une autre marque (une lex marque si on peut se permettre un tel jeu de mots :-).
    Dans les deux cas de grands groupes semblent abuser de leur puissance pour nuire d'abord à leurs clients, mais partant à l'économie toute entière, et visiblement sans réaction des autorités.
    Sans logiciels cette fois, ça m'évoque aussi cette brioche arborant fièrement la mention « sans conservateurs » et une liste d'ingrédients aussi propre sur soi — digne d'une recette faite maison — que tout bon escroc en col blanc, mais dont les qualités de conservation au bout de plusieurs semaines mettent à mal toutes ces mentions, légales là encore. Comme si bon nombre d'autorités de pays dits démocratiques négligeaient qu'elles sont supposées être des émanations du peuple dans le dessein de le servir. Après on s'étonnera que des gens finissent conspirationnistes…

    « IRAFURORBREVISESTANIMUMREGEQUINISIPARETIMPERAT » — Odes — Horace

  • # Petite correction

    Posté par  (site Web personnel) . Évalué à 5 (+3/-0).

    Merci pour cette dépêche, j'ai juste une petite remarque sur la présence de "Deere" sans le John devant.

    La marque c'est "John Deere" au complet, sans c'est comme dire, j'ai acheté une romeo, personne ne va comprendre. Alors qu'alfa romeo oui ;)

    • [^] # Re: Petite correction

      Posté par  (site Web personnel) . Évalué à 3 (+0/-0).

      Dans le texte de C.D. il y a des passages où l'on parle de John Deere (la personne, le fondateur, parfois appelée par son nom uniquement) et de John Deere (la marque). Et après c'est moi qui me suis emmêlé dans la dépêche. Corrigé, merci.

  • # Piratage d'engins agricoles

    Posté par  . Évalué à 10 (+14/-0).

    Maintenant j'attend avec impatience le jour où un mec va hacker une moissonneuse pour aller dessiner des crop circles dans un champs.

  • # Il y a aussi le problème des semences

    Posté par  (site Web personnel) . Évalué à 10 (+8/-0).

    Et celui, plus général, de la brevetabilité du vivant qui pose problème et pourrait en générer de très gros.

    Dans cet article centré sur la propriété intellectuelle et semences au Brésil et en Argentine, Marcelo Dias Varella explique comment :

    Une entreprise a réussi, par différentes stratégies juridiques, à contourner la liberté souveraine du Brésil de choisir sa législation selon les règles de l’Accord sur les ADPIC (Aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce).

    Designeuse de masques pour sphéniscidés.

Envoyer un commentaire

Suivre le flux des commentaires

Note : les commentaires appartiennent à ceux qui les ont postés. Nous n’en sommes pas responsables.