Voilà des jours, des semaines, que je ne supporte plus l'informatique et sa dépendance maladive à Internet. Cette intolérance est née d'un rejet global du modernisme et de notre société ultra-connectée. Comme beaucoup, je ne supporte plus ce monde où il est devenu presque impossible de vivre sans smartphone.
J'ai donc procédé à un sevrage radical. Pour limiter mon usage de l'Internet moderne, j'ai banni le streaming : je redécouvre le plaisir d'acheter des vinyles, des CD, des DVD et des Blu-ray. J'ai quitté les réseaux sociaux, ou du moins, je ne les consulte plus que très rarement. Même pour le sport, je me suis équipé d'un DAC pour écouter mes albums en FLAC, loin des notifications et de la tentation de "scroller" l'infini. Côté jeux vidéo, je me suis créé un espace minimaliste dédié à la Mega Drive et à la Saturn ; le rétrogaming me permet de retrouver des expériences solos, complètes et surtout, hors ligne.
Ce changement m'a fait un bien fou. Pourtant, une réalité demeure implacable : il m'est impossible de remplacer mon smartphone par un ancien GSM. C'est un acte que je désire terriblement, mais qui me condamnerait aujourd'hui à l'isolement, en plus de me priver d'outils devenus indispensables (GPS, administration, paiements, photo…).
Le constat est encore plus amer concernant mon rapport à l'informatique pure. J'éprouve un véritable dégoût pour le Web moderne, que ce soit en tant qu'utilisateur ou développeur. J'ai récemment voulu me remettre à écrire sur un site personnel, mais je me suis battu contre mes propres principes en voulant "faire comme tout le monde". Après avoir testé des générateurs de sites statiques, des CMS et des frameworks lourds, j'ai tout envoyé valser. J'ai écrit mon propre framework PHP à partir de zéro (baptisé Eagle PHP), suivi d'un CMS sur mesure. Ce fut une libération : un contrôle total, un alignement avec moi-même. Résultat ? Un site qui se charge en moins de 0,025 s et consomme 2 Mo de RAM.
Hélas, la norme est ailleurs. Le Web est devenu une usine à gaz bourrée de scripts JS et de contenus générés par IA. Cette lourdeur s'est infiltrée partout, même sur nos bureaux. Des applications comme VSCode ou Discord utilisent Electron, ce qui est un non-sens écologique et technique pour moi. Même travailler sur ma distribution Linux préférée est devenu un calvaire : je passe mon temps à épurer et optimiser pour supprimer les dépendances au réseau.
Où sont passées les applications natives en C et C++ ? La philosophie du Web a tout contaminé. Aujourd'hui, on utilise des couches d'abstraction infinies pour simplifier le développement, au prix de cycles CPU et de RAM gaspillés. Je deviens nostalgique de cette époque où l'on n'avait pas besoin d'un monstre de puissance pour rédiger un document ou écouter de la musique.
Quand je vois mon FX 8320 et ses 16 Go de RAM peiner à charger des outils modernes, alors que mon vieil IBM ThinkPad X22 sous Windows 2000 lance tout instantanément malgré un disque dur rincé, je m'interroge. À titre de comparaison, mon Dell E4300 manque de réactivité sous Debian 13 avec XFCE. Le simple fait d'ouvrir Firefox pour écrire ce journal consomme déjà 1 Go de RAM !
Ce qui me révolte, c'est cette obsolescence provoquée par le logiciel. Le matériel fonctionne encore, mais les systèmes deviennent "obèses". Aujourd'hui, presque plus aucune distribution ne supporte le 32 bits. Le Web est devenu une porte close pour les processeurs qui s'essoufflent sur le chiffrement HTTPS ou font face à des navigateurs incompatibles. Même côté GPU, le support devient erratique : une carte comme la R9 280X se retrouve aujourd'hui délaissée par les pilotes récents, occasionnant des bugs ou un support incomplet dans amdgpu.
Pourquoi ne puis-je pas simplement utiliser mon ordinateur pour ce qu'il a été prévu, sans être contraint d'installer des paquets toujours plus lourds ? Je regrette l'ancien monde, celui où l'on restait productif avec un 486 sous Windows 3.1 malgré la sortie de Windows 98. Le matériel n'est pas mort, c'est le logiciel qui l'a achevé.
J'aimerais tellement jeter mon smartphone et dire au revoir à ce modernisme qui pousse à la consommation. Pour moi, l'ordinateur est une extension de mon esprit, pas juste un outil jetable. Cette perte d'alignement me pousse à chercher un système stable, optimisé, performant et sans dépendance au réseau.
Pour le moment, seul Debian semble correspondre à mes attentes, mais que se passera-t-il dans quelques années ? Mon matériel actuel sera-t-il bon pour la benne, simplement parce que le logiciel aura décidé de l'abandonner ? Tout serait tellement plus simple si Internet n'était pas devenu ce passage obligé, ou s'il avait su rester ce qu'il était au début : un outil léger, libre et véritablement au service de l'utilisateur.

# Mes deux centimes
Posté par Colin Pitrat (site web personnel) . Évalué à 3 (+1/-0).
Moi ce qui me rend malade c'est à quel point la merdification est causée par le fric.
Sur Play Store, toutes les applis sont pourries par les pubs ou le modèle de revenu de l'appli. Il est extrêmement difficile de trouver une simple application pour jouer de la musique qui ne soit pas gavée de pub.
Sur internet, c'est principalement pour la pub (ou la revente de données personnelles) que les sites sont obèses, lent et inutilisables. Et aussi pour les métriques de temps passé sur le site, nombre de clics, engagement, etc … dont le but est principalement de pouvoir justifier une valorisation boursière ou un prix pour la pub.
Il est loin le temps où le web était dominé par des pages faites par des gens qui ne cherchaient rien de plus qu'à partager leur savoir ou à échanger avec d'autres gens.
Et le pire c'est que ce web existe encore, mais il est étouffé par le web commercial, relégué à la 20e page de résultats sur les moteurs de recherche.
J'aimerais une solution à ça ! Un moteur de recherche alternatif peut être ? Une norme pour un web plus humain ?
Envoyer un commentaire
Suivre le flux des commentaires
Note : les commentaires appartiennent à celles et ceux qui les ont postés. Nous n’en sommes pas responsables.