Une dĂ©pĂȘche estivale oĂč on ira Ă la rencontre de lâauteur de science-fiction amĂ©ricain Robert Heinlein Ă travers trois de ses romans : Double Ă©toile (1956), RĂ©volte sur la Lune (1966) et Le Chat passe-muraille (1985). LâidĂ©e ? Replacer Heinlein ainsi que ses romans dans lâhistoire de lâinformatique, voir comment cela fonctionnerait Ă lâheure actuelle, Ă©ventuellement se livrer Ă une prospective. Lâinformatique nâest pas une science si nouvelle. Il serait temps que ça rentre dans les esprits.

Sommaire
- Heinlein et le temps informatique
- Double étoile, 1956, du papier carbone et des rÚgles à calcul
- RĂ©volte sur la Lune : la genĂšse dâune Intelligence Artificielle
- Le Chat passe-muraille : mort et transfiguration informatique
- Pour finir, aller plus loin, etc.
Heinlein et le temps informatique
Robert Anson Heinlein nait en 1907, soit un an aprÚs Grace Hopper, conceptrice du premier compilateur et du Cobol et cinq ans avant Alan Turing qui a travaillé à la conception des tout premiers ordinateurs. Il meurt en 1988 quelque chose comme quatre ans aprÚs la sortie du premier ordinateur Macintosh, trois ans aprÚs la sortie de Windows et trois ans avant la naissance de Linux.
Il sort diplĂŽmĂ© de lâAcadĂ©mie navale dâAnnapolis. En 1947, lâannĂ©e de sortie de lâEDVAC, il Ă©pouse Virginie Gerstenfeld, une ingĂ©nieure qui a procĂ©dĂ© Ă des tests de fusĂ©e. Ensemble ils feront de leur maison « la maison de lâavenir » (image dâarticle de presse, en) qui avait, notamment, pour plaire Ă la femme au foyer (sic), un bureau dans la cuisine avec un tĂ©lĂ©phone et une machine Ă Ă©crire. Elle ne prĂ©figure pas du tout celle de Xanadu 2.0 de Bill Gates, achevĂ©e en 1996.
Le premier roman de Heinlein, SixiĂšme colonne parait en 1941, lâannĂ©e de sortie du Z3 de Konrad Zuse, le premier ordinateur programmable en calcul binaire et Ă virgule flottante ayant vraiment fonctionnĂ© et onze ans avant la crĂ©ation de la NASA. Son dernier roman paru de son vivant, Au-delĂ du crĂ©puscule paraĂźt en 1987, lâannĂ©e de naissance du langage Perl.
Il est difficile de savoir Ă quel point Heinlein suivait lâĂ©volution de lâinformatique. On verra, toutefois, que cet aspect, traitĂ© Ă la marge dans Double Ă©toile en 1956, devient rĂ©ellement « futuriste » dix ans aprĂšs avec RĂ©volte sur la lune et lâapparition dâune intelligence artificielle.
Double étoile, 1956, du papier carbone et des rÚgles à calcul
Double Ă©toile est considĂ©rĂ© comme lâun de ses romans majeurs. Il paraĂźt en 1956, lâannĂ©e de la naissance de Fortran, un an avant que Frances Allen (prix Turing 2006) nâintĂšgre IBM et trois avant lâIBM 1401. Ce dernier, le plus vendu des ordinateurs de 2e gĂ©nĂ©ration dâIBM avait une mĂ©moire entre 1,4 Ă 16 Ko selon les configurations. Il nâavait pas dâĂ©cran et Ă©tait composĂ© de trois machines : une lectrice perforatrice de carte, une unitĂ© centrale avec tableau de contrĂŽle et une imprimante. On pouvait en outre y connecter des bandes magnĂ©tiques pour Ă©tendre ses capacitĂ©s. Les IBM 401, Ă©taient plus lourds quâune armoire normande et occupaient plus dâespace au sol, mais les trois blocs Ă©taient plus facilement mobiles, car ils Ă©taient pourvus de roulettes.
Le propos
Le propos : un politicien, John Joseph Bonforte, est enlevĂ© en pleine pĂ©riode Ă©lectorale. Son Ă©quipe de campagne sâadresse Ă un acteur, Lawrence Smythe qui est son sosie pour le remplacer le temps de le retrouver. Et Ă©videmment, il y a un traĂźtre dans lâĂ©quipe de campagne. Ăa se passe surtout sur la Lune oĂč rĂšgne un empereur dâun empire galactique. Bonforte se prĂ©sente aux Ă©lections de premier ministre (la personne qui a le rĂ©el pouvoir). Quatre scĂšnes du livre nous intĂ©ressent.
Le téléphone, forcément filaire
MĂȘme si le livre se passe dans le futur (y compris le nĂŽtre), Heinlein nâavait pas envisagĂ© la tĂ©lĂ©phonie mobile que nous connaissons. Au dĂ©but du livre, Smythe est dans un bar oĂč un serveur lâavise dâun appel tĂ©lĂ©phonique. Il demande Ă ce quâon lui apporte le tĂ©lĂ©phone. Ce Ă quoi il lui est rĂ©pondu dâaller dans une cabine qui est, elle, une rĂ©elle avancĂ©e technologique, puisquâil sâagit dâune cabine super protĂ©gĂ©e oĂč les conversations restent rĂ©ellement confidentielles.
La premiĂšre expĂ©rience de tĂ©lĂ©phonie sans fil daterait de 1900, soit vingt-quatre ans aprĂšs lâinvention du tĂ©lĂ©phone lui-mĂȘme par Graham Bell. Mais elle ne deviendra une pratique courante, pour reprendre les termes de lâarticle du Petit journal, que vers les annĂ©es 1980. CâĂ©tait encore un domaine trĂšs balbutiant en 1956, plutĂŽt rĂ©servĂ© aux voitures et autres vĂ©hicules automobiles. CâĂ©tait cher et le matĂ©riel Ă©tait lourd et encombrant. Le premier tĂ©lĂ©phone mobile rĂ©ellement portable et utilisable par les piĂ©tons date du dĂ©but des annĂ©es 1970. Le prototype avec lequel Martin Cooper, chercheur chez Motorola, a passĂ© le premier appel en 1973 pesait plus dâun kilo et ne tenait, Ă©videmment, pas dans une poche et pas terriblement bien dans la main, Ă vrai dire. Le tĂ©lĂ©phone mobile (ou cellulaire) deviendra « intelligent » en 1994.

Martin Cooper et une collection des premiers téléphones mobiles.
LâĂ©cran tactile a Ă©tĂ© inventĂ© Ă peu prĂšs au mĂȘme moment, en 1972. Conçu par lâUniversitĂ© de lâIllinois, il sera rĂ©alisĂ© par IBM avec son ordinateur « Plato IV ». Il faudra attendre 2007 avec lâIphone dâApple pour que les Ă©crans tactiles se rĂ©pandent sur les ordiphones.
Aujourdâhui, Smythe recevrait lâappel sur son tĂ©lĂ©phone mobile, mais sans aucune garantie de confidentialitĂ© et, Ă©videmment, avec des Ă©couteurs BlueTooth. Le futur (pas si lointain ?) serait quâau lieu de parler Ă haute voix, on puisse se contenter de subvocaliser et que lâon ait des implants pour utiliser son ordiphone.
Les archives Farley, des données incompatibles avec le RGPD
Pour pouvoir bien jouer le rĂŽle de Bonforte, Smythe a besoin de connaĂźtre beaucoup dâinformations :
Mon numĂ©ro de funambule nâĂ©tait possible que grĂące aux archives Farley de Bonforte. Les archives Farley de Bonforte Ă©taient des archives modĂšles. On nâa sans doute jamais rien fait de mieux dans le genre.
James Aloysius Farley Ă©tait un politicien nĂ© en 1888 et mort en 1976. Il est connu, du WikipĂ©dia allemand, pour avoir Ă©tĂ© le directeur de campagne de Franklin Delano Roosevelt. Il a créé pour lui un systĂšme dâarchives de donnĂ©es sur toutes les personnes que le futur prĂ©sident avait rencontrĂ©. Les informations pouvaient ĂȘtre trĂšs complĂštes et comporter des donnĂ©es aussi personnelles que des informations sur les conjoints, les enfants, le reste de la famille, etc. ainsi que des anecdotes sur les personnes. DâaprĂšs la page de WikipĂ©dia, en allemand, consacrĂ©e aux archives Farley (de), les « archives Farley sont largement utilisĂ©es par les politiques et dans le monde des affaires.
Dans le roman dâHeinlein, ces :
archives portaient sur des milliers et des milliers dâhommes, femmes, enfants que Bonforte avaient rencontrĂ©s au cours de sa longue existence publique. Chacun des dossiers rĂ©sumait tout ce quâon savait dâune personne donnĂ©e, dâaprĂšs le contact personnel que Bonforte avait eu avec elle. Tout sây trouvait. MĂȘme et y compris les dĂ©tails les plus insignifiants (câĂ©tait mĂȘme par ces dĂ©tails insignifiants que commençaient les dossiers) : noms et surnoms de lâĂ©pouse, des enfants et des animaux favoris, violons dâIngres, goĂ»ts en matiĂšre de nourriture et de boisson, prĂ©jugĂ©s, maniesâŠ, etc. Venait ensuite la liste de toutes les rencontres de Bonforte avec la personne en cause. AccompagnĂ©e dâun commentaire permanent.
Elles Ă©taient alimentĂ©es par Bonforte et son assistante, Penny Ă lâaide dâun enregistreur actionnĂ© par la chaleur corporelle, celui de Penny Ă©tant un bracelet. Ensuite les enregistrements Ă©taient retranscris par deux femmes dont câĂ©tait le travail Ă plein temps et microfilmĂ©s. Heinlein reste vague sur le mode de consultation desdites archives hormis sur le fait que, lorsque Bonforte disposait dâun Ă©cran, Penny lui envoyait des messages.
Aujourdâhui : les informations seraient enregistrĂ©es au fil de lâeau, numĂ©risĂ©es et entrĂ©es automatiquement dans la base de donnĂ©es, voire, retranscrites en texte. Elles seraient accessibles de lâordiphone via une application, et dans un futur presque immĂ©diat accessible via des implants ou des lunettes de rĂ©alitĂ© augmentĂ©e Ă lâallure de paires de lunettes normales. Sauf que ! Ce qui peut passer en restant strictement matĂ©riel devient illicite et dangereux quand câest informatisĂ© compte tenu de la rapiditĂ© dâaccĂšs aux donnĂ©es et de la possibilitĂ© de les croiser. Dâailleurs, il est fort douteux que cela soit compatible avec le RGPD surtout si le consentement des personnes nâa pas Ă©tĂ© donnĂ©, notamment dans son article 56 :
Lorsque, dans le cadre dâactivitĂ©s liĂ©es Ă des Ă©lections, le fonctionnement du systĂšme dĂ©mocratique dans un Ătat membre requiert que les partis politiques collectent des donnĂ©es Ă caractĂšre personnel relatives aux opinions politiques des personnes, le traitement de telles donnĂ©es peut ĂȘtre autorisĂ© pour des motifs dâintĂ©rĂȘt public, Ă condition que des garanties appropriĂ©es soient prĂ©vues.
Mais on peut tout Ă fait imaginer que des politiques vĂ©reux non seulement recourent Ă ce genre dâarchives, mais les vendent pour payer leurs campagnes Ă©lectorales. Et Ă©videmment, que cela se pratique dans des Ătats oĂč nâexiste pas dâĂ©quivalents au RGPD.
Un traĂźtre et du papier carbone
Une bonne intrigue ne saurait ĂȘtre sans un traĂźtre. Ce dernier va accoster notre hĂ©ros en public Smythe-Bonforte et rĂ©vĂ©ler la supercherie. Lequel rĂ©agit en proposant que lâon prenne ses empreintes digitales et quâon les compare avec celles dâun fichier dâempreintes. Pour ce faire :
Penny avait des feuilles de papier carbone et quelquâun retrouva un de ces carnets Ă feuilles de plastique qui prenaient trĂšs bien les empreintes.
La technique de photocopie date de 1938, et le premier photocopieur commercial de 1959. Ă lâĂ©poque de la rĂ©daction du roman, la seule façon rapide et facile dâavoir plus dâune copie dâun texte Ă©tait dâutiliser le papier carbone avec lequel on pouvait avoir au maximum quatre copies sur une machine Ă Ă©crire. La derniĂšre Ă©tant bien pĂąle. Câest de ce papier carbone que vient lâenvoi en « cc » (carbon copy, copie carbone en français) ou « bcc » (blind carbon copy, copie carbone invisible ou cci en français) des courrielleurs. Et, comme dans le monde de Double Ă©toile, il semble quâon utilise encore des machines Ă Ă©crire, comme le faisait sans doute Heinlein pour Ă©crire ses romans, avoir du papier carbone sous la main Ă©tait courant.
Aujourdâhui, Ă ma connaissance on nâutilise ce type de papier que dans deux cas de figure : la broderie, pour reproduire un motif et les liasses et carnets autocopiants. Ces derniers servent pour faire des factures ou des borderaux. En pharmacie, par exemple, on vous dĂ©livrera ce type de bordereau si une partie des mĂ©dicaments figurant sur lâordonnance est manquante.
Smythe-Bonforte aurait pu avoir une application sur son ordiphone pour relever ses empreintes et les relier Ă la base de donnĂ©es du fichier des empreintes, Ă condition dâen avoir les droits naturellement, pour prouver rapidement quâil Ă©tait (ou pas) John Joseph Bonforte. Dans un futur pas si Ă©loignĂ©, son identification pourrait reposer sur une analyse dâADN « instantanĂ©e » avec une recherche dans le fichier ad hoc. Un systĂšme qui semble tout de mĂȘme plus « science-fictionnesque », bien que pas si fiable notamment parce quâun sĂ©jour dans lâespace peut modifier lâADN. On pourrait aller plus loin. Chaque cerveau possĂ©dant sa propre empreinte, cela pourrait ĂȘtre le marqueur ultime de lâidentitĂ© quâun implant et un lecteur adĂ©quat pourrait lire. LâidentitĂ© serait Ă la fois certifiĂ©e et quasiment impossible Ă usurper. En admettant que des maladies de type Alzheimer ou autre ne modifient pas cette empreinte.
Des rĂšgles Ă calculer et des ordinateurs
Au moment du vote, la petite Ă©quipe se trouve rĂ©unie pour suivre les rĂ©sultats en direct. Câest compliqué :
Nous avions besoin de tout ce que nous pouvions ramasser en fait de suffrages dans lâunivers extĂ©rieur. Les Agrariens de GanymĂšde avaient enlevĂ© cinq circonscriptions sur six, et ils faisaient partie de notre coalition ! Dans VĂ©nus, la situation ne laissait pas dâĂȘtre plus dĂ©licate. Les habitants de VĂ©nus, en effet, se trouvaient divisĂ©s entre onze ou douze partis diffĂ©rents Ă propos de points de thĂ©ologie impossibles Ă comprendre pour un humain.
LâĂ©quipe suit donc les rĂ©sultats Ă la tĂ©lĂ©vision au fur et Ă mesure quâils tombent :
Dak se penchait du cĂŽtĂ© de Rog sur une rĂšgle Ă calculer. Rog devant une Ă©norme feuille de papier appliquait une formule horriblement compliquĂ©e lui appartenant en propre. Une vingtaine au moins de cerveaux mĂ©talliques gĂ©ants faisaient comme lui dans lâensemble du systĂšme solaire.
Dans lâunivers de Double Ă©toile on a encore des rĂšgles Ă calculer en plus dâordinateurs gĂ©ants, surtout par la taille. Pour mĂ©moire, les rĂšgles Ă calcul Ă©taient un dispositif avec une partie coulissante sur une base. Elles permettaient de faire des calculs trĂšs complexes. CâĂ©tait lâoutil de travail des ingĂ©nieurs, des industriels, et de toute profession ayant Ă faire des opĂ©rations mathĂ©matiques. Elles ont, depuis avant les annĂ©es 1980, Ă©tĂ© dĂ©trĂŽnĂ©es par les calculatrices, mais restent toujours autorisĂ©es au concours dâentrĂ©e Ă Polytechnique.

Il va de soi que les solutions actuelles, voire, futures (?), seraient nâimporte quel ordiphone avec lâapplication « kivabien », une feuille de tableur ou un logiciel spĂ©cifique et un ordinateur, portable, Ă©videmment, pour travailler plus confortablement ou mĂȘme, pourquoi pas, une calculatrice programmable en Python. Et les rĂ©sultats pourraient sâafficher sous forme de courbe au fur et Ă mesure sur un casque de rĂ©alitĂ© virtuelle.
RĂ©volte sur la Lune : la genĂšse dâune Intelligence Artificielle
Comme le titre lâindique, câest le rĂ©cit dâune rĂ©volte des habitants dâune ancienne colonie pĂ©nitentiaire lunaire contre la domination des Ătats de la Terre. Le rĂ©cit est Ă©crit Ă la premiĂšre personne par le hĂ©ros de lâhistoire, Manuel Garcia OâKelly, manchot et rĂ©parateur en Ă©lectronique, le matĂ©riel, pas le logiciel. Il ne sera pas rĂ©ellement question de logiciel dans le roman.
Le roman dans son contexte informatique
Le livre sort en 1966, lâannĂ©e oĂč lâAcadĂ©mie française dĂ©finit lâinformatique comme la :
Science du traitement rationnel et automatique de lâinformation ; lâensemble des applications de cette science.
Ce nĂ©ologisme a Ă©tĂ© créé en 1962 (pdf) par Philippe Dreyfus Ă partir des termes « Information » et « Automatique ». Il sâagit donc dâune science encore toute fraĂźche.
La sortie de RĂ©volte sur la Lune, coĂŻncide aussi, en France, avec le lancement du « Plan Calcul » lancĂ© par la Compagnie internationale pour lâinformatique (CII), une entreprise privĂ©e nĂ©e de la fusion de trois sociĂ©tĂ©s (SEA, CAE et ANALAC) et pour lequel est créé un institut de recherche : lâInstitut de Recherche en Informatique et Automatique (IRIA).
CĂŽtĂ© ordinateur, IBM a lancĂ©, en 1964 lâIBM System/360, une gamme dâordinateurs « interopĂ©rables ». Tous avaient la mĂȘme architecture de base, au lieu de ce qui existait jusquâĂ prĂ©sent : un ordinateur, un systĂšme, un langage, du matĂ©riel associĂ©. Les ordinateurs de System/360 Ă©taient proposĂ©s dans diverses versions et diverses gammes de prix. Câest un moment clĂ© dans lâhistoire de lâinformatique.
En 1966, Douglas Engelbart (1925 â 2013) invente la souris, quâil brevĂštera en 1967 et prĂ©sentera au public en 1968.

Petit ordinateur deviendra grand
Lâordinateur de Luna City, un Mycroft Holmes IV, sâappelle Mike et nâĂ©tait au dĂ©part quâun « simple ordinateur, une logique souple » qui « calculait les trajectoires des cargos sans pilote et contrĂŽlait leur catapultage â un travail qui occupait moins de 1 % de ses capacitĂ©s. »
Pour le rentabiliser et faire en sorte quâil gĂšre les autres ordinateurs, on lui avait ajoutĂ© des mĂ©moires, des « terminaisons nerveuses associatives, un nouveau jeu de tubes Ă numĂ©ration duodĂ©cimale » et augmentĂ© sa RAM. Selon le narrateur : « le cerveau humain possĂšde environ 10 puissance 10 neurones. Au bout de trois ans, Mike avait plus dâune fois et demie ce nombre de neuristors. » Il Ă©tait Ă©quipĂ© dâun synthĂ©tiseur vocal « pour accompagner ses pointes de lecture, ses sorties papier et ses applications de fonctions ».
Il avait apparemment des capacitĂ©s dâapprentissage, ce qui peut Ă©voquer notamment le machine-learning. En revanche il nâacceptait quâun langage de dĂ©veloppement, le logolien. Ă force de se dĂ©velopper physiquement et dâaccumuler les donnĂ©es, il finira (en mai 2075 !) par contrĂŽler aussi le rĂ©seau tĂ©lĂ©com et le systĂšme qui donne aux parties souterraines habitĂ©es de Luna City une atmosphĂšre viable pour lâĂȘtre humain. Il sâoccupait aussi de la compta, de la paie de lâAutoritĂ© de Luna, et de celles de diverses entreprises et banques. Bref un ordinateur trĂšs trĂšs puissant et surtout omniprĂ©sent qui finira par acquĂ©rir une personnalitĂ©. Et maintenu par une seule personne Manuel Garcia OâKelly, mĂȘme pas programmeur.
Au dĂ©but du livre Mike sâĂ©tait Ă©veillĂ© depuis un an. Le rĂ©sultat dâune colossale absorption de donnĂ©es. Ă aucun moment il nâest question dâalgorithme, de dĂ©veloppement, de code, de modĂšle ou encore de sauvegarde. Et les tĂ©lĂ©phones de Luna nâavaient pas dâĂ©cran tactile, ni de systĂšme de reconnaissance vocale et ils Ă©taient tous filaires.
Une IA qui pilote une révolte
Mike, contrĂŽlant tous les rĂ©seaux, le fonctionnement de Luna City et une bonne partie des finances va piloter la rĂ©volte et cela sur trois aspects. Celui du fonctionnement de la ville : il lui est possible de jouer avec lâair par exemple et il contrĂŽle les communications. Il peut donc protĂ©ger et invisibiliser les Ă©changes des rĂ©volutionnaires. Sur le plan financier, il va faire en sorte que la rĂ©volution se finance sans que cela se remarque. Et enfin, sur le plan organisationnel, la masse de donnĂ©es que lâIA a ingĂ©rĂ© lui permet de donner des conseils sur le recrutement des nouveaux et leurs moyens de communication, des principes utilisĂ©s notamment dans les rĂ©seaux de la RĂ©sistance française.
Si lâordinateur sâimplique dans cette rĂ©volte câest parce que Manuel Garcia OâKelly Ă©tait le seul ĂȘtre humain qui lui rendait des visites. Et, surtout, le seul avec lequel il pouvait Ă©changer, les autres ordinateurs Ă©tant stupides. Ce qui est intĂ©ressant câest quâune Ă©tude parue en fĂ©vrier 2024 et menĂ©e par des Ă©quipes japonaises, lâuniversitĂ© Waseda et le centre de recherche sur lâintelligence artificielle de lâinstitut Riken, a mis en lumiĂšre le fait que si on ajoute des formules de politesse aux requĂȘtes, les LLM (Large Langage Models, grand modĂšle de langage) tels que ChatGPT vont rĂ©pondre plus efficacement et avec plus de pertinence que sans.
LâhypothĂšse (en) Ă©tait que les invites impolies Ă©taient susceptibles dâaboutir Ă une dĂ©tĂ©rioration des performances du modĂšle pouvant aboutir Ă des erreurs, des omissions ou un renforcement des biais. LâĂ©tude a confirmĂ© cette hypothĂšse :
nous avons rĂ©alisĂ© que la politesse des invites pouvait affecter significativement le comportement des LLM. Ce comportement peut ĂȘtre utilisĂ© pour manipuler ou tromper les utilisateurs et les utilisatrices. Nous recommandons de prendre pleinement en compte ces risques en variant les scĂ©narios dâapplication et les contextes culturels.
Ăa ne se termine pas bien pour Mike, car le lieu oĂč il est endommagĂ©, et quâil nây avait pas de sauvegarde. Une notion assez rare dans la science-fiction, mais pas sur LinuxFr.org.
Le Chat passe-muraille : mort et transfiguration informatique
Paru en 1985, le Chat passe-muraille est lâavant-dernier roman dâHeinlein, hormis les Ćuvres parues Ă titre posthume. Câest un gros pavĂ© in-rĂ©sumable Ă lâintrigue tarabiscotĂ©e. Le point de dĂ©part est le suivant : un inconnu sâassied Ă la table dâun colonel en retraite, amputĂ© dâune demi-jambe. Ă partir de lĂ il va se passer des tas de choses dans la vie de Campbell incluant des histoires de voyages dans le temps ou dans un monde parallĂšle et un mariage. Le roman est plus ou moins une suite de RĂ©volte sur la Lune puisquâil est question de sauver Mike.
Miniaturisation et fenĂȘtres
LâannĂ©e de la sortie du livre est Ă©galement celle du super-calculateur Cray II. Il avait une architecture vectorielle Ă quatre processeurs, la plus grosse mĂ©moire centrale jamais vue sur un ordinateur : 256 millions de mots mĂ©moire de 64 bits et une frĂ©quence dâhorloge de 283MHz (4,1 nanosecondes). Il atteignait une vitesse de pointe dâ1,9 gigaflops. Selon le site Histoire de lâinformatique câĂ©tait un ordinateur « miniaturisé ». Il Ă©tait dix fois plus puissant que le Cray I, son prĂ©dĂ©cesseur, mais plus petit.

Super calculateur Cray II du musée du CNAM à Paris. La plateforme sur laquelle il est posé mesure environ trois mÚtres sur trois.
Câest aussi celle de la sortie Windows, sous la forme dâun environnement graphique (GUI) pour commencer. Le systĂšme dâexploitation sortira plus tard, il faut bien faire ses classes.
Un peu avant, en 1983, Compaq avait lancĂ© un ordinateur portable sous Ms-DOS avec BIOS propriĂ©taire, le Compaq DOS 1.13. Le Compaq portable avait 128 Ko de Ram, tournait avec un processeur Intel de 4,77 MHz 8088. Pour le stockage, on avait le choix entre deux lecteurs de disquette 5,25 pouces ou un lecteur de disquette et un disque dur de 10 Mo. Il pesait 13 kilos et lâĂ©cran Ă©tait tout petit.
Lâinformatique commence Ă envahir vraiment les entreprises, pas uniquement les grosses, Ă partir du dĂ©but des annĂ©es 1980. Les rĂ©seaux tĂ©lĂ©coms sont de plus en plus utilisĂ©s pour transmettre des donnĂ©es autres que la voix malgrĂ© les coĂ»ts. TrĂšs souvent, câest par le biais de terminaux sans rĂ©elle mĂ©moire de stockage que lâon travaille sur informatique, en entreprise de moyenne et grande taille tout au moins. Lâordinateur personnel (PC) atterrira vraiment sur les bureaux, professionnels et privĂ©s, Ă partir de la fin des annĂ©es 1980.
Un réseau informatique envahissant
Le rĂ©cit commence sur une station spatiale La RĂšgle dâor oĂč on utilise des scooters qui sont liĂ©s au rĂ©seau comme tout le reste. On est loin de la rĂšgle Ă calculer de Double Ă©toile. On introduit ses coordonnĂ©es dans le scooter pour aller oĂč on veut et on paie en carte de crĂ©dit, on habite dans des compartiments avec terminal intĂ©grĂ©. Des compartiments gĂ©rĂ©s par lâadministration centrale de la RĂšgle dâor et câest par le terminal quâon accĂšde aux informations. Campbell lâutilise pour Ă©crire ses livres, car il nây a pas dâordinateur personnel. Au terminal est accouplĂ© une imprimante qui imprime notamment les notifications administratives. AprĂšs avoir reçu un avis dâexpulsion, le terminal est dĂ©connectĂ©, lâĂ©lectricitĂ© suivra : tous les bienfaits dâune gestion centralisĂ©e des rĂ©seaux.
Il y a toutefois une solution de sauvegarde que notre héros va cacher dans sa prothÚse :
des Megawafers Sony, dâune capacitĂ© dâun demi-million de mots et faisant chacun deux centimĂštres de large et trois millimĂštres dâĂ©paisseur, avec les renseignements tassĂ©s Ă un degrĂ© impensable.
Oui, il est question de « mots », lâunitĂ© de mesure informatique dâIBM des dĂ©buts. La notion dâoctet existait pourtant depuis juillet 1956, inventĂ©e par Werner Buchholz (en) (1922 â 2019) pour dĂ©crire la plus petite quantitĂ© de donnĂ©es que peut traiter un ordinateur et il en dĂ©coule tout le systĂšme de mesure actuel basĂ© sur et avec la mĂȘme logique que le SystĂšme International de longueurs et de poids. Un systĂšme qui Ă©tait dĂ©jĂ utilisĂ© dans les annĂ©es 1980, au moment de la rĂ©daction du livre1.
Quoi quâil en soit, ni les dimensions matĂ©rielles, proches de celles dâune carte SD, ni en quantitĂ© de donnĂ©es ne sonnent comme futuristes Ă lâheure actuelle. Mais elles lâĂ©taient Ă lâĂ©poque de la rĂ©daction du livre ou le support de stockage externe Ă©tait la disquette 5 pouces 25 (environ 13x13 cm) qui date de 1976 et dont la capacitĂ© pouvait aller jusquâĂ 1,2 Mo. Sur une carte SD actuelle ou une micro SD de 256 Go ou 512 Go, on peut dĂ©jĂ stocker beaucoup plus que ce demi-million de mots sans quâil soit nĂ©cessaire de comprimer quoi que ce soit.
Il semble que pour Heinlein, lâinformatique ait Ă©tĂ© liĂ©e au matĂ©riel, ainsi, quand la question se pose de remettre le terminal en service, la femme de Campbell prĂ©cise :
Pour remettre ce terminal en service, il faudrait bien davantage que des caresses Ă quelques solĂ©noĂŻdes, Ă©tant donnĂ© que lâordinateur central se trouve ailleurs.
Alors que, logiquement, si le service a été coupé à distance, sans intervention matérielle, il suffit de le réactiver.
AprĂšs bien des alĂ©as, le couple se retrouve dans un univers parallĂšle (câest assez confus) oĂč tout est gĂ©rĂ© par des intelligences artificielles fĂ©minines. Elles dialoguent avec et comme les ĂȘtres humains tout en sâoccupant dâeux aussi physiquement. En Ă©change, elles recevront un corps humain aprĂšs leurs annĂ©es de bons et loyaux service. Et ça, de tout ce quâon a vu Ă partir des Ă©crits dâHeinlein, reste ce qui est rĂ©ellement futuriste.
Pour finir, aller plus loin, etc.
Le lecteur ou la lectrice avide de lecture pourra complĂ©ter cette dĂ©pĂȘche par les fiches WikipĂ©dia des trois livres auscultĂ©s. Ă ma connaissance, en version EPUB, il nâexiste que la version originale de Double Ă©toile : Double Star, avec DRM. Pour les deux autres, il faudrait peut-ĂȘtre chercher les versions originales, The Moon is a harsh mistress (RĂ©volte sur la Lune) et The cat who walks through walls (Le Chat passe-muraille), sur des sites anglophones (je nâai pas poussĂ© mes recherches trĂšs loin Ă vrai dire).
Je ne saurais trop vous recommander dâaller jeter un coup de souris ou deux sur le site Histoire de lâinformatique et Ă le suggĂ©rer Ă toutes celles et ceux qui doivent faire des exposĂ©s dans un cadre scolaire notamment.
Au dĂ©part, jâavais lâintention de faire une mini-sĂ©rie de deux-trois dĂ©pĂȘches du mĂȘme genre avec dâautres auteurs, mais, câest beaucoup plus de travail que ce que je pensais. En revanche, au cours de mes recherches sur lâhistoire de lâinformatique, je me suis rendu compte que les annĂ©es 1970 ont Ă©tĂ© une Ă©poque charniĂšre sur laquelle sâest construit, notamment sur le plan matĂ©riel, lâinformatique actuelle. Je pense que ça mĂ©rite dâĂȘtre explorĂ© plus en profondeur.
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Je nâai pas rĂ©ussi Ă trouver quand le Bureau International des Poids et Mesures (BIPM) a ajoutĂ© ces mesures Ă la liste des unitĂ©s quâil dĂ©finit. â©
Aller plus loin
- Histoire de lâinformatique (27 clics)
- Robert A. Heinlein (21 clics)

# Titres originaux
Posté par jeberger (site web personnel) . Ăvalué à  5.
C'est bien la dĂ©fense de la langue française, mais quand on parle d'un auteur Ă©tranger c'est quand mĂȘme bien de rappeler les titres originaux :
[^] # Re: Titres originaux
Posté par Nicolas Bernard (site web personnel) . Ăvalué à  5.
C'est d'autant plus important que les traductions de l'Ă©poque ont la rĂ©putation d'ĂȘtre abominables. Au point que j'ai croisĂ© l'affirmationÂč qu'elles avaient Ă©tĂ© sabotĂ©es par les services de renseignement pour des raisons politiques (la philosophie politique d'Heinlein n'est guĂšre compatible avec l'Ătat providence).
(Âč: dans Missions, mĂ©thodes, techniques spĂ©ciales des services secrets au 21e siĂšcle si je me souviens bien)
[^] # Re: Titres originaux
Posté par Ysabeau đ§¶ (site web personnel, Mastodon) . Ăvalué à  3.
Bon les titres ont été ajoutés à la fin.
Quelle époque ? Les années 1950, 1960, 1970, 1980 ?
Je nâai aucun avis sur systemd
[^] # Re: Titres originaux
Posté par Nicolas Bernard (site web personnel) . Ăvalué à  2. DerniĂšre modification le 03 aoĂ»t 2024 Ă 20:50.
Oui. ;-)
Franchement, je ne suis pas certain. Pour ma part, aprĂšs avoir Ă©tĂ© trĂšs déçu par Ătoiles, garde Ă vous (traduction de Starship Troopers, qui doit dater du dĂ©but des annĂ©es 1960), j'ai lu la plupart du reste en anglais.
Révolte sur la Lune serait emblématique des traduction sabotées. Il paraßt que c'est aussi le cas de ses romans pour adolescents (donc plutÎt années 1950 pour ces derniers).
En revanche, la traduction de l'Histoire du futur publiée chez Denoël il y a une vingtaine d'années est tout à fait correcte par exemple.
[^] # Re: Titres originaux
Posté par Ysabeau đ§¶ (site web personnel, Mastodon) . Ăvalué à  3.
HonnĂȘtement, que la traduction n'ait pas Ă©tĂ© excellente, c'est une chose, mais le motif invoquĂ© sonne complotiste et est idiot. Il n'y a pas besoin d'un motif pour qu'une traduction soit mauvaise. Et ce d'autant plus que la sociĂ©tĂ© française des annĂ©es 1950 n'est pas la mĂȘme que celle des annĂ©es 1980 et qu'enfin je ne suis pas sĂ»re que la traduction ait Ă©tĂ© assurĂ©e par les mĂȘmes personnes.
Je nâai aucun avis sur systemd
[^] # Re: Titres originaux
Posté par BenoĂźt Sibaud (site web personnel) . Ăvalué à  6.
Peut-ĂȘtre des rĂ©ponses dans Gouanvic, Jean-Marc. Sociologie de la traduction. Artois Presses UniversitĂ©, 1999, https://doi.org/10.4000/books.apu.6046. sur la science-fiction amĂ©ricaine dans lâespace culturel français des annĂ©es 1950
https://books.openedition.org/apu/6046?format=toc
Mais c'est trÚs universitaire à premiÚre vue, ça ne se lit pas comme un roman.
# Double étoile : date
Posté par Jean-Baptiste Faure . Ăvalué à  3.
D'aprÚs Wikipedia, la version originale de « Double étoile » est parue en 1956. Et la premiÚre édition française est de 1958.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Double_%C3%89toile
[^] # Re: Double étoile : date
Posté par Ysabeau đ§¶ (site web personnel, Mastodon) . Ăvalué à  6.
Ah oui, un effet de ma fùcherie avec les nombres, parce que sur mes notes la date était la bonne. J'ai corrigé le tir, ce qui m'a permis d'évoquer Frances Allen, c'est tout bonus. Merci.
Et j'ai aussi ajouté, à la fin, les titres originaux.
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# Le papier carbone
Posté par pulkomandy (site web personnel, Mastodon) . Ăvalué à  6.
Le papier carbone survit encore, dans les formulaire de constats d'accidents à remplir en 2 ou 3 exemplaires identiques. Je viens d'en remplir un avec mes voisin d'au-dessus qui ont un petit peu innondé mon appartement.
Une solution low-tech qui permet d'éviter des falsifications ou modifications sans l'accord de toutes les parties. Pour remplacer ça par une solution numérique il faudrait une sacrée usine à gaz (j'en entend déjà qui parlent de blockchain)
[^] # Re: Le papier carbone
Posté par Pol' uX (site web personnel) . Ăvalué à  7.
Je l'utilise couramment pour faire des bons de livraison en « papier dupli », je laisse l'original au client et je garde la copie pour moi pour facturer en fin de mois.
(Oui mon BL pourrait ĂȘtre informatique mais ça n'a aucun intĂ©rĂȘt pour mon activitĂ©.)
Adhérer à l'April, ça vous tente ?
[^] # Re: Le papier carbone
Posté par deuzene (site web personnel) . Ăvalué à  4.
Je ne sais pas pourquoi tu t'es fait moinser !
Bien sûr que les carnets, avec duplicata carbones, existent encore. Et c'est super pratique et sûr. L'outil parfait des notaires.
« Il vaut mieux mobiliser son intelligence sur des conneries que mobiliser sa connerie sur des choses intelligentes. »
[^] # Re: Le papier carbone
Posté par Ysabeau đ§¶ (site web personnel, Mastodon) . Ăvalué à  4. DerniĂšre modification le 23 aoĂ»t 2024 Ă 14:25.
Je n'allais pas citer tous les cas d'usage dans la dĂ©pĂȘche :-). Et alors que je pensais que les feuilles de papier carbone pour papier n'Ă©taient plus fabriquĂ©es apparemment c'est faux parce qu'on peut toujours en acheter avec cet argument :
Argument qui provient du site
www.bureau-vallee.fr.Cela dit, je pense que les gamins et les gamines auraient plutĂŽt tendance Ă photographier les notes de cours avec leur ordiphone et Ă donner ensuite les photos Ă leurs camarades.
Je nâai aucun avis sur systemd
[^] # Re: Le papier carbone
Posté par cĂ©vhĂ© . Ăvalué à  2.
Le prof de collĂšge confirme.
Et il déprime quand les élÚvent font ça également en photographiant ⊠leur écran d'ordinateur.
[^] # Re: Le papier carbone
Posté par Ysabeau đ§¶ (site web personnel, Mastodon) . Ăvalué à  4.
Faut leur faire lire cette dĂ©pĂȘche :-) pour qu'iels comprennent bien que ce n'est pas parce que c'est Ă©crit que c'est du texte lisible.
Je nâai aucun avis sur systemd
[^] # Re: Le papier carbone
Posté par BenoĂźt Sibaud (site web personnel) . Ăvalué à  4. DerniĂšre modification le 23 aoĂ»t 2024 Ă 15:05.
Hors sujet : une forme inversĂ©e est vraie aussi, ce n'est pas parce que c'est lisible que c'est du texte (au sens pour humains). Avoir Ă Ă©couter une synthĂšse vocale qui dĂ©bite du Base64 est pĂ©nible (ça pose un problĂšme de respiration Ă celui qui Ă©couteâŠ), avoir Ă le lire soi-mĂȘme ne serait guĂšre plus palpitant, et il est peu probable de le dĂ©coder de tĂȘte et encore moins de comprendre le contenu binaire transporté⊠(existe en version ADN/ARN pour les biologistes).
[^] # Re: Le papier carbone
Posté par Ysabeau đ§¶ (site web personnel, Mastodon) . Ăvalué à  2.
C'est pour ça que j'ai exclu le code de ma définition :-)
Je nâai aucun avis sur systemd
[^] # Re: Le papier carbone
Posté par cĂ©vhĂ© . Ăvalué à  3.
J'ai eu l'occasion (sans gravité aucune) de constater que les formulaires papier de constat amiable automobile vieillissent mal (qq années). En appuyant comme un sourd sur un véritable bicŸ⹠le deuxiÚme exemplaire est resté vide.
Pensez Ă les renouveler de temps Ă autre.
# Commentaires divers
Posté par HubTou (site web personnel) . Ăvalué à  5.
Ăa m'a refait penser Ă un autre roman de SF sur une Ă©lection prĂ©sidentielle US, oĂč l'un des candidats, aprĂšs avoir subi un AVC, se voit dotĂ© d'un implant neuronal qui permet de l'alimenter en temps rĂ©el sur les rĂ©ponses les plus susceptibles de plaire Ă la majoritĂ© des Ă©lecteurs et de le contrĂŽler (bon j'ai lu ça il y a 30 ans, mon souvenir est sans doute imprĂ©cis !).
Ce roman s'appelle Interface et a rassemblé sous le pseudonyme de Stephen Bury les auteurs Neal Stephenson (sans doute bien connu des lecteurs de LinuxFr) et George Jewsbury.
A quelques centimĂštres prĂšs, ça aurait pu devenir un roman d'anticipation, avec Trump dans le rĂŽle du politicien, Musk dans celui du fournisseur d'implant Neuralink et un colistier trĂšs diffĂ©rentâŠ
La notion de « portabilité » a bien Ă©voluĂ© au fil des ans. Dans la premiĂšre moitiĂ© des annĂ©es 80, cela voulait plutĂŽt dire transportable đ
La premiĂšre (?) offre commerciale française dont jâaie connaissance, Radiocom 2000, associait un combinĂ© classique Ă une base Ă©metteur-rĂ©cepteur encore assez volumineuse :
LâApple //c, un tout petit peu avant, Ă©tait Ă©quipĂ© en sĂ©rie dâune poignĂ©e de transport et Ă©tait gĂ©nĂ©ralement associĂ© Ă un mini Ă©cran (la poignĂ©e est lĂ©gĂšrement visible sur l'arriĂšre de l'unitĂ© centrale) :
Et c'était déjà moins encombrant que le Compaq portable et ses 13 kilos :
Lâutilisation directe dâimplants cochlĂ©aires est dĂ©jĂ disponible depuis 2017 chez Apple, qui aurait mĂȘme dĂ©posĂ© un brevet sur le sujet.
Si lâenjeu du commerce est dâĂȘtre au plus prĂšs du prospect/client, alors pendant que lâon sâinquiĂšte des dĂ©rives possibles Ă base dâenceintes connectĂ©es espionnant ce qui se passe Ă domicile, on ne fera jamais plus prĂšs quâĂȘtre dans lâindividu ! Sans doute une arriĂšre-pensĂ©e dâElon Musk Ă©galementâŠ
Puis en projection rétinienne directe, comme dans Le problÚme à 3 corps :-)
C'était déjà la crainte à l'époque du lancement des Google Glass, mais depuis il y a eu la version Ray-Ban beaucoup plus discrÚte et avec un partenaire bien connu pour son respect de la vie privée, les Ray-Ban Meta smart glasses :-)
[^] # Re: Commentaires divers
Posté par Krunch (courriel, site web personnel) . Ăvalué à  2.
Voire aussi Richard Condon : The Mandchurian Candidate ou The Whisper of the Axe.
pertinent adj. Approprié : qui se rapporte exactement à ce dont il est question.
# Coquille
Posté par jcr83 . Ăvalué à  2.
Le sigle de la Compagnie internationale pour lâinformatique, c'est CII, pas CID.
[^] # Re: Coquille
Posté par BenoĂźt Sibaud (site web personnel) . Ăvalué à  4.
Corrigé, merci. La typo est présente sur la page pointée, du coup j'ai ajouté un lien vers CII.
# Coquille
Posté par vpo . Ăvalué à  5.
Ah non, une frĂ©quence c'est en Hertz unitĂ© qui est l'inverse mathĂ©matique d'une seconde (s-1). Donc une frĂ©quence ne peut pas ĂȘtre en nanoseconde.
Mais dans mon jeune temps, j'ai appris en lisant les cours d'assembleur 68k de ST Magazine que 1 octet = 8 bits, 1 mot c'est 16 bits et un long mot c'est 32 bits. PurĂ©e ça ne me rajeunit pasâŠ
[^] # Re: Coquille
Posté par Ysabeau đ§¶ (site web personnel, Mastodon) . Ăvalué à  1.
Cela vient du site du constructeur. Ce n'est donc pas une coquille.
Je nâai aucun avis sur systemd
[^] # Re: Coquille
Posté par BenoĂźt Sibaud (site web personnel) . Ăvalué à  3.
4,1 ns soit 283 MHz (l'erreur est sur le site pointé, https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Cray_(entreprise) donne la fréquence en MHz). Corrigé, merci.
[^] # Re: Coquille
Posté par Claude SIMON (site web personnel) . Ăvalué à  4.
Sur le site constructeur, dans la description du Cray X-MP, ils font Ă©tat de cycle d'horloge de 9,5 nanosecondes, ce qui, pour le coup, est cohĂ©rent avec l'unitĂ© de mesureâŠ
Zelbinium: Your Devices, Your Rules!
[^] # Re: Coquille
Posté par vpo . Ăvalué à  3. DerniĂšre modification le 07 aoĂ»t 2024 Ă 17:09.
La description du Cray XMP parle en effet de cycle d'horloge, mais en ce qui concerne celle du Cray 2, il y a bien une coquille puisque c'est "fréquence d'horloge" et non de "cycle d'horloge" qui est employé sur le site cité en référence.
D'ailleurs, aux arrondis prĂšs, un cycle de 4.1 nanoseconde, cela fait 244 MHz et non 283 MHz. A 283 MHz, le cycle d'horloge ne prendrait que 3.5 ns.
# Les epub en français
Posté par Zorro . Ăvalué à  2.
Bravo pour ce long billet, passionnant et qui donne envie de lire ces livres.
Pour info, les epub en français des 3 titres mentionnés existent, ils ont été numérisés par des bénévoles et circulent assez facilement.
[^] # Re: Les epub en français
Posté par JĂ©rĂŽme FIX (site web personnel) . Ăvalué à  2.
Quid du droit d'auteur ?
[^] # Re: Les epub en français
Posté par Zorro . Ăvalué à  3.
C'est gentil de t'inquiéter.
Je te rassure, le monsieur va trĂšs bien.
# une Science-Fiction d'ingénieur
Posté par Refuznik . Ăvalué à  2.
Je ne pense pas que Heinlein Ă©tait un gros visionnaire tout comme Campbell qui demande, propose, illustre et dĂ©fend une Science-Fiction d'ingĂ©nieur mais ça n'enlĂšve rien Ă ton texte historique mais perso. j'aurais plutĂŽt pris pour la mĂȘme pĂ©riode Asimov.
Extrait d'une partie de la bio de Campbell qui lança Heinlein & Asimov entre autre :
https://www.quarante-deux.org/archives/klein/prefaces/lp27227.html
Un ingĂ©nieur est quelqu'un qui sait donner une solution technique, fondĂ©e Ă la fois sur une comprĂ©hension thĂ©orique profonde des phĂ©nomĂšnes et sur une connaissance pratique, Ă n'importe quel problĂšme. Il y a toujours eu dans la Science-Fiction amĂ©ricaine un style bricolage dans un garage, un cĂŽtĂ© MĂ©canique populaire (9) dĂ©jĂ prĂ©sent dans le premier magazine de Gernsback, créé en 1908, Modern electrics, oĂč il publia en 1911/1912 son fameux et illisible roman, Ralph 124C 41+, cĂŽtĂ© renforcĂ© par la proportion de lecteurs et mĂȘme d'auteurs qui furent des pionniers de la T.S.F. et du poste Ă galĂšne.
On n'observe rien de tel en Europe oĂč Jules Verne, Conan Doyle, Rosny AĂźnĂ©, Maurice Renard, et dans un registre plus populaire un Jean de La Hire, sont des intellectuels et non des manuels, des Ă©crivains et mĂȘme des poĂštes qui, déçus dans leurs ambitions théùtrale (Verne) ou lyrique (La Hire), se sont tournĂ©s vers un genre relativement dĂ©criĂ©, le roman, et vers des spĂ©cialitĂ©s d'une gloire encore plus incertaine, la littĂ©rature pour la jeunesse ou l'anticipation. Certes Wells a bien dĂ» se livrer Ă quelques manipulations de biologiste dans sa jeunesse et il a toujours adorĂ© bricoler son vĂ©lo mais cela n'en fait pas un bidouilleur.
Le penchant edisonien de la Science-Fiction américaine archaïque, son exaltation de l'inventeur, de l'homme pratique, ne se borne vite pas aux problÚmes purement techniciens, aux nuts and bolts, mais contamine irrésistiblement tous les aspects de la vie psychologique et sociale. Pour un Campbell comme pour un Heinlein, il y a aux interrogations les plus difficiles, y compris métaphysiques, une réponse d'ingénieur, un truc qui doit marcher, une solution à portée de main.
Ainsi peut-on comprendre certaines dĂ©rives des annĂ©es 40 et 50 qui se traduisent dans des Ă©ditoriaux et des articles prĂ©tendant transcender la fiction, telles l'annonce dithyrambique puis la publication du texte de L. Ron Hubbard sur la dianĂ©tique dans Astounding (10) et l'intĂ©rĂȘt militant qu'y prennent non seulement Campbell mais A.E. Van Vogt dont le talent en pĂątira.
[^] # Re: une Science-Fiction d'ingénieur
Posté par Ysabeau đ§¶ (site web personnel, Mastodon) . Ăvalué à  3.
Je ne vois pas en quoi cette dĂ©pĂȘche ferait apparaĂźtre Heinlein comme un visionnaire, bien au contraire. MĂȘme sur le plan concret, ce dĂ©tail que personne nâa relevĂ©, est trĂšs significatif, et pourtantâŠ
Heinlein et son Ă©pouse apparemment voyaient toujours lâavenir de la femme aux casseroles pendant que monsieur avait son propre bureau et se faisait servir. Câest d'ailleurs assez intĂ©ressant car les femmes des romans dâHeinlein sont plutĂŽt de femmes libres et fortes.
En fait câest la relecture de Double Ă©toile et lâĂ©pisode sur le papier carbone qui a Ă©tĂ© ce qui mâa donnĂ© envie dâĂ©crire cette dĂ©pĂȘche. Asimov Ă©tait un excellent observateur des relations humaines (mĂȘme si cela se voit peu dans ses romans, dans les interactions entre les personnages tout au moins). Et Jules Verne Ă©tait un visionnaire, Paul dâIvoi aussi dâailleurs mais moins.
Je nâai aucun avis sur systemd
[^] # Re: une Science-Fiction d'ingénieur
Posté par Krunch (courriel, site web personnel) . Ăvalué à  3. DerniĂšre modification le 01 septembre 2024 Ă 16:39.
Cette citation de Gary Westfahl dans "Superladies in Waiting: How the Female Hero Almost Emerges in Science Fiction" résume bien le problÚme je pense :
Que je traduirais comme ceci :
Sinon, je trouve les analyses de Stross sur Heinlein généralement intéressantes et pertinentes mais elles sont fragmentées sur 42 000 commentaires sur son blog. En particulier, il insiste sur le fait que les vues de Heinlein ont évoluées au fil du temps et que tenter d'interpréter son oeuvre et sa biographie comme un tout cohérente dans un point du temps n'a pas beaucoup de sens.
pertinent adj. Approprié : qui se rapporte exactement à ce dont il est question.
[^] # Re: une Science-Fiction d'ingénieur
Posté par Ysabeau đ§¶ (site web personnel, Mastodon) . Ăvalué à  3. DerniĂšre modification le 01 septembre 2024 Ă 21:19.
Ce nâĂ©tait dâailleurs pas le propos de la dĂ©pĂȘche. Heinlein Ă©tait plutĂŽt un «âŻprĂ©texteâŻÂ» pour parler de lâhistoire de lâinformatique. Et effectivement, il nây a rien de commun entre Job : une comĂ©die de justice, Les Vertes collines de la terre, Vendredi et les trois romans que jâai traitĂ©. Quoique jâaurais pu aussi Ă©voquer Vendredi sous cet angle : courte apparition du tĂ©lĂ©phone mobile, omniprĂ©sence des rĂ©seaux informatiques, etc.
Heinlein, au dĂ©but aurait Ă©tĂ© politiquement Ă gauche. Asimov aurait pensĂ© que son virage Ă droite Ă©tait dĂ» Ă lâinfluence de sa derniĂšre Ă©pouse. Mais, personnellement, je mâen fiche un peu.
Je nâai aucun avis sur systemd
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