Heinlein : du papier carbone sur la Lune et une IA

33
2
août
2024
Culture

Une dĂ©pĂȘche estivale oĂč on ira Ă  la rencontre de l’auteur de science-fiction amĂ©ricain Robert Heinlein Ă  travers trois de ses romans : Double Ă©toile (1956), RĂ©volte sur la Lune (1966) et Le Chat passe-muraille (1985). L’idĂ©e ? Replacer Heinlein ainsi que ses romans dans l’histoire de l’informatique, voir comment cela fonctionnerait Ă  l’heure actuelle, Ă©ventuellement se livrer Ă  une prospective. L’informatique n’est pas une science si nouvelle. Il serait temps que ça rentre dans les esprits.

Une étagÚre

Sommaire

Heinlein et le temps informatique

Robert Anson Heinlein nait en 1907, soit un an aprÚs Grace Hopper, conceptrice du premier compilateur et du Cobol et cinq ans avant Alan Turing qui a travaillé à la conception des tout premiers ordinateurs. Il meurt en 1988 quelque chose comme quatre ans aprÚs la sortie du premier ordinateur Macintosh, trois ans aprÚs la sortie de Windows et trois ans avant la naissance de Linux.

Il sort diplĂŽmĂ© de l’AcadĂ©mie navale d’Annapolis. En 1947, l’annĂ©e de sortie de l’EDVAC, il Ă©pouse Virginie Gerstenfeld, une ingĂ©nieure qui a procĂ©dĂ© Ă  des tests de fusĂ©e. Ensemble ils feront de leur maison « la maison de l’avenir » (image d’article de presse, en) qui avait, notamment, pour plaire Ă  la femme au foyer (sic), un bureau dans la cuisine avec un tĂ©lĂ©phone et une machine Ă  Ă©crire. Elle ne prĂ©figure pas du tout celle de Xanadu 2.0 de Bill Gates, achevĂ©e en 1996.

Le premier roman de Heinlein, SixiĂšme colonne parait en 1941, l’annĂ©e de sortie du Z3 de Konrad Zuse, le premier ordinateur programmable en calcul binaire et Ă  virgule flottante ayant vraiment fonctionnĂ© et onze ans avant la crĂ©ation de la NASA. Son dernier roman paru de son vivant, Au-delĂ  du crĂ©puscule paraĂźt en 1987, l’annĂ©e de naissance du langage Perl.

Il est difficile de savoir Ă  quel point Heinlein suivait l’évolution de l’informatique. On verra, toutefois, que cet aspect, traitĂ© Ă  la marge dans Double Ă©toile en 1956, devient rĂ©ellement « futuriste » dix ans aprĂšs avec RĂ©volte sur la lune et l’apparition d’une intelligence artificielle.

Double étoile, 1956, du papier carbone et des rÚgles à calcul

Double Ă©toile est considĂ©rĂ© comme l’un de ses romans majeurs. Il paraĂźt en 1956, l’annĂ©e de la naissance de Fortran, un an avant que Frances Allen (prix Turing 2006) n’intĂšgre IBM et trois avant l’IBM 1401. Ce dernier, le plus vendu des ordinateurs de 2e gĂ©nĂ©ration d’IBM avait une mĂ©moire entre 1,4 Ă  16 Ko selon les configurations. Il n’avait pas d’écran et Ă©tait composĂ© de trois machines : une lectrice perforatrice de carte, une unitĂ© centrale avec tableau de contrĂŽle et une imprimante. On pouvait en outre y connecter des bandes magnĂ©tiques pour Ă©tendre ses capacitĂ©s. Les IBM 401, Ă©taient plus lourds qu’une armoire normande et occupaient plus d’espace au sol, mais les trois blocs Ă©taient plus facilement mobiles, car ils Ă©taient pourvus de roulettes.

Le propos

Le propos : un politicien, John Joseph Bonforte, est enlevĂ© en pleine pĂ©riode Ă©lectorale. Son Ă©quipe de campagne s’adresse Ă  un acteur, Lawrence Smythe qui est son sosie pour le remplacer le temps de le retrouver. Et Ă©videmment, il y a un traĂźtre dans l’équipe de campagne. Ça se passe surtout sur la Lune oĂč rĂšgne un empereur d’un empire galactique. Bonforte se prĂ©sente aux Ă©lections de premier ministre (la personne qui a le rĂ©el pouvoir). Quatre scĂšnes du livre nous intĂ©ressent.

Le téléphone, forcément filaire

MĂȘme si le livre se passe dans le futur (y compris le nĂŽtre), Heinlein n’avait pas envisagĂ© la tĂ©lĂ©phonie mobile que nous connaissons. Au dĂ©but du livre, Smythe est dans un bar oĂč un serveur l’avise d’un appel tĂ©lĂ©phonique. Il demande Ă  ce qu’on lui apporte le tĂ©lĂ©phone. Ce Ă  quoi il lui est rĂ©pondu d’aller dans une cabine qui est, elle, une rĂ©elle avancĂ©e technologique, puisqu’il s’agit d’une cabine super protĂ©gĂ©e oĂč les conversations restent rĂ©ellement confidentielles.

La premiĂšre expĂ©rience de tĂ©lĂ©phonie sans fil daterait de 1900, soit vingt-quatre ans aprĂšs l’invention du tĂ©lĂ©phone lui-mĂȘme par Graham Bell. Mais elle ne deviendra une pratique courante, pour reprendre les termes de l’article du Petit journal, que vers les annĂ©es 1980. C’était encore un domaine trĂšs balbutiant en 1956, plutĂŽt rĂ©servĂ© aux voitures et autres vĂ©hicules automobiles. C’était cher et le matĂ©riel Ă©tait lourd et encombrant. Le premier tĂ©lĂ©phone mobile rĂ©ellement portable et utilisable par les piĂ©tons date du dĂ©but des annĂ©es 1970. Le prototype avec lequel Martin Cooper, chercheur chez Motorola, a passĂ© le premier appel en 1973 pesait plus d’un kilo et ne tenait, Ă©videmment, pas dans une poche et pas terriblement bien dans la main, Ă  vrai dire. Le tĂ©lĂ©phone mobile (ou cellulaire) deviendra « intelligent » en 1994.

Martin Cooper
Martin Cooper et une collection des premiers téléphones mobiles.

L’écran tactile a Ă©tĂ© inventĂ© Ă  peu prĂšs au mĂȘme moment, en 1972. Conçu par l’UniversitĂ© de l’Illinois, il sera rĂ©alisĂ© par IBM avec son ordinateur « Plato IV ». Il faudra attendre 2007 avec l’Iphone d’Apple pour que les Ă©crans tactiles se rĂ©pandent sur les ordiphones.

Aujourd’hui, Smythe recevrait l’appel sur son tĂ©lĂ©phone mobile, mais sans aucune garantie de confidentialitĂ© et, Ă©videmment, avec des Ă©couteurs BlueTooth. Le futur (pas si lointain ?) serait qu’au lieu de parler Ă  haute voix, on puisse se contenter de subvocaliser et que l’on ait des implants pour utiliser son ordiphone.

Les archives Farley, des données incompatibles avec le RGPD

Pour pouvoir bien jouer le rîle de Bonforte, Smythe a besoin de connaütre beaucoup d’informations :

Mon numĂ©ro de funambule n’était possible que grĂące aux archives Farley de Bonforte. Les archives Farley de Bonforte Ă©taient des archives modĂšles. On n’a sans doute jamais rien fait de mieux dans le genre.

James Aloysius Farley Ă©tait un politicien nĂ© en 1888 et mort en 1976. Il est connu, du WikipĂ©dia allemand, pour avoir Ă©tĂ© le directeur de campagne de Franklin Delano Roosevelt. Il a créé pour lui un systĂšme d’archives de donnĂ©es sur toutes les personnes que le futur prĂ©sident avait rencontrĂ©. Les informations pouvaient ĂȘtre trĂšs complĂštes et comporter des donnĂ©es aussi personnelles que des informations sur les conjoints, les enfants, le reste de la famille, etc. ainsi que des anecdotes sur les personnes. D’aprĂšs la page de WikipĂ©dia, en allemand, consacrĂ©e aux archives Farley (de), les « archives Farley sont largement utilisĂ©es par les politiques et dans le monde des affaires.

Dans le roman d’Heinlein, ces :

archives portaient sur des milliers et des milliers d’hommes, femmes, enfants que Bonforte avaient rencontrĂ©s au cours de sa longue existence publique. Chacun des dossiers rĂ©sumait tout ce qu’on savait d’une personne donnĂ©e, d’aprĂšs le contact personnel que Bonforte avait eu avec elle. Tout s’y trouvait. MĂȘme et y compris les dĂ©tails les plus insignifiants (c’était mĂȘme par ces dĂ©tails insignifiants que commençaient les dossiers) : noms et surnoms de l’épouse, des enfants et des animaux favoris, violons d’Ingres, goĂ»ts en matiĂšre de nourriture et de boisson, prĂ©jugĂ©s, manies
, etc. Venait ensuite la liste de toutes les rencontres de Bonforte avec la personne en cause. AccompagnĂ©e d’un commentaire permanent.

Elles Ă©taient alimentĂ©es par Bonforte et son assistante, Penny Ă  l’aide d’un enregistreur actionnĂ© par la chaleur corporelle, celui de Penny Ă©tant un bracelet. Ensuite les enregistrements Ă©taient retranscris par deux femmes dont c’était le travail Ă  plein temps et microfilmĂ©s. Heinlein reste vague sur le mode de consultation desdites archives hormis sur le fait que, lorsque Bonforte disposait d’un Ă©cran, Penny lui envoyait des messages.

Aujourd’hui : les informations seraient enregistrĂ©es au fil de l’eau, numĂ©risĂ©es et entrĂ©es automatiquement dans la base de donnĂ©es, voire, retranscrites en texte. Elles seraient accessibles de l’ordiphone via une application, et dans un futur presque immĂ©diat accessible via des implants ou des lunettes de rĂ©alitĂ© augmentĂ©e Ă  l’allure de paires de lunettes normales. Sauf que ! Ce qui peut passer en restant strictement matĂ©riel devient illicite et dangereux quand c’est informatisĂ© compte tenu de la rapiditĂ© d’accĂšs aux donnĂ©es et de la possibilitĂ© de les croiser. D’ailleurs, il est fort douteux que cela soit compatible avec le RGPD surtout si le consentement des personnes n’a pas Ă©tĂ© donnĂ©, notamment dans son article 56 :

Lorsque, dans le cadre d’activitĂ©s liĂ©es Ă  des Ă©lections, le fonctionnement du systĂšme dĂ©mocratique dans un État membre requiert que les partis politiques collectent des donnĂ©es Ă  caractĂšre personnel relatives aux opinions politiques des personnes, le traitement de telles donnĂ©es peut ĂȘtre autorisĂ© pour des motifs d’intĂ©rĂȘt public, Ă  condition que des garanties appropriĂ©es soient prĂ©vues.

Mais on peut tout Ă  fait imaginer que des politiques vĂ©reux non seulement recourent Ă  ce genre d’archives, mais les vendent pour payer leurs campagnes Ă©lectorales. Et Ă©videmment, que cela se pratique dans des États oĂč n’existe pas d’équivalents au RGPD.

Un traĂźtre et du papier carbone

Une bonne intrigue ne saurait ĂȘtre sans un traĂźtre. Ce dernier va accoster notre hĂ©ros en public Smythe-Bonforte et rĂ©vĂ©ler la supercherie. Lequel rĂ©agit en proposant que l’on prenne ses empreintes digitales et qu’on les compare avec celles d’un fichier d’empreintes. Pour ce faire :

Penny avait des feuilles de papier carbone et quelqu’un retrouva un de ces carnets à feuilles de plastique qui prenaient trùs bien les empreintes.

La technique de photocopie date de 1938, et le premier photocopieur commercial de 1959. À l’époque de la rĂ©daction du roman, la seule façon rapide et facile d’avoir plus d’une copie d’un texte Ă©tait d’utiliser le papier carbone avec lequel on pouvait avoir au maximum quatre copies sur une machine Ă  Ă©crire. La derniĂšre Ă©tant bien pĂąle. C’est de ce papier carbone que vient l’envoi en « cc » (carbon copy, copie carbone en français) ou « bcc » (blind carbon copy, copie carbone invisible ou cci en français) des courrielleurs. Et, comme dans le monde de Double Ă©toile, il semble qu’on utilise encore des machines Ă  Ă©crire, comme le faisait sans doute Heinlein pour Ă©crire ses romans, avoir du papier carbone sous la main Ă©tait courant.

Aujourd’hui, Ă  ma connaissance on n’utilise ce type de papier que dans deux cas de figure : la broderie, pour reproduire un motif et les liasses et carnets autocopiants. Ces derniers servent pour faire des factures ou des borderaux. En pharmacie, par exemple, on vous dĂ©livrera ce type de bordereau si une partie des mĂ©dicaments figurant sur l’ordonnance est manquante.

Smythe-Bonforte aurait pu avoir une application sur son ordiphone pour relever ses empreintes et les relier Ă  la base de donnĂ©es du fichier des empreintes, Ă  condition d’en avoir les droits naturellement, pour prouver rapidement qu’il Ă©tait (ou pas) John Joseph Bonforte. Dans un futur pas si Ă©loignĂ©, son identification pourrait reposer sur une analyse d’ADN « instantanĂ©e » avec une recherche dans le fichier ad hoc. Un systĂšme qui semble tout de mĂȘme plus « science-fictionnesque », bien que pas si fiable notamment parce qu’un sĂ©jour dans l’espace peut modifier l’ADN. On pourrait aller plus loin. Chaque cerveau possĂ©dant sa propre empreinte, cela pourrait ĂȘtre le marqueur ultime de l’identitĂ© qu’un implant et un lecteur adĂ©quat pourrait lire. L’identitĂ© serait Ă  la fois certifiĂ©e et quasiment impossible Ă  usurper. En admettant que des maladies de type Alzheimer ou autre ne modifient pas cette empreinte.

Des rĂšgles Ă  calculer et des ordinateurs

Au moment du vote, la petite Ă©quipe se trouve rĂ©unie pour suivre les rĂ©sultats en direct. C’est compliqué :

Nous avions besoin de tout ce que nous pouvions ramasser en fait de suffrages dans l’univers extĂ©rieur. Les Agrariens de GanymĂšde avaient enlevĂ© cinq circonscriptions sur six, et ils faisaient partie de notre coalition ! Dans VĂ©nus, la situation ne laissait pas d’ĂȘtre plus dĂ©licate. Les habitants de VĂ©nus, en effet, se trouvaient divisĂ©s entre onze ou douze partis diffĂ©rents Ă  propos de points de thĂ©ologie impossibles Ă  comprendre pour un humain.

L’équipe suit donc les rĂ©sultats Ă  la tĂ©lĂ©vision au fur et Ă  mesure qu’ils tombent :

Dak se penchait du cĂŽtĂ© de Rog sur une rĂšgle Ă  calculer. Rog devant une Ă©norme feuille de papier appliquait une formule horriblement compliquĂ©e lui appartenant en propre. Une vingtaine au moins de cerveaux mĂ©talliques gĂ©ants faisaient comme lui dans l’ensemble du systĂšme solaire.

Dans l’univers de Double Ă©toile on a encore des rĂšgles Ă  calculer en plus d’ordinateurs gĂ©ants, surtout par la taille. Pour mĂ©moire, les rĂšgles Ă  calcul Ă©taient un dispositif avec une partie coulissante sur une base. Elles permettaient de faire des calculs trĂšs complexes. C’était l’outil de travail des ingĂ©nieurs, des industriels, et de toute profession ayant Ă  faire des opĂ©rations mathĂ©matiques. Elles ont, depuis avant les annĂ©es 1980, Ă©tĂ© dĂ©trĂŽnĂ©es par les calculatrices, mais restent toujours autorisĂ©es au concours d’entrĂ©e Ă  Polytechnique.

Une rĂšgle Ă  calculer

Il va de soi que les solutions actuelles, voire, futures (?), seraient n’importe quel ordiphone avec l’application « kivabien », une feuille de tableur ou un logiciel spĂ©cifique et un ordinateur, portable, Ă©videmment, pour travailler plus confortablement ou mĂȘme, pourquoi pas, une calculatrice programmable en Python. Et les rĂ©sultats pourraient s’afficher sous forme de courbe au fur et Ă  mesure sur un casque de rĂ©alitĂ© virtuelle.

RĂ©volte sur la Lune : la genĂšse d’une Intelligence Artificielle

Comme le titre l’indique, c’est le rĂ©cit d’une rĂ©volte des habitants d’une ancienne colonie pĂ©nitentiaire lunaire contre la domination des États de la Terre. Le rĂ©cit est Ă©crit Ă  la premiĂšre personne par le hĂ©ros de l’histoire, Manuel Garcia O’Kelly, manchot et rĂ©parateur en Ă©lectronique, le matĂ©riel, pas le logiciel. Il ne sera pas rĂ©ellement question de logiciel dans le roman.

Le roman dans son contexte informatique

Le livre sort en 1966, l’annĂ©e oĂč l’AcadĂ©mie française dĂ©finit l’informatique comme la :

Science du traitement rationnel et automatique de l’information ; l’ensemble des applications de cette science.

Ce nĂ©ologisme a Ă©tĂ© créé en 1962 (pdf) par Philippe Dreyfus Ă  partir des termes « Information » et « Automatique ». Il s’agit donc d’une science encore toute fraĂźche.

La sortie de RĂ©volte sur la Lune, coĂŻncide aussi, en France, avec le lancement du « Plan Calcul » lancĂ© par la Compagnie internationale pour l’informatique (CII), une entreprise privĂ©e nĂ©e de la fusion de trois sociĂ©tĂ©s (SEA, CAE et ANALAC) et pour lequel est créé un institut de recherche : l’Institut de Recherche en Informatique et Automatique (IRIA).

CĂŽtĂ© ordinateur, IBM a lancĂ©, en 1964 l’IBM System/360, une gamme d’ordinateurs « interopĂ©rables ». Tous avaient la mĂȘme architecture de base, au lieu de ce qui existait jusqu’à prĂ©sent : un ordinateur, un systĂšme, un langage, du matĂ©riel associĂ©. Les ordinateurs de System/360 Ă©taient proposĂ©s dans diverses versions et diverses gammes de prix. C’est un moment clĂ© dans l’histoire de l’informatique.

En 1966, Douglas Engelbart (1925 – 2013) invente la souris, qu’il brevĂštera en 1967 et prĂ©sentera au public en 1968.

Prototype de la premiĂšre souris, SRI International, CC BY-SA 3.0

Petit ordinateur deviendra grand

L’ordinateur de Luna City, un Mycroft Holmes IV, s’appelle Mike et n’était au dĂ©part qu’un « simple ordinateur, une logique souple » qui « calculait les trajectoires des cargos sans pilote et contrĂŽlait leur catapultage – un travail qui occupait moins de 1 % de ses capacitĂ©s. »

Pour le rentabiliser et faire en sorte qu’il gĂšre les autres ordinateurs, on lui avait ajoutĂ© des mĂ©moires, des « terminaisons nerveuses associatives, un nouveau jeu de tubes Ă  numĂ©ration duodĂ©cimale » et augmentĂ© sa RAM. Selon le narrateur : « le cerveau humain possĂšde environ 10 puissance 10 neurones. Au bout de trois ans, Mike avait plus d’une fois et demie ce nombre de neuristors. » Il Ă©tait Ă©quipĂ© d’un synthĂ©tiseur vocal « pour accompagner ses pointes de lecture, ses sorties papier et ses applications de fonctions ».

Il avait apparemment des capacitĂ©s d’apprentissage, ce qui peut Ă©voquer notamment le machine-learning. En revanche il n’acceptait qu’un langage de dĂ©veloppement, le logolien. À force de se dĂ©velopper physiquement et d’accumuler les donnĂ©es, il finira (en mai 2075 !) par contrĂŽler aussi le rĂ©seau tĂ©lĂ©com et le systĂšme qui donne aux parties souterraines habitĂ©es de Luna City une atmosphĂšre viable pour l’ĂȘtre humain. Il s’occupait aussi de la compta, de la paie de l’AutoritĂ© de Luna, et de celles de diverses entreprises et banques. Bref un ordinateur trĂšs trĂšs puissant et surtout omniprĂ©sent qui finira par acquĂ©rir une personnalitĂ©. Et maintenu par une seule personne Manuel Garcia O’Kelly, mĂȘme pas programmeur.

Au dĂ©but du livre Mike s’était Ă©veillĂ© depuis un an. Le rĂ©sultat d’une colossale absorption de donnĂ©es. À aucun moment il n’est question d’algorithme, de dĂ©veloppement, de code, de modĂšle ou encore de sauvegarde. Et les tĂ©lĂ©phones de Luna n’avaient pas d’écran tactile, ni de systĂšme de reconnaissance vocale et ils Ă©taient tous filaires.

Une IA qui pilote une révolte

Mike, contrĂŽlant tous les rĂ©seaux, le fonctionnement de Luna City et une bonne partie des finances va piloter la rĂ©volte et cela sur trois aspects. Celui du fonctionnement de la ville : il lui est possible de jouer avec l’air par exemple et il contrĂŽle les communications. Il peut donc protĂ©ger et invisibiliser les Ă©changes des rĂ©volutionnaires. Sur le plan financier, il va faire en sorte que la rĂ©volution se finance sans que cela se remarque. Et enfin, sur le plan organisationnel, la masse de donnĂ©es que l’IA a ingĂ©rĂ© lui permet de donner des conseils sur le recrutement des nouveaux et leurs moyens de communication, des principes utilisĂ©s notamment dans les rĂ©seaux de la RĂ©sistance française.

Si l’ordinateur s’implique dans cette rĂ©volte c’est parce que Manuel Garcia O’Kelly Ă©tait le seul ĂȘtre humain qui lui rendait des visites. Et, surtout, le seul avec lequel il pouvait Ă©changer, les autres ordinateurs Ă©tant stupides. Ce qui est intĂ©ressant c’est qu’une Ă©tude parue en fĂ©vrier 2024 et menĂ©e par des Ă©quipes japonaises, l’universitĂ© Waseda et le centre de recherche sur l’intelligence artificielle de l’institut Riken, a mis en lumiĂšre le fait que si on ajoute des formules de politesse aux requĂȘtes, les LLM (Large Langage Models, grand modĂšle de langage) tels que ChatGPT vont rĂ©pondre plus efficacement et avec plus de pertinence que sans.

L’hypothĂšse (en) Ă©tait que les invites impolies Ă©taient susceptibles d’aboutir Ă  une dĂ©tĂ©rioration des performances du modĂšle pouvant aboutir Ă  des erreurs, des omissions ou un renforcement des biais. L’étude a confirmĂ© cette hypothĂšse :

nous avons rĂ©alisĂ© que la politesse des invites pouvait affecter significativement le comportement des LLM. Ce comportement peut ĂȘtre utilisĂ© pour manipuler ou tromper les utilisateurs et les utilisatrices. Nous recommandons de prendre pleinement en compte ces risques en variant les scĂ©narios d’application et les contextes culturels.

Ça ne se termine pas bien pour Mike, car le lieu oĂč il est endommagĂ©, et qu’il n’y avait pas de sauvegarde. Une notion assez rare dans la science-fiction, mais pas sur LinuxFr.org.

Le Chat passe-muraille : mort et transfiguration informatique

Paru en 1985, le Chat passe-muraille est l’avant-dernier roman d’Heinlein, hormis les Ɠuvres parues Ă  titre posthume. C’est un gros pavĂ© in-rĂ©sumable Ă  l’intrigue tarabiscotĂ©e. Le point de dĂ©part est le suivant : un inconnu s’assied Ă  la table d’un colonel en retraite, amputĂ© d’une demi-jambe. À partir de lĂ  il va se passer des tas de choses dans la vie de Campbell incluant des histoires de voyages dans le temps ou dans un monde parallĂšle et un mariage. Le roman est plus ou moins une suite de RĂ©volte sur la Lune puisqu’il est question de sauver Mike.

Miniaturisation et fenĂȘtres

L’annĂ©e de la sortie du livre est Ă©galement celle du super-calculateur Cray II. Il avait une architecture vectorielle Ă  quatre processeurs, la plus grosse mĂ©moire centrale jamais vue sur un ordinateur : 256 millions de mots mĂ©moire de 64 bits et une frĂ©quence d’horloge de 283MHz (4,1 nanosecondes). Il atteignait une vitesse de pointe d’1,9 gigaflops. Selon le site Histoire de l’informatique c’était un ordinateur « miniaturisé ». Il Ă©tait dix fois plus puissant que le Cray I, son prĂ©dĂ©cesseur, mais plus petit.

Cray II
Super calculateur Cray II du musée du CNAM à Paris. La plateforme sur laquelle il est posé mesure environ trois mÚtres sur trois.

C’est aussi celle de la sortie Windows, sous la forme d’un environnement graphique (GUI) pour commencer. Le systùme d’exploitation sortira plus tard, il faut bien faire ses classes.

Un peu avant, en 1983, Compaq avait lancĂ© un ordinateur portable sous Ms-DOS avec BIOS propriĂ©taire, le Compaq DOS 1.13. Le Compaq portable avait 128 Ko de Ram, tournait avec un processeur Intel de 4,77 MHz 8088. Pour le stockage, on avait le choix entre deux lecteurs de disquette 5,25 pouces ou un lecteur de disquette et un disque dur de 10 Mo. Il pesait 13 kilos et l’écran Ă©tait tout petit.

L’informatique commence Ă  envahir vraiment les entreprises, pas uniquement les grosses, Ă  partir du dĂ©but des annĂ©es 1980. Les rĂ©seaux tĂ©lĂ©coms sont de plus en plus utilisĂ©s pour transmettre des donnĂ©es autres que la voix malgrĂ© les coĂ»ts. TrĂšs souvent, c’est par le biais de terminaux sans rĂ©elle mĂ©moire de stockage que l’on travaille sur informatique, en entreprise de moyenne et grande taille tout au moins. L’ordinateur personnel (PC) atterrira vraiment sur les bureaux, professionnels et privĂ©s, Ă  partir de la fin des annĂ©es 1980.

Un réseau informatique envahissant

Le rĂ©cit commence sur une station spatiale La RĂšgle d’or oĂč on utilise des scooters qui sont liĂ©s au rĂ©seau comme tout le reste. On est loin de la rĂšgle Ă  calculer de Double Ă©toile. On introduit ses coordonnĂ©es dans le scooter pour aller oĂč on veut et on paie en carte de crĂ©dit, on habite dans des compartiments avec terminal intĂ©grĂ©. Des compartiments gĂ©rĂ©s par l’administration centrale de la RĂšgle d’or et c’est par le terminal qu’on accĂšde aux informations. Campbell l’utilise pour Ă©crire ses livres, car il n’y a pas d’ordinateur personnel. Au terminal est accouplĂ© une imprimante qui imprime notamment les notifications administratives. AprĂšs avoir reçu un avis d’expulsion, le terminal est dĂ©connectĂ©, l’électricitĂ© suivra : tous les bienfaits d’une gestion centralisĂ©e des rĂ©seaux.

Il y a toutefois une solution de sauvegarde que notre héros va cacher dans sa prothÚse :

des Megawafers Sony, d’une capacitĂ© d’un demi-million de mots et faisant chacun deux centimĂštres de large et trois millimĂštres d’épaisseur, avec les renseignements tassĂ©s Ă  un degrĂ© impensable.

Oui, il est question de « mots », l’unitĂ© de mesure informatique d’IBM des dĂ©buts. La notion d’octet existait pourtant depuis juillet 1956, inventĂ©e par Werner Buchholz (en) (1922 – 2019) pour dĂ©crire la plus petite quantitĂ© de donnĂ©es que peut traiter un ordinateur et il en dĂ©coule tout le systĂšme de mesure actuel basĂ© sur et avec la mĂȘme logique que le SystĂšme International de longueurs et de poids. Un systĂšme qui Ă©tait dĂ©jĂ  utilisĂ© dans les annĂ©es 1980, au moment de la rĂ©daction du livre1.

Quoi qu’il en soit, ni les dimensions matĂ©rielles, proches de celles d’une carte SD, ni en quantitĂ© de donnĂ©es ne sonnent comme futuristes Ă  l’heure actuelle. Mais elles l’étaient Ă  l’époque de la rĂ©daction du livre ou le support de stockage externe Ă©tait la disquette 5 pouces 25 (environ 13x13 cm) qui date de 1976 et dont la capacitĂ© pouvait aller jusqu’à 1,2 Mo. Sur une carte SD actuelle ou une micro SD de 256 Go ou 512 Go, on peut dĂ©jĂ  stocker beaucoup plus que ce demi-million de mots sans qu’il soit nĂ©cessaire de comprimer quoi que ce soit.

Il semble que pour Heinlein, l’informatique ait Ă©tĂ© liĂ©e au matĂ©riel, ainsi, quand la question se pose de remettre le terminal en service, la femme de Campbell prĂ©cise :

Pour remettre ce terminal en service, il faudrait bien davantage que des caresses Ă  quelques solĂ©noĂŻdes, Ă©tant donnĂ© que l’ordinateur central se trouve ailleurs.

Alors que, logiquement, si le service a été coupé à distance, sans intervention matérielle, il suffit de le réactiver.

AprĂšs bien des alĂ©as, le couple se retrouve dans un univers parallĂšle (c’est assez confus) oĂč tout est gĂ©rĂ© par des intelligences artificielles fĂ©minines. Elles dialoguent avec et comme les ĂȘtres humains tout en s’occupant d’eux aussi physiquement. En Ă©change, elles recevront un corps humain aprĂšs leurs annĂ©es de bons et loyaux service. Et ça, de tout ce qu’on a vu Ă  partir des Ă©crits d’Heinlein, reste ce qui est rĂ©ellement futuriste.

Pour finir, aller plus loin, etc.

Le lecteur ou la lectrice avide de lecture pourra complĂ©ter cette dĂ©pĂȘche par les fiches WikipĂ©dia des trois livres auscultĂ©s. À ma connaissance, en version EPUB, il n’existe que la version originale de Double Ă©toile : Double Star, avec DRM. Pour les deux autres, il faudrait peut-ĂȘtre chercher les versions originales, The Moon is a harsh mistress (RĂ©volte sur la Lune) et The cat who walks through walls (Le Chat passe-muraille), sur des sites anglophones (je n‘ai pas poussĂ© mes recherches trĂšs loin Ă  vrai dire).

Je ne saurais trop vous recommander d’aller jeter un coup de souris ou deux sur le site Histoire de l’informatique et Ă  le suggĂ©rer Ă  toutes celles et ceux qui doivent faire des exposĂ©s dans un cadre scolaire notamment.

Au dĂ©part, j’avais l’intention de faire une mini-sĂ©rie de deux-trois dĂ©pĂȘches du mĂȘme genre avec d’autres auteurs, mais, c’est beaucoup plus de travail que ce que je pensais. En revanche, au cours de mes recherches sur l’histoire de l’informatique, je me suis rendu compte que les annĂ©es 1970 ont Ă©tĂ© une Ă©poque charniĂšre sur laquelle s’est construit, notamment sur le plan matĂ©riel, l’informatique actuelle. Je pense que ça mĂ©rite d’ĂȘtre explorĂ© plus en profondeur.


  1. Je n’ai pas rĂ©ussi Ă  trouver quand le Bureau International des Poids et Mesures (BIPM) a ajoutĂ© ces mesures Ă  la liste des unitĂ©s qu’il dĂ©finit. ↩

Aller plus loin

  • # Titres originaux

    Posté par  (site web personnel) . Évalué à 5.

    C'est bien la dĂ©fense de la langue française, mais quand on parle d'un auteur Ă©tranger c'est quand mĂȘme bien de rappeler les titres originaux :

    • Double Ă©toile → Double Star
    • RĂ©volte sur la lune → The Moon is a harsh mistress
    • Le chat passe-muraille → The cat who walks through walls
    • [^] # Re: Titres originaux

      Posté par  (site web personnel) . Évalué à 5.

      C'est d'autant plus important que les traductions de l'Ă©poque ont la rĂ©putation d'ĂȘtre abominables. Au point que j'ai croisĂ© l'affirmationÂč qu'elles avaient Ă©tĂ© sabotĂ©es par les services de renseignement pour des raisons politiques (la philosophie politique d'Heinlein n'est guĂšre compatible avec l'État providence).

      (Âč: dans Missions, mĂ©thodes, techniques spĂ©ciales des services secrets au 21e siĂšcle si je me souviens bien)

      • [^] # Re: Titres originaux

        Posté par  (site web personnel, Mastodon) . Évalué à 3.

        Bon les titres ont été ajoutés à la fin.

        les traductions de l'Ă©poque ont la rĂ©putation d'ĂȘtre abominables

        Quelle époque ? Les années 1950, 1960, 1970, 1980 ?

        Je n’ai aucun avis sur systemd

        • [^] # Re: Titres originaux

          Posté par  (site web personnel) . Évalué à 2. DerniĂšre modification le 03 aoĂ»t 2024 Ă  20:50.

          Quelle époque ? Les années 1950, 1960, 1970, 1980 ?

          Oui. ;-)

          Franchement, je ne suis pas certain. Pour ma part, aprĂšs avoir Ă©tĂ© trĂšs déçu par Étoiles, garde Ă  vous (traduction de Starship Troopers, qui doit dater du dĂ©but des annĂ©es 1960), j'ai lu la plupart du reste en anglais.
          Révolte sur la Lune serait emblématique des traduction sabotées. Il paraßt que c'est aussi le cas de ses romans pour adolescents (donc plutÎt années 1950 pour ces derniers).

          En revanche, la traduction de l'Histoire du futur publiée chez Denoël il y a une vingtaine d'années est tout à fait correcte par exemple.

          • [^] # Re: Titres originaux

            Posté par  (site web personnel, Mastodon) . Évalué à 3.

            HonnĂȘtement, que la traduction n'ait pas Ă©tĂ© excellente, c'est une chose, mais le motif invoquĂ© sonne complotiste et est idiot. Il n'y a pas besoin d'un motif pour qu'une traduction soit mauvaise. Et ce d'autant plus que la sociĂ©tĂ© française des annĂ©es 1950 n'est pas la mĂȘme que celle des annĂ©es 1980 et qu'enfin je ne suis pas sĂ»re que la traduction ait Ă©tĂ© assurĂ©e par les mĂȘmes personnes.

            Je n’ai aucun avis sur systemd

  • # Double Ă©toile : date

    Posté par  . Évalué à 3.

    D'aprÚs Wikipedia, la version originale de « Double étoile » est parue en 1956. Et la premiÚre édition française est de 1958.
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Double_%C3%89toile

    • [^] # Re: Double Ă©toile : date

      Posté par  (site web personnel, Mastodon) . Évalué à 6.

      Ah oui, un effet de ma fùcherie avec les nombres, parce que sur mes notes la date était la bonne. J'ai corrigé le tir, ce qui m'a permis d'évoquer Frances Allen, c'est tout bonus. Merci.

      Et j'ai aussi ajouté, à la fin, les titres originaux.

      Je n’ai aucun avis sur systemd

  • # Le papier carbone

    Posté par  (site web personnel, Mastodon) . Évalué à 6.

    Le papier carbone survit encore, dans les formulaire de constats d'accidents à remplir en 2 ou 3 exemplaires identiques. Je viens d'en remplir un avec mes voisin d'au-dessus qui ont un petit peu innondé mon appartement.

    Une solution low-tech qui permet d'éviter des falsifications ou modifications sans l'accord de toutes les parties. Pour remplacer ça par une solution numérique il faudrait une sacrée usine à gaz (j'en entend déjà qui parlent de blockchain)

    • [^] # Re: Le papier carbone

      Posté par  (site web personnel) . Évalué à 7.

      Je l'utilise couramment pour faire des bons de livraison en « papier dupli », je laisse l'original au client et je garde la copie pour moi pour facturer en fin de mois.
      (Oui mon BL pourrait ĂȘtre informatique mais ça n'a aucun intĂ©rĂȘt pour mon activitĂ©.)

      Adhérer à l'April, ça vous tente ?

      • [^] # Re: Le papier carbone

        Posté par  (site web personnel) . Évalué à 4.

        Je ne sais pas pourquoi tu t'es fait moinser !

        Bien sûr que les carnets, avec duplicata carbones, existent encore. Et c'est super pratique et sûr. L'outil parfait des notaires.

        « Il vaut mieux mobiliser son intelligence sur des conneries que mobiliser sa connerie sur des choses intelligentes. »

        • [^] # Re: Le papier carbone

          Posté par  (site web personnel, Mastodon) . Évalué à 4. DerniĂšre modification le 23 aoĂ»t 2024 Ă  14:25.

          Je n'allais pas citer tous les cas d'usage dans la dĂ©pĂȘche :-). Et alors que je pensais que les feuilles de papier carbone pour papier n'Ă©taient plus fabriquĂ©es apparemment c'est faux parce qu'on peut toujours en acheter avec cet argument :

          Les feuilles de carbone sont connues pour ĂȘtre utilisĂ©es Ă  l'Ă©cole. Le papier carbone permet en effet d'Ă©crire en double une leçon, ce qui est par exemple pratique pour prendre des notes pour un camarade. Il peut Ă©galement s'avĂ©rer utile dans le monde professionnel pour les mĂȘmes raisons. En effet, vos notes manuscrites ne sont plus limitĂ©es Ă  un seul exemplaire.

          Argument qui provient du site www.bureau-vallee.fr.

          Cela dit, je pense que les gamins et les gamines auraient plutĂŽt tendance Ă  photographier les notes de cours avec leur ordiphone et Ă  donner ensuite les photos Ă  leurs camarades.

          Je n’ai aucun avis sur systemd

          • [^] # Re: Le papier carbone

            Posté par  . Évalué à 2.

            Cela dit, je pense que les gamins et les gamines auraient plutĂŽt tendance Ă  photographier les notes de courts avec leur ordiphone et Ă  donner ensuite les photos Ă  leurs camarades.

            Le prof de collĂšge confirme.

            Et il dĂ©prime quand les Ă©lĂšvent font ça Ă©galement en photographiant 
 leur Ă©cran d'ordinateur.

            • [^] # Re: Le papier carbone

              Posté par  (site web personnel, Mastodon) . Évalué à 4.

              Faut leur faire lire cette dĂ©pĂȘche :-) pour qu'iels comprennent bien que ce n'est pas parce que c'est Ă©crit que c'est du texte lisible.

              Je n’ai aucun avis sur systemd

              • [^] # Re: Le papier carbone

                Posté par  (site web personnel) . Évalué à 4. DerniĂšre modification le 23 aoĂ»t 2024 Ă  15:05.

                Hors sujet : une forme inversĂ©e est vraie aussi, ce n'est pas parce que c'est lisible que c'est du texte (au sens pour humains). Avoir Ă  Ă©couter une synthĂšse vocale qui dĂ©bite du Base64 est pĂ©nible (ça pose un problĂšme de respiration Ă  celui qui Ă©coute
), avoir Ă  le lire soi-mĂȘme ne serait guĂšre plus palpitant, et il est peu probable de le dĂ©coder de tĂȘte et encore moins de comprendre le contenu binaire transporté  (existe en version ADN/ARN pour les biologistes).

    • [^] # Re: Le papier carbone

      Posté par  . Évalué à 3.

      Le papier carbone survit encore, dans les formulaire de constats d'accidents

      J'ai eu l'occasion (sans gravitĂ© aucune) de constater que les formulaires papier de constat amiable automobile vieillissent mal (qq annĂ©es). En appuyant comme un sourd sur un vĂ©ritable bic¼ℱ le deuxiĂšme exemplaire est restĂ© vide.

      Pensez Ă  les renouveler de temps Ă  autre.

  • # Commentaires divers

    Posté par  (site web personnel) . Évalué à 5.

    Double étoile, 1956
    Le propos : un politicien, John Joseph Bonforte, est enlevĂ© en pleine pĂ©riode Ă©lectorale. Son Ă©quipe de campagne s’adresse Ă  un acteur, Lawrence Smythe qui est son sosie pour le remplacer le temps de le retrouver.

    Ça m'a refait penser Ă  un autre roman de SF sur une Ă©lection prĂ©sidentielle US, oĂč l'un des candidats, aprĂšs avoir subi un AVC, se voit dotĂ© d'un implant neuronal qui permet de l'alimenter en temps rĂ©el sur les rĂ©ponses les plus susceptibles de plaire Ă  la majoritĂ© des Ă©lecteurs et de le contrĂŽler (bon j'ai lu ça il y a 30 ans, mon souvenir est sans doute imprĂ©cis !).

    Ce roman s'appelle Interface et a rassemblé sous le pseudonyme de Stephen Bury les auteurs Neal Stephenson (sans doute bien connu des lecteurs de LinuxFr) et George Jewsbury.

    A quelques centimĂštres prĂšs, ça aurait pu devenir un roman d'anticipation, avec Trump dans le rĂŽle du politicien, Musk dans celui du fournisseur d'implant Neuralink et un colistier trĂšs diffĂ©rent


    Le téléphone, forcément filaire
    La premiĂšre expĂ©rience de tĂ©lĂ©phonie sans fil daterait de 1900, soit vingt-quatre ans aprĂšs l’invention du tĂ©lĂ©phone lui-mĂȘme par Graham Bell. [
] C’était encore un domaine trĂšs balbutiant en 1956, plutĂŽt rĂ©servĂ© aux voitures et autres vĂ©hicules automobiles. C’était cher et le matĂ©riel Ă©tait lourd et encombrant. Le premier tĂ©lĂ©phone mobile rĂ©ellement portable et utilisable par les piĂ©tons date du dĂ©but des annĂ©es 1970. Le prototype avec lequel Martin Cooper, chercheur chez Motorola, a passĂ© le premier appel en 1973 pesait plus d’un kilo et ne tenait, Ă©videmment, pas dans une poche et pas terriblement bien dans la main, Ă  vrai dire.

    La notion de « portabilité » a bien Ă©voluĂ© au fil des ans. Dans la premiĂšre moitiĂ© des annĂ©es 80, cela voulait plutĂŽt dire transportable 😊

    La premiĂšre (?) offre commerciale française dont j’aie connaissance, Radiocom 2000, associait un combinĂ© classique Ă  une base Ă©metteur-rĂ©cepteur encore assez volumineuse :

    Photo du Radiocom 2000

    L’Apple //c, un tout petit peu avant, Ă©tait Ă©quipĂ© en sĂ©rie d’une poignĂ©e de transport et Ă©tait gĂ©nĂ©ralement associĂ© Ă  un mini Ă©cran (la poignĂ©e est lĂ©gĂšrement visible sur l'arriĂšre de l'unitĂ© centrale) :

    Photo d'un Apple //c

    Et c'était déjà moins encombrant que le Compaq portable et ses 13 kilos :

    Photo d'un Compaq Portable

    Aujourd’hui, Smythe recevrait l’appel sur son tĂ©lĂ©phone mobile, mais sans aucune garantie de confidentialitĂ© et, Ă©videmment, avec des Ă©couteurs BlueTooth. Le futur (pas si lointain ?) serait qu’au lieu de parler Ă  haute voix, on puisse se contenter de subvocaliser et que l’on ait des implants pour utiliser son ordiphone.

    L’utilisation directe d’implants cochlĂ©aires est dĂ©jĂ  disponible depuis 2017 chez Apple, qui aurait mĂȘme dĂ©posĂ© un brevet sur le sujet.

    Si l’enjeu du commerce est d’ĂȘtre au plus prĂšs du prospect/client, alors pendant que l’on s’inquiĂšte des dĂ©rives possibles Ă  base d’enceintes connectĂ©es espionnant ce qui se passe Ă  domicile, on ne fera jamais plus prĂšs qu’ĂȘtre dans l’individu ! Sans doute une arriĂšre-pensĂ©e d’Elon Musk Ă©galement


    Les archives Farley, des données incompatibles avec le RGPD
    Aujourd’hui : les informations seraient enregistrĂ©es au fil de l’eau, numĂ©risĂ©es et entrĂ©es automatiquement dans la base de donnĂ©es, voire, retranscrites en texte. Elles seraient accessibles de l’ordiphone via une application, et dans un futur presque immĂ©diat accessible via des implants ou des lunettes de rĂ©alitĂ© augmentĂ©e Ă  l’allure de paires de lunettes normales

    Puis en projection rétinienne directe, comme dans Le problÚme à 3 corps :-)

    C'était déjà la crainte à l'époque du lancement des Google Glass, mais depuis il y a eu la version Ray-Ban beaucoup plus discrÚte et avec un partenaire bien connu pour son respect de la vie privée, les Ray-Ban Meta smart glasses :-)

    • [^] # Re: Commentaires divers

      Posté par  (courriel, site web personnel) . Évalué à 2.

      Double Star
      Interface

      Voire aussi Richard Condon : The Mandchurian Candidate ou The Whisper of the Axe.

      pertinent adj. Approprié : qui se rapporte exactement à ce dont il est question.

  • # Coquille

    Posté par  . Évalué à 2.

    Le sigle de la Compagnie internationale pour l’informatique, c'est CII, pas CID.

  • # Coquille

    Posté par  . Évalué à 5.

    Il avait une architecture vectorielle Ă  quatre processeurs, la plus grosse mĂ©moire centrale jamais vue sur un ordinateur : 256 millions de mots mĂ©moire de 64 bits et une frĂ©quence d’horloge de 4,1 nanosecondes.

    Ah non, une frĂ©quence c'est en Hertz unitĂ© qui est l'inverse mathĂ©matique d'une seconde (s-1). Donc une frĂ©quence ne peut pas ĂȘtre en nanoseconde.

    Oui, il est question de « mots »

    Mais dans mon jeune temps, j'ai appris en lisant les cours d'assembleur 68k de ST Magazine que 1 octet = 8 bits, 1 mot c'est 16 bits et un long mot c'est 32 bits. PurĂ©e ça ne me rajeunit pas


    • [^] # Re: Coquille

      Posté par  (site web personnel, Mastodon) . Évalué à 1.

      Ah non, une frĂ©quence c'est en Hertz unitĂ© qui est l'inverse mathĂ©matique d'une seconde (s-1). Donc une frĂ©quence ne peut pas ĂȘtre en nanoseconde.

      Cela vient du site du constructeur. Ce n'est donc pas une coquille.

      Je n’ai aucun avis sur systemd

    • [^] # Re: Coquille

      Posté par  (site web personnel) . Évalué à 3.

      4,1 ns soit 283 MHz (l'erreur est sur le site pointé, https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Cray_(entreprise) donne la fréquence en MHz). Corrigé, merci.

    • [^] # Re: Coquille

      Posté par  (site web personnel) . Évalué à 4.

      Sur le site constructeur, dans la description du Cray X-MP, ils font état de cycle d'horloge de 9,5 nanosecondes, ce qui, pour le coup, est cohérent avec l'unité de mesure


      Zelbinium: Your Devices, Your Rules!

      • [^] # Re: Coquille

        Posté par  . Évalué à 3. DerniĂšre modification le 07 aoĂ»t 2024 Ă  17:09.

        La description du Cray XMP parle en effet de cycle d'horloge, mais en ce qui concerne celle du Cray 2, il y a bien une coquille puisque c'est "fréquence d'horloge" et non de "cycle d'horloge" qui est employé sur le site cité en référence.

        D'ailleurs, aux arrondis prĂšs, un cycle de 4.1 nanoseconde, cela fait 244 MHz et non 283 MHz. A 283 MHz, le cycle d'horloge ne prendrait que 3.5 ns.

  • # Les epub en français

    Posté par  . Évalué à 2.

    Bravo pour ce long billet, passionnant et qui donne envie de lire ces livres.
    Pour info, les epub en français des 3 titres mentionnés existent, ils ont été numérisés par des bénévoles et circulent assez facilement.

  • # une Science-Fiction d'ingĂ©nieur

    Posté par  . Évalué à 2.

    Je ne pense pas que Heinlein Ă©tait un gros visionnaire tout comme Campbell qui demande, propose, illustre et dĂ©fend une Science-Fiction d'ingĂ©nieur mais ça n'enlĂšve rien Ă  ton texte historique mais perso. j'aurais plutĂŽt pris pour la mĂȘme pĂ©riode Asimov.

    Extrait d'une partie de la bio de Campbell qui lança Heinlein & Asimov entre autre :
    https://www.quarante-deux.org/archives/klein/prefaces/lp27227.html

    Un ingĂ©nieur est quelqu'un qui sait donner une solution technique, fondĂ©e Ă  la fois sur une comprĂ©hension thĂ©orique profonde des phĂ©nomĂšnes et sur une connaissance pratique, Ă  n'importe quel problĂšme. Il y a toujours eu dans la Science-Fiction amĂ©ricaine un style bricolage dans un garage, un cĂŽtĂ© MĂ©canique populaire (9) dĂ©jĂ  prĂ©sent dans le premier magazine de Gernsback, créé en 1908, Modern electrics, oĂč il publia en 1911/1912 son fameux et illisible roman, Ralph 124C 41+, cĂŽtĂ© renforcĂ© par la proportion de lecteurs et mĂȘme d'auteurs qui furent des pionniers de la T.S.F. et du poste Ă  galĂšne.

    On n'observe rien de tel en Europe oĂč Jules Verne, Conan Doyle, Rosny AĂźnĂ©, Maurice Renard, et dans un registre plus populaire un Jean de La Hire, sont des intellectuels et non des manuels, des Ă©crivains et mĂȘme des poĂštes qui, déçus dans leurs ambitions théùtrale (Verne) ou lyrique (La Hire), se sont tournĂ©s vers un genre relativement dĂ©criĂ©, le roman, et vers des spĂ©cialitĂ©s d'une gloire encore plus incertaine, la littĂ©rature pour la jeunesse ou l'anticipation. Certes Wells a bien dĂ» se livrer Ă  quelques manipulations de biologiste dans sa jeunesse et il a toujours adorĂ© bricoler son vĂ©lo mais cela n'en fait pas un bidouilleur.

    Le penchant edisonien de la Science-Fiction américaine archaïque, son exaltation de l'inventeur, de l'homme pratique, ne se borne vite pas aux problÚmes purement techniciens, aux nuts and bolts, mais contamine irrésistiblement tous les aspects de la vie psychologique et sociale. Pour un Campbell comme pour un Heinlein, il y a aux interrogations les plus difficiles, y compris métaphysiques, une réponse d'ingénieur, un truc qui doit marcher, une solution à portée de main.

    Ainsi peut-on comprendre certaines dĂ©rives des annĂ©es 40 et 50 qui se traduisent dans des Ă©ditoriaux et des articles prĂ©tendant transcender la fiction, telles l'annonce dithyrambique puis la publication du texte de L. Ron Hubbard sur la dianĂ©tique dans Astounding (10) et l'intĂ©rĂȘt militant qu'y prennent non seulement Campbell mais A.E. Van Vogt dont le talent en pĂątira.

    • [^] # Re: une Science-Fiction d'ingĂ©nieur

      Posté par  (site web personnel, Mastodon) . Évalué à 3.

      Je ne vois pas en quoi cette dĂ©pĂȘche ferait apparaĂźtre Heinlein comme un visionnaire, bien au contraire. MĂȘme sur le plan concret, ce dĂ©tail que personne n’a relevĂ©, est trĂšs significatif, et pourtant


      Ensemble ils feront de leur maison « la maison de l’avenir » (image d’article de presse, en) qui avait, notamment, pour plaire Ă  la femme au foyer (sic), un bureau dans la cuisine avec un tĂ©lĂ©phone et une machine Ă  Ă©crire.

      Heinlein et son Ă©pouse apparemment voyaient toujours l’avenir de la femme aux casseroles pendant que monsieur avait son propre bureau et se faisait servir. C’est d'ailleurs assez intĂ©ressant car les femmes des romans d’Heinlein sont plutĂŽt de femmes libres et fortes.

      En fait c’est la relecture de Double Ă©toile et l’épisode sur le papier carbone qui a Ă©tĂ© ce qui m’a donnĂ© envie d’écrire cette dĂ©pĂȘche. Asimov Ă©tait un excellent observateur des relations humaines (mĂȘme si cela se voit peu dans ses romans, dans les interactions entre les personnages tout au moins). Et Jules Verne Ă©tait un visionnaire, Paul d’Ivoi aussi d’ailleurs mais moins.

      Je n’ai aucun avis sur systemd

      • [^] # Re: une Science-Fiction d'ingĂ©nieur

        Posté par  (courriel, site web personnel) . Évalué à 3. DerniĂšre modification le 01 septembre 2024 Ă  16:39.

        la femme aux casseroles
        les femmes des romans d’Heinlein sont plutît de femmes libres et fortes

        Cette citation de Gary Westfahl dans "Superladies in Waiting: How the Female Hero Almost Emerges in Science Fiction" résume bien le problÚme je pense :

        Heinlein is a problematic case for feminists; on the one hand, his works often feature strong female characters and vigorous statements that women are equal to or even superior to men; but these characters and statements often reflect hopelessly stereotypical attitudes about typical female attributes. It is disconcerting, for example, that in Expanded Universe Heinlein calls for a society where all lawyers and politicians are women, essentially on the grounds that they possess a mysterious feminine practicality that men cannot duplicate

        Que je traduirais comme ceci :

        Heinlein est une cas problĂ©matique pour les fĂ©ministes ; d'un cĂŽtĂ© son oeuvre met souvent en scĂšne des femmes fortes et proclame que les femmes sont Ă©gales ou mĂȘme supĂ©rieures aux hommes ; mais ces personnages et proclamations reflĂštent souvent des attitudes dĂ©seperĂ©ment stĂ©rĂ©otypĂ©es Ă  propos d'attributs typiquement fĂ©minins. C'est dĂ©concertant, par exemple, que dans « Expanded Universe », Heinlein appel Ă  une sociĂ©tĂ© oĂč tous les avocats et politiciens sont des femmes, au motif qu'elles possĂšdent un mystĂ©rieux sens pratique que les hommes ne peuvent reproduire.

        Sinon, je trouve les analyses de Stross sur Heinlein généralement intéressantes et pertinentes mais elles sont fragmentées sur 42 000 commentaires sur son blog. En particulier, il insiste sur le fait que les vues de Heinlein ont évoluées au fil du temps et que tenter d'interpréter son oeuvre et sa biographie comme un tout cohérente dans un point du temps n'a pas beaucoup de sens.

        pertinent adj. Approprié : qui se rapporte exactement à ce dont il est question.

        • [^] # Re: une Science-Fiction d'ingĂ©nieur

          Posté par  (site web personnel, Mastodon) . Évalué à 3. DerniĂšre modification le 01 septembre 2024 Ă  21:19.

          En particulier, il insiste sur le fait que les vues de Heinlein ont Ă©voluĂ©es au fil du temps et que tenter d'interprĂ©ter son Ɠuvre et sa biographie comme un tout cohĂ©rente dans un point du temps n'a pas beaucoup de sens.

          Ce n’était d’ailleurs pas le propos de la dĂ©pĂȘche. Heinlein Ă©tait plutĂŽt un « prĂ©texte » pour parler de l’histoire de l’informatique. Et effectivement, il n’y a rien de commun entre Job : une comĂ©die de justice, Les Vertes collines de la terre, Vendredi et les trois romans que j’ai traitĂ©. Quoique j’aurais pu aussi Ă©voquer Vendredi sous cet angle : courte apparition du tĂ©lĂ©phone mobile, omniprĂ©sence des rĂ©seaux informatiques, etc.

          Heinlein, au dĂ©but aurait Ă©tĂ© politiquement Ă  gauche. Asimov aurait pensĂ© que son virage Ă  droite Ă©tait dĂ» Ă  l’influence de sa derniĂšre Ă©pouse. Mais, personnellement, je m’en fiche un peu.

          Je n’ai aucun avis sur systemd

Suivre le flux des commentaires

Note : les commentaires appartiennent Ă  celles et ceux qui les ont postĂ©s. Nous n’en sommes pas responsables.