Tout est déjà stocké dans la bibliothèque de Babel. Il n'y a rien à sauvegarder, rien à installer, rien à imprimer, rien à écrire. Juste à profiter de la vie ☺️
Je mettais en contraste le temps de génération du texte (quelques minutes, avec une ia) avec le temps de maturation et de tâtonnements d’une vie et d’une œuvre, qu’il est difficile d’imiter si on ne l’a pas soi-même traversé. J’essayais de relever, dans mes deux commentaires, qu’à mes yeux il manquait justement à ce texte des marques crédibles de maturation et de tâtonnement. Je me suis permis de le faire parce que j’ai cru, peut-être à tort, que la maturation et le tâtonnement étaient des thèmes centraux de cette œuvre (son titre,« repentirs », évoque des traces de corrections, d’essais-erreurs, de cheminement, et ce journal se termine en précisant que les repentirs ne sont pas de la fiction).
Je te l’accorde, il se peut que j’aie cherché dans cette œuvre quelque chose qui ne pouvait pas s'y trouver, que je me sois focalisé sur des aspects largement inessentiels, et que je sois entièrement passé à côté de ses ambitions, de son sens et de sa portée. Peut-être auras-tu la gentillesse de m’indiquer ce que je n’ai pas su y voir, et qui est peut-être évident.
Cette fiction imite un processus de création (une recherche de formes). Je dis que comme il n’y a pas de véritable cheminement et de véritables erreurs, il ne peut pas se produire de véritables trouvailles.
Personnellement (et je me rends compte que je dois bien insister sur le fait que c’est une perspective personnelle, celle de quelqu’un qui est curieux des processus de création en général, et curieux de la recherche de formes poétiques en particulier), ce texte ne me renseigne pas sur le fonctionnement réel d’un processus de création littéraire et sur la manière dont une vie vécue infléchit la recherche de formes artistiques. Et pour cause. Derrière ce texte il n’y a pas de vie vécue, pas d’erreurs, de tâtonnements et de découvertes, ou seulement très indirectement : les fragments de vie qu’ont vécu ceux dont les textes ont été utilisés pour entraîner claudeai).
Pour éclaircir le sentiment que j’ai eu en lisant ce texte, je vais prendre l’exemple d’une autre fiction qui raconte le déroulement d’un processus de création : La recherche du temps perdu de Proust. Apparemment, dans la recherche du temps perdu tout est fictif : les personnages, les lieux, les évènements racontés, les sentiments, les pensées, la rencontre avec le temps à l’état pur qui provoque la décision d’écrire, etc. Pourtant, toute cette matière fictive a été élaborée à partir de la vie de Proust, vie unique qui était la seule à pouvoir sécréter cette œuvre unique qui en est le produit mais non le décalque.
Dire cela ce n’est pas plaider contre les œuvres de fiction. Au contraire, c’est à mes yeux l’une des plus grandes gloires de la fiction de réussir à transformer des expériences vécues en œuvres d’art plus ou moins universelles.
Ainsi, l’écrivain raconte les doutes et les tourments de personnages qui n’ont pas réellement existé et qui vivent des évènements qui n’ont jamais eu lieu, comme tu le dis. Mais, au moment de décrire les doutes et les tourments de ses personnages, de quels matériaux l’écrivain se sert-il ? Il a il me semble deux sources principales : soit il se sert de ses propres expériences, et essaye d’utiliser au mieux les ressources du langage pour coller au plus près de ces émotions qu’il connaît d’expérience et dont il se rappelle, soit il se sert des phrases et des figures dont d’autres se sont servis avant lui et qu’il a déjà entendues ou lues, c’est-à-dire le plus souvent de clichés. Les ias génératives nous permettent de rencontrer une sorte d’écrivain qui ne se sert pour écrire que de ce qu’ont écrit d’autres avant lui (c’est-à-dire les expériences des autres), et jamais de la forme la plus adéquate pour décrire des expériences individuelles (et pour cause…). Autrement dit : les ias sont des écrivains dont les clichés sont la matière première.
Je reviens au texte de départ, à ce récit d’un processus de création. Je ne dis pas que ce texte n’a aucun intérêt intrinsèque et qu’il est impossible de le trouver beau ou touchant.Je crois toutefois qu’en tant que récit d’une expérience ce texte semble largement manquer du plus important à mes yeux : l’expérience.
Personnellement, ce qui m’intéresse le plus dans la création poétique (et plus généralement dans la création artistique), c’est précisément la part individuelle des œuvres, la part personnelle qui ne peut pas être réduite à des clichés. J’ai en général plaisir à lire les journaux personnels des auteurs (plus ou moins fictionnels) pour pouvoir apercevoir le travail laborieux qui permet de réussir à exprimer le plus justement possible leur expérience propre, et qui permet aux auteurs d’essayer de se détacher un tant soit peu des clichés (des manières de dire communes), ce qui n’est jamais entièrement possible (même chez les plus grands écrivains les véritables trouvailles sont peut-être plus rares que les manières de dire communes). Je n’ai pas retrouvé ce plaisir à la lecture de ce texte.
D'accord pour appeler ça une fiction. La question que je pose est donc celle-là : la fiction d'une recherche n'est-elle pas condamnée à ne jamais rien trouver ?
Quelques minutes, donc, suffiraient à simuler une écriture qui aurait duré quarante ans, à simuler un chemin sinueux que personne n’a parcouru.
Imaginons un écrivain qui écrit une phrase, puis, quelques jours ou quelques années plus tard le rature, le remplace par une autre : ce repentir a été possible uniquement parce qu’entre-temps l’écrivain a vécu, s’est transformé, a jeté un regard rétrospectif sur ce qu’il a écrit et sur ce qu’il a été. À quoi bon feindre l’hésitation quand le but final peut être atteint dès le départ, quand rien ne s’est transformé au cours de cette errance qui n’a pas eu lieu ?
Il manque donc peut-être simplement à ce texte la chance d’errer (de faire des erreurs), chance propre à l’expérience d’écrire, et à l’expérience de vivre.
Dans le témoignage des professeurs, comme dans celui des employeurs, il faut prêter attention à l’échantillon de la population générale qu’ils considèrent.
Quand des statisticiens observent la population française générale, ils observent que le niveau scolaire moyen augmente (c’est somme toute assez logique, la scolarité moyenne est de plus en plus longue). Je renvoie par exemple aux études statistiques de l’insee que j’ai mentionnées plus haut et qui se trouvent facilement.
Parallèlement à cette augmentation du niveau moyen de la population générale, on observe une certaine dévaluation de chaque diplôme (exemples : les exigences en mathématique en terminale scientifique ont baissé par rapport à il y a 40 ans, les exigences en orthographe en licence de lettres ont baissé aussi, etc.). C’est aussi un effet de la massification scolaire (public plus large, avec une culture scolaire ancrée depuis moins de générations dans la famille), mais qui est compensé à l’échelle de la population générale puisque le niveau scolaire au moment de la sortie du système scolaire augmente pour tous les milieux sociaux (les études sont plus longues pour tout le monde).
Un recruteur qui recherche des jeunes avec un BTS Commerce remarque que la maîtrise de l’orthographe est de moins en moins bonne : c’est normal, ce BTS ne recrute plus exactement dans les mêmes milieux (des élèves avec des parents sans le bac passent désormais le bac, et des élèves avec des parents bacheliers passent désormais des diplômes bac+2, etc.), et l’école ne compense pas entièrement le fossé entre culture familiale et culture scolaire (parangon de la culture scolaire : l’orthographe!). Bref : quand un recruteur ou un prof estime que le niveau a baissé, il ne parle pas du niveau de la population générale, mais du niveau de son échantillon (restreint, inévitablement restreint).
On ne connaît pas vraiment non plus le nombre de lecteurs, de toutes façons ;)
Cet idéal d’un monde où il y aurait autant d’écrivains (écriveurs) que de lecteurs était l’un des piliers des utopies du web. Je cite la Déclaration d'indépendance du cyberespace :
Nous créons un monde où chacun, où qu’il se trouve, peut exprimer ses idées, aussi singulières qu’elles puissent être, sans craindre d’être réduit au silence ou à une norme.
[…]
Dans notre monde, tout ce que l’esprit humain est capable de créer peut être reproduit et diffusé à l’infini sans que cela ne coûte rien. La transmission globale de la pensée n’a plus besoin de vos usines pour s’accomplir.
Non non, il ne parlait pas de l’écriture de livres, mais d’écrire pour s’entraîner à penser, écrire pour clarifier ce qui se passe dans notre tête et le reste de notre corps. Ça peut prendre n’importe quelle forme : journaux intimes, lettres, mathématiques, notes, poèmes, récits, commentaires sur linuxfr (pas sûr qu’il cite cet exemple-là, il faudrait vérifier). Comme pour tout, pour apprendre à s’exprimer, il faut… s’exprimer.
Il faudrait préciser de quoi on parle : quelles périodes, quelles générations, quelles compétences à l’écrit. L’insee en 2004, 2011, et 2022 s’est intéressé aux difficultés à l’écrit de la population générale, selon son âge. On observe ceci : les plus jeunes sont ceux qui ont le moins de difficulté à l’écrit.
Proportion de personnes en difficulté à l’écrit selon l’année de naissance
Sur ce graphique de 2011 il manque les données de 2022 qui nous enseignent ceci : en 2022, 5 % des personnes nées entre 1995 et 2005 ont des difficultés à l’écrit. La courbe continuerait donc de baisser si on la continuait.
Pourquoi les professeurs de lycée ont l’impression que le niveau baisse ? Principalement parce que les lycées généraux recrutent leurs élèves dans des milieux sociaux toujours plus larges (les parents et grands-parents de beaucoup de ces élèves n’allaient pas dans les lycées généraux – ils allaient dans des voies professionnelles ou arrêtaient leurs études au collège). On sait par ailleurs que la réussite scolaire des élèves est fortement corrélée à la longueur des études de leurs parents et grands-parents.
Une note personnelle : mes grands-parents étaient ouvriers et la lecture ne tenait presque aucune place dans leur quotidien. D’une part, je m’amuse de remarquer que j’ai pour ma part, seulement deux générations plus tard, consacré une bonne partie de ma vie (et en tout cas mon métier) à la lecture. D’autre part je n’ai jamais douté de leur intelligence et je m’étonne et m’agace un peu des discours qui font de la lecture l’alpha et l’oméga de l’intelligence. L’humanité a réussi à survivre et créer quelques chef d’œuvres pendant des dizaines de milliers d’année sans lecture ni écriture, leur idiotie ne devait probablement pas être si complète.
Je ne sais pas de quels jeunes tu parles exactement, mais je vais parler de ma propre expérience (je travaille depuis dix ans dans des bibliothèques scolaires – CDI – donc j’ai eu un peu de temps pour observer lire quelques jeunes). J’ai vu des jeunes lire sur des liseuses personnelles, d’autres lire sur un téléphone (en lycée, où c’était autorisé) ou sur l’ordinateur (avantage pour l’observation je peux voir ce qu’ils lisent par-dessus leur épaule : certains lisent et écrivent des fan fictions, des nouvelles et des romans sur des sites type wattpad, certains lisent des mangas et de la BD coréenne, d’autres épluchent en détail les wikis qui concernent leurs jeux-vidéos préférés ou lisent des tutoriels et des guides – apprendre à programmer, apprendre à coudre, apprendre à s’occuper d’une perruche, apprendre à jouer de la batterie… - et désormais j’en vois beaucoup d’autres discuter avec chatgpt ou claudeai pour demander des conseils sur à peu près n’importe quoi. Évidemment j’ai aussi vu beaucoup de jeunes lire toutes sortes de livres en papier (d’ailleurs je leur en prête quelques milliers par an).
La question c’est : quel est le ratio écrivains/lecteurs ?
Dans les fantasmes totalitaires, il suffit d’un écrivain pour cent millions de lecteurs. L’ia pourrait peut-être faire pire : cent millions de lecteurs pour 0 écrivain.
Et si tout le monde était comme Paul Valéry (qui écrivait chaque jour sans chercher à être lu), il y aurait peut-être plus d’écrivains que de lecteurs. ;)
Comme on parle de Valéry et des bénéfices éventuels de la lecture sur l’intelligence, je voudrais ajouter ceci : pour Valéry, la lecture elle-même a assez peu de valeur (sa considération envers la lecture est ambiguë, mais le plus souvent négative). Ce qui compte pour lui, bien davantage que la lecture, c’est l’écriture, comme outil pour apprendre à penser et se faire soi-même.
Je trouve intéressant que l’attention médiatique porte beaucoup moins sur la pratique de l’écriture que sur celle de la lecture (qui est une pratique de consommation et de réception, et qui à ce titre intéresse les marchands, les publicitaires, l’état, les hommes et femmes politiques, et tous ceux qui vivent de la diffusion d’idées).
Oui, les problèmes posés par la presse et les médias sociaux sont clairement en partie les mêmes. Les propriétaires des journaux, des chaînes de radio, de télé, et de médias sociaux agissent selon un même intérêt : réussir à rendre hégémoniques leurs opinions et leurs visions du monde. Le rêve des régimes totalitaires étant d’avoir le monopole complet sur la diffusion des opinions et des visions du monde.
Pour que prospère la démocratie (telle que je l’imagine), je me dis qu’il faudrait l’environnement social et technique qui laisse se développer la plus grande diversité et richesse de pensées possible, et qui favorise l’échange et la fécondation mutuelle de ces pensées. La richesse d’écosystèmes complexes plutôt que quelques espaces en monoculture.
Tu sais tout autant que moi qu’il existe, en dehors de la lecture de journaux, une infinité de moyens de prendre conscience de l’état du monde et de notre société : l’observation, l’échange avec des personnes différentes de soi, la lecture de données statistiques, d’articles de savants spécialisés, de romans… S’il est possible d’imaginer que la fréquentation régulière des médias (certains médias) puisse faire reculer l’extrême droite, il est aussi légitime de se demander s’il n’existe pas un effet inverse : la lecture de certains journaux, le visionnage de certaines chaînes de télé et l’écoute de certaines chaînes de radio n’ont-ils pas justement eu un grand rôle dans l’essor de l’extrême droite ?
Bien sûr, aucun des conseils de Paul Valéry n’est véritablement à prendre au pied de la lettre, et mériterait d’être nuancé et discuté, comme il l’avait dit lui-même : « Ne croyez pas ce qui est imprimé ».
[^] # Re: Détail des votes
Posté par serol (site web personnel) . En réponse au lien «Permis de tuer» pour les policiers, la loi validée en urgence à l’Assemblée. Évalué à 2 (+1/-0).
Il n’y a pas de surprise, si ? La ligne de démarcation entre la gauche et la droite semble vraiment nette sur une question comme celle-là.
[^] # Re: Excellente idée
Posté par serol (site web personnel) . En réponse au lien sneakerweb : distribution de sites par support physique. Évalué à 1 (+0/-0).
Tout est déjà stocké dans la bibliothèque de Babel. Il n'y a rien à sauvegarder, rien à installer, rien à imprimer, rien à écrire. Juste à profiter de la vie ☺️
[^] # Re: Repentirs
Posté par serol (site web personnel) . En réponse au journal Repentirs — un poème dont l'historique git est l'œuvre. Évalué à 2 (+1/-0).
Je mettais en contraste le temps de génération du texte (quelques minutes, avec une ia) avec le temps de maturation et de tâtonnements d’une vie et d’une œuvre, qu’il est difficile d’imiter si on ne l’a pas soi-même traversé. J’essayais de relever, dans mes deux commentaires, qu’à mes yeux il manquait justement à ce texte des marques crédibles de maturation et de tâtonnement. Je me suis permis de le faire parce que j’ai cru, peut-être à tort, que la maturation et le tâtonnement étaient des thèmes centraux de cette œuvre (son titre,« repentirs », évoque des traces de corrections, d’essais-erreurs, de cheminement, et ce journal se termine en précisant que les repentirs ne sont pas de la fiction).
Je te l’accorde, il se peut que j’aie cherché dans cette œuvre quelque chose qui ne pouvait pas s'y trouver, que je me sois focalisé sur des aspects largement inessentiels, et que je sois entièrement passé à côté de ses ambitions, de son sens et de sa portée. Peut-être auras-tu la gentillesse de m’indiquer ce que je n’ai pas su y voir, et qui est peut-être évident.
[^] # Re: Repentirs
Posté par serol (site web personnel) . En réponse au journal Repentirs — un poème dont l'historique git est l'œuvre. Évalué à 4 (+3/-0).
Cette fiction imite un processus de création (une recherche de formes). Je dis que comme il n’y a pas de véritable cheminement et de véritables erreurs, il ne peut pas se produire de véritables trouvailles.
Personnellement (et je me rends compte que je dois bien insister sur le fait que c’est une perspective personnelle, celle de quelqu’un qui est curieux des processus de création en général, et curieux de la recherche de formes poétiques en particulier), ce texte ne me renseigne pas sur le fonctionnement réel d’un processus de création littéraire et sur la manière dont une vie vécue infléchit la recherche de formes artistiques. Et pour cause. Derrière ce texte il n’y a pas de vie vécue, pas d’erreurs, de tâtonnements et de découvertes, ou seulement très indirectement : les fragments de vie qu’ont vécu ceux dont les textes ont été utilisés pour entraîner claudeai).
Pour éclaircir le sentiment que j’ai eu en lisant ce texte, je vais prendre l’exemple d’une autre fiction qui raconte le déroulement d’un processus de création : La recherche du temps perdu de Proust. Apparemment, dans la recherche du temps perdu tout est fictif : les personnages, les lieux, les évènements racontés, les sentiments, les pensées, la rencontre avec le temps à l’état pur qui provoque la décision d’écrire, etc. Pourtant, toute cette matière fictive a été élaborée à partir de la vie de Proust, vie unique qui était la seule à pouvoir sécréter cette œuvre unique qui en est le produit mais non le décalque.
Dire cela ce n’est pas plaider contre les œuvres de fiction. Au contraire, c’est à mes yeux l’une des plus grandes gloires de la fiction de réussir à transformer des expériences vécues en œuvres d’art plus ou moins universelles.
Ainsi, l’écrivain raconte les doutes et les tourments de personnages qui n’ont pas réellement existé et qui vivent des évènements qui n’ont jamais eu lieu, comme tu le dis. Mais, au moment de décrire les doutes et les tourments de ses personnages, de quels matériaux l’écrivain se sert-il ? Il a il me semble deux sources principales : soit il se sert de ses propres expériences, et essaye d’utiliser au mieux les ressources du langage pour coller au plus près de ces émotions qu’il connaît d’expérience et dont il se rappelle, soit il se sert des phrases et des figures dont d’autres se sont servis avant lui et qu’il a déjà entendues ou lues, c’est-à-dire le plus souvent de clichés. Les ias génératives nous permettent de rencontrer une sorte d’écrivain qui ne se sert pour écrire que de ce qu’ont écrit d’autres avant lui (c’est-à-dire les expériences des autres), et jamais de la forme la plus adéquate pour décrire des expériences individuelles (et pour cause…). Autrement dit : les ias sont des écrivains dont les clichés sont la matière première.
Je reviens au texte de départ, à ce récit d’un processus de création. Je ne dis pas que ce texte n’a aucun intérêt intrinsèque et qu’il est impossible de le trouver beau ou touchant.Je crois toutefois qu’en tant que récit d’une expérience ce texte semble largement manquer du plus important à mes yeux : l’expérience.
Personnellement, ce qui m’intéresse le plus dans la création poétique (et plus généralement dans la création artistique), c’est précisément la part individuelle des œuvres, la part personnelle qui ne peut pas être réduite à des clichés. J’ai en général plaisir à lire les journaux personnels des auteurs (plus ou moins fictionnels) pour pouvoir apercevoir le travail laborieux qui permet de réussir à exprimer le plus justement possible leur expérience propre, et qui permet aux auteurs d’essayer de se détacher un tant soit peu des clichés (des manières de dire communes), ce qui n’est jamais entièrement possible (même chez les plus grands écrivains les véritables trouvailles sont peut-être plus rares que les manières de dire communes). Je n’ai pas retrouvé ce plaisir à la lecture de ce texte.
[^] # Re: Repentirs
Posté par serol (site web personnel) . En réponse au journal Repentirs — un poème dont l'historique git est l'œuvre. Évalué à 0 (+0/-1).
D'accord pour appeler ça une fiction. La question que je pose est donc celle-là : la fiction d'une recherche n'est-elle pas condamnée à ne jamais rien trouver ?
# Repentirs
Posté par serol (site web personnel) . En réponse au journal Repentirs — un poème dont l'historique git est l'œuvre. Évalué à 5 (+5/-1).
Quelques minutes, donc, suffiraient à simuler une écriture qui aurait duré quarante ans, à simuler un chemin sinueux que personne n’a parcouru.
Imaginons un écrivain qui écrit une phrase, puis, quelques jours ou quelques années plus tard le rature, le remplace par une autre : ce repentir a été possible uniquement parce qu’entre-temps l’écrivain a vécu, s’est transformé, a jeté un regard rétrospectif sur ce qu’il a écrit et sur ce qu’il a été. À quoi bon feindre l’hésitation quand le but final peut être atteint dès le départ, quand rien ne s’est transformé au cours de cette errance qui n’a pas eu lieu ?
Il manque donc peut-être simplement à ce texte la chance d’errer (de faire des erreurs), chance propre à l’expérience d’écrire, et à l’expérience de vivre.
[^] # Re: comment cette idée nous vient elle en tête ?
Posté par serol (site web personnel) . En réponse au lien Les femmes qui utilisent l’IA sont vues comme incompétentes, les hommes comme pragmatiques. Évalué à 1 (+0/-0).
Mais d’où vient le patriarcat ? ;)
[^] # Re: Téléphone rose pas cher
Posté par serol (site web personnel) . En réponse au message Téléphone rose pas cher, quelqu'un a testé ça sous Linux ?. Évalué à 2 (+1/-0).
J’ai le même problème avec mon PC, il m’affiche un Manet chaque fois que je demande un Botticelli. Si quelqu’un a une idée pour le dépannage…
[^] # Re: Pas un OS
Posté par serol (site web personnel) . En réponse au lien IoToS - Le prof qui a codé un OS de zéro pour ses élèves. Évalué à 2 (+1/-0).
Je t’ai trouvé une photo d’époque qui permet de comprendre les détails.
Source : https://www.la-croix.com/Abonnes/Formation-biblique/Ancien-Testament/Genese-sept-jours-pour-la-terre
[^] # Re: Pas un OS
Posté par serol (site web personnel) . En réponse au lien IoToS - Le prof qui a codé un OS de zéro pour ses élèves. Évalué à 3 (+2/-0).
Le record est actuellement à 6 jours.
[^] # Re: Pas un OS
Posté par serol (site web personnel) . En réponse au lien IoToS - Le prof qui a codé un OS de zéro pour ses élèves. Évalué à 8 (+7/-0). Dernière modification le 25 juin 2026 à 15:21.
Ça me rappelle une blague : pour faire une tarte aux pommes à partir de zéro, il faut d’abord créer l’univers.
[^] # Re: Solution
Posté par serol (site web personnel) . En réponse au lien Quand l’IA corrige l’IA : un bac de philo très augmenté. Évalué à 1 (+0/-0).
Les notes risquent de sérieusement chuter, à cause des problèmes de concentration que cela induira pour les adolescents.
# À quoi tenons-nous ?
Posté par serol (site web personnel) . En réponse au lien Bien choisir son moment, c'est important !. Évalué à 1 (+0/-0).
Ils ont peut-être raison, dans le fond : nous allons peut-être devoir choisir, nous demander à quoi nous tenons vraiment.
[^] # Re: Texte court et clairvoyant
Posté par serol (site web personnel) . En réponse au lien Déclin de la presse, crise de la librairie, baisse du niveau scolaire : l’écrit continue de régresser en France. Menace sur la culture et la démocratie. Évalué à 2 (+1/-0).
Un petit graphique pour compléter.
https://fracturesscolaires.org/le-niveau-de-diplome-de-la-population/
[^] # Re: Texte court et clairvoyant
Posté par serol (site web personnel) . En réponse au lien Déclin de la presse, crise de la librairie, baisse du niveau scolaire : l’écrit continue de régresser en France. Menace sur la culture et la démocratie. Évalué à 3 (+2/-0).
Dans le témoignage des professeurs, comme dans celui des employeurs, il faut prêter attention à l’échantillon de la population générale qu’ils considèrent.
Quand des statisticiens observent la population française générale, ils observent que le niveau scolaire moyen augmente (c’est somme toute assez logique, la scolarité moyenne est de plus en plus longue). Je renvoie par exemple aux études statistiques de l’insee que j’ai mentionnées plus haut et qui se trouvent facilement.
Parallèlement à cette augmentation du niveau moyen de la population générale, on observe une certaine dévaluation de chaque diplôme (exemples : les exigences en mathématique en terminale scientifique ont baissé par rapport à il y a 40 ans, les exigences en orthographe en licence de lettres ont baissé aussi, etc.). C’est aussi un effet de la massification scolaire (public plus large, avec une culture scolaire ancrée depuis moins de générations dans la famille), mais qui est compensé à l’échelle de la population générale puisque le niveau scolaire au moment de la sortie du système scolaire augmente pour tous les milieux sociaux (les études sont plus longues pour tout le monde).
Un recruteur qui recherche des jeunes avec un BTS Commerce remarque que la maîtrise de l’orthographe est de moins en moins bonne : c’est normal, ce BTS ne recrute plus exactement dans les mêmes milieux (des élèves avec des parents sans le bac passent désormais le bac, et des élèves avec des parents bacheliers passent désormais des diplômes bac+2, etc.), et l’école ne compense pas entièrement le fossé entre culture familiale et culture scolaire (parangon de la culture scolaire : l’orthographe!). Bref : quand un recruteur ou un prof estime que le niveau a baissé, il ne parle pas du niveau de la population générale, mais du niveau de son échantillon (restreint, inévitablement restreint).
# Coincé dans le passé
Posté par serol (site web personnel) . En réponse à la dépêche Migrer de WordPress vers Hugo. Évalué à 10 (+13/-0).
Attends… je continue de faire comme ça et je croyais que tout le monde en faisait autant… j’ai loupé quelque chose ?
[^] # Re: Journalisme, intelligence et démocratie
Posté par serol (site web personnel) . En réponse au lien Déclin de la presse, crise de la librairie, baisse du niveau scolaire : l’écrit continue de régresser en France. Menace sur la culture et la démocratie. Évalué à 3 (+2/-0).
On ne connaît pas vraiment non plus le nombre de lecteurs, de toutes façons ;)
Cet idéal d’un monde où il y aurait autant d’écrivains (écriveurs) que de lecteurs était l’un des piliers des utopies du web. Je cite la Déclaration d'indépendance du cyberespace :
[^] # Re: Journalisme, intelligence et démocratie
Posté par serol (site web personnel) . En réponse au lien Déclin de la presse, crise de la librairie, baisse du niveau scolaire : l’écrit continue de régresser en France. Menace sur la culture et la démocratie. Évalué à 3 (+2/-0).
Non non, il ne parlait pas de l’écriture de livres, mais d’écrire pour s’entraîner à penser, écrire pour clarifier ce qui se passe dans notre tête et le reste de notre corps. Ça peut prendre n’importe quelle forme : journaux intimes, lettres, mathématiques, notes, poèmes, récits, commentaires sur linuxfr (pas sûr qu’il cite cet exemple-là, il faudrait vérifier). Comme pour tout, pour apprendre à s’exprimer, il faut… s’exprimer.
[^] # Re: Texte court et clairvoyant
Posté par serol (site web personnel) . En réponse au lien Déclin de la presse, crise de la librairie, baisse du niveau scolaire : l’écrit continue de régresser en France. Menace sur la culture et la démocratie. Évalué à 4 (+3/-0). Dernière modification le 22 juin 2026 à 13:09.
Il faudrait préciser de quoi on parle : quelles périodes, quelles générations, quelles compétences à l’écrit. L’insee en 2004, 2011, et 2022 s’est intéressé aux difficultés à l’écrit de la population générale, selon son âge. On observe ceci : les plus jeunes sont ceux qui ont le moins de difficulté à l’écrit.
Proportion de personnes en difficulté à l’écrit selon l’année de naissance

Sur ce graphique de 2011 il manque les données de 2022 qui nous enseignent ceci : en 2022, 5 % des personnes nées entre 1995 et 2005 ont des difficultés à l’écrit. La courbe continuerait donc de baisser si on la continuait.
Pourquoi les professeurs de lycée ont l’impression que le niveau baisse ? Principalement parce que les lycées généraux recrutent leurs élèves dans des milieux sociaux toujours plus larges (les parents et grands-parents de beaucoup de ces élèves n’allaient pas dans les lycées généraux – ils allaient dans des voies professionnelles ou arrêtaient leurs études au collège). On sait par ailleurs que la réussite scolaire des élèves est fortement corrélée à la longueur des études de leurs parents et grands-parents.
Une note personnelle : mes grands-parents étaient ouvriers et la lecture ne tenait presque aucune place dans leur quotidien. D’une part, je m’amuse de remarquer que j’ai pour ma part, seulement deux générations plus tard, consacré une bonne partie de ma vie (et en tout cas mon métier) à la lecture. D’autre part je n’ai jamais douté de leur intelligence et je m’étonne et m’agace un peu des discours qui font de la lecture l’alpha et l’oméga de l’intelligence. L’humanité a réussi à survivre et créer quelques chef d’œuvres pendant des dizaines de milliers d’année sans lecture ni écriture, leur idiotie ne devait probablement pas être si complète.
[^] # Re: Texte court et clairvoyant
Posté par serol (site web personnel) . En réponse au lien Déclin de la presse, crise de la librairie, baisse du niveau scolaire : l’écrit continue de régresser en France. Menace sur la culture et la démocratie. Évalué à 4 (+3/-0).
Je ne sais pas de quels jeunes tu parles exactement, mais je vais parler de ma propre expérience (je travaille depuis dix ans dans des bibliothèques scolaires – CDI – donc j’ai eu un peu de temps pour observer lire quelques jeunes). J’ai vu des jeunes lire sur des liseuses personnelles, d’autres lire sur un téléphone (en lycée, où c’était autorisé) ou sur l’ordinateur (avantage pour l’observation je peux voir ce qu’ils lisent par-dessus leur épaule : certains lisent et écrivent des fan fictions, des nouvelles et des romans sur des sites type wattpad, certains lisent des mangas et de la BD coréenne, d’autres épluchent en détail les wikis qui concernent leurs jeux-vidéos préférés ou lisent des tutoriels et des guides – apprendre à programmer, apprendre à coudre, apprendre à s’occuper d’une perruche, apprendre à jouer de la batterie… - et désormais j’en vois beaucoup d’autres discuter avec chatgpt ou claudeai pour demander des conseils sur à peu près n’importe quoi. Évidemment j’ai aussi vu beaucoup de jeunes lire toutes sortes de livres en papier (d’ailleurs je leur en prête quelques milliers par an).
[^] # Re: Journalisme, intelligence et démocratie
Posté par serol (site web personnel) . En réponse au lien Déclin de la presse, crise de la librairie, baisse du niveau scolaire : l’écrit continue de régresser en France. Menace sur la culture et la démocratie. Évalué à 1 (+0/-0).
Merci pour le lien. J'aime bien cette phrase :
[^] # Re: Journalisme, intelligence et démocratie
Posté par serol (site web personnel) . En réponse au lien Déclin de la presse, crise de la librairie, baisse du niveau scolaire : l’écrit continue de régresser en France. Menace sur la culture et la démocratie. Évalué à 3 (+2/-0). Dernière modification le 21 juin 2026 à 15:31.
La question c’est : quel est le ratio écrivains/lecteurs ?
Dans les fantasmes totalitaires, il suffit d’un écrivain pour cent millions de lecteurs. L’ia pourrait peut-être faire pire : cent millions de lecteurs pour 0 écrivain.
Et si tout le monde était comme Paul Valéry (qui écrivait chaque jour sans chercher à être lu), il y aurait peut-être plus d’écrivains que de lecteurs. ;)
[^] # Re: Journalisme, intelligence et démocratie
Posté par serol (site web personnel) . En réponse au lien Déclin de la presse, crise de la librairie, baisse du niveau scolaire : l’écrit continue de régresser en France. Menace sur la culture et la démocratie. Évalué à 3 (+2/-0). Dernière modification le 21 juin 2026 à 14:55.
Comme on parle de Valéry et des bénéfices éventuels de la lecture sur l’intelligence, je voudrais ajouter ceci : pour Valéry, la lecture elle-même a assez peu de valeur (sa considération envers la lecture est ambiguë, mais le plus souvent négative). Ce qui compte pour lui, bien davantage que la lecture, c’est l’écriture, comme outil pour apprendre à penser et se faire soi-même.
Je trouve intéressant que l’attention médiatique porte beaucoup moins sur la pratique de l’écriture que sur celle de la lecture (qui est une pratique de consommation et de réception, et qui à ce titre intéresse les marchands, les publicitaires, l’état, les hommes et femmes politiques, et tous ceux qui vivent de la diffusion d’idées).
[^] # Re: Journalisme, intelligence et démocratie
Posté par serol (site web personnel) . En réponse au lien Déclin de la presse, crise de la librairie, baisse du niveau scolaire : l’écrit continue de régresser en France. Menace sur la culture et la démocratie. Évalué à 2 (+1/-0).
Oui, les problèmes posés par la presse et les médias sociaux sont clairement en partie les mêmes. Les propriétaires des journaux, des chaînes de radio, de télé, et de médias sociaux agissent selon un même intérêt : réussir à rendre hégémoniques leurs opinions et leurs visions du monde. Le rêve des régimes totalitaires étant d’avoir le monopole complet sur la diffusion des opinions et des visions du monde.
Pour que prospère la démocratie (telle que je l’imagine), je me dis qu’il faudrait l’environnement social et technique qui laisse se développer la plus grande diversité et richesse de pensées possible, et qui favorise l’échange et la fécondation mutuelle de ces pensées. La richesse d’écosystèmes complexes plutôt que quelques espaces en monoculture.
[^] # Re: Journalisme, intelligence et démocratie
Posté par serol (site web personnel) . En réponse au lien Déclin de la presse, crise de la librairie, baisse du niveau scolaire : l’écrit continue de régresser en France. Menace sur la culture et la démocratie. Évalué à 4 (+3/-0).
Tu sais tout autant que moi qu’il existe, en dehors de la lecture de journaux, une infinité de moyens de prendre conscience de l’état du monde et de notre société : l’observation, l’échange avec des personnes différentes de soi, la lecture de données statistiques, d’articles de savants spécialisés, de romans… S’il est possible d’imaginer que la fréquentation régulière des médias (certains médias) puisse faire reculer l’extrême droite, il est aussi légitime de se demander s’il n’existe pas un effet inverse : la lecture de certains journaux, le visionnage de certaines chaînes de télé et l’écoute de certaines chaînes de radio n’ont-ils pas justement eu un grand rôle dans l’essor de l’extrême droite ?
Bien sûr, aucun des conseils de Paul Valéry n’est véritablement à prendre au pied de la lettre, et mériterait d’être nuancé et discuté, comme il l’avait dit lui-même : « Ne croyez pas ce qui est imprimé ».